Beautiful Bastard | Christina Lauren

Beautiful Bastard | Christina Lauren


Samedi 6 Mai, 23h07

– Hélo, tu ne voudrais pas venir avec moi ce soir, au Café Barge?

– Hello honeymoon. Ce soir ?

– Yes. C’est important.

– Tiens, tiens, tiens, ça sent les hormones 😏

– En vrai j’en peux plus. Mon minou est porté disparu. Ca va bientôt faire un an. La malédiction s’acharne.

– Parlons peu, parlons mieux. Comment va ton minou?

– Rappelle toi qu’hier, j’ai enterré Pénélope avec des plumes et quelques danses tribales. Je précise pour nos doux Bookiners que Pénélope est le prénom de mon bien aimé, bien sevré… vagin (aussi appelé minou).

– Oui oui, je suis désolée de ne pas y avoir assisté d’ailleurs. Gus venait tout juste d’arriver de voyage et Gertrude était tout (é)mou(st)illée. Alors, c’était comment ?

– A la fois grotesque et touchant.

– Appelle-moi quand elle ressuscite, elle le mérite.

– Et bien si tu veux vraiment son bien, sortons ! Je donnerais tout pour un baiser. Ce n’est pas une blague. Il m’arrive de drôles de choses en ce moment, Hélo. J’ai peur de moi. Dans le métro. Dans la rue. Chez Paul. Dans les rayons du Monop. Je ne regarde plus les hommes dans les yeux… Mais sur les lèvres. Je les renifle, je les imagine dans mon lit. Une peau. De la douceur. Des jambes en l’air, éreintées. Rassasiées. Minou heureux, quoi. Quelque chose de charnel. Cette aprèm, excédée par mes phéromones, j’ai pleuré. J’ai juste besoin de faire l’amour, quoi. A un homme. Vite. Là. Maintenant. Seigneur par pitié, entendez-ma prière, bordel !

– Si tu l’insultes, ton Dieu, il ne risque pas de t’aider. Sois douce ma mignonne, sois douce 😂

– #incomprise.com. Bon, puisque tu rechignes à sortir, je m’en fous, je vais lire un livre érotique, avec nos Bookiners en panne, nos Bookiners en manque, en mal d’amour et nos Bookiners insomniaques. 😋😏

– Il s’appelle comment ?

– Beautiful Bastard.

 

Dimanche 7 Mai, 14h00

– Allo honeymoon ?

Voix rauque et endormie

– Hi Hélo.

– Mais qu’est ce que tu fous, on avait rendez-vous au Pain quotidien! 😤

– Bébé, j’ai passé une nuit torride, j’en sue encore des oreilles. Minou re-trouvé. Pénélope gémit de bonheur. #THANKGOD.

– Ahahahaha ! Mais qu’as-tu fais ?

– Aw, rien. J’ai fait soft. Un livre, et Hop, tout allait mieux, j’aurais dû y penser! Bookiners, vous cherchiez partout votre libido ? Par ici, je vous la rapporte ! Suivez-moi.

– Nous t’écoutons. Nos Bookiners trépignent déjà, regarde-les! 

Beyonce – Partition 

Chloé Mills est ambitieuse. Belle. Intelligente. Brillante. Une forcenée du travail qui n’a pas peur de se mouiller les mains – jeu de mots non intentionnel ! -. Elle clôt son MBA par un stage de fin d’année d’étude qu’elle décroche chez Ryan Media Group, LA compagnie la plus fructueuse de Chicago.

De retour à Chicago après avoir terminé son MBA, Bennett Ryan revient chez Ryan Media Group, l’entreprise familiale, pour prendre les rennes d’une des entités du groupe. Ambitieux. Beau. Intelligent. Brillant. Arrogant. Condescendant. Le petit con parfait. Bennett et Chloé doivent travailler ensemble. Ils se ressemblent. Ils se détestent. Ils s’attirent. Ils s’attisent.

Et là.

Bookiners en manque, Bookiners en panne, je pense à vous. Préparez de l’eau, une éponge, et un lit juste à côté. C’est parti ! Ah, attendez! J’appelle aussi les Bookiners insomniaques. Beautiful Basterds est un « page turner » affriolant. Je me dis que lire un « page tuner » c’est toujours mieux que de fixer le plafond hagard et las à la merci de Morphée, non? Et puis, qui dirait non pour quelques pensées érotiques aux creux de la nuit, sous la voûte lunaire de milliers de sommeils paisibles qui ronronnent pendant que vous, vous êtes encore éveillés? Voilà, nous sommes d’accord. Allez, let’s go! 

« 17h30, Ryan va me faire la peau. J’ai vingt minutes de retard et il déteste les gens en retard. (…) Me voilà en train de cavaler à travers les salles vides dans mes pompes italiennes…quatorze centimètres de haut pour rejoindre la guillotine. Respire Chloé, il sent la peur. (…) Je frappe à la porte. Je trie mes papiers en évitant son regard. Il ne dit rien. Tout serait tellement plus facile s’il n’était pas aussi attirant… Je commence la présentation… Je m’arrête en pleine phrase. Le souffle coupé. »

Vous aussi vous avez le souffle coupé?  Dans l’attente? L’expectative? Moi aussi, je vous assure qu’hier soir en lisant ces lignes, j’étais toute chose. Je vous laisse imaginer l’état de mon minou, Pénélope. Elle faisait de ces bruits! C’en était gênant. On se tortillait dans mon  lit, mes mains ne sachant plus vraiment quoi faire de leurs dix doigts, et on tremblait. D’impatience. Ca montait, cette tension en moi, ça montait. Je devenais Chloé Mills. Vous aussi deviendrez Chloé Mills. Ou Bennett. Je vous assure! Ah, vous, je sens que d’un coup, comme ça, vous n’en avez plus rien à faire de mon autobiographie. Respirez. Déglutinez. Je continue.

« La chaleur de sa main se déplace sous ma jupe. Ma peau s’électrise. Chaque muscle de mon corps se tend, mon ventre se liquéfie. (…) Les pointes de mes seins se dressent. Je serre les dents pour toute réponse : trahison pectorale. »

– Retournez-vous mademoiselle Mills, ordonne-t-il d’une voix calme. 

Le désir monte entre mes jambes. »

Pas d’arrêt cardiaque Bookiners. On se calme. Epongez-vous, n’hésitez pas. Je vous raconte un bout de la suite ou je m’arrête ? Bon, je m’arrête.

OK ! Je continue ! Ne criez pas, je continue !

« Il arrive au bord de ma culotte et passe ses doigts sous le tissu. Je le sens glisser contre ma peau et frôler mon clitoris avant de me pénétrer. Je mords mes lèvres, essayant, sans succès, de réprimer un gémissement. Quand je baisse les yeux sur lui, la sueur perle entre ses sourcils… Les boutons de soie de mon chemisier ricochent sur la grande table de conférence. » 

Bookiners prudes, s’abstenir :

« Son pantalon tombe par terre. Je serre sa queue très fort. Je la sens vibrer entre mes doigts. »

Allez, c’est terminé. Vous finiriez par me penser nympho, alors que ces mots ne viennent même pas de moi ! Et puis, vous faites les innocents, mais c’est vous qui avez cliqué, un sourire malicieux aux lèvres sur la rubrique « Libido où te caches-tu ? ». Je vous vois, il ne faut pas croire !

C’est une histoire torride donc, de sexe d’abord, entre ces deux fortes têtes qui succombent à  leur attraction l’une pour l’autre, et à son ivresse, oubliant leur égo et leur statuts respectifs. Et puis, parce que vous avez déjà deviné la suite, c’est une histoire d’amour, à leurs risques et périls.

Pour vous Bookiners qui ne croyez plus en l’amour, je vous dirais que vous avez tort, et c’est en y croyant plus que vous vous condamnez. Car en fermant les yeux, vous baissez les armes, vous ne lui donnez pas une chance, à l’amour. Oui, c’est vrai qu’on dit qu’il ne faut pas chercher. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas ouvrir les yeux. Être attentif(ve)(s). Chloé ne cherchait pas. Et Ryan. Hmm. Comment vous dire. Les petits cons ne cherchent pas l’amour, et encore moins la dépendance. En revanche, ils ont gardé les yeux ouverts, sinon, je vous assure, il ne se serait JAMAIS passé ce qu’il s’est passé. Après, vous savez, je comprends. La déception, les relations qui se terminent mal, les mecs qui ne tournent pas rond, qui font tourner en bourrique, les fous, les relous. Trust me, je me suis tapée le florilège. Mais quand vous lisez une histoire comme celle-ci, simple et attendue – certes, mais oh combien savoureuse, votre petit cœur vous dit tout bas que tout est encore possible et que rien est encore joué.

Aussi, revue à part. Il y’a quelque chose de bien dans ce roman. De valorisant pour nous les femmes. Chloé Mills couche avec son boss, mais par attraction irrépressible. Lorsqu’il a le malheur de la prendre pour acquise, de confondre leurs ébats avec le travail et à penser qu’elle lui doit, ne serait-ce qu’un peu de sa réussite. Chloé démissione de son boulot, et reprend sa thèse à zéro, dans une autre entreprise, moins prestigieuse peut-être, mais sans aucune blurred lines, sans ne rien devoir à personne. 

Bref, je vous disais, je suis convaincue que notre âme sœur à nous tous et toutes est quelque part. Pas loin. Mais justement, je vous parle d’âme sœur. Pas d’âme de compagnie hein. Celui que vous comprendrez en un regard, celui qui complète votre intelligence et vos émois. Celui qui sait que vous savez. Et celui qui ressent ce que vous ressentez. Yes, this one ! Pari gagné pour Christina Hobbs et Lauren Billing ! En alternant par chapitre la narration de Chloé et celle de Bennett, elles explorent la naissance de l’amour et chez l’homme et chez la femme. Et parfois, vous verrez, il suffit simplement d’accepter de se livrer à l’autre, au bon moment, au bon endroit pour que les sentiments se délient et que l’amour se déclare.

Attention : pour l’avoir vécu, évitez les déclarations d’amour dès le 2ème soir. Ca se termine toujours en courant !

Moins de sexe et plus d’amour pour la route. Tenez, c’est cadeau :

(Bennett) « Quand elle dort, j’ai envie de veiller sur elle. Sur son sommeil et sur son réveil. Pour jauger ses sentiments à mon égard. Ce n’est pas seulement du sexe, je le vois bien maintenant… »

 

(Chloé) « Nous revenons lentement sur terre, nos jambes emmêlées dans les draps. Nous parlons de tout, et du fait que j’ai juste assez de sous vêtement pour la semaine : il ne faut plus rien déchirer. Nous parlons de tout, sauf du chaos qu’il a provoqué dans mon cœur. « 

Après les éponges, les mouchoirs !

Je dois vous laisser Bookiners car tout à l’heure, je sers des burgers !

Doux baisers,

 

 

Des souris et des hommes | John Steinbeck

Des souris et des hommes | John Steinbeck

Mercredi 8 mars 2017, 18h15

– Hello mon chat, je te dérange?

– Hi sweety. Ecoute je travaille au piano depuis 4h, il faut absolument que j’arrive à m’accompagner sur ma chanson Nicolas, je ne suis toujours pas au point.

– Ah mais c’est ton texte que tu m’as chanté la semaine dernière, non ? Celui où tu parles de ton ami qui est mort l’année dernière?

– Oui exactement ! C’est terrible, il est mort en quelques semaines. Foudroyant. Cancer. De l’épaule. Comme ça, un rien, une douleur, un matin et 3 semaines après, c’était la fin. Je n’ai même pas pu lui dire au revoir. J’y pense tous les jours. Je pense aux rêves qu’il avait, à ses sourires, à cette optimisme qu’il avait. Je lui ai écrit une chanson, pour le faire revivre, pour le partager. 

– Ton texte est magnifique. Tu lui rends un bel hommage.

– Mais tu crois vraiment que je vais réussir à devenir chanteuse? Ca m’empêche de dormir la nuit tu sais. Parfois, je me réveille en sueur et en larmes. Mon rêve me crie bats toi encore. 

– C’est ton rêve, et tu te donnes les moyens de le réaliser. Tu sais bien que beaucoup de facteurs ne dépendront pas de toi, mais l’important c’est que tu y travailles, que tu y croies et que tu gardes espoir.

– C’est bien ça le problème: comment garder espoir quand tu démarres à zéro ? Et puis moi, tu sais, j’ai du mal avec l’espoir. Cette notion m’échappe, elle me semble un peu contemplative. C’est comme un passe droit pour attendre. Les bras croisés. Godot, Eurêka, la bonne idée, la chance. Ca me gonfle cette attitude, je la trouve à la fois belle, élancée, uplifting – et à la fois benête et sotte. C’est comme manger des carottes, c’est à la fois utile et ridicule. Bref. J’ai peur. Aahahaha, tout ça pour ça, on ne se refait pas! 

– C’est normal que tu aies peur. Mais ton espoir de faire carrière dans la chanson brille tant dans tes yeux. Depuis que tu assumes ton rêves ta peau scintille de bonheur. Je me dis que parfois, le but est finalement moins important que le voyage d’espérance.

– Oui mais qui dit que je ne vais pas le perdre cet espoir si je vois que ça ne marche pas?

– Tu sais bien que si on perd l’espoir, on est sans défense dans la vie. Attends. Il faut absolument que tu lises le cultissime Des souris et des hommes de John Steinbeck. C’est très court, mais le bouquin nous rappelle que l’espoir a le pouvoir magique d’insuffler du bonheur, au quotidien, même dans la vie la plus misérable du monde. Tu vas voir que si même un mec comme Lennie croit en son rêve, tu n’as pas du tout le droit de lâcher le tien.

– Ok, j’ai besoin qu’on me remette les pendules à l’heure. Et certains Bookiners aussi. Nous t’écoutons, attentivement. 

L’extase de l’or – Ennio Morricone 

Parce que la tendresse et la bienveillance n’habitent pas assez notre monde, j’aime qu’on me raconte de belles histoires d’amour et d’amitié. Les récits de jolies relations humaines me réconfortent, ils me sécurisent. Ils me poussent à aller vers l’autre, à tendre la main au monde. Des souris et des hommes nous raconte l’histoire d’une amitié touchante entre George et Lennie, deux travailleurs agricoles itinérants. Ils errent sur les routes de Californie, se baladent de ranch en ranch à la recherche de travail. Parce que Lennie est une âme d’enfant dans le corps d’un colosse, Georges veille à le protéger, mais aussi à le canaliser. Car Lennie est obsédé par la douceur du poil des souris et des chiots, mais sa maladresse et sa force sont incontrôlables. Même si George râle tout le temps, l’amitié qui lie les deux hommes est d’une tendresse infinie. Je suis peut-être un coeur d’artichaut, mais la bienveillance de Georges envers Lennie me réconforte immensément.  

« George continua:

– Pour nous, c’est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu’un à qui parler, qui s’intéresse à nous. On a pas besoin de s’asseoir dans un bar pour dépenser son pèze, parce qu’on n’a pas d’autre endroit où aller. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s’en fout. Mais pas nous.

Lennie intervint:

– Mais pas nous! Et pourquoi? Parce que… parce que moi, j’ai toi pour t’occuper de moi, et toi, t’as moi pour m’occuper de toi, et c’est pour ça. »

Quand je perds de vue le soleil, ce récit me redonne du courage, il vous rappellera à quel point la vie peut être vue, et donc vécue, différemment. Il suffit d’imaginer. Car ce qui lie ces deux hommes, c’est l’espoir d’un avenir meilleur. Un avenir rien que tout les deux, heureux. Cet espoir, Lennie en a fait son obsession. Même si le géant simplet inconscient de sa force crée du grabuge où qu’il aille, même si sa maladresse laisse poindre à l’horizon un drame sans égal, les amis s’accrochent à leur rêve. N’est-ce pas du fond de la caverne que naît l’espoir? Pour ne jamais le perdre de vue, pour le rendre toujours plus réel, Lennie demande sans cesse à Georges de lui décrire, avec tous les détails, le rêve qu’ils se sont construit.

« – Continue maintenant, Georges !

– Tu l’sais par coeur. Tu peux le faire toi-même.

– Non, toi. Y a toujours des choses que j’oublie. Dis-moi comment ça sera.

– Ben voilà. Un jour, on réunira tout not’ pèze, et on aura une petite maison et un ou deux hectares et une vache et des cochons et…

– On vivra comme des rentiers, hurla Lennie. Et on aura des lapins. Continue, Georges. Dis-moi ce qu’on aura dans le jardin, et les lapins dans les cages, et la pluie en hiver, et le poêle, et la crème sur le lait qui sera si épaisse qu’on pourra à peine la couper. Raconte-moi tout ça, George. »

Cet espoir tisse tout le récit, il est le fil qui se tend jusqu’à nous éclater au visage. Le style est lumineux, les personnages attachants mais surtout, ce court roman est d’une saisissante dramaturgie. Construit comme une tragédie en six actes, il est une allégorie intelligente.

Toi, moi, vous les peanut bookiners, nous avons tous un Lennie en nous qui veut qu’on lui parle de lapin de temps à autre. Personne ne peut vivre sans tendresse et sans lumière. Parce qu’il ne faut jamais sous-estimer l’importance de l’espoir. Vivre sans, c’est ne pas vivre. Tant que le soleil reste quotidiennement en ligne de mire, l’homme peut s’arranger de tout : de l’emprisonnement, d’une maladie grave, de la perte d’un proche. La survie réside dans l’idée que tout ira mieux un jour, que l’aliénation de la douleur, du doute, de la peur finira par s’envoler. Ce récit est important parce qu’il nous rappelle qu’il ne faut jamais oublier d’y croire.  

Et même quand notre esprit déraille, comme Lennie, qui reste malgré lui un éternel enfant; ou comme moi, quand ma tête a joué avec mes nerfs pendant plusieurs mois, notre cerveau finit toujours par nous obéir et par se configurer si on lui montre la voie à suivre. Ce n’est pas de la psychologie de comptoir ce que je vous raconte, le docteur américain Joseph Murphy l’a démontré dans les années 1960: la puissance du subconscient (et donc de l’autosuggestion) a déjà aidé des millions de personnes à accomplir leurs rêves. Plus on se répète les choses, plus on croit en notre avenir, et plus notre vie aura de chance de prendre le chemin que l’on espère. Ce récit magique peut se targuer de nous remettre les pendules à l’heure. N’est-ce pas la meilleure nouvelle de votre journée ?

Vous prendrez bien une lecture-apéritif avant de partir? 

Hauts les coeurs, mes bookiners !

 

 

 

 

 

 

 

Andromaque | Racine

Andromaque | Racine

Vendredi 5 Février 2017, 19h30

– Hélo, si j’appelais mon premier album Road 67 ?

– Et pourquoi pas autoroute pendant qu’on y est ?

– 😂 T’es la pire !

– Nan mais pourquoi Road 67, en vrai ?

– Pour Andromaque – jouée pour la première fois le 17 Novembre 1667.

– Hmmm.

– Tu te doutes bien que je l’aurais appelé Andromaque cet album hein, mais maman m’a fortement déconseillée d’avoir des élans littéraires quelconques. Je l’entends encore dire en s’esclaffant: « Ni Bérénice, ni Sérénade, ni Iphigénie, ou autres divinités aux noms imprononçables dont toute l’humanité se fout, Folcoche. Fais simple. »

– Je pense qu’Yvette a raison.

– Sale histoire. N’en parlons plus. Je voulais te dire, je pense que même si George et moi sommes à l’autre bout du monde l’un l’autre, séparés par les océans et les silences, c’était mon âme sœur. Je sens encore tout ce qu’il ressent. Tout.

– Je sais honeymoon. Tu penses que tu l’aimeras toute ta vie ?

– J’en suis sûre. Et je sais qu’il m’aimera toute sa vie. J’y crois vraiment en l’amour indéfectible, en l’osmose instantanée et éternelle entre deux êtres. Le reste, que cela marche ou pas, est une question de circonstances, de tempo, de timing. L’amour est une question de timing. C’est étrange de se dire ça, car ça laisse beaucoup de place à la contingence, mais je pense réellement que c’est le cas.

– J’y crois aussi. Si j’étais partie à NY pour poursuivre ma carrière de journaliste pendant dix ans comme je voulais le faire, alors Constantin m’aurait suivie, et on se serait marié. Et alors peut-être que je n’aurais revu Gus que trop tard. Peut-être qu’on aurait compris trop tard qu’on était fait l’un pour l’autre.   

– Oui, c’est sûr! Tu te serais mariée avec Cons, et j’aurais été la marraine de vos bambins. Surtout, ce qui est fou, c’est qu’une fois que tu rencontres ton âme sœur, elle est ton âme sœur à perpétuité. Comme un cadeau et comme une sentence. C’est pour ça que parfois je m’en veux d’aimer George, et pourtant, je remercie le ciel d’avoir eu le droit de goûter à cette transcendance. Bon, après, du calme, je suis sûre qu’on peut avoir plusieurs âmes-soeurs. Sinon, je suis condamnée à marier les 3 chats que je n’ai pas encore car George is MIAF (Missing In Action Forever). 

– 😂 T’es folle! Qu’est ce que tu fais d’ailleurs, là, honeymoon? 

– Je lis Andromaque.

– Hmmm. Tout va bien 😂 Mais, Andromaque est une tragédie, non?

– Oui, Oui, mais c’est aussi bien au-delà de la tragédie amoureuse. Chaque jour, les pleurs d’Andromaque la relient à son mari Hector, à la continuité et à l’éternité de leur amour, et ce, même si Pyrrhus fait des pieds et des mains pour qu’elle lui offre son coeur. Au-delà de la tragédie, donc, il y a la promesse de s’aimer et de s’être fidèle, à n’importe quel prix. C’est cette promesse qui me redonne foi en l’amour, car elle me rappelle ce que signifie « aimer ». Evidemment, Andromaque c’est aussi ce sublime en apesanteur, l’élan de chaque personnage vers le gouffre et la folie de leur humanité. Lorsque j’oublie le visage de l’amour, son souffle, son sublime et sa couleur indéfectible, je lis Andromaque. Du coup, pour mon album d’amour, ça me semblait évident de…

– Oublie l’album chat, et raconte à nos bookiners en mal d’amour et de sublime comment Andromaque peut les aider. On t’écoute!

Hendël – Rinaldo 

Bon, puisque personne ne veut que je parle du titre de mon album, je vais vous parler d’Andromaque beaux bookiners. Je ne sais pas vous, mais au milieu de l’hiver qui se traine, embourbée dans mes kilos d’hibernation, je ne dis jamais non ni pour une cure de sublime ni pour une cure d’amour. Venez, je vous emmène! 

Tout d’abord, un peu de contexte avant de plonger dans les eaux sublimes de Racine. L’intrigue d’Andromaque  se tisse sur un pentagone amoureux. Oreste est revenu en Epire, officiellement, pour des raisons diplomatiques, officieusement, parce qu’il est encore fou amoureux d’Hermione, sa cousine. Le problème, c’est qu’Hermione est promise à Pyrrhus, le roi des Grecs, dont elle est réellement éprise. Ce ne serait pas intéressant si je ne vous disais pas que Pyrrhus est amoureux d’Andromaque, sa captive et qu’Andromaque n’a d’yeux que pour son feu mari, Hector, mort au combat, tué par le père de Pyrrhus, Achille. Chaque personnage est embourbé dans cette impasse, dans cet amour impossible – mais de ces amours impossibles naît la possibilité d’aimer jusqu’outre-tombe, au-delà de la mort, de la vie et du vide. 

Si vous désirez une cure de sublimemes bookiners, regardez, écoutez, du début à la fin, cette pièce de théâtre est parsemée de transcendance, de divin. Ici, nous sommes au tout début de la pièce. Pylade retrouve son meilleur ami Oreste qui, comme je vous l’ai dit, se retrouve en Epire pour chercher à nouveau le coeur d’Hermione.

PYLADE/

Combien, dans cet exil, ai-je souffert d’alarmes!                                  

Combien à vos malheur ai-je donné de larmes,                                    

Craignant toujours pour vous, quelque nouveau danger 

Que ma triste amitié ne pouvait partager!

Surtout je redoutais cette mélancolie

Où j’ai vu si longtemps votre âme ensevelie.

Je craignais que le ciel, par un cruel secours,

Ne vous offrît la mort que vous cherchiez toujours.

Lisez cette tirade à voix haute bookiners. Sentez comme ça vibre, comme votre coeur s’emballe et s’élève vers des horizons éthérés, sublimés par le verbe et la grâce.

Dans ces eaux divines, ajoutons-y des mots doux, pour guérir les bookiners qui n’ont plus foi en l’amour. Vous savez, moi aussi je perds le nord, je perds espoir. Mais quand je lis Andromaque, je comprends que j’ai eu tort de douter en ce sentiment plus fort que tout, plus fort que les hommes et leur raison. Dans cette pièce de théâtre, tous les personnages vont au-delà d’eux-mêmes, de la raison, de leur principe, par amour. Et c’est beau de savoir que ça existe. Et les livres ne sont pas mythomanes, on en a déjà parlé, alors trêve de scepticisme et regardez!

Par amour, Pyrrhus, roi d’Epire, guerrier incontesté et idole des grecs, se met à genoux devant Andromaque sa captive, pour lui re-demander un cœur dont elle n’est plus maîtresse:

PYRRHUS:

Mais ce n’est plus Madame, une offre à dédaigner,

Je vous le dis, il faut, ou périr ou régner

Mon cœur désespéré d’un an d’ingratitude

Ne peut plus de son sort souffrir l’incertitude

C’est craindre, menacer et gémir trop longtemps.

Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j’attends.

Oui, vous avez bien lu. Je ré-écris pour les incrédules.

« Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j’attends. »

Et là, Andromaque, s’érige en déesse de l’amour éternel, lorsqu’elle répond à Pyrrhus, le coeur en larmes et les larmes aux yeux:

« Captive, toujours triste, importune à moi-même

Pouvez-vous souhaiter qu’Andromaque vous aime ?

Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés,

Qu’à des pleurs éternels vous avez condamnés ? »

Envers et contre tous, alors même que la confidente d’Andromaque, Céphise, l’enjoint à se donner à Pyrrhus afin de retrouver sa liberté et de sauver son fils Astyanax, qui autrement sera sacrifié, Andromaque s’écrie :

« Quoi donc ? As-tu pensé qu’Andromaque infidèle,

Pût trahir un époux qui croit revivre en elle ? »

Mais pour comprendre davantage la pureté des sentiments d’Andromaque, la limpidité de sa fidélité envers Hector, il faut lire, mes Bookiners, cette sublime tragédie. En attendant, je vous laisse avec quelques fragments d’amour qu’Oreste dédie à Hermione, la dédaigneuse :

ORESTE:

Tel est de mon amour l’aveuglement funeste

Vous le savez Madame, et le destin d’Oreste

Est de venir sans cesse adorer vos attraits

Et de jurer toujours qu’il n’y viendra jamais (c’est tellement ça !)

Enfin je viens à vous, et je me vois réduit

A chercher dans vos yeux une mort qui me fuit

Mon désespoir n’attend que leur indifférence

Ils n’ont qu’à m’interdire un reste d’espérance.

Je m’arrête mes Bookiners. Lisez ce chef-d’oeuvre. Lisez Andromaque et guérissez d’amour et de sublime. 

Bon allez, une dernière envolée lyrique pour la route! Celle-ci est encore d’Oreste. Il se confie à Pylade sur son amour indéfectible pour Hermione: 

ORESTE:

Quand Ménélas enfin disposa de sa fille

En faveur de Pyrrhus vengeur de sa famille

Tu vis mon désespoir et tu m’as vu depuis

Trainer de mers en mers ma chaine et mes ennuis.

Je pris tous mes transports pour des transports de haine

Je sentis que ma haine allait finir son cours

Ou plutôt je sentis que je l’aimais toujours.

Puisqu’après tant d’efforts ma résistance est vaine,

Je me livre en aveugle au destin qui m’entraine,

J’aime. 

Bon, je vous laisse réellement maintenant, mais s’il y a une chose que je sais, c’est que l’Amour inconditionnel, transcendantal, démesuré, fou et vrai, existe. Il n’est pas loin, ouvrez grands les yeux. Et si un jour, par hasard ou par erreur vous oubliez qu’il est possible, alors lisez Andromaque, lisez Adolphe, Roméo&Juliette, et bien d’autres encore qu’Hélo et moi aurons le plaisir de décortiquer… Pour vous convaincre! 

Livrons-nous en aveugle aux destins qui nous trainent. 

Aimons!

Des baisers mes Bookiners, 

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une | Raphaëlle Giordano

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une | Raphaëlle Giordano

20 Avril 2017, 9h45 

– Tragédie mon ange.

– Oh mon dieu que se passe-t-il ?

– Au bord du gouffre, au bout des mots.

– Ne me dis pas que tu as déjà mangé 45 cookies de chez Prêt-à-manger ou que tu es encore partie de chez toi sans culotte 😂 ?

– Pire. Je viens de commencer Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. C’est écrit dans un français du 22ème siècle. Bisounours et tutti quanti. Le monde va mal. 

– Ah oui, ce livre rose et bleu surmédiatisé ! Il me poursuit à chaque bouche de métro. Je n’en peux plus.

– Je ne l’ai pas acheté hein, je l’ai volé à ma sœur !

– 😂

– Bon, je vais le terminer en 2 heures, ça va être vite vu! A tutti mon ange.

– Ok. Je te préviens on arrête le sucre demain !

– Mais on est le 20. On ne peut pas arrêter au milieu du mois, c’est illégal. Commençons le 1er Mai !

– Ok! A tutti honeymoon.

20 Avril 2017, 22h00

– J’ai adoré. Wow. Ce livre, toutes les nanas devraient l’acheter, le surligner, le relire, et l’appliquer. Wow.

– #schizo.fr

– Hélo, je te jure que ce n’est pas une blague. Bon, je suis peut-être allée un peu vite en besogne. J’ai jugé le livre avant de l’avoir terminé et c’est mal. Alors oui, ce n’est pas de la littérature du tout. Parfois, on dirait que la nana a écrit dans ses toilettes. Mais c’est un livre génial. Nécessaire. Rassérénant. Important. Camille, le personnage principal, c’est toi, c’est moi, ça pourrait être nous tous et toutes, avec ou sans le mari et le bambin.

– Wow, tu me vends du rêve, ne nous déçois pas ! On t’écoute.

 

He still loves me – Beyonce & Walter Williams

Si vos rêves sont passés à la trappe dans les turbulences du monde, et les désirs des autres, Ta deuxième vie commence va vous guider vers le chemin qui mène à vous-mêmes et à vos envies les plus enfouies. Ne soyez pas gênés, ne soyez pas honteux mes Bookiners, s’oublier et oublier ses rêves, c’est la chose la plus facile qui soit. On trouve toujours une raison pour s’interdire d’être heureux. Vous savez, quand j’ai terminé mes études, j’avais peur d’assumer les rêves qui grouillaient en moi. Je ne voulais pas les entendre. Enfin, comprenez-moi, « qu’allais-je dire à mes amis Facebook? Et à moi-même aussi? ». Dans ma tête, Tatiana, diplomate, ça sonnait mieux que Tatiana, chanteuse qui essaie d’en vivre. Et puis, étudier la philosophie politique à Cambridge, ça donne libre champ à la société, à votre entourage et à votre ego de vous élaborer une carrière dans la diplomatie, la politique, les organisations internationales, « avec certitude ». Je n’ allais pas gâcher le rêve de mes parents, de mes amis et de mon ego, de faire de moi la version basanée de Christine Lagarde, si? Alors j’ai fait comme si. Jusqu’au jour où j’ai vacillé. Vertige. Arrêt sur image. Arrêt sur ambition. Comme Camille, notre héroïne, j’avais le vague à l’âme. Je souffrais, vous souffrez, peut-être aussi, de « routinite aigüe », parce que j’avais oublié mes rêves, ma raison d’exister.

Je ne connais pas votre âge, mais Camille, elle, a 38 ans. Consultante dans un grand groupe, elle a « tout »: un mari, un fils, un CDI, un appart, quelques amis et un prêt qu’elle a les moyens de rembourser. L’ Eldorado, quoi. Eh bien non. Elle n’est pas heureuse car elle ne vit pas ses rêves. Comme nous, comme vous peut-être, Camille a construit sa vie à travers les exigences et les désirs des autres, de la société, de sa mère qui l’a élevée toute seule et la voit un peu comme une revanche, et peut-être un peu de son ego. Et pourtant, au-delà de la perfection apparente de sa vie, quelque chose cloche: Camille a perdu son essence, son moi intérieur. Elle a cessé de s’écouter. Un soir, journée de merde, Camille se perd dans un village au bout du monde. Il faudra que sa voiture tombe en panne au fin fond de cette banlieue parisienne pour que Camille croise le chemin de Claude, et par la même occasion, retrouve le chemin de ses rêves enfouis. Si vos rêves sont passés à la trappe dans les turbulences du monde et les désirs des autres, ce livre vous ouvrira les yeux, les oreilles et le coeur. Il vous donnera la force qu’a trouvée Camille pour embrasser ses aspirations d’enfant. Je ne vous donne pas tous les détails, mais si Camille a changé de vie, vous pouvez vous aussi changer la votre. Pour ça, Claude va vous guider

« Nous sommes ce que nous répétons sans cesse »

Oui, car si vous désirez un mentorClaude Dupontel, le père spirituel de Camille, se fera un plaisir de vous aider à retrouver le chemin du bonheur. Claude est « routinologue », donc, les cas comme vous, nous, ça le connait. Et il est passé par là, lui aussi, la vanité, le bonheur qui sonne faux, les rêves qu’on étouffe, les sourires lasses et le désespoir morne. Il a changé de vie lui aussi. Je vous préviens Bookiners, Claude, c’est tout un programme! D’abord, vous allez lister ce que vous désirez changer dans votre vie. Tout. Les petites choses, comme les montagnes. Comme moi, vous allez tout vivre avec Camille, entendre la voix chaude de Claude écarter vos doutes et vos peurs, appliquer ses techniques, rire avec lui, renaître. Dans cet élan, vous allez aussi apprendre à vous regarder, à vous écouter, à vous aimer.

« Le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur »

Si votre confiance en vous s’est égarée et que vous n’aimez pas beaucoup votre joli corpsClaude va vous montrer comment faire. Premièrement, regardez-vous avec gratitude. Puis apprenez à vous sourire de l’intérieur et à vous apprécier. Vous allez voir, ce sera Saturday Night Fever dans l’estime de vous-même! Votre corps vous dira « merci » et le regard des autres deviendra bienveillant, attiré par votre aura. Ensuite, si vous voulez changer des petites choses en vous, il va falloir les changer une fois pour toutes! Claude n’aime pas les va-et-vient. Perdre ses kilos en trop, oui! S’en plaindre en mangeant des Kinders Bueno à chaque pause, non! Vous comprendrez d’ailleurs que tout ça, les kilos, les cicatrices, les ridules, c’est secondaire. Ce qui est primordial? Le regard que vous posez sur vous et l’énergie que vous dégagez. Claude vous fera faire le test, vous allez vous surprendre!

Dois-je préciser que si vous cherchez le soleil comme on cherche l’espoirTa deuxième vie inonde de soleil. Ce livre est un manuel de vie et d’espoir. De changement de vie. C’est un livre pour ceux qui croient être dans une impasse, pour les moroses, pour ceux qui respirent en apnée et pour tous ceux qui veulent donner un sens à leur existence.

Si je pouvais vous offrir un livre, croyez-moi, celui-ci serait dans le Top 10. Il serait une piqûre de rappel à ceux qui doutent et qui s’oublient. Les rêves ne sont pas faits pour dormir debouts, mais pour être réalisés. Et c’est important de toujours s’en rappeler, de se battre tous les jours pour qu’ils s’immiscent dans notre réalité et qu’ils deviennent « notre » réalité, car, comme dirait Claude et l’Abbé Pierre:

« Nous avons autant besoin de raisons de vivre que de quoi vivre ».

Lisez-le mes Bookiners, et dites-moi comment il vous a aidé. J’ai hâte de lire l’émerveillement dans vos mots doux.

Tendres baisers,

 

 

 

 

 

 

 

 

Petit Pays | Gaël Faye

Petit Pays | Gaël Faye

29 Mai 2017, 23h00

– Tu sais Hélo, j’oublie souvent que je suis noire.

– Je sais mon ange, j’ai jamais compris pourquoi tu te regardais si peu dans le miroir.

– Je me regarde. Je t’assure. Mais mon ciel a toujours été multicolore, alors, je ne distingue plus les couleurs, c’est tout. Ca ne veut pas dire que j’ai oublié mon continent. Seulement, quand je m’en rappelle, j’ai mal à l’âme et j’ai le vertige. Ma couleur porte son cortège de cadavres, d’injustices et de larmes. Je ne sais vraiment pas comment m’en dépêtrer.

– L’Histoire est peuplée d’histoires douloureuses, mon ange.

– Mais comment puis-je oublier que je suis noire? Comment puis-je oublier mon histoire? Cet esclavage, ces génocides, ces incestes, ces douleurs, ces combats et ces joies indicibles, au creux d’un soleil lumineux que même nos haines n’ont pas éteint.

– Je te sens bouleversée. Que se passe-t-il ?

– Je viens de terminer Petit Pays. Le roman de Gael Faye. Il dit que ce n’est pas autobiographique, mais on ne me la fait pas à moi. L’horreur, ça ne s’invente pas, ça se vit. Je crois que c’est un petit bijou. Je ne sais pas si c’est sublime, mais c’est une chanson douce et tragique qui me bouleverse, me rappelle mes racines, me rappelle ma couleur et donne un sens à mon Afrique, à mon passé. Ca m’enracine dans une histoire qui m’échappe et à laquelle j’appartiens.

– Ça parle de quoi ?

– D’une guerre absurde, entre les Tutsi et les Hutu du Rwanda au Burundi. Une guerre entre le même sang, la même histoire, la même vie.

– Mais pourquoi ?

– « Pour une histoire de nez ». Les êtres humains oscillent en permanence entre le grotesque et le sublime. Ca donne le vertige. La misère et le pouvoir rendent les gens fous, peut-être.

– Je sens tes émotions tacites déferler en moi. On t’écoute. Largue les amarres, chante moi ton histoire.

D’abord, je vous laisse écouter Milk Coffee & Sugar. C’est l’une de mes chansons préférées de Gaël Faye. Car vous savez, il est musicien avant tout. Enfin, je veux dire, auteur, compositeur, interprète, pour rendre justice à son art. Et si je ne sais pas pour son livre, je sais pour ses textes, ses raps, eux, ils sont au-delà du sublime. Gaël chante les mots comme s’il était né avec eux, du même ventre, de la même douleur. 

J’ai lu ce livre parce que je voulais lire Gaël, vous comprenez. C’est un rappeur que j’admire pour la justesse de ses textes, pour sa colère sobre, sublime, toujours au-delà de la colère. Je l’ai découvert avec Hope Anthem, alors quand il a sorti ce livre, je l’ai acheté, bien avant le Goncourt des Lycéens. Mais j’avais peur d’ouvrir le livre de mon histoire. Je ne suis pas Rwandaise, mais un africain déraciné, qui parle de ses racines, parle forcément des miennes.

Si vous êtes ou vous sentez déracinésce livre vous bercera, vous soignera en vous parlant de vous. Je crois qu’un livre qui parle de soi par les détours de l’autre a des pouvoirs cathartiques inouïs, car le coeur se reconnait, et il panse, à votre insu, les peines du passé,et les souffrances du présent.

Vous savez Bookiners, je me suis souvent sentie coupable, moi, de ne pas avoir vécu la guerre en Afrique, les guerres, de ne pas avoir tenu la misère dans mes mains et dans mon cœur. D’être marginalisée de ma propre histoire. D’être enracinée et heureuse, dans une histoire qui ne voulait pas trop de moi, et déracinée de celle à laquelle j’appartiens. Gabriel, le protagoniste de l’histoire, a vécu un bout de son histoire, un bout du continent Africain à la dérive, avant de fuir l’horreur, la folie et les balafres son Histoire, pour la France. Alors au début du récit, voilà qui il est : personne. « Une enveloppe vide ». Une carotte râpée, comme vous, peut-être :

« Je n’habite plus nulle part. Je ne fais que passer. Je loge, je crèche, je squatte. Depuis 20 ans, je reviens dans mon pays natal, la nuit en rêve, le jour en songe. Mais avant tout ça, avant la fuite, avant la France, avant la guerre, le génocide il y avait le bonheur, en Afrique, au Burundi, dans la ville de Bujumbura. »

Gabriel et Ana, sa sœur, vivent avec leur père, un colon français – ou expat, pour le politiquement correct – et la maman, Yvonne, une Rwandaise Tutsi, qui s’est réfugiée au Burundi pour fuir la guerre. Avant tout ça, c’était la vie pieds nus, la cueillette aux mangues, les rires faciles, les cœurs sucrés, les danses, les enfants, les rires encore. C’est une Afrique vivante, qui chante à tue tête au Zénith, même si l’Afrique de Gabriel, c’est l’Afrique protégée, celle qui est en guerre mais qui ne la vit/voit pas encore. L’épisode de la circoncision des jumeaux vous fera crouler de rire à vous faire des abdos. Tout ça, c’est juste avant le début de la fin du bonheur. Gabriel raconte son enfance, son passé, pour y chercher un sens à sa vie présente, et pour cicatriser les balafres de son cœur.

Je ne vais pas vous raconter le génocide, mes Bookiners. Gabriel le fait, et il n’épargne rien de ce charnier à ciel ouvert : des rires fusillés, aux « yeux de sa mère, suspendus dans les ténèbres ».

Vous qui cherchez un sens au passé, à vos traumatismes, je ne sais pas s’il y en a un. Je ne pense pas qu’il y en ait un, de sens, au passé ou même à l’histoire. Mais l’avenir a un sens qui n’a de sens qu’à être vécu. Gaby a tout vu, le drame, la mort, la folie de sa mère, l’absurdité des hommes, et le ciel sans réponse. Et même après tout ça, c’est par la parole, et donc par la vie qu’il a pris ce passé dans son cœur, et qu’il en a esquissé les contours. Il n’en a donné aucun sens, mais il lui a donné une direction : le témoignage, l’hommage, à toutes ces vies arrachées au temps et à la vie elle-même. Pardonner au passé, c’est peut être simplement accepter son existence et en faire quelque chose : la sublimer.

Je n’ai pas vécu de drames dans ma vie. Enfin, chacun son échelle, mais si tout est relatif, il y a des drames incomparables. Mais je crois, que si vous, vous avez vécu des tragédies, alors vous vous sentirez accompagnés par la même humanité, par le même fardeau et par le même combat pour la vie, car si vous êtes encore ici, c’est que vous y avez survécu, au drame, alors il faut vivre, pour les autres, les innocents, les estropiés, les étranglés, les décimés.

Pour ma part, alors je suis chanceuse, car je suis intacte, pas indemne, intacte. Mais lire le drame me fait relativiser sur mes « dramas » quotidiennes. Et puis, ça me redonne cette combattivité que je perds, trop souvent.

Gabriel est retourné au Burundi pour chercher ses racines. Mais c’est en lui, dans ses souvenirs, dans les arcs-en-ciel de sa mémoire, et dans ce livre qu’il a tissé son histoire.

Gabriel voulait être mécanicien. Réparer des voitures. Leur redonner vie. Ne plus tomber en panne. Maintenant, il est écrivain.x Peut être qu’il a réussi son rêve. En tout cas, il a retrouvé ses racines, en lui. Et à défaut de trouver un sens à un passé qui n’en a pas, il lui a donné une direction : l’écriture.

Petit Pays se passe de mots, et même si mon cœur est encore engourdi, au moment où je vous écris, j’ai guéri des choses, j’ai pansé des doutes, et je m’enracine, non pas d’un passé que je ne maitrise pas, mais d’un présent que je vis. Et ça, c’est bien plus qu‘une cure d’espoir, c’est une leçon d’existence! 

Je vous laisse avec cette enfance déchue entre les mains et cet espoir indissociable de la vie toute entière. Demain, le jour se lèvera, encore, comme hier, comme demain, même si le soleil traine dans son lit.

Ah, tenez, cadeau: cliquer ici . Le chant de Penya, c’est le chant de l’Afrique qui espère, Gaël approuverait, parole d’honneur!

Je vous embrasse avec douceur mes Bookiners,