Tout petit déjà, je rêvais de faire du théâtre. Je dois cependant avouer que la première fois que j’ai lu Le Misanthrope en 5ème (l’ai-je vraiment lu d’ailleurs ?) je me suis promis d’éviter ce genre de texte un peu poussiéreux écrit dans une langue qui n’était pas la mienne (les alexandrins).

Après 4 ans d’école de commerce pendant lesquels je n’ai pas ouvert un seul livre, je suis rentré aux cours Florent. J’y ai réentendu une scène du Misanthrope: la scène d’amour entre Alceste et Célimène. J’ai relu la pièce le soir même. Quelle claque ! Quel déclencheur ! Mon goût des mots s’est réveillé. Mon rêve est devenu palpable, concret, réel. Le rêve que j’avais de lire, de dire et de partager ces mots, des mots qui ne sont pas les miens mais qui réveillent tellement de choses en moi.

Lire Le Misanthrope, c’est se rendre compte que l’Homme ne change pas quel que soit son époque. Il est hypocrite, jaloux, fourbe mais il est aussi bouleversant et sensible. 

Alceste est un personnage extrême, colérique, dur, maladivement jaloux et pourtant tellement attachant! On aimerait qu’il ait toujours raison, qu’il ne renonce pour rien au monde à son goût pour la vérité, la sincérité et à sa lutte sans merci contre l’hypocrisie. Mais Alceste est amoureux, et cet amour vient contrarier toutes les valeurs qui donnent un sens à sa vie.

« Sur quelques préférences une estime se fonde,

Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde »

Le Misanthrope une œuvre intemporelle et tellement bien écrite… Avec un texte comme celui-là, sous couvert de « jouer », on peut partager des choses extrêmement intimes et profondes et le texte n’aura jamais la même résonnance si quelqu’un d’autre l’interprète. C’est magique.

Depuis cette relecture, les mots d’auteurs comme Molière sont mes guides et donnent un véritable sens à ma vie. 

Ce texte, c’est Molière et la langue française dans toute sa splendeur. Ce texte, c’est mon rêve.

Aurélien