Jeudi 11 mai 2017, 13h56

– Tatoo !

– Non hélo je n’ai toujours pas réservé l’hôtel pour nos vacances au Portugal ça va être la sixième fois que tu me le demandes aujourd’hui…

– Oui mais chat on part dans 5 jours quand même il faudrait vraiment s’y mettre… Mais ce n’est pas de ça dont je voulais te parler.

– Ah ? Alors je t’écoute 😌

– Hier soir j’ai dîné avec Léa, ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vue, tu ne vas jamais deviner ce qu’elle m’a annoncé.

– Attends attends… Elle est enceinte ? Mais elle n’a pas de mec si? Elle va avorter du coup ? Tu ne vas pas la laisser le faire toute seule hein ? Moi aussi je veux un mioche qui rit et qui se mord les doigts. Dear God, can I have a baby too. 

– Hahaha t’es folle, non non ce n’est pas ça, c’est une super nouvelle !

– Ah, alors elle a un mec ? Géniaalll !! Champagne demain, on me! 

– Tu brûles…

– Elle a deux mecs ?

– 😂  En fait, elle m’a annoncé qu’elle sortait avec une nana dont elle est folle amoureuse !

– Mais non arrête. Je ne te crois pas. Je suis trop contente pour elle!! C’est incroyable! Mais attends, elle est lesbienne Léa ? Elle a déjà eu d’autres nanas ?

– Non, justement, elle dit qu’elle est simplement tombée amoureuse de cette fille qui est dans son équipe de basket ! Boum, coup de foudre réciproque ! C’est la première fois de sa vie qu’elle a une aventure avec une nana, et d’ailleurs,  elle ne se considère pas comme homosexuelle. Elle est simplement tombée amoureuse d’une femme. Si tu savais, je ne l’ai jamais vue aussi heureuse, elle a dit « je t’aime » pour la première fois de sa vie, t’imagines ?!

– Wow c’est fou! Je suis tellement heureuse pour elle !! C’est beau l’amour quand même. Wow. Ca me donne des ailes d’avances. Bon, peut-être qu’il est temps de refaire une prière d’invectives et de supplications à dieu : « dieu si tu m’entends, une meuf, un mec, ou un chien, j’attends l’amour ! Donne-moi qui tu veux, mais donne ! »

– Le plus fou, Tat, c’est que le soir où je l’ai vue je venais de terminer un livre qui raconte l’histoire de deux femmes qui s’éprennent l’une de l’autre à une époque où l’homosexualité te conduisait tout droit à la guillotine. Ce bouquin est tellement joli et… caliente 😏

– Ah raconte! C’est un roman érotiiique? J’en ai besoin en plus en ce moment, car je sens que j’ai perdu mon vagin… dans mon bain! Ca fait 8 mois que je n’ai pas touché à un homme. Je ne fais l’amour que dans mes rêves maintenant. Je me sens maudite. Condamnée. #donnezmoiunhommeouunecorde.com D’ailleurs, drame à part, je n’ai jamais lu de roman sur l’homosexualité et la sexualité féminine, j’ai toujours eu l’impression que personne n’en parlait. C’est genial que tu aies déniché ça mon ange. Je vois nos Bookiners se lécher les babines. 

– C’est le premier livre sur le sujet que je lis. C’est une histoire d’amour – oui, c’est vrai, le titre parle de lui-même mais c’est aussi l’histoire d’une revanche sur la vie. Je pense qu’il peut faire du bien à ceux qui pensent que leur condition sociale ou familiale les empêchent d’être libres et heureux. Je pense qu’il peut ouvrir les yeux aux bookiners qui pensent que leur vie et leur intimité sont conditionnées et choisies par les autres. Et puis… il m’a réconciliée avec mon corps.

– Ah carrément ? Raconte-nous mon chat, il faut absolument que je fasse la paix avec mon corps, aussi. Je pars à Paris pour l’aprèm chanter pour une pub SCNF et je te lis en rentrant. Je suis certaine que nos Bookiners t’écoutent alors, go ahead baby! 

River flows into you – Yiruma 

Si vous pensez que l’amour ne toquera plus jamais à votre porte, si vous croyez que trop d’obstacles jonchent le chemin qui mène à votre âme soeur, ce livre pourrait vous faire changer d’avis. Dans son roman Amours, Léonor de Récondo ouvre le champs de tous les possibles en racontant l’histoire d’amour de deux femmes au début du XXème siècle. Tout les sépare : Céleste est une bonne de dix-sept ans, Victoire est une bourgeoise précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire qu’elle n’aime pas. Au début du vingtième siècle, les deux vivent dans le même huis clos, une maison bourgeoise du Cher. Les deux n’ont jamais été aimées, elles n’ont jamais aimé.

Après avoir été violée par Anselme, le mari de Victoire, Céleste tombe enceinte. Quand Victoire l’apprend, sa décision est brutale et indiscutable : cet enfant sera celui du couple, il sera l’héritier tant espéré. Adrien naît. Mais Victoire ne lui offre pas l’affection dont se nourrit un bébé pour grandir. L’enfant se meurt.

« Le corps d’Adrien, sa chair entière s’est accrochée à la vie avec la virulence nécessaire pour croître. Il a pris la nourriture qu’on lui offrait, il s’est reposé comme il devait, mais l’amour était absent, et aucun lait ne le remplace. Il est seul, perdu dans ce monde nouveau. L’enfant ressent tout. Il a crié, réclamé, et pourtant rien n’est venu. Le corps de l’enfant, maintenant, se tait. »

Ces mots font pleurer mon coeur de future maman. Bref. Céleste, la mal-aimée ne peut s’empêcher d’éprouver un amour immense pour cet enfant qu’elle a mis au monde. Mue par son instinct, elle lui apportera toute son affection, au péril de sa vie. Chaque nuit, la bonne récupère discrètement le berceau dans la chambre de Victoire pour dormir avec son fils, corps contre corps. Le jour où sa maîtresse s’en aperçoit, tout bascule.

Si vous êtes en manque de tendresse et de caresses, si votre libido est partie en vacances sans vous, la suite de l’histoire devrait vous insuffler des bouffées de chaleur. Quand Victoire se glisse sous les draps de Céleste, leur corps et leurs âmes s’épousent. C’est la chance de leur vie. La première fenêtre sur le bonheur. Elles s’aiment. Ce sentiment balaiera tout. La peur du corps de l’autre, le dégoût de son propre corps, la conformité bourgeoise, les bonnes moeurs. Toutes les nuits, les deux femmes s’embrassent, s’embrasent. La découverte des corps offre des passages vibrants et plutôt… excitants 😏

« Chaque soir, elles s’aiment sans relâche, sans peur. Leurs corps, après des années d’inexistence, s’étirent et se déploient. Elles vibrent ensemble, dans un unisson qui les mène au bout d’elles-mêmes, dans un lieu si profond qu’elles s’y perdent chaque soir, et s’y retrouvent sans cesse. »

« Mon coeur a glissé dans ton corps. Je te touche et c’est moi que je caresse. »

« En pénétrant Céleste, Victoire laisse entrer à sa suite, le temps, les nuits et les jours, le cortège de l’éternité.»

Pour vous, bookiners qui n’aimez pas votre corps, vous qui manquez de confiance en vousouvrez ce livre pour apprendre à sourire en vous reluquant dans un miroir. Ce livre m’a poussée à me regarder. Observer mon corps de femme tel qu’il est, tel qu’il m’a été donné. En connaître tous ses détails pour mieux l’accepter, mieux l’aimer. Je n’ai jamais aimé me regarder nue dans le miroir parce que mes yeux s’attardaient toujours sur mes cuisses trop grosses, ma poitrine trop petite, mon ventre trop mou. Mais ce livre nous rappelle avec force et justesse qu’aucun corps n’est beau ou laid, sa beauté n’est liée qu’à l’âme de celui ou celle qui le regarde. Grâce à Victoire, Céleste réalise qu’elle est. Son amour lui ouvre les yeux sur la sensualité de ses formes, la volupté de sa peau, l’immense présence de son être.

« Céleste, plongée dans une multitude d’émotions inconnues jusque-là, réalise qu’elle a un corps. Cette découverte est purement sensorielle. Aucune idée, aucun concept de cela. Juste une certitude: ce corps est là, il embrasse la vie, la donne, l’insuffle. Il est d’une puissance vertigineuse. Ce corps toujours nié, uniquement utilisé pour les corvées de la vie courante, prend une dimension nouvelle. Céleste, maintenant, peut. Son éducation, sa condition feront qu’elle n’ira pas jusqu’à vouloir. »

Céleste aussi sublime le corps de Victoire, elle lui rend son plus bel hommage. Victoire est libérée d’elle-même.

« Avant toi, quand je me regardais dans le miroir, je me trouvais tellement laide. Tellement laide que je ne me suis regardée qu’une fois nue. (…) Ce miroir qu’elle détestait, cette image fracassée d’elle-même, elle en rit aujourd’hui. »

Je ne sais pas vous, mais ces mots résonnent fort dans mon esprit. Bien sûr, le regard des autres nous conditionnent, nous emprisonnent et nous poussent, parfois, au déni de ce qu’on est. Mais l’autre est aussi capable de poser un regard à la hauteur de votre être, l’autre parvient parfois à transpercer votre âme, et dès lors, il a le pouvoir de vous magnifier, de vous sublimer. Cet altruisme, cette humanité me bouleverse.   

Ceux qui cherchent à apaiser leurs traumatismes ne sont pas laissés de côté: l’éclosion de Céleste grâce à Victoire est une grande revanche capable, peut-être, sûrement, de panser un peu vos gros bobos. Car grâce à Victoire, Céleste n’est plus seulement une femme violée, elle est une femme avec un corps et une âme. Encore une fois, une main amie ou amoureuse peut faire cicatriser vos plaies en vous réconciliant avec vous-même. N’ayez pas peur d’être aimé(e), n’ayez pas peur d’être aidé(e), vous n’en ressortirez jamais perdant(e). 

« Quand on a vécu dans sa chair ce qu’il y a de plus obscur, on comprend combien il faut choyer la lumière, aussi éphémère soit-elle. »

Je ne vous en dis pas trop pour ne pas vous gâcher tout le plaisir. Car oui, ce roman m’a procuré un immense plaisir. Ce livre est un hymne à l’amour, à la sensualité, au corps et surtout, surtout à la liberté. Car Céleste et Victoire s’aiment envers et contre tout. Une bouffée d’oxygène et d’espoir dans un monde, dans notre monde, en carence de caresses.

Bonne lecture les bookiners !

Hop Hop Hop ne partez pas si vite, voici une petite lecture d’Amours pour vous mettre en jambes !