Paris Venise | Florent Oiseau

Paris Venise | Florent Oiseau

Jeudi 21 Juin 14h30, chez East Mamma avec Louis, un ami dont j’ai été folle amoureuse pendant nos années prépa. Nous discutons d’amours, les siens et de CDI, celui qu’il vient de décrocher ; quand Peanut Héloïse, en voyage pour la Russie, m’assaille des sms les plus drôles du weekend ! 

émoticône dialogue texto sms– BB envoie moi un #RIP je perds la boule et la sérénité – mon voyage en Russie s’annonce comme une sombre histoire 

– Oh mon dieu, j’hésite entre l’angoisse et les rires aux éclats.

– Tu-vas-chia-ler. 

– Raconte ! 

– Après que Vueling, cette agence de merde pas fiable pour un sous, nous ait annulé notre vol la veille de notre départ, ils ont fini par accepter de nous replacer sur un autre vol avec correspondance, sans frais, parce que je les ai menacés avec ma carte de presse donc ils ont un peu flippé. Et là, devine ? 

– Votre vol est parti en retard ? 

– Oui putain. Notre vol est parti 2h30 en retard. Donc je t’explique, ça veut dire qu’on avait déjà raté notre correspondance avant même d’être installés dans l’avion. Je suis en crise de nerfs rien qu’en en reparlant putain. 

– Ok. Inhale. Exhale. Et continue ton histoire. 

– Donc là, stp, je suis au bord d’un gouffre sibérien qui n’en finit pas de se creuser. Ecoute bien, on est dans un hôtel qui a oublié qu’hôtel et dépotoir n’ont jamais été synonymes. Il y a des sacs poubelles qui déambulent à la réception, et la peinture sur les murs est complètement écaillée. Evidemment, les photos du site racontent une toute autre histoire. Mais on appelle ça du storytelling n’est-ce pas ? 

– Mais bébé, change d’hôtel ! 

– Ah nan mais j’ai pas fini. Y a mieux ! On est censé avoir un air’b’n’b pour ce soir, mais figure-toi que l’hôte ne nous répond pas. Et là, on ne peut pas bouger d’hôtel car sinon, on perd la wifi, et avec elle, toutes nos chances d’air’b’n’b. 

– Oh fuck. Mon ange, je suis désolée. Bon, mange un kinder bueno. Dans une telle situation, tu as le droit à tous les écarts culinaires, je te le jure.  

– Je ne m’attendais pas à un pays aussi hard. Vraiment pas. Ils ne parlent pas un mot d’anglais et dès qu’on pose une question, on se fait agresser. J’ai jamais vu ça. 

– Bon mon amour, mets toi dans un coin sans déchets et fais un peu de sophro. Ensuite prends un roman doux qui te fait voyager loin. Et respire. Snapchat-moi dès qu’air’b’n’b  vous reloge. 

– D’accord mon amour. Merci. Ça va toi ? 

– Oui moi très bien, je suis avec Louis là. On se marre comme des fous chez East Mamma. Je lui lis des passages de Paris Venise : mon roman préféré de l’été 2018 !

– Ahahahahah, si tu le classes par saison, c’est pas bon signe ! 

– Nan nan, nan, hors-saison ça compte aussi ! Je l’ai A-DO-RÉ ! Coup de cœur estival ET hivernal ! Peinture sociale en catimini, légèreté profonde et des milliers de rires ! Des rires jusqu’à la belle étoile. C’est la folie cette humour désabusé, incisif et toujours tendre. Roman, le personnage principal complètement malmené par la vie. Au BDR le dude. Il est si drôle. Tout à l’heure, dans le métro, je me suis esclaffée en continu ! On dirait un film burlesque.

– Bon, toi au moins, tu voyages en sécurité, et tu te marres. C’est déjà pas mal. Moi je vais essayer de me calmer et je t’envoie une vidéo de notre flat tout à l’heure. 

– Ok mon ange. Courage. Et n’oppresse pas Gus avec tes humeurs, hein ? Ça va aller ! 

 

Bookiners, asseyez-vous comme vous le pouvez, serrez vous et déballez votre casse croûte, je vous emmène à bord de mon coup-de-cœur-quatre-saisons et à bord du train le plus en retard d’Europe : le Paris-Venise ! Ça tombe bien, l’été, on est moins pressé que d’habitude. Pour composter votre ticket de train, cliquez ici ! Vous l’aurez compris, Héloïse aurait mille fois préféré être avec nous qu’au Royaume de Poutine. Entre deux crises de nerfs, elle vous embrasse. 

Si vous ne le savez pas encore Bookiners, durant l’été, nos revues vont se faire plus courtes, plus intense et plus POP. Car même si nous avons plus de temps à tuer qu’en hiver, vous ne pensez qu’à vous dorer la pilule, et moi, je ne pense plus qu’à aller nager pour drainer mes gambettes. Alors, Peanut Booker, Héloïse et moi avons imaginé les Pépites de l’Eté sous 3 P : Pitch, Prescription et (Sneak) Peek ! Mais d’abord : musique !

Ed Sheeran – Bibia Be Ye Ye 

PITCH

Je vous présente Roman. Il est « hôtesse de terre ». Enfin, c’est sa tentative glamour à lui de vous expliquer qu’il bosse sur le train-couchette Paris-Venise. Entre deux gares et deux possibilités «celle d’un départ et celle d’une fuite ».  Et en plein dans le mille de toute la misère du monde, de ses petites combines et de ses grands destins. Roman, c’est un mec droit, simple, romantique et terriblement drôle malgré lui. Parce qu’il dit tout avec une objectivité déconcertante, qu’il monte en neige par une pointe de sarcasme qui frise toujours la désinvolture, Roman vous attrape d’abord par le rire, puis par le cœur. 

Il vient tout juste de décrocher son nouveau job d’hôtesse. Alors, il est plutôt content, surtout que sa dernière aventure professionnelle ne s’est pas terminée sous les meilleurs hospices. Lui, il vous dira dans le plus grand des calmes, qu’elle s’est terminée : 

« Comme une histoire d’amour : avec des regrets et quelques jolis souvenirs »

Mais en fait, il s’est fait virer. Il travaillait dans un hôtel et puis parfois, ses amis logeaient les dernières chambres vides quand ils avaient envie de conclure un rencard affriolant. Il pensait bien faire, Roman, en soi. Car il ne refuse jamais d’aider son prochain.  

Et puis l’heure du nouveau boulot arrive, et avec elle, commencent les voyages d’une gare à l’autre et les voyages initiatiques ceux qui défient nos idées fixes, nos préjugés, nos idéaux, ceux qui rendent amoureux aussi, et ceux qui font grandir. Ah oui car il y a Juliette. Belle comme l’avenir. Au regard aurore-boréale. Je ne peux pas tout vous dire, pour vous laisser découvrir. 

Mais voilà, sachez que Roman, notre picaro moderne, nous décrit les paysages ferroviaires et les réalités du monde, avec ses phrases-constats qui n’ont l’air de rien mais qui témoignent de tout, de l’absurdité un peu risible du monde, de la contradiction des français et des hommes, des inégalités un peu sournoises ici et là, et partout, et puis de nous, de nos vanités, de nos petits arrangements et de nos étranges travers. Ensuite vous agitez le shaker. Du haut vers le bas, de la gauche vers la droite. 

Et vous obtenez le cocktail ferroviaire le plus décapant de l’été ! Prochain stop, la libraire du coin ou Amazon ! GO GO GO READ IT !

PRESCRIPTION

Paris Venise est un roman ferroviaire et picaresque parmi tant d’autres choses, alors vous ne m’en voudrez pas si j’appelle en premier, puis en deuxième, les Bookiners qui ne voyagent pas vraiment cet été et ceux qui désirent comprendre le monde qui nous entoure. Bon, il faut que je  vous dise la vérité, vous allez visitez beaucoup de gares, vagabonder entre l’appartement de Roman et celui de son voisin Didier à Bondy – l’ami indésiré de Roman, mais aussi le personnage le plus boursoufflé jamais rencontré dans un roman, aussi drôle et attachant qu’éreintant ! Vous savez, votre grand oncle relou persuadé qu’il sait tout plus que vous parce qu’il a tout lu, vu et vécu, celui qui ne vous laisse en placer une qu’avec une tape un peu condescendante qui vous arrache l’épaule et la bonne humeur pour la semaine. Voilà, celui là. Bref, vous allez voyager, et si ce voyage ne rime pas avec plages, cocotiers et vahinés trémoussées, il rime avec regard. Ouvrir son regard et le poser sur une surface du monde inexplorée juste à côté de soi. Ouvrir son regard pour voir les destins malmenés, un peu ordinaires, un peu tristes et parfois drôles et rocambolesques d’une humanité qui vaut autant que la nôtre et ce même si elle travaille en train couchette, sert du proseco comme du champagne et des tablettes de Toblerone à cinq euros. Ouvrir le regard vers ceux qui galèrent mais qui sourient encore. Oui, Bookiners, vous allez voyager vers : 

« Ces bouts de campagnes qu’on ignore, ces endroits du monde entier où avoir des croissants chauds le dimanche et du porno en haut débit n’est pas une évidence absolue. Ces foyers éloignés des pantalons à pinces et de l’intolérance au gluten» 

Vous allez voyager et ouvrir votre regard vers les arrangements douteux de la petite misère, les grandes personnes qui galèrent et leurs petits destins, les aventures de terres et les mésaventures du cœur et avec ça, vous comprendrez une partie du monde qui vous entoure. Et parce que vous l’aurez compris, vous jugerez moins et passez une partie de son été avec un maillot de bain en plus et la camisole du juge en moins, c’est comme perdre 3 kilos en dévorant du chocolat : c’est la FO-LIE ! 

Je suis mignonne avec mes histoires de regard, mais ça n’aide pas les Bookiners qui ne rient plus ! Sauf si ? Sauf si je ne vous ai pas tout dit ! Whoop Whoop ! Parce que Paris Venise c’est le roman qui m’a fait le plus rire ces 6 derniers mois, et pourtant, je ne suis pas des plus difficiles ! Tout commence avec Roman, cet adulescent à la petite trentaine à la fois désabusé, dépité et super-lucide face au comique de sa propre existence et de l’absurdité qui l’entoure et le poursuit vous rendra hilare jusqu’aux Maldives. Je le laisse vous parler, vous allez chialer… de rire ! 

Lorsque son futur employeur lui demande comment s’est terminée sa dernière aventure professionnelle, Roman répond : 

« Comme une histoire d’amour monsieur. Avec des regrets et quelques jolis souvenirs. »

« En clair vous vous êtes fait virer ? »

« Oui. » 

Attendez, Bookiners, il y a mieux, je laisse roman vous présenter Didier… et Shirley. Prêts ?

« Didier, il savait des trucs. Il ne disait pas toujours d’où il les savait, mais le gars maitrisait ses sujets. Didier, ce n’était pas la peine de lui parler de poissons. Il en avait forcément chopé un plus lourd que toi. Si tu évoquais le moteur de ta bagnole, c’était pareil, le sien faisait le double, au bas mot. Mais en réalité, la seule chose que Didier avait de plus gros que les autres, c’était sa femme, Shirley. Une commode. Une commode, sans les tiroirs, ce qui permettait de ne pas se tromper au moment de ranger son chéquier. Shirley, ce n’était pas une marrante, mais elle avait au moins le mérite de rassembler les gens en faisant l’unanimité contre elle.»

Voilà. Net. Précis. Elimé comme une lame de rasoir. Incisif et percutant. De l’humour à l’Oiseau. Et moi, en le relisant, je chiale de rire. Encore ? Vous en voulez encore ? Ok, mais alors dernière complainte désabusée et hilarante que je vous offre ! Sinon vous n’achèterez pas le livre et vous feriez une erreur ! 

« En bas de chez moi, des femmes hurlaient en lingala, mais impossible de définir s’il s’agissait d’une dispute ou du récit d’un détartrage chez le dentiste ». 

Et l’amour dans tout ça ? Bookiners en panne d’un cœur qui bat chamade, et en panne de l’espoir qu’il batte encore, les péripéties de Roman vous dévoilera que tout n’est que question de regard, et d’audace. Parfois, on aime à côté de la plaque, et notre cœur s’emballe pour la mauvaise personne. Elle s’appelait Juliette, la sienne. 

« Et Juliette, elle était belle comme l’avenir. »

Et vous savez quoi ? L’essentiel après une déception c’est de laisser son regard et son cœur ouverts, et d’oser le découvrir, encore un peu, à l’imprévisible. 

Je vous laisse sur ces mots, sur ce suspense et sur ce conseil, car l’amour n’abandonne jamais tout à fait celui qui le tien par la main avec audace et sincérité. (Là, Bookiners, je vous imagine ouvrir vos grands yeux doux pour comprendre comment tenir quelque chose par la main avec audace et sincérité : tout est dans le toucher ! ahahahah !)

Magnanime, je vous donne quelques mots d’un texto de Roman à sa future dulcinée, et la réponse de celle-ci : 

«  Je m’étais promis de laisser passer au moins 48h avant de vous contacter, histoire d’avoir l’air occupé, mais je ne le suis pas, alors je me suis dit qu’on pourrait peut-être s’occuper à deux. Je voulais attendre 48h avant de vous répondre, mais le programme télévisé ne me dit trop rien ce soir. Je serai là dans une heure. »

Alors maintenant Bookiners, 

Osez !

Doux baisers, 

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Rien ne s’oppose à la nuit | Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit | Delphine de Vigan

27 Mars 2018

15h55, sur un roof top madrilène, cramant de bonheur sous un soleil printanier 

émoticône dialogue texto sms– Honeymoon, je suis officiellement réalisatrice de mini vidéos pour My Little Paris ! Je n’en reviens pas, je suis en larmes de joie !

– Oh mon dieu mon ange, incroyable ! Je suis si fière de toi !! 

– Je suis à la maison là, je danse avec Bonnie ! Elle est si heureuse pour moi, c’est hallucinant comme les chiens sentent tout, je l’emmène au restau pour fêter ça ! 

– Oui, Bookiners, Bonnie est la chienne d’Hélo, et oui, elle l’emmène au restau, et oui, elle la considère comme sa première fille, et non, je ne m’en étonne plus car #petsarethenewkids ! ahahahah, rions, la vie est belle ! 

– Je ne commenterai pas ton cynisme my love ! 

– Ahahahahah ! D’ailleurs, mon ange, dis moi, tu as lu Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan ? 

– Oui, oui, mais il y a longtemps, plus ou moins au moment de sa sortie, je crois. 

– T’avais trouvé ça comment ? Je suis tout juste en train de le terminer, on m’en avait dit tant de bien que dépourvue d’idées de lecture, je m’y suis ruée comme sur une ruche ! 

– Je l’avais apprécié, mais sans davantage de remue ménage au ventre. 

– Mais la forme est étonnante, tu ne trouves pas ? Son roman est assez réflexif, comme une sorte de méta-fiction qui se rapproche de la micro-histoire. Ça m’a tranquillement déroutée. 

– Ah oui, je m’en rappelle ! Mais t’as aimé ? 

– Oui, pas mal du tout. Je vais en parler à nos Bookiners, car ce roman est important, assez vertigineux, je dois dire, mais primordial pour enclencher le processus du pardon envers ses proches, de la cicatrisation des secrets de famille, des fêlures d’enfant, des abysses dont la vie nous parsème.

– Ah, fou ! J’ai hâte de te lire. Bookiners, vous êtes prêts ? 

Lucile est morte hier. Lucile est morte, vivante, au bord de l’abîme qui la poursuivait sans relâche, et dont elle a essayé, le plus longtemps possible, de s’en tenir éloignée. Mais l’abîme abime. Jusqu’à reprendre le dessus sur la vie elle-même. 

Je vous offre, Bookiners, avant Lucile, avant son histoire, ses éclairs et ses fulgurances, avant son drame, le concerto pour clarinette de Mozart, d’une douceur infinie, avec ce quelque chose de bouleversant, cet sorte de souffle chaud que les personnes qu’on aime laissent dans leurs sillages quand la vie décide, sans nous avertir, qu’elles ont fait leur temps. 

Comme promis, voici : 

Concerto pour clarinette, Mozart 

Lucile est morte hier. Depuis des jours. Depuis longtemps. Elle se couchait souvent comme ça, la tête accrochée à son poste de radio, sur le côté, les bras hors des draps du lit. Mais cette fois-ci, différemment des autres fois, Lucile ne respirait plus. Son âme s’était éloignée de son corps, et son corps était bleu, les mains comme tâchées d’encre au dessus des phalanges. 

Lucile est la mère de Delphine, l’auteure et la narratrice. La mère de Delphine et de Manon.  Mère autant qu’elle l’a pu, entre ses affres, ses audaces imprévisibles, ses douleurs, ses errances et ses silences. Une mère autant qu’elle l’a pu, avec sa part d’ombre et ses éclats de lumière. Un mère qui est morte parce qu’elle s’est suicidée. Une mère qui, lors d’un long moment de démence, s’est délestée de ses habits, pour danser nue, le corps peint en blanc, sur le plancher du salon, en tentant, par tous les moyens, de crever les yeux de sa dernière fille Manon avec une aiguille d’acupuncture, afin de l’éloigner de son hallucination du mauvais œil. Nous sommes le 31 janvier 1980. Le précipice se précipite et tout s’effondre dans la vie de Lucile et des enfants qu’elle a mis au monde. 

Comment pardonner à tout ça ? Aux drames, aux traumatismes, à l’indicible, à ses parents pour ce dont ils sont responsables et ce dont ils ne sont pas ? Doux Bookiners, même s’il y a plusieurs réponses possibles à la même question, Delphine de Vigan, nous prête la sienne, le temps d’une lecture, le temps de son récit autobiographique. 

Approchez sur la pointe des pieds, vous Bookiners, pour qui pardonner semble insurmontable et impossible. Et détrompez-vous,  tranquillement. Rien n’est impossible, pour qui sait s’y prendre. Pardonner, c’est capituler face à son passé. C’est accepter ce qu’on ne peut pas changer : l’hier, les autres et les choses. Enfin, c’est embrasser son héritage, pour s’en libérer, le transcender. Mais mon Dieu, je parle trop. Bon, je me tais, Delphine a quelque chose à vous dire : 

« Pendant des années, j’avais eu honte de ma mère devant les autres. Et j’avais eu honte d’avoir honte. Pendant des années, j’avais tenté de fabriquer mes propres gestes, ma propre démarche, de m’éloigner du spectre qu’elle représentait à mes yeux … Je refusais de suivre ses traces… et puis j’ai fini par capituler. »

« Aujourd’hui, je suis capable d’admirer son courage. »

Pardonner, c’est accepter de regarder en face l’ombre et la part de lumière des gens qu’on aime et des blessures qu’ils nous causent. Et c’est ce qu’elle a fait Delphine, désormais votre, notre Delphine. Elle a tenté d’arracher le passé, l’horreur et la mère, aux silences de sa nuit éternelle. Et alors, elle s’est affairée à interroger la mémoire de la famille et des proches de Lucile afin d’ : 

« Approcher la douleur de ma mère, en explorer les contours »

Et : 

« Briser la forteresse du silence, et de l’incompréhension. »

Derrière cette tentative, au sein même de celle-ci, vous voyez Bookiners, le pardon affleure déjà. Ah ! Je vous sens méditer, c’est bien. En attendant que ça décante tout ça, ce flot de paroles et de belles intentions  – je sais, c’est plus facile à dire, qu’à faire, mais je suis en train, moi aussi, au moment où je vous parle, d’amorcer la pardon, « avec mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, oh oh, ce serait le bonheur ! » – j’appelle nos Bookiners traumatisés ! 

Bookiners aux traumatismes saillants, exubérants et/ou encombrants, dans « Rien ne s’oppose à la nuit », vous serez guidés, en catimini, en sobriété, par Delphine et Lucile deux âmes que la vie a refusé d’épargner. A travers leurs récits respectifs enchâssés, et surtout bouleversants, vous saurez qu’on ne guérit jamais tout à fait de ses blessures. On les panse, on les repense, on les porte en nous et on vit avec. Le but réel, c’est de les faire vivre ailleurs que totalement en soi afin de leur survivre. Lucile est devenue, bien après ses méandres, assistante sociale. Elle a dès lors dédiée une partie de ses douleurs, à panser et comprendre celle des autres. Delphine, en devenant écrivain, je crois, s’est hissée hors de l’eau, à la surface des mots et des maux, en esquissant leurs contours et les affres qu’ils lui ont causé, ses maux. S’engouffrer, le plus lentement possible, en glanant, along the way, le plus de moments de bonheur, peut-être qu’elle est là, la réponse à tout ça. Et alors, même si, comme Lucile, vous êtes/vous sentez : 

« Frêle, fragile et brisée »

Rappelez-vous Bookiners, que vous êtes vivants, et que l’air que vous respirez recèle de promesses et de possibilités plus belles, plus grandes, plus joyeuses, plus folles que ce qui a traumatisé une partie de votre existence. 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère, je ne vous oublie pas ! J’ai encore assez de mots pour guérir vos maux ! Ahahahahah ! Et je ne me lasserai jamais au grand jamais de ce joli jeu de mots ! 

C’est à travers l’histoire de Lucile, ou du moins, celle que retrace sa fille, au fil de son regard, de ses souvenirs et surtout de ceux des autres, que la famille de sa mère se dessine et se démêle. Lucile est la 3ème enfant d’une fratrie de 9 enfants, portée par Liane, mère solaire, énergique, souriante et folle amoureuse de George, le père, charismatique, exigeant, ténébreux, séducteur, incestueux, et un brin manipulateur. Cette famille, la famille de Lucile, Liane, George, Manon et Delphine, incarne, pour celle ci : 

« Ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts et le retentissement du désastre. »

Bref, une galère complexe et paradoxale me direz-vous. Et vous auriez raison. Et je vous répondrai aussi que les mots de « galère », « bordel », « gouffre » et « antithèse » – même s’ils sont constitutif de cette entité première et primaire qu’on appelle la famille – ne sont pas nécessairement accolés à ceux de « tragédie  récurrente », « non-dit » ou « catastrophe », si et seulement si, on retient, tant bien que mal, son identité, son individualité du collectif, et de la pression qu’il engendre. Si et seulement si, on utilise la parole comme une arme, une limite, un rempart pour faire savoir au collectif qui on est, qui on désire devenir, ce qu’on tolère, ce qu’on aime ou qu’on désavoue. Je suis, Bookiners, si vous ne l’avez pas encore tout à fait remarqué, une fervente partisane de la communication et de ses bienfaits libérateurs et fédérateurs. Et je pense, mais je ne suis pas sûre, que parler, en société, en famille – qui est d’ailleurs, sa première occurrence – ou ailleurs – s’il existe – permet de s’affirmer, de digérer, de donner, et surtout de ne pas se laisser aliéner par les volitions, les actes et les mots des autres. Je reviendrai sur ces points un jour, en début de revue, lorsque votre concentration sera encore à son maximum, car j’ai énormément de choses à vous dire à ce sujet – pour changer ! Mais je crois, je crois que si Lucile avait parlé plus tôt, de l’inceste, du viol, si George et Liane avait discuté avec leurs enfants de la mort accidentelle de leur frère Antonin, puis de leur frère Jean-Marc, alors, peut-être, je dis bien peut-être, que la vie aurait été plus clémente avec eux car la parole aurait expulsé les rancoeurs, les incompréhensions, les morceaux trop saillants et impulsifs de la douleur, les sentiments d’injustices et la malédiction. Je ne suis ni Dieu ni Déesse, mais je suis persuadée que si la parole est une arme à double-tranchant, c’est une arme salvatrice pour qui désire ne pas se dérober à elle. 

C’est peut-être, enfin, ce qu’a compris Delphine, et la ribambelle d’écrivains qui la précèdent, l’entourent et la succèdent. Alors imitons les, suivons leur trace et hissons-nous, comme eux, au dessus des brouillards afin d’ouvrir la voie des lendemains radieux. Ceux gorgés de soleil. Oui, ceux-là. Les seuls que nous méritons réellement de vivre. 

Je vous laisse mes amours de Bookiners, le soleil de Madrid m’attend pour se coucher, et il est déjà 19h30. Oui, oui, ca prend du temps de vous écrire. 

Parce que vous le valez bien ! 😉 

Doux baisers, 

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Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

 Dimanche 28 Janvier, 14h42  au bout du rouleau à la gare de Lyon Perrache. Train en direction de Barcelone raté. Deux valises, un sac à main et un clavier piano pour bagages. #nervousbreakdownbonjour

émoticône dialogue texto sms– Le tirage au sort pour « Les Déraisons » vient tout juste d’avoir lieu mon ange, et l’heureuse gagnante est une Bookineuse fan de mots ! Je suis trop heureuse ! J’ai hâte qu’elle jubile de plaisir en lisant ce roman que j’aime tant ! 

– Pause mon chat, je suis au bout de ma vie, je viens de rater mon changement pour Barcelone et les agents de la SNCF se foutent de ma gueule au lieu de m’aider à trouver une solution. Je crois que je suis au bord de la crise de nerfs et le mot est faible. Rien que de penser à comment je vais l’expliquer à mes parents j’ai envie de sauter sur les rails. 

– OK. Respire. 1, 2, 3. Écarte toi des rails surtout, pas de faux mouvements, et va au Relay te prendre des Dragibus, des popcorns et des Pépitos. Aujourd’hui, c’est permis. Tout est permis, sauf de mourir. 

– Non je ne peux pas mon chat, j’ai une grosse valise bleue de 1,50m de hauteur, une mini valise rose où j’ai tous mes livres à lire du mois, un sac à main avec mon ordi, mes cours, mes billets de train que j’ai raté, un sac de voyage et mon clavier piano. Je trimballe tout ça seule avec moi donc chaque déplacement est un voyage de guerre. Les gens, au lieu de me proposer de l’aide, me dévisagent comme si je m’étais teint les cheveux en bleu et que j’avais des crottes de nez à la place du visage. Les français me dépassent, je t’assure. L’homme de ma vie sera madrilène et s’appellera Javier. J’ai hâte de me marier ! 

– Que fait-on de Benji Biolay ? 

– Écoute mon ange, Benji Biolay est encore fou d’amour de Chiara Panzani Mastroianni et je t’avouerais que mon seul rêve c’est d’être chanteuse, pas d’être la 7ème roue du carrosse. À 24 ans, c’est trop tôt ! Regarde son nouveau clip « Encore » qui vient de sortir sur Youtube. Tu comprendras de quoi je parle. Le mec est carrément en train de mimer ses ébats amoureux avec son ex-femme. Je n’ai aucune chance. 

– Ahahahahah !  Va pour Javier ! Ça me convient ! Alors pour ton train, que vas- tu faire ? 

– À part que je viens de perdre 150euros et que j’ai envie de me pendre, ça va. Résultat des courses, je vais prendre un bus de Lyon à Barcelone et ensuite le train en direction de Madrid. J’en ai pour littéralement 15h donc c’est un peu l’angoisse mais ça aurait pu être pire. Ce qui me déprime vraiment c’est que j’ai beau prendre en âge, je fais encore et toujours les mêmes erreurs, et je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec mon étourderie et mon inconséquence toute une vie entière. Je ne me supporte plus. 

– Ok honeymoon, prends un livre sympa et ludique et respire. Ça va aller. 

– Okok, t’as raison, a tutti mon ange. Et Merci. 

Dimanche 28 Janvier, 19h30

Bonsoir doux Bookiners. J’espère que votre dimanche était plus relaxant que le mien. Les montagnes russes indésirables, ça a ce quelque chose de pénible tout de même. Je viens tout juste de finir un roman léger et agréable comme une série. Vous souligner qu’il m’a apaisée lorsque j’étais sur les rivages de la syncope n’est pas peu dire. Ce roman que je vous présente sous peu n’est pas un grand roman de littérature avec des phrases envolées qui côtoient le sublime. Cependant, il fait sourire, il ravive l’enfant qui est en nous, et allume quelques étoiles dans le ventre. De douceur. Un peu comme un soap opéra qu’on regarde goulûment avec des popcorns et de l’excitation. Voilà. Il est comme ça ce Comment papa est devenu danseuse étoile, pétillant et rocambolesque comme l’enfance!  Et pour moi qui ne veut pas grandir, c’est une aubaine !  Si vous désirez déjà faire voler ce roman jusqu’à chez vous cliquez sur la couverture du livre juste en-dessous et vous pourrez le commander aussi rapidement que l’éclair. 

Bon. Venons-en aux maux ! Mais avant, Tada :

Take the A Train – Duke Ellington

Bookiners qui vous sentez seuls et/ou en mal de tendresse direction les Minchielli ! Dans cette famille au caractère bien trempé, vous peuplerez votre solitude de visages et d’histoires dont vous vous sentirez proches, entre la belle adolescente de 15 ans, Sarah qui dialogue avec ses écouteurs, le petit Paul de 13 ans qui vous regardera avec curiosité et tendresse, et puis la mère, au bord des nerfs, et puis le père, au bord du gouffre, et puis la grand-mère bavarde, nostalgique, solaire et incisive, et puis la vie qui se déroulera devant vous comme un parchemin de jolies péripéties. Oui, vous ne serez plus seul(e) car vous trouverez chez les Minchielli, une famille adoptive. Celle qu’on aime de tout son cœur et qui nous excède parfois un peu, justement parce qu’on l’aime. Et dans cette famille franco-italo-russe dans laquelle ce roman vous fera atterrir, la tendresse, vous l’aurez à toutes les sauces, de toutes les couleurs et de chaque hémisphère. Profitez, cela durera 216 pages ! Bon, je vous les présente ?

Dans la famille Minchielli, voici le petit Paul, narrateur adorable et attendrissant de 13 ans. Il vous accompagnera dans les sillons de toute sa drôle de famille avec toute la bienveillance et l’esprit dont il sait faire preuve. Paul, c’est un garçon déroutant, il a trois passions saisissantes : il adore compter, les arrêts de métro, ses pas dans la rue, l’écart entre les passages piétons, les boutons de chemises ; il est fou d’échecs auxquels il joue seul ou accompagné, puis enfin, il note tout : les visages, les mouvements, les sentiments, la vie. Sinon, il adore sa grand-mère, Maria. Une ancienne danseuse étoile russe du Bolchoï qui a tout quitté par amour pour un danseur étoile italien, Luigi Minchielli. Luigi qui s’enfuira lorsqu’il apprendra qu’elle est enceinte de leur fils. Luigi qu’elle aimera à la folie. Luigi dont elle a conservé tous les souvenirs, tout le bonheur. Luigi dont elle parle sans arrêt pour tuer son absence, tuer son aigreur et ne garder que le soleil de leur amour et l’espoir de son retour. Et puis Lucien, le fils qui a grandi sans père, Lucien qui n’a pensé qu’à ça avoir un vrai père, qui s’endormait en priant qu’il revienne, qui s’endormait vite comme l’éclair pour se retrouver avec lui dans les sillages de ses rêves. Lucien dont la maman ressassait l’existence et l’amour d’un père absent. Lucien et sa béance, orphelin d’un père qui a choisi de partir. Je vous laisse lire les mots de Lucien à son père, je vous laisse sa parole exprimer sa douleur, et peut-être un peu de la vôtre : 

« Toute ma vie papa, toute ma vie j’ai rêvé de te retrouver. Je n’ai pensé qu’à ça. Jour et nuit. Et quand j’étais petit, maman me lisait une histoire le soir, et moi, je n’avais qu’une hâte, c’était de m’endormir vite, vite, vite, et d’être avec toi, dans mes rêves. Et puis le matin, je me réveillais et j’étais toujours seul. Seul.»

Il y en a d’autres des personnages, des caractères survoltés de votre nouvelle famille mais je vous laisse les découvrir patiemment. Et les chérir d’avance. 

Mais voilà, que fait-on quand sa famille est mutilée? Quand son père décide de partir en Argentine pour vivre un amour frivole sans penser à ceux qui restent désemparés et détruits ? 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère et un grand bordel, je vous laisse faire connaissance avec une autre famille qui vous ressemblera de près ou de loin, et qui vous fera comprendre, puis accepter les mystères, les silences et les mensonges de la vôtre. On ne sait jamais tout d’une personne. On ne sait jamais tout d’un départ, d’une pulsion, d’une tragédie. Et c’est peut-être pour ça, que votre étrange famille, il faut accepter de ne pas la comprendre intégralement, pour la comprendre enfin. Vous savez, c’est comme lorsque l’on se trouve face à un tableau désordonné, dont on accepte l’apparente inconsistance. Et que, par cette acceptation, au delà de la résignation et bien plus proche de la résilience, on finit enfin par comprendre ce tableau, son bordel, son trop-plein et ses non-dits car on les fait siens. Et c’est alors qu’on pardonne, car on accepte enfin l’inacceptable et l’inéluctable, l’inexplicable, le côté « tiens, prends ça dans ta gueule » de la vie. 

Alors, Bookiners pour qui pardonner est une drôle d’injonction, essayez d’accepter davantage de ne pas tout comprendre mais d’accepter quand même. Faites-le au moins pour vous seul. Il faut être égoïste parfois, pour avancer. 

Je ne vous dévoile pas tout alors je me tais bientôt, mais avant ça, je voulais vous dire que Lucien, vous savez le père de Paul et Sarah, et bien Lucien se retrouve au chômage du jour au lendemain. Licencié d’une société d’imprimerie dans laquelle il a gravi les échelons pas à pas. Et puis un jour, plus rien. Néant. Carton. Lettre d’Adieu. Silence. 1 an, 3 mois et 18 jours allongé devant la télé, avachi comme un coussin dégonflé, Lucien est immobile et apathique. Une larve paternelle. Et puis un jour, il décide, comme ça, pour rien – ou plutôt pour tout, mais je me tais – il décide de ressusciter et d’aller courir, tous les matins, comme un forcené. Puis il décide se mettre à la danse classique. Il décide de réaliser son rêve, celui de l’enfant qui a attendu toute sa vie, ou bien celui de l’adulte qui décide de reprendre les rennes de son héritage génétique et d’honorer enfin et son père et sa mère, en dansant comme une étoile. Vous savez enfin le pourquoi du comment de ce titre fantasque. 

Je m’en vais, en vous précisant enfin, Bookiners que ce roman vous fera sourire, oui, vous, Bookiners avares en contorsions buccales et en doux rires tendres, car il a ce quelque chose de cocasse et rocambolesque. Et j’ai souri comme une enfant, avec mes trois valises, mes Haribos, mes popcorns et mon piano, dans la gare de Lyon Perrache sur une chaise caca d’oie, en face des toilettes et des portes courant-d’air au froid indécent. Et j’ai souri et j’allais mieux. Et vous aussi, vous irez mieux. Et c’est comme ça, et c’est tant mieux. Et je m’en vais pour de bon. Mon bus pour Barcelone vient d’arriver, il est 21h15 piles et j’ai 15h de trajet qui m’attendent, mais je suis vivante, et vous aussi. 

Allez, dansons !

Doux baisers des étoiles, 

PS : si vous désirez commander ce joli roman feel good, go ahead, c’est juste en dessous ! Hourra ! 

 

« La poésie est l’amante de la vie » | Hélène

« La poésie est l’amante de la vie » | Hélène

Robert Desnos, Corps et bien 

Je me souviens de ce chagrin, ces pleurs comprimés pour ce bonhomme qui construisait des trains. Et de ce moment où j’ai ouvert un recueil de poésie pour trouver chez un autre le baiser d’un fantôme. 

« près des jardins où les roses oubliées

sont des amourettes déracinées » 

Non, je ne dis pas qu’un poème fait oublier le garçon qui passait. 

Non, je ne dis pas qu’un poème vaut le velours d’une nuit orangée, ou la bière blonde bue avec un brun sur l’oreiller blanc. Mais je veux la chanter parce qu’elle colore le présent vaporeux… La poésie est cocotte-minute, elle fait bomber du torse chaque instant. C’est une petite chérie qui murmure « ne regarde pas hier, ne regarde pas demain, je suis là ». 

« Les siècles de notre vie durent à peine des secondes.

A peine les secondes durent-elles quelques amours

A chaque tournant il y a un angle droit qui ressemble à un vieillard »

Quand on a le cœur comme un mouchoir, l’esprit qui vagabonde dans ses sourcils, ce mot qu’il a dit, celui qu’il n’a pas dit, la poésie est là. Elle ne fait pas grand bruit, la poésie. Ses mots sont plein de coussinets, et pour l’entendre bien, il ne faut pas pleurer fort… 

« J’ai perdu le regret du mal passé les ans.

J’ai gagné la sympathie des poissons.

Plein d’algues, le palais qui abrite mes rêves est un récif et aussi un territoire du ciel d’orage et non du ciel trop pâle de la mélancolique divinité. » 

Non, je ne dis pas que Robert Desnos m’a ouvert les bras de l’amoureux.

Non, je ne dis pas que bécoter les spasmes poétiques de Robert vaut le câlin fiévreux après la tasse de café. 

Dans le chagrin, on cherche à comprendre… La poésie enseigne que rien ne sert de comprendre… Que rien ne sert à rien là où la beauté brille ! Que rien ne sert à rien hormis de gagner la sympathie des poissons ! Qu’il vaudrait mieux s’enticher d’un brochet. Oublier le jeune premier et batifoler avec une carpe. Ou faire mumuse avec une sardine. Aimer n’importe quoi, en fait. Aimer ces choses, ces riens, ces petits miracles qui font la chantilly des jours. 

« Une neige de seins qu’entourait la maison 

et dans l’âtre un feu de baisers »

La poésie sait si bien soulever nos paupières… Elle nous dit, l’ami, garde l’œil ouvert à une pluie de tétons ! A une tempête de torses de miel ! Boit le présent à pleine tétine ! 

La poésie est l’amante de la vie. C’est une dame aux cheveux violets qui a du chagrin, parce qu’elle sait qu’on croit pouvoir vivre sans elle. C’est une dame qui vit sur la pointe des pieds, et qui se consume à écrire des lettres d’amour pour enchanter le roulis des jours. 

Hélène 

Les déraisons | Odile d’Oultremont

Les déraisons | Odile d’Oultremont

Mercredi 17 janvier 2018, 17h29

émoticône dialogue texto sms– Bébé !! On se voit toujours demain ? 

– Hi my love, au moment même où je te parle, je suis en train de me sculpter un corps de rêve, les anges de Victoria Secret pourront aller se rhabiller. J’ai commencé le meilleur programme sportif ever. 

– Tout doux bijou, tu sais que je fais du yoga et du renforcement musculaire tous les jours depuis six mois, et mes cuisses ne ressemblent toujours pas à celles d’Adriana Lima. 

– D’accord d’accord mais… que manges-tu à côté ? 

– …

– Hahahahahah je meurs !!! Ton silence m’inquiète et m’exalte !! Tu sais qu’en vrai je t’aimerais peut-être un peu moins si tu étais aussi sculpturale qu’ Heidi Klum !  D’ailleurs, je suis sûre que tu ne serais pas la même nana. Déjà si tu n’aimais pas le fromage tu ne serais pas aussi drôle !

– Je te rappelle que ce n’est pas moi qui aime le fromage mais le fromage qui est amoureux de moi et qui se retrouve toujours pas mégarde dans mon assiette en quantité industrielle. 

– Aahahahahahah, oui oui bien sûr, sorry honey (Bookiners, acquiescez sagement et tout se passera bien). By the way I’m so excited je viens de voir que mon amoureux Olivier Bourdeaut venait de sortir un nouveau bouquin !!!!!!

– Hahaha incroyable que tu me dises ça, je l’ai justement acheté pour te l’offrir mais… entre temps on m’a demandé d’en faire un papier donc je dois le lire avant. Promis je te le file dès que j’ai fini !!

– …

– Non mais attends tu vas être trop trop heureuse. 

– Je vois pas comment je pourrais être heureuse sans Olivier dans ma vie, là, maintenant. Mais parle, je t’écoute.

– Figure-toi que j’ai découvert la version féminine d’Olivier Bourdeaut !! Même poésie, même teinte de folie furieusement joyeuse, même air de Boris Vian et son Écume des jours, même histoire délirante et bouleversante.

– Whaaat ?? Qui est cette escroc ? Qui ose pomper le génie d’Olivier ? Comment s’appelle-t-elle ? Olivia Bourde ? Attends je vais voir sur Google.

– Hahahaha calm down honey. De un, ce n’est pas une escroc mais, comme Olivier Bourdeaut, une amoureuse de la langue française qui fait parler son génie créatif. Si tu me lisais mieux, tu verrais que ce n’est en rien une copie de Bojangles (mais alors vraiment en rien), mais qu’elle et lui partagent simplement le même talent de faire rêver, sourire et pleurer ses lecteurs. De deux, elle ne s’appelle pas Olivia Bourde mais … Odile d’Oultremont. Ne rie pas, petit démon. J’ai aussi cru qu’elle sortait tout droit du début du XXème siècle, qu’elle était la grand-mère de ma grand-mère, avec un pull over à la couleur douteuse en laine qui pique. Sauf qu’en lisant ses lignes, j’ai vite compris que l’auteur de ces mots ne pouvait pas dépasser l’âge de ma mère. J’ai donc naturellement googlé son nom pour voir le visage de cet être diabolique qui me privait de toute vie sociale et qui méprisait l’équilibre de mon couple et là… Choc sensationnel. Odile d’Oultremont est tout simplement la plus belle femme que cette terre n’ait jamais porté. Tu ries encore ? Tu ne me crois pas ? Alors tape « Odile d’Oultremont » dans ton Google Image et reviens vers moi. Vas-y, je t’attends. 

– Holly fuckin shit !!!!!! You’re right !! Le délire de la beauté !! Mieux que les anges de Victoria Secret !! 

– I knooooow c’est crazy !! Bon ben tu vois, cet avion de chasse, c’est un peu la nana que tout le monde rêverait d’être, tu sais le même délire qu’Alicia Keys : la meuf est sublime et bourrée de talents presque divins. 

– Arrête. 

– Je te jure !! J’ai lu plus d’une vingtaine de bouquins de la rentrée littéraire de janvier pour le boulot là,  et personne (je répète personne) ne lui arrive à la cheville. Énorme coup de coeur. Je crois que ce bouquin est le signe que 2018 va être une année formidable. 

– En même temps ça ne pourra pas être pire que ton année 2017 hahahaha #sorrynotsorry. Non en vrai raconte ? J’ai déjà envie de le lire, je le commande ? So excited !! Bookiners vous êtes prêts ? Vous sautillez d’impatience comme lorsque vous avez envie de faire pipi ? Okay lets go !

Bon déjà, pour les impatients comme Tat, pour ceux qui me font déjà confiance sur le caractère pépitiesque de ce livre, vous pouvez déjà commander Les déraisons en cliquant sur ce lien: 

Les Déraisons

Pour les autres, cliquez sur cette musique de Debussy et lisez tranquillement l’article pour vous convaincre que vous avez besoin de ce livre dans votre vie. 

Petit nègre – Debussy 

Il est de ces livres qui vous rendent baba. Vous savez, ce livre que vous auriez pu écrire, mais en fait non parce que le talent de l’écrivain vous dépasse d’à peu près 35 000 km. Vous voyez, ce livre qui raisonne tellement en vous que vous avez presque l’impression de l’avoir déjà lu, comme si le roman s’adressait au petit enfant qui sommeille en vous. Bon, eh ben ce livre pour moi (il résonnera de la même manière chez vous j’en suis sûre), c’est le premier roman d’Odile d’Oultremont, Les Déraisons. Déraisonnablement joyeux, déraisonnablement inventif, déraisonnablement bouleversant aussi. 

J’appelle les Bookiners qui ne croient plus en amour et en la tendresse. Préparez-vous à être éblouis. Vous allez découvrir ou renouer avec l’amour fou, littéral, sans limite et extraordinaire, d’Adrien, employé d’une grosse entreprise, pour sa femme Louise, étourdissante de gaieté. Un exemple ? 

« Tant qu’elle se trouvait aux commandes de son bateau ivre, il pouvait s’abreuver à sa folie, se l’injecter par shoot quotidien : Adrien Bergen était le junkie de sa femme. » 

Ah oui car il faut que vous sachiez que Louise est délicieusement folle. 

« Ouvrière qualifiée de l’imaginaire, elle avait des mains dans son cerveau, de l’esprit dans ses mains, elle travaillait à plusieurs, on aurait dit un orchestre-labeur, quelque chose comme un quatuor artistique. » 

Ne vous méprenez pas Bookiners, je crois que la folie n’est désignée que par ceux qui s’ennuient dans ce bas monde. Autrement dit, je préfère être folle comme Louise et m’inventer des histoires pour chaque molécule de ma vie plutôt que de donner des leçons de vie à ceux qui n’ont rien demandé. Vous savez ce que disait Simone de Beauvoir? (Je le sais car c’est l’épigraphe du livre):

« J’accepte la grande aventure d’être moi. »

Voilà. C’est le sublime pari de Louise que vous aurez envie de relever à la lecture de ce livre. Pourquoi ? Parce que vous allez adorer Louise qui : 

«  désaxe la réalité pour illuminer l’ordinaire ». 

Vous avez bien lu Bookiners ? Désaxer la réalité. Whaou. Rien que ça. Ce livre est la promesse d’un ailleurs, d’un autrement. Pourquoi est-ce magistral ? Parce que le temps d’un peu plus de 200 pages, vous laisserez vous-mêmes échapper le monde qui vous échappe. Et rien n’a égal à mes yeux que la littérature qui vous défie de vous extraire puissamment de votre quotidien. Avec ses mots en dentelle, Odile réussit le pari haut la main. 

L’amour fou d’Adrien et Louise se décuple encore lorsqu’on découvre une tumeur dans le poumon de la jeune femme. Adrien, placardisé au bureau par sa hiérarchie, décide de tout plaquer pour s’occuper de celle qui donne du sens à sa vie. Comme des enfants heureux, main dans la main dans leur univers fou de joie, un sourire indélébile collés aux lèvres, ils en sont sûrs : la mort ne passera pas par eux. 

« Adrien était le mécène de la planète Louise, grasse et vitale, il la polissait, la coiffait, lui injectait des vitamines, la labourait et la désinfectait, et, pour la protéger, il avait constitué une armée robuste, dont il était le seul soldat. » 

Alors même quand Louise doit subir des traitements lourds, même quand elle perd ses cheveux, Louise sourit à la vie. Parce que la seule raison de vivre est d’être heureux. Parce que ça ne sert à rien d’être triste. Parce qu’il vaut mieux être amoureux, même si on est parfois incompris. 

« C’est pour Adrien que je peins. Parfois, il ne comprend rien mais c’est normal, vous me direz, l’amour est la langue secrète d’une minuscule communauté où l’on réside seul la plupart du temps. » 

Je vous laisse apprécier la poésie de la prose d’Odile d’Oultremont, et je continue à vous raconter le livre. Bookiners qui ne croyez plus en l’amour et en la tendresse, vous êtes toujours là ? Parfait. J’appelle en plus les Bookiners qui ne rient plus mais qui aimeraient se tordre à avoir mal au ventre. Ne faites pas la tronche, souriez d’avance, faites-moi confiance. Tout le monde est là ? Ah non ! Vous au fond, Bookiners qui avez perdu un être cher, venez ici aussi, ne vous inquiétez pas ça va aller. Voilà, tout doux. Let’s go ! 

Il faut que je vous dise que plusieurs chapitres (y compris le premier donc je ne vous prive d’aucune surprise) concernent un Adrien seul qui assiste à son propre procès. Souvent, il regarde sa Louise montée au ciel et rit en imaginant ses réactions. Adrien est accusé de ne pas s’être présenté au travail pendant… un an (oui rappelez-vous, il a déserté pour s’occuper de son amour). Le problème, c’est que personne ne s’est aperçu de son absence pendant tout ce temps. Avec un juge bien frappé et un Adrien plein de celle qui l’a quitté, les scènes du procès vous emmènent dans un délicieux voyage en absurdie. Non, ne sortez pas vos mouchoirs, souriez et réjouissez-vous de voir un couple si lié même après le grand voyage :

« – Qu’avez-vous fait pendant un an si vous n’alliez plus au bureau, monsieur Bergen? 

– Oh.

Cette question met Adrien en joie.

– Nous dansions, ma femme et moi, monsieur le juge.

– Vous dansiez? Vous avez dansé pendant un an?!

– Quand elle en avait la force physique, acquiesce Adrien.

– Et c’est pour cette raison que vous avez renoncé à aller travailler? 

– Vous en connaissez une meilleure? » 

Eh oui, ne me dites pas que je ne vous avais pas prévenu ! Dans ce couple où le chat s’appelle… Le Chat, dans leur monde joyeusement renversé, chamboulé, inversé, la joie et le rire s’infiltrent partout, méfiez-vous ils vous infiltreront aussi : même dans les drames, même dans les souffrances, même dans la maladie, vous apprendrez grâce à Louise que la flamme, l’âme qui vous a quitté et qui sourit au fond de vous ne s’éteint jamais vraiment, il suffit de la regarder de plus près, de la titiller, de jouer un peu avec elle, regardez, elle est là : 

« Adrien se prit à croire aux miracles et à tous ses synonymes. Mais, en reprenant contact avec la lumière, lui vient en conscience la plus véhémente des réalités. Elle était là, répandue, sous ses yeux : Louise, profusément inanimée, qui lui hurlait l’éternité.

– Tu dors ? 

– Non, c’est la mort.

– Ah, d’accord. »  

Oui Bookiners, ce roman est bouleversant de poésie, de justesse, et d’infini. Il vous transcendera car il vous autorisera à faire la nique à la réalité d’un monde qui vous ennuie. Odile d’Oultremont aborde la maladie et la mort avec des kilos de tendresse, une pincée d’humour, et des poignées de joie. Elle saupoudre le tragique de fantaisie, et le résultat est magistral. Ce livre vous enverra dire bonjour aux étoiles, aux vôtres ou aux autres. Vous passerez aussi saluer votre coeur qui n’ose pas, qui n’ose plus mais qui voudrait. Vous embrasserez le petit enfant qui sommeille en vous et qui vous prie de l’écouter un peu plus. Ce livre vous fera vivre mieux, plus grand, plus vous. 

Je vous laisse sur ces mots, et vous envoie des baisers cosmiques. 

« Il observa sa Louise, rassérénée par l’air pur de la bonbonne. Il avait le vertige. Il se vit perché, avec elle, au sommet d’un sommet, au bord de la première vue du monde qui n’est rien d’autre que la dernière et, alors, en une preuve d’amour absolu, lui offrit de la laisser s’en aller, seule face à l’immensité, de la rendre à son état premier, la solitude. Et de lui signifier ainsi sa confiance infinie. » 

 

 

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