Mistral perdu | Isabelle Monnin

Mistral perdu | Isabelle Monnin

 Lundi 2 Octobre, 2017, 10h00

émoticône dialogue texto sms– Comment se passe ta journée mon ange ? 

– Je suis en cours de finance, capitalisation boursière, valeur actuelle nette et Béta. Ça pourrait aller mieux, je pourrais écrire des chansons, je pourrais galoper vers mes rêves et me noyer dans notre amour. Mais ça va, en vrai, c’est intéressant. 

– Ah ouais ? 

– Oui, ça va, et puis mon prof est un golden boy. Il s’appelle Fahmi, jean Levi’s délavé, petites derbies serrées, veste blazer, teint hâlé, doré comme les soleils levants du Maghreb, les yeux sûrement aussi noirs que ceux de Solal de Belle du Seigneur. Ça passe mieux la valorisation boursière quand t’imagines ton prof dans ton lit. Ahahahah ! On-a-dore ! Evidemment je ne te parle pas des moments très gênants où il m’interroge et me sort de mes rêveries érotiques.  Et toi ? 

– J’aimerais prendre l’air, respirer ma jeunesse, retrouver mon ivresse et m’enivrer de vivre. Mais je n’y arrive pas. Je crois perdu la légèreté de l’enfance. Je la cherche partout sans succès. Mon visage a gagné des ridules d’adulte sous les yeux à force d’avoir peur de mes rêves.

– Ah. Mon ange, au risque de me répéter, ne fais pas de ta vie un sursis, une prison dans laquelle tu vois tes rêves te filer entre les doigts, à travers des barreaux créés de toute pièce par toi-même. Pense à Nicolas, pense à tous ceux qui sont partis si jeunes, et surtout, n’attends pas que ta vie commence, car l’attente peut durer longtemps. 

– Mais comment je fais, pour honorer les morts et faire partie des vivants ? 

– Vis. Sans retenue. Vis sans béquilles. Projette-toi plus grande que toi-même, imagine-toi au-delà de tes peurs, et ça ira mon ange, promis.

– Je te fais confiance. 

– On y arrivera ensemble. Pinky Promise. De toute façon, l’âge adulte n’est pas une sinécure. C’est une putain d’entourloupe, et Benjamin Button est une fiction. 

– Ahahahahah. Tellement vrai ! 

– Je lis Mistral Perdu en ce moment. C’est un livre hanté, enfin non, habité. Habité par nos peurs, hérité de nos rêves, irrigué des enfances de nos parents, de la notre qui se faufile, du monde d’hier, et d’une profondeur vertigineuse. Je le lis dans le métro, et ça apaise mes peurs qui tanguent de gauche à droite, et parfois ça berce mes rêves. Je ne sais pas vraiment comment t’expliquer, mais je vais te l’offrir.

– Incroyable. 

– Mais au début j’ai détesté. Je trouvais que le roman se regardait trop écrire, dans une sorte de contemplation de l’hier et de la nostalgie du bonheur. Il y a dans ce roman une langueur qu’il faut apprivoiser et une dimension réflexive qu’il faut prendre avec soi, sans juger. 

– Je comprends totalement ce que tu veux dire. Bookiners, il est tôt, je sais, mais Peanut Tat a fait une trouvaille qui risque de vous ravir. Venez tout près de moi, je crois que c’est important. 

Dimanche 21 Janvier 2018, 23h53

Si vous savez compter aussi bien que moi, Bookiners, vous saurez qu’il m’aura fallu plus de trois mois pour vous livrer ce roman. Le temps s’effiloche plus vite qu’on ne se l’accorde. Et puis les mots, pour dépeindre la douleur de la douleur, ça ne se presse pas. Mais mon cadeau est là, il vous attend. Au milieu des rires et des carillons de la Mélodie du Bonheur que ma mère et ma sœur regardent et re-regardent inlassablement, je pense à vous, et j’explore notre jeunesse qui se déploie, notre vie qui prend ses aises et le temps qui galope. Je vous écris. Et j’éprouve de la difficulté à retranscrire cette drôle d’intensité qu’esquisse en douceur Isabelle Monnin dans Mistral Perdu, ou les évènements. Si vous avez déjà succombé à son charme ou que vous faites confiance à mes goûts de Peanut, alors hop, vous pouvez commander Mistral Perdu, ou les évènements en cliquant sur le roman juste en dessous. 

 

Au risque de vous dérouter un peu, je vous offre un petit bijou musical signé Alicia Keys Distance and Time pour vous accompagner dans les décombres de ce roman-chronique aux vies qui vacillent. 

J’aurai pu choisir une chanson d’époque, puisque ce sont sur les années 80 qu’Isabelle Monnin s’épanche davantage, mais pour moi, Distance and time apaise l’effluve des tragédies qui parsèment son roman-héritage et ses mots incandescents. 

Avant les ruines d’un monde disparu, il y a la jeunesse insouciante des années 80, la chaleur du bitume sous le soleil paëlla des vacances de juillet. La Renault 5 jaune citron de maman, le break de papa, les convictions politiques des parents de gauche qui scandent les conversations du soir, les espoirs de la Gauche,  les victoires des Gauches, la voix de Michel Drucker, le son des 33 tours, et le génie Gainsbourg qui tonne son Comic Strip en rythme et désinvolture. Avant les ruines, il y a tout ça. Les années 80, une famille ordinaire de la classe moyenne à l’élan Mitterand, et deux sœurs qui sont la lune et le soleil, l’une pour l’autre, fusionnelles et gondolées de fous rires et d’amour. 

Il y a, en d’autres mots, une génération, 

« Un ailleurs tressé de souvenirs »

qui se dessine sous la plume d’Isabelle Monnin – peut-être le vôtre Bookiners ou peut-être, comme pour Héloïse et moi, l’ailleurs de nos parents. Il a ce côté lumineux des années d’insouciance, ce quelque chose qui habite et ranime. Alors, Bookiners pour qui la solitude dépeuple vos journées pour peupler votre petit cœur, lisez ce roman, il insuffle, égrène, rabiboche et ressuscite tout un monde, toute une génération qui vit en nous de près ou de loin, par ses mots mosaïques, dans un râle chaud et rassurant, qui, malgré l’amertume mélancolique qu’il distille, nous enveloppe d’un halo paisible. Vous serez habité par cette œuvre qui porte dans une densité souple, légère et tenace, la douleur, la joie, la chiale, les rires, les courses en retard, les compte à rebours, les rêves déchus, les trains loupés, les actes manqués, les morts et les vivants. Dans un même mouvement. Et être habité, c’est n’être plus jamais seul. Vous me remercierez plus tard Bookiners esseulés, mais maintenant, j’appelle ceux dont les rêves ont disparu avec leurs dents de lait. 

Bookiners qui ne rêvez plus, oui, c’est vous que j’appelle avec bienveillance parce que c’est votre jour de chance. Je vous demande de vous rappeler avec violence que rêver est un impératif catégorique. De ceux dont on ne se dérobe que par la mort sous peine de commettre un crime et un sacrilège. Lorsque vous lirez Mistral Perdu qui se tisse comme une épopée universelle et comme un journal intime, vous verrez, sur les limons de l’enfance de ces deux sœurs qui s’aiment à la folie, que rêver c’est marcher sans frontière, que rêver c’est déplacer les barrières du réel et lui redonner les lumières qu’il perd en chemin. Les filles avaient 

« Leur monde hérissé de rêves »

Jusqu’au jour où le soleil meurt, pour laisser à ceux qui restent 

« Des corps sanglots.»

Il n’y aura les perles de son rire que dans les souvenirs de la sœur qui reste. Et la sœur qui part a 26 ans. Et la sœur qui part voulait devenir actrice. Et la sœur qui reste s’endort avec des trous, et depuis ce jour 

« Même les nuits ne dorment plus. »

Et la sœur qui part aura eu le temps de rêver, mais pas le temps de réaliser les rêves de sa vie. Et la sœur qui reste devient journaliste et écrivain, comme dans ses rêves les plus fous, enjambant les peurs et les qu’en-dira-t-on, les « orientations Viactive »  et les chemins tous tracés. Et ça remet les pendules à l’heure et la procrastination là où elle devrait toujours être : au placard. Et ça fout la chaire de poule et la rage au ventre, parce que tout peut se déchirer plus vite que les rêves qui nous animent. Et c’est notre fardeau de vivant de rêver pour ceux qui sont partis, de vivre aussi pour ceux qui ne vivent plus. 

« A quelle idée s’accrocher si tout est si fragile ? »,

nous demande Isabelle Monnin. Je vous réponds Bookiners, qu’il faut s’accrocher à ses rêves et courir à leur trousse pour les attraper avant que le glas ne sonne, imprévisible et impitoyable. 

Dans cette chronique en 8 actes, vous comprendrez, Bookiners, le monde qui vous entoure en plongeant dans celui d’hier avec une lucidité existentielle, un quelque chose de philosophique et réflexif. Une vibration sépia comme un paysage qu’on reconstruit tout en dentelle. Vous vivrez la revanche des Gauches lors des élections Mitterand, vous apprendrez comme nos peurs se justifient dans les théories déterministes de l’après 30 Glorieuses, les espoirs et les désillusions de la France Méritocratie, vous témoignerez de l’arrivée du Minitel, vous oscillerez entre la création du revenu national minimum de Michel Rocard, les discours bien-pensants-pleins-d’espoir des parents de la classe moyenne qui persuadent leurs enfants que plus les études sont longues plus les CDI sont sécurisés et garants du bonheur, vous écouterez les chansons-chroniques-révoltes de Renaud. Vous comprendrez, le visage rivé sur notre/votre héritage que 

« Le monde n’est pas sagesse, il échoue à ne pas transformer le chagrin en haine »

Puis vous verrez la gauche qui vacille et les vacillants qui s’accrochent aux branches qui écument le sol, agonisants et frustrés, et alors vous comprendrez et le monde, et, que 

« Les convictions durent plus longtemps que la réalité »

C’est tout un monde qu’Isabelle Monnin convoque sous nos yeux, et c’est tout ce monde qu’elle nous donne à appréhender, par petites touches, jusqu’au notre, jusqu’à nos tragédies quotidiennes et imminentes, jusqu’à Michel Drucker, qui toujours, relie d’un seul trait ses années d’insouciance et nos années d’inquiétudes. C’est un roman qui s’épanche, sur le voile de notre passé, pas comme une posture mais comme une inclination de la mémoire et du cœur. Et alors, vous comprendrez davantage le monde qui vous entoure car vous en goûterez les saveurs qui en sont à l’origine. 

Ma revue est bientôt terminée Bookiners, mais avant, j’aimerais que nous fassions une grosse petite place chaleureuse aux Bookiners qui ont perdu un être cher. Isabelle Monnin est des vôtres, douloureusement. Et son écriture douce, aérienne et éthérée pansera vos plaies de ses murmures bienveillants. Le roman s’esquisse avec un leit motiv lancinant « nous sommes deux » qui, se déclinant tout au long du voyage évoque l’indéfectible relation fusionnelle d’Isabelle et de sa sœur, jusqu’à devenir un refrain estropié, déchu : 

« Nous est morte, vivre n’existe plus et le chagrin est une maladie longue »

C’est sa sœur qui disparaît dans un souffle, brutalement, à l’âge de 26 ans et qui laisse 

« Le silence bourdonner son absence. » 

Et la tristesse se déverse comme une pluie diluvienne, peuplant chaque endroit de sa vie, annexant tous les territoires : 

« Elle meurt. Et toute ma mémoire fait cendres avec les siennes. Et je n’ai rien compris, et je suis morte aussi. »

C’est la mort qui donnera ce roman Bookiners. La mort de l’âme-sœur et la mort du fils. C’est l’absence qui se transformera en une autre forme de présence à travers l’art, la commémoration et la mise en mot. Et comme si ce n’était pas assez, après la sœur, le nouveau-né de celle qui reste meurt à son tour, avant d’avoir goûté au printemps. 

« Nous sommes Novembre, toutes les dates sont des tombes et je meurs une deuxième fois »

Alors quand tout s’effondre, que tout le monde s’en va, on pleure au sol, on pleure sur les nuages et le cœur pèse trop lourd. Et puis, au milieu des décombres, on sent leur présence venue d’ailleurs, on devient la douleur, les silences, les souvenirs, et : 

« On devient tous nos absents » 

Car ils se glissent en nous sous une forme particulière pour nous insuffler la force que leur mort voudrait nous ravir. On devient tous nos absents parce qu’ils ne sont pas tout à fait morts, ils se réincarnent dans nos cœurs et dans nos mémoires pour nous habiter pour toujours. 

Isabelle est une rescapée, une balafrée de la vie qui porte sur ses joues les cercueils des aimés, et parce que la vie aime avoir le dernier mot comme elle l’entend, elle est toujours vivante. Elle n’est pas morte de chagrin, elle vit avec. Et dans cette vie qu’elle supporte, elle a écrit pour ceux qui l’ont quitté et ce même quand elle pensait que les mots n’existaient pas pour dire la béance. Et pourtant, dans ce roman, elle a noté :

« Le bruit que fait l’avenir quand il vous lâche »

Elle a écrit sa douleur jusqu’à la transcender, la rendre création, réceptacle et luciole dans l’obscurité. 

Puis, elle s’est laissée surprendre à sourire, encore, comme si la vie lui disait que la beauté l’attend pour les jours d’après :

« Dans ce décor d’apocalypse, j’invente des petites collines riantes, elles dansent au dessus du désastre. Attraper la joie dès que possible. Etre triste et joyeuse dans la même seconde, c’est une sorte d’entièreté retrouvée. Mon sourire tremble un peu, et ça dégouline sous mes paupières. »

Et alors, ce roman qui ne semblait que débris et décombres, devient ode et hommage à ceux qui partent et à ce qui reste. La vie est toujours là, droite dans ses bottes, à nous chuchoter que le bonheur revient toujours, et que le bonheur triste n’est pas un oxymore. Bookiners qui perdez espoir, ces deux derniers paragraphes sont pour vous. Oui le soleil parfois s’égare, c’est sa façon à lui de faire sa révolution.  Mistral Perdu sera, votre baume d’espoir dans vos parcours de combattants Bookiners. 

Vous savez désormais qu’après les ruines demeurent les vestiges que les cœurs gardent au chaud dans leurs souvenirs. 

Je vous embrasse avec tendresse, 

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Ma mère avait raison | Alexandre Jardin

Ma mère avait raison | Alexandre Jardin

Lundi 8 Janvier 2018, 10h du matin 

émoticône dialogue texto sms– Honey, j’ai rêvé de toi cette nuit !! T’étais radieuse et amoureuse !

– Ah ouais ? Mais de qui ? D’Alex Jard, de Benjamin Biolay ou de Grégoire Delacourt ? 

– Un peu des trois ! Ahaha ! Non, je plaisante ! Je ne suis plus certaine de mon rêve mais tu étais heureuse comme une étoile. Peut-être que t’étais enfin chanteuse. Oui, c’est ça, tu vendais pleins de disques ! 

– OMG. Stop ! Best dream EVER. Bon pour tout te dire, hier soir, j’ai passé ma soirée à faire des chocapics ! C’était dingo, Pénélope est ravie, je te jure, c’est limite si elle ne ferait pas une virée shopping pour l’occasion. Chop chop ! Body Minute, je reviens !

– Hahahah ! Tu me tues ! Bookiners, en langage décrypté ça veut dire que Tatiana s’est adonné au sport de chambre. Je les sens d’ici tes hormones. #serotonineetoestrogènes, enchantée ! D’ailleurs, Bookiners, pour ceux qui ne sont pas encore aux faits des nombreuses lubies de Tat, « Pénélope » est le nom de baptême de son vagin. N’en parlons plus. J’ajouterai simplement que j’ai participé à ce baptême haut en couleurs et qu’il y a avait même une cérémonie avec du Nutella et d’autres sucreries faibles en calories. C’était davantage un baptème culinaire qu’un baptème religieux, mais on a quand même remercié Dieu à la fin. Car sans lui, je n’aurais peut-être pas eu la même meilleure amie. Et alors j’aurais moins ri ! 

– Hélo, tu serais gentille de ne pas me faire passer pour une détraquée devant nos Bookiners, ou du moins, pas si vite! Après, ils ne suivront plus mes conseils. Bookiners, je vous jure que tout est presque faux.  

– Ah pardon. Oui oui, t’as raison. Solennellement, je vous avoue, Bookiners, que j’ai menti. Enfin, non, pas vraiment, mais tout ne s’est pas exactement passé comme ça. Enfin pas dans cet ordre. Enfin j’en sais rien, c’est de la faute à Cardinal Seroplex, mon antidépresseur, il me joue souvent des tours, peut-être. 

– Vite fait le camouflage, mais enfin bon, ça ira pour aujourd’hui. 

– En parlant d’Alexandre Jardin (Tat l’appelle Alex Jar. En ce moment, je vous préviens, elle coupe tous les mots) tu écris quand la revue de son doux bijou d’audace « Ma mère avait raison » ? 

– Hmm, comment te dire. Pour MMAR, je ne suis pas sereine. Ça fait 25 jours que je retarde l’échéance, mais je m’étais dit que TODAY was the day, parce que nos Bookiners doivent avoir ce roman-caractère, ce roman-vital entre leurs mains pour démarrer 2018 avec Panache, à cœurs ouverts, à cœurs brûlants ! 

– Mais alors GO !! Qu’attends-tu ? 

– Toucher le soleil du bout des doigts, ça brûle mon ange, c’est comme se confronter à la vérité : ça fout le bordel dans notre nid douillet d’ignorance et de semi-sommeil. 

–  ? 

– Ce que je voulais dire autour de mon analogie douteuse, c’est qu’il est bien mignon Alex Jar avec sa gueule d’ange mal réveillé de nous emmener sur les cimes de la vie, par delà les peurs, par dessus les marées, par dedans les abîmes, dans tous leurs recoins et sur tous leurs sillons ; sans nous prévenir que c’est un aller sans retour vers l’imprudence et l’impossible : vers la vie vertige qui vibre et brûle comme un soleil. Lire Fanou Sauvage c’est ne plus jamais se rassasier de vivre et d’aimer. Comme un impératif moral et catégorique. Déjà que j’ai toujours faim… ça ne va pas s’arranger cette histoire.  Et puis, si tu veux que je te dise la vérité vraie, Fanou ressemble étrangement à maman, et de la même façon, je me sens assez proche de la personnalité d’Alexandre. Tu sais sa joie d’enfant, son côté émerveillé voire illuminé. Et puis ce vorace de vivre, de tout vivre, de tout palper. C’est très troublant cette histoire. Attends, je te montre : « Fanou, ta passion pour moi ne s’est jamais traduite par une affection inconditionnelle mais a pris la forme la plus élevée, celle de l’exigence ».  

– Ahahahahaha ! Ah oui. Je comprends. C’est vrai qu’on dirait Yvette, Fanou. Et puis t’as raison, avec MMAR, j’ai eu les mêmes effrois. Vivre plus grand que soi ce n’est pas rassurant. 

– Mais en même temps, ne pas vivre fou et ne pas aimer follement, c’est comme un outrage. Une faute impardonnable. C’est bien là le pire, c’est que ce qu’il dit est tellement vrai, l’Alexandre, il a raison ! Enfin, pas lui, sa mère, Fanou Sauvage. Enfin, les deux !

– #PREACH

– Ça me donne envie de prendre des lances et de crier à tue-tête jusqu’à la nuit des temps, « j’irai au bout de mes Rêves, vivrai au bout de ma Vie, aimerai plus loin que l’Amour. »  Oh mon dieu, vertiges encore. 

– Ahahahaha ! Ma schizo d’amour. Ok. J’arrive avec les lances. En avant, marche ! On ne se dérobe plus. Fini les excuses. Prenons la vie d’assaut avec Fanou Sauvage, je te suis ! 

– Bookiners, Venez ! Prenons la vie par ses cornes et le cœur par son pouls. Tadam Tadam. Ready ? Steady ? Go.

Jeudi 11 Janvier, 2018, 15h30

Avant de vous assaillir avec ma logorrhée enivrée sur « MMAR », tenez, cadeau musical !  

Bolero – Maurice Ravel 

Je trouve qu’il ressemble à Fanou ce morceau de Ravel, il est enlevé, précis, impétueux comme une marche nuptiale et militaire, et il virevolte, il virevolte au dessus de la vie, parce qu’il la prend dans ses bras. Comme Fanou je crois. 

Si vous savez compter Bookiners, vous calculerez que cela fait 29 jours exactement que je retarde l’écriture de la revue de ce roman-d’amour-et-d’audace d’Alexandre Jardin. On se dérobe souvent face à l’impossible. Mais j’ai décidé de grandir, je viens de faire les soldes de sous-vêtements étoiles et de chaussettes à paillettes : je me sens comme neuve. Prête à vous décortiquer Fanou, la muse incisive exigeante et polyhandre et la mère-mentor qu’Alex Jard nous prête le temps d’un roman, et, dès lors, le temps de notre vie à tous. Il va sûrement falloir que vous en fassiez votre livre de chevet, car il –le roman- et elle –notre Fanou- vaccinent contre la peur de vivre, dès la première page. 

J’appelle nos Bookiners en mal de voyage et en manque de sous, chaussez les souliers qui vous font du bien, et mettez vous tout nus, nous partons en vadrouille ! Ah. Je vous entends déjà penser tout bas « nous sommes le 11 Janvier, Noël a dilapidé votre compte en banque, les soldes vous font la danse du ventre pour que vous leur succombiez et les vacances au ski s’annoncent à grands pas, pistes bleues, rouges, noires et quelques bières-frites en haut des pistes, mais vous n’avez plus d’argent. Et moi, gentille comme une fleur, je vous propose de vous foutre à poil, et de partir en voyage.» Et ? Frileux comme vous êtes vous me répondez que si c’est trop cher, on ne pourra pas faire affaire. Et là je m’exalte de rire. Doux Bookiners, vous êtes mignons. Dans ce voyage, il n’y aura rien à débourser, si ce n’est, le prix d’un beau roman. Mais c’est tout. Pas de fausses surprises.

Oui, je vous emmène au bout de vous-mêmes, sur l’autre versant de votre être, celui qui ose grand, celui qui vit bruyant dans les vacarmes du vent et s’initie à l’impossible. Je vous invite à voyager au cœur de vos entrailles, afin de vous éclore et vous déployer comme les fleurs extraordinaires que vous êtes. Voilà, c’est dit ! 

Ce séjour en vous-même sera l’opportunité de vous connaître, d’identifier qui vous êtes, dans vos contradictions et vos discordances. Dans vos failles et vos fêlures. Vous êtes, nous sommes, des êtres pluriels et polymorphes, et Fanou, relayée par Alexandre, nous le rappellent et le répètent pour mieux nous le faire entendre car : 

« On ne trouve son âme qu’en ne fréquentant assidûment ses failles » 

 Et vous verrez, vous saurez après cette introspection qu’

« Il est déraisonnable de ne pas être soi, sinon l’existence n’est plus qu’un rendez-vous raté avec soi.»

Oui, vous verrez, vous saurez après ce voyage détonnant que 

« Vivre ce n’est pas finir de naître. »

« Ce n’est pas bégayer sans cesse qui l’on croit être, c’est devenir qui l’on est. » 

Je crois qu’avant de voyager en d’autres et vers d’autres contrées, il faut d’abord voyager en soi, s’explorer pour s’assumer, et devenir qui l’on est. S’explorer pour : 

« Ne plus jamais être apeurés d’être. »

Tous ces mantras d’une impitoyable exigence et d’une implacable justesse, Alexandre les a hérité de sa mère-mentor Fanou, et s’il nous la prête, c’est qu’il nous aime assez pour nous la partager. S’il nous la prête, c’est qu’il l’a assez écoutée et comprise pour appliquer l’une de ses convictions les plus intimes qu’aimer n’est pas posséder. 

Alors voilà Bookiners, vous venez tout juste de gagner un Mentor de choc, allumée de beauté, chatoyante, solaire et folle comme on aime. « Une affamée de vertiges » et de questions, impétueuse, tempêtueuse, impérieuse et silencieuse. Et quand elle ne vous sonde pas du regard, elle effrite vos certitudes, avec des mots justes et lapidaires, et quelques actes qui prennent un sens inouï pour ceux qui se mettent à son diapason.

Parler de Fanou me donne la boule au cœur et les larmes au ventre. Alexandre vous transmettra son amour immense pour sa mère et son admiration sans bornes, légitime. Vous aimerez Fanou comme si c’était la vôtre, et vous rendrez grâce au ciel d’avoir eu la chance de croiser sa route à l’ombre de ces pages écrites par son fils. 

Avec Fanou, vous rirez, avec Fanou, vous apprendrez à 

« Ne plus vivotez sur un demi-poumon. »

Elle vous demandera d’être plus haut que vous mêmes, de transcender vos petites existences et votre petitesse pour vous initier à l’impossible. Et vous l’écouterez palpitant d’admiration et transi de vertiges. Et ensuite, vous la remercierez chaleureusement, car avec elle, vous aurez toujours à cœur d’être :

« Au maximum de votre possibilité d’être. »

Oui, oui, je suis bien en train de dire ce que je vous dis, vous risquez tranquillement de devenir un zèbre Jardin ou un zèbre Sauvage. 

Fanou vous apprendra aussi, dans le plus grand des calmes, à vous faufiler d’entre les mains de violeurs fous. Elle vous expliquera

« qu’un jour, dans un parking parisien, un homme a surgi pour la violer avec entrain. Elle l’a arrêté d’une phrase sèche en disant : – Nous n’allons pas faire ça ici, debout, dans le froid. Nous serons mieux chez moi dans un lit. Allez, venez. Puis le violeur s’est laissé emmené en pleine rue, avant que Fanou ne hurle à tue-tête et que le violeur ne décampe.»

Elle brûlera peut-être vos manuscrits si elle pense qu’ils n’émanent pas de vous-même, de votre essence propre. Enfin, elle balancera à la poubelle vos réticences, vos peurs, votre idée de la mesure, votre tendance à la médiocrité, votre sagesse, la frousse et les jugements, afin de vous donner accès à vos abîmes et de prendre vos folies autour de votre cou le temps d’une valse éternelle avec la vie et l’amour.

« Il faut aimer à tout prix, vous dira-t-elle, car c’est la seule chose belle et véritable.» 

Alors vous aimerez. A la folie. Passionnément. 

Il va sans dire qu’avoir Fanou comme Mentor, c’est quelque chose, mais alors, l’avoir en mère, ça déménage. Et si, exister intégralement était se passer de justifications ? Et si, se passer de justifications était une invitation impérieuse à aimer sans concession, à accepter l’autre sans questions ? 

Bookiners pour qui la famille est une galère sans fin, je crois qu’Alexandre a trouvé la solution à vos turpitudes familiales. L’entière acceptation. Fanou est comme ça, et c’est « comme ça » que son fils l’accepte, avec ses failles et ses fêlures, ses folies et son fiel, ses multiples vies et sa violence. Parce que par delà tout-ça, il y a l’amour indélébile, celui qui accepte totalement. Comme diraient nos amis insulaires de l’autre côté de la Manche : JUST EMBRACE IT. En lisant cette Ode à Fanou vous verrez qu’on survit de la folie de ses parents. Pire : on en redemande ! Alors vivez-les, acceptez-les, aimez-les tant qu’ils sont vivants. 

Si je vous disais que c’est l’un des romans d’amour les plus touchants et les plus tendres que j’ai lu, Bookiners, vous ne me croirez pas. Alors lisez-le, lisez-le et vous surprendrez la tendresse se glisser sous vos draps, et vos cœurs, sanglotant d’amour. Dans ce roman, Alexandre redevient l’enfant qui ne l’a jamais quitté. Il caresse de ses petites mains les souvenirs qui l’habitent, les douleurs qui l’ont remué, et les moments multicolores passés aux côtés de Fanou. C’est une lettre d’amour et une lettre d’adieu, comme si célébrer sa maman avant qu’elle ne s’éteigne signifiait la raviver à jamais dans son cœur, et celui de tous les autres, nous autres. J’espère que vous êtes prêts à vaciller, Alex Jar a surpassé Jacques Brel en une phrase :  

« Puisque tu pars, je ne te quitte pas. »

Ça, c’est fait. 

De toute façon Fanou restera vivante pour toujours car il « y a quelque chose de l’éternité dans son présent » dans ses conseils, dans sa sagesse. Et puis, et ce n’est pas moi qui le dit, 

« Les existences qui ont fait grand bruit ne s’éteignent pas dans le silence des cimetières. » 

Je m’en vais pleurer un coup car je suis encore un peu bouleversée par ce roman alors que je l’ai lu il y a 2 mois, et  je vous assure que je ne suis pas une madeleine. Je n’ai presque pas pleuré devant « Titanic ». Parole de Peanut !

Avant de m’en aller sur les cimes de mon être – car oui, je suis les conseils que je vous donne Bookiners, surtout en Janvier je voulais simplement dire au Bookiners qui ne croient plus en l’amour qu’il va falloir vous arranger pour y croire encore. Ceux qui vous ont déçu sont ceux qui étaient indignes de votre amour, ce n’est pas l’Amour qui est indigne d’être vécu, car il n’y a rien de plus beau, de plus fou, de plus vivant que l’Amour. Et comme ce qui est beau, fou et vivant, il n’y a rien de plus méconnu, simplifié, galvaudé que l’Amour. Fanou en bonne mentore qu’elle est, vous remettra les pendules à l’heure sur ce qu’est l’Amour en capitales. 

Je reste au chaud dans mes larmes et je vous encourage à prendre un vol vers votre moi intérieur avec dans votre poche Ma mère avait raison, ce bijou de tendresse, de justesse, d’audace et d’amour ; ce compagnon de vie. 

Vivons grands, Soyons Grandioses, et Aimons à bout de souffle car la vie ne mérite rien de moins. Attention, Fanou vous, nous regarde en silence. Allez, Oust, « Fini les temps timides » ! 

Baisers brûlants, 

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Le jour où j’ai appris à vivre | Laurent Gounelle

Le jour où j’ai appris à vivre | Laurent Gounelle

Vendredi 29 décembre, 23h30, dans mon lit, en train de regarder la 127ème interview de Benjamin Biolay, dont je suis folle amoureuse, mais je vous en parlerai davantage plus tard Bookiners.

émoticône dialogue texto sms– Hi mon Honey moon, tu fais quoi pour le Nouvel An ? 

– Hmmm, je devais aller à Londres avec Swann et Mathilde, mais j’ai pas l’envie en moi. Sortir, m’enivrer, courir vers des chimères, j’ai plus la force en ce moment. Entre les impératifs de Peanut Booker et la musique, j’ai besoin de me recentrer pour ne pas dérailler dans deux semaines quand je m’installe à Madrid.

– Oui mais c’est ton anniversaire mon cœur. T’as pas la tête à ça ?

– La tête à vieillir ? Pas trop et prendre un an de plus comme on prend une nouvelle gifle, merci mais non merci. J’adore être un enfant, et j’adorerais le rester pour toujours, mais les anniversaires m’en empêchent, ils sont là pour nous rappeler que le temps passe, que la vie n’attend pas, et qu’elle n’en a rien à foutre que tu préfères avoir 20 ans pour toujours. Elle t’en rajoute 4 ou 5 et tu dois fermer ta gueule de sotte insoumise. Parce que c’est inéluctable. 

– Ahahahahah. Mon ange, ne sois pas si remontée. Je t’assure que ça va aller, je serai à tes côtés jusqu’à ce qu’on perde toutes nos dents d’adultes. Et puis ne vois pas la vie comme une menace envers l’enfant que tu es, vois-la comme une promesse d’explorer l’enfant que tu es, de l’affirmer, de le contenter et voire même de le transcender. De lui faire vivre des choses qu’il n’avait pas imaginé avec ses yeux d’enfants. Je t’assure, change de regard, et respire. Tout va bien se passer. 

– J’espère vraiment que tu as raison. Et puis, aussi, dimanche, pour le Nouvel An, j’avais prévu d’être chez moi, assise sur le parquet, des talks de motivation sur les enceintes, avec des feuilles Canson et trois livres importants pour moi : L’Alchimiste, Le jour où j’ai appris à vivre et Miracle Morning. Ils me rappellent les essentiels. Ils me ressaisissent. Ensuite je voulais faire un visual board pour mettre en images tous mes objectifs de l’année concernant la musique et notre bébé Peanut. D’ailleurs, je peux te dire que je l’ai subi la grossesse de notre cacahuète : j’ai pris 15 kg cette année. Quand je pense que Céline Dion ne prend pas un gramme quand elle fait des babes. Ça me tue. 

– Ahahah, le rapport avec Céline ! En vrai, je te comprends totalement. C’est une sage décision de prendre du temps pour toi quand tu en ressens la nécessité et l’envie. Tu seras fière de toi et tu commenceras l’année sur des bases saines et déterminantes. Moi, je me rêve de solitude. De balades en forêts. De romans rassérénants. Et de silence. 15 jours non-stop avec ma famille que j’aime de tout mon cœur, c’est quand même assez hardcore. Je suis au bord de la crise d’hystérie. 

– Ahahahah. Yes. Mon ange, I feel your pain. Moi je marcherais bien toute nue dans la rue en ce moment. Je sens mon être étriqué par mes vêtements et par la mode, ça me tend. 

– Ahahahah. #lerapport ! J’aime tellement quand tu sautes du coq à l’âne. D’ailleurs t’as terminé Le jour où j’ai appris à vivre

– Of course my love ! Depuis 2 mois, j’avais simplement perdu les mots justes pour le commenter et le partager correctement avec nos Bookiners. Mais là, je me fais violence car c’est LE livre à lire pour commencer l’année sur des fondations sereines, intelligentes et surtout, essentielles ! 

– Parfait ! Alors nous t’écoutons ! J’ai hâte. Bookiners, approchez, Tat vous attend, elle a une jolie trouvaille à nous faire parvenir !!! Tututut, on ne traine pas les pieds, même si on a pris du bide à Noël !  

– Je m’exécute ! Mais avant ça Bookiners, sachez que dans ce roman, et dans beaucoup de romans de Gounelle, ce ne sont pas tant l’écriture ou les personnages romanesques qui touchent et nous secouent jusqu’à nous faire vibrer. Ce qui marque chez cet écrivain, c’est cette formidable intuition et connaissance de la vie, cette spiritualité, et cette façon de nous questionner et de nous ramener à l’essentiel. Et, avec la période des résolutions qui pointe le bout de son nez, je sais qu’il vous aidera à faire le tri, à prendre les bonnes décisions et apprendre – enfin ? – à vivre. Allez, GO ! 

Avant toutes choses beaux amours, je commencerai par vous faire un cadeau musical.  Il vous juste ce qu’il faut d’air frais, et ce sentiment intense de respirer la nature, couché sous un ciel bleu, bercé par les vagues en face d’un soleil tout sourire ! Voici pour vous notre Juju national qui nous chante Beyrouth, la plage et les songes. Voyage Voyage.

Beyrouth plage – Julien Doré 

La nouvelle année arrive à grands sabots Bookiners, et il commence à se faire le temps des introspections, des rétrospectives, des hauts et des bas, des actes manqués, des actes magnifiés, pour que 2018 soit, peut-être davantage, à votre diapason. Je vous écris ces lignes du bout de ma chambre, et du fond de mon âme, où que vous soyez car même de loin, même sous les cocotiers, il y a des nécessités non négociables pour votre bien-être.

Voyage dans l’espace. Nous atterrissons à San Francisco dans la vie de Jonathan. Il est expert en assurances. Il a monté sa boîte avec son épouse Angela – dont il vient tout juste de se séparer pour une douteuse histoire d’infidélité-, et son ami Michael. Il a une petite fille Chloé qu’il aime mais qu’il néglige car il s’imagine devoir gagner suffisamment d’argent pour la mettre à l’abri avant de profiter d’elle. Par moments, la vie de Jonathan est entrecoupée, en pointillés par le récit de celle d’Austin Fisher, LE joueur de tennis n°1 Mondial que les médias critiquent, caricaturent et redoutent tout à la fois. Nous sommes aux deux carrefours de la vie de ces deux hommes. Les intrigues et les personnages s’imbriquent et plusieurs évènements se chevauchent dans ce roman, donc je vais aller droit au but, droit au baume Bookiners. 

Certains Bookiners ont leur confiance égarée dans les bois, égarée si loin d’eux qu’ils s’imaginent qu’elle n’a jamais existée alors qu’elle s’est barrée aux Bahamas, aller-simple, un soir d’hiver et n’est plus jamais revenue. Mes amours, vous dire qu’il est temps de vous rabibocher avec elle est un lieu commun, vous dire comment, c’est mieux. Tout d’abord, sachez que vous n’êtes pas seuls. C’est difficile de s’aimer, et d’accepter tout en soi, même vos drôles de choses qui clochent, vos imperfections et vos névroses. Et ce, même si vous êtes au sommet de votre art. Jonathan, Austin Fisher, Ryan – le créateur de chroniques vidéos moqueuses « Minneapolis Chronicles », et le pâtissier du coin, Gary, ont le même vide en eux, la même béance qui traduit le manque de confiance qu’ils se portent individuellement. 

Dans la boîte qu’il a crée avec ses associés, Jonathan se compare sans cesse à Michael, son compère éloquent, sans états d’âme, à la verve séduisante et convaincante. Pour Michael, comme il l’explique à Jonathan et Angela, la peur est l’émotion principale, alliée du conseiller en assurances. Il faut la faire germer et grandir dans le regard du commerçant afin qu’il accepte n’importe qu’elle assurance, même celle qui protège de sinistres dérisoires. Michael est obnubilé par les ventes et ce, même si elles vont à l’encontre de l’éthique de son métier et de la raison d’être même de leur vocation à tous les 3. À cette course aux chiffres, Michael est le plus rapide, le plus performant, laissant à Jonathan l’envie de le dépasser à un jeu auquel il ne croit pas. Il commence à se comparer, se dévalorise, écume et énumère les qualités qu’il n’a pas. Il oublie ses singularités, la confiance en lui qu’il avait se dilue, se dissout et s’évapore quelque part dans les sillages de la mer de Big Sur. Alors, 

« À défaut d’être heureux Jonathan est occupé.»

Parfois, on s’imagine que seuls ceux qui ratent perdent confiance. Je vous avouerais que je déteste ce mot, « rater » car je trouve qu’il manque de sens profond, qu’il est imprécis, et qu’il paraît définitif alors qu’il est temporaire. Je m’égare. Je voulais vous dire que la confiance en soi se construit, se nourrit, et s’apprivoise, pour tout le monde. Austin Fisher est n°1 mondial. Il vient tout juste de remporter le tournoi de Flushing Meadow. Il lui reste une dernière rencontre de l’US Open à jouer et s’il la gagne, il devient le meilleur joueur au monde, il rentre dans les annales avec le plus de victoires remportées par un joueur. Avec ces ribambelles de trophées, seule une chose le perturbe et l’ébranle : ce que les journalistes et les autres joueurs disent de lui : 

« Austin Fisher est une machine à gagner, une machine.»

Tout s’effondre pour Austin lorsqu’il s’imagine que ce qu’un des joueurs de tennis vient de dire de lui pourrait être vrai. Vous apprendrez dans ce roman, avec les conseils de Warren, son entraineur de tennis, à vous débarrasser de ces mots qui vous blessent en les éloignant visuellement et physiquement de votre esprit afin de les rendre étrangers à votre personne. Je vous assure, la méthode est dingo ! Vous essaierez, éberlués par son efficacité. Et ensuite, vous m’en direz des nouvelles !

Je disais Bookiners, qu’il fallait que je vous donne quelques solutions pour retrouver votre confiance perdue. Un jour que je me disputais avec ma maman que j’aime de tout mon cœur, nous en sommes venues aux mots qui blessent. C’était il y a très longtemps. Très très longtemps en fait, mais cette dispute m’a marquée. Elle s’est terminée par maman qui me dit que je ne suis qu’une « enfant égoïste, qui manque d’empathie et qui ne pense qu’à elle. » Tout ça parce que je ne voulais pas aller rendre visite à une tante en deuil, que je connais à peine et qui m’indiffère – peut-être justement parce que je la connais à peine -. Et puis, pour vous dire la vérité, j’ai plus de 50 tantes et 90 cousins. C’est la particularité des africains de ramifier les arbres généalogiques et d’amalgamer amis proches, avec cousins. Tout ça pour vous dire que ces qualifications m’ont terrassée. J’ai ruminé pendant 2 ans, littéralement. Puis un jour, je suis allée voir ma maman, j’avais 16 ans, et je lui ai expliqué que si elle me pensait égoïste, alors c’est qu’elle n’avait vraiment rien compris à mon essence et qu’il était hors de question qu’elle me fige et me fixe à des mots qui m’étaient étrangers, parce que ça m’aliénait et que c’était quand même vraiment con de se faire aliéner par sa propre mère et par l’amour de sa vie. Elle a pleuré. Elle s’est excusée.

Et depuis ce jour, j’ai la certitude que pour avoir confiance en soi, il faut commencer par se regarder, longtemps, quitte à énumérer sur une page blanche qui nous sommes et ce que nous pensons être. Vos défauts, vos qualités, vos fêlures, vos lumières. Tout. Ensuite, détachez-vous de ces mots et appréciez-les pour ce qu’ils sont. Puis rattachez-les à vous à nouveau pour vous apprécier comme vous êtes. Rajoutez-y de l’amitié, de l’empathie de vous à vous, puis de l’amour. Touillez, touillez, et commencez à vous affirmer, à connaître qui vous êtes, attendez quelques heures, et hop, la confiance revient des Bahamas, aller sans retour, pour se loger sous les cocotiers de votre cœur. Vous en viendrez à considérer les mauvais mots des autres sur vous, comme une ignorance, et ceux qui pointeront du doigt certains défauts qui sont les vôtres, vous opinerez du nez, saluant leur perspicacité, en paix avec vous-même. Attention, je ne dis pas qu’il faut s’enorgueillir d’être avare ou d’être con, je dis qu’il faut accepter vos manques et vos trop pleins pour être à la hauteur de la personne que vous désirez devenir, des gens que vous aimez et qui vous acceptent pour ce que vous êtes. 

Je crois que c’est à partir de ce moment là, qu’on arrête de se comparer aux autres et qu’on capitalise sur ses propres atouts. Je crois que c’est à partir de ce moment là que les mots des autres n’ont plus le pouvoir destructeur qu’on pouvait leur donner. Les autres ont toujours le pouvoir qu’on leur donne. Si on se détache. Hop. Plus de pouvoir, juste un rigolo qui gesticule avec les mots qu’il méprend. Je crois que c’est à partir de ce moment là, qu’on commence à côtoyer des personnes qui nous veulent du bien. Authentiques et entiers, et qui nous aiment intégralement. 

Bon, j’arrête de faire la Sage, sous son cyprès centenaire et je vous présente Tatie Margie. Elle sera votre mentor de choc pour éclairer le chemin de votre vie ! 

Tatie Margie, c’est la tante de Jonathan, et la tante qu’on rêverait tous d’avoir. Un dimanche après-midi que Jonathan se promenait sur les quais de Sunday Streets, une immense rue touristique de San Francisco, bruyante de vie et de musique. Il s’égare dans ses pensées, quand soudain, il sent une envie irrépressible d’aller voir la gitane qui le fixe au loin pour qu’elle lise entre les lignes de ses mains. Celle-ci accepte, et lui annonce, non sans mal, de la façon la plus détachée, qu’il va mourir. Jonathan va mourir. Après plusieurs jours d’accablement, Jonathan décide de longer la baie de San Francisco pour rejoindre sa tante Margie et se ressourcer auprès d’elle. C’est avec elle qu’il redécouvre le monde, qu’il comprend les sources de son aliénation et les possibilités de son bonheur. 

Bookiners en mal de mentor, permettez moi d’appeler vos amis les Bookiners qui rêvent de comprendre quelque chose du monde qui les entoure. Venez ! Oui, vous. Juste ici. Voilà, nous sommes une ribambelle maintenant, et c’est bien mieux. 

Tante Margie-Mentor vous fera admirer le monde avec un autre regard, elle vous fera retrouver la gratitude pour la vie, pour l’existence, et vous fera renouer avec ce lien invisible qui rallie la nature et les hommes.  Parce que, dit-elle : 

« Par la marche, la nature nous rend ce que la société nous a confisqué : notre complétude. Notre culture de l’immédiateté et l’ultra-réactivité nous amènent à n’être plus présent à rien. En marchant, on se replonge dans le temps de la nature, de l’univers et du cosmos. Le temps de la vie. Et on se reconnecte à soi-même.»

Puis elle ajoute que : 

« Nous sommes des êtres complets. Notre proximité avec la nature nous amène à le ressentir profondément alors que la société crée en nous le manque. Elle sait nous faire croire et nous faire ressentir qu’il nous manque quelque chose pour être heureux. Elle ne cesse de nous faire croire que nous sommes incomplets. »

Vous apprendrez que :

« Tous les hommes sont reliés » 

Et que scientifiquement, cette intra et inter-lien entre les êtres vivants s’appelle le champ morphique, et qu’il a été découvert pas un grand biologiste Rupert Sheldrake. 

Vous comprendrez enfin qu’il faut vous connecter à vous-même afin de vous reconnecter au monde et aux autres avec la même bienveillance, la même authenticité. Écouter notre âme, tanguer avec elle, jauger ses battements et se laisser accompagner par elle. 

Tante Margie-Mentor vous apprendra bien d’autres choses. Et c’est bien là ce qui fait le trésor des romans de Laurent Gounelle, ils nous rappellent ce que nous avions oublié, ils nous guident vers quelque chose de plus vrai, avec douceur, au détour de quelques conversations savoureuses. 

Je m’écourte, mais avant, Bookiners que les rires ne visitent plus, vous rirez. Vous rirez de la colère de Ryan envers les hommes qui le pousse à créer « The Mineapolis Chronicles »: une chronique pour cons qui raconte la vie des cons, vous rirez de ses entrains, de sa folie, et de Gary le pâtissier qui est persuadé que lorsque les hommes sont gentils avec lui c’est qu’ils lui veulent du mal. Vous rirez avant de réaliser que les hommes tristes sont aussi les plus cyniques et les plus incompris. Vous rirez avant de leur tendre votre main compatissante, votre cœur bienveillant, jusqu’à leur apporter la tendresse et le regard doux dont ils manquent. Ah, je sens que vous avez entendu le mot tendresse Bookiners, et que ça vous intéresse ! La tendresse c’est cette caresse qu’on tend vers l’autre, comme une promesse de réconfort. Dans ce roman, la tendresse est là, partout, et elle vous embrasse chaleureusement.

Vous rirez Bookiners, avec dans le cœur la certitude nouvelle qu’il

« Vaut mieux allumer sa petite bougie que de pester contre les ténèbres. »

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Tatie Margie. 

Je vous laisse avec ces mots, et je vous souhaite une année haute en couleurs, celles du bonheur, une année au cours de laquelle vous apprendrez à vivre. Pour de bon. 

Doux baisers, 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

sMardi 26 décembre, 2h00 du matin 

émoticône dialogue texto sms– Hiiiii mon Hélo. I miss you. How is Chicago ?

– Honeymoon ! (I miss you more, mais chuuuut, c’est un secret 😉 ). Chicago se porte comme un charme. Elle arbore d’élégantes jambes télescopiques et nues sous l’hiver audacieux. Grattes ciel à perte d’horizon. Et toi ? ton Noël ?

– Nous étions 35 à la maison. Je t’avouerai que même radieux, c’est quand même long Noël en famille. Il faut tenir chaque membre de ta famille au courant de toutes tes turpitudes de l’année et répondre 45 fois aux questions leit-motiv « comment se passe ton master ? » « et plus tard alors, des idées ? » « Toujours pas de copain? » « Ne me dis pas que tu vas finir comme ta cousine Christelle, un appareil dentaire à 30 ans, et le célibat pour robe du soir, c’est pas une vie Tatiana » « L’ESCP est une très bonne école, mais pour faire quoi après ? C’est vaste le Management. » « Pourquoi ne m’appelles-tu pas plus souvent ? » « Téléphone à ton père, c’est Noël quand même » « tes 30 ans approchent, il va falloir nous faire de beaux métisses aux cheveux crépus. » « Pourquoi as tu arrêté le piano, c’est dommage, tu as tout perdu ». « Fais attention à ce que tu manges chérie, les bourrelets ne préviennent qu’après s’être installés ».  Je te passe la litanie entière mon ange, ça prendrait tout un livre.

– Olala l’angoisse. Je t’avouerai que moi aussi je commence à saturer tranquillement. C’est assez fou comme des êtres du même sang peuvent être à ce point aux antipodes, arythmés, syncopés. Sur des planètes opposées dans des directions paradoxales. Je le ressens tous les jours avec ma famille, et les aimer ne fait pas l’affaire. C’est ce qui m’effraie davantage, car je me rends compte que l’amour, parfois ne suffit pas… à combler nos vides et nos différences. C’est fou. Vertigineux.

 – Quelle idée des hommes de faire naître Jésus tous les ans putain. PAIN IN THE ASS

– Hahahaha t’es complètement maboule !

– Je comprends totalement ce que tu dis, et en grandissant, mes intuitions de distance par rapport à ma famille deviennent des certitudes, et je ne sais pas comment m’en dépêtrer. Rester indépendante peut-être et ne rien exiger d’eux, les laisser, et les aimer comme ils sont et établir quand même en pointillés, les limites de notre conformité. Parce que je te jure, à les entendre, on devrait tous penser de la même façon. Ça me tue.

– #Preach !

– Ahahahah ! J’adore quand tu parles en #. Bon. Passons aux choses vitales et sérieuses. J’ai commencé Danser au bord de l’abîme, allongée sur mon nouveau lit, un sommier à ressorts (famille nombreuse, si tu m’entends).

– Ah ! Dingo. Alors ? Heureuse ?

– Dubitative. Ça fait seulement 100 pages que je côtoie Emmanuelle. Son mari, un peu aussi, Olivier. Et puis ce mec à la bouche en cœur, au sex appeal affriolant, Alexandre. Je ne sais pas trop quoi en penser pour l’instant. Langueur, vertige, un soupçon d’ennui, avec quelques relans de sublime, et toujours cette même plume emprunte d’une humanité sans appel, troublante. La vraie. La nôtre. Dans toute sa splendeur et ses contradictions. PAUSE. On en parle de la beauté du titre, s’il te plait. Vertige.

– De 0 à 10 ?

– 7.

– Pas mal ! De 0 à 10 sur l’échelle du roman guérisseur?

– 7 !

– You go girl !

– Je m’endors. Enjoy Chicago chica !

– Jeux de mots douteux.

– Passons.

– Ahahahaha

Mardi 26 Décembre, 10h00

– Bon c’est officiel, j’ai gagné 39 bourrelets, et 20 kilos. Jpp.

– Ahahahah honeymoon, moi j’ai pas le temps de me peser, c’est risqué de se foutre à poil sous – 25°C. Ce n’est pas une blague.

– OMG. Stop.

– Je te jure !

– C’est bien parce que tu risques d’avoir bonne mine en rentrant. Ahahahahah !

– #mameilleurepoteestuneconnassebutwhocares

Mercredi 27 Décembre, 3h00 du matin

– Vertige. Larmes incandescentes. Mon sommier de matelas est creusé par la douleur. Je pleure à n’en plus finir. Magnifique mon dieu, magnifique.

– De quoi me parles-tu mon ange ?

– De Grégoire. De son écriture. Il a un don pour les tumultes. C’est la vie qui jaillit comme une gifle devant tes yeux et dans ton cœur. Je suis bouleversée. J’ai peur de continuer ma lecture. I am overwhelmed. As heck.

– Ok, respire Tat. Les Bookiners et moi t’attendons, prends ton temps.

Ludovico Einaudi – Nuvole Bianche 

Mes chers Bookiners, mes mots sont encore chauds de ceux écrits par Grégoire Delacourt. Je crois que mon cœur est apaisé, même s’il tangue beaucoup. Je dois vous raconter ce qu’est Danser au bord de l’abîme. Je dois vous faire découvrir ou redécouvrir ce roman-tornade, ce roman-turpitudes. Cette vie-tempête. Cette écriture magistrale. Qui soigne et qui apaise. Je vous le dis sans fausse modestie, je ne serai pas à la hauteur. Mais je porte des talons. Qui sait, ils délieront peut-être mon verbe jusqu’à une certaine justesse.

Il va sans dire, doux Bookiners, que publier notre revue en cette période de début d’année n’est pas un hasard. Et si vous preniez la résolution de vous écouter, de soigner vos méandres et de vivre au présent pour 2018 ? C’est vrai, ce n’est pas une sinécure, mais je crois qu’Emma vous montrera comme il est nécessaire de faire de son bonheur un souffle ardent de tous les jours car :

« La vie est la courte distance entre deux vides. On ne cesse de vivre au futur…mais le passé est déjà là. »

Elle s’appelle Emmanuelle. Mais tout le monde l’appelle Emma. Sauf sa maman. On pourrait dire, alors, qu’elle s’appelle, comme la signification étymologique de son nom, «Bonne Nouvelle », Emmanuelle. Mais tout le monde pressent déjà ses vertiges-Bovary. Ses vides et ses ivresses assassines. Alors ils l’appellent Emma. Inconsciemment pourtant. Sauf sa mère-morale et moralisatrice.

Tout se passe comme si nous, lecteurs, nous Bookiners, nous étions réquisitionnés, au tribunal, assis devant Emma. Elle tenterait d’expliquer l’inexplicable. Un décompte vers le déluge. De donner des raison à l’irrationnelle. De nommer ses vertiges, et parvenir, enfin, à justifier la mécanique du désastre, à justifier pourquoi, pour un inconnu qui essuyait ses lèvres roses au hasard d’une Brasserie, elle a décidé de quitter son mari qu’elle aime, ses enfants qu’elle adore, sa vie heureuse et paisible pour vivre des aubes nouvelles et des matins brûlants. Ailleurs.

Nous la regarderions dubitatifs. Nous la regarderions avec ces jugements durs et sévères que nous, hommes et femmes faillibles nous sommes prompts à porter envers les failles de d’autres hommes, et surtout de d’autres femmes. Nous invoquerions la morale, et autres lâchetés pour ne pas agir et vivre las, malheureux et frustrés. Nous tendrions une oreille curieuse mais distraite devant ses désastres en pensant qu’elle l’a bien cherché la colère de ses enfants, la maladie de son mari, la culpabilité qui pousse au cœur et au corps, comme des ronces enracinées, qui viennent de loin pour déchirer ses nuits  et ses silences. Puis elle nous raconterait tout, sa vie, ses vides et ses songes. Son insatiable envie d’aimer jusqu’à trébucher. Ses désirs existentiels. Ses nécessités de femme. Alors, nous pleurerions avec elle, nous partagerions ses larmes, nous deviendrions frères et sœurs de sa quête. De ses ténèbres. De sa chute. Et de sa rédemption.

Bookiners dont l’esprit déraille. Vous n’êtes pas seuls. Il y a vous, il y a Emma, et il y a toutes les versions potentielles de nous-mêmes. Car rien n’est assez immuable pour ne pas dérailler. Même l’amour qu’on porte à ses enfants. Même la morale qu’on porte en nous.

La vie d’Emma pouvait se regarder comme une vie bien ordonnée. Il n’y avait pas de tumultes à Bondues. Il y avait une vaste maison blanche sur le Golf, sans grillages, à côtés d’autres maisons blanches. Il y avait des cendriers Hermès blancs prostrés sur la table basse, avec de petits chevaux dessinés, polis, rouges ou bleus. Il y avait des gros bouquins d’art à côté des cendriers que personne n’ouvrait jamais. Il y avait la sérénité. La tendresse. Il y avait trois enfants, Louis, Manon, Léa. Il y avait un mari aimant, Olivier, depuis 18 ans. Il y a cette famille heureuse, la sienne. Et pourtant, une matinée du 20 Avril, Emma décide de tout quitter, son mari, ses enfants. Pour un inconnu qu’elle a observé longtemps dans la Brasserie André. Pour un inconnu, dont elle ne connaît que la bouche, le désir, et le prénom : Alexandre. En d’autres mots, Emma décide :

« D’inciser à jamais le cœur de ceux qu’elle aimait. »

Emma décide : de danser au bord de l’abîme. Elle décide de renaître.

Après 39 ans de vie sur les rails, la vie d’Emma déraille. Bookiners qui perdez pied, regardez Emma. Vivez Emma. Devenez Emma. Aimez Emma. Et vous réussirez peut-être à sonder les pourquoi, à comprendre les comment on en arrive à ça. Comment on en arrive à quitter tout ce qu’on a construit, tout ceux qu’on aime infiniment, pour le désir, pour le présent, pour le fugace. Pour une possibilité d’infini. Et comprendre, c’est déjà guérir.

Bookiners qui perdez un peu la boule, quelque part entre ciel et terre, regardez Emma, vivez Emma, devenez Emma et aimez Emma, et vous saurez déceler chez vous les premiers symptômes du déluge. Les premiers sons de l’alarme en vous qui vous conjurent de vous écouter, de vous réaliser aussi pour vous même – pas seulement à travers et pour les autres. Écoutez ces sons qui vous assurent avec raison que Vivre pour soi, n’est pas immoral. C’est une injonction. Pour vivre sainement avec les autres et pour aimer à la hauteur, ceux qui vous aiment. Ecoutez vos souffrances, soignez vos vides et vos méandres avant qu’ils ne torpillent votre bonheur car :

« Nos souffrances ne sont jamais profondément enfouies, nos corps jamais assez vastes pour y enterrer toutes nos douleurs. »

La souffrance d’Emma venait de loin, du profond de ses entrailles, elle venait de ses faims, de ses quêtes et de son feu non consumé. Elle venait de sa mère et de son austérité, de la société et de sa médiocrité. Et de toutes ses lâchetés accumulées, puisque :

« Les mères nous apprennent la patience, cette cousine polie du renoncement, parce qu’elles savent qu’entre le désir et l’amour, il y a les mensonges et la capitulation. »

Ne jugez pas Emma, prenez là comme elle est, humaine, trop humaine, et c’est ce qui fait son sublime et la beauté du livre, qui est la vie elle-même, les hommes eux-mêmes. En aimant Emma, qui aima jusqu’à sa perte, vous entamerez avec elle le chemin de la guérison.

Bookiners qui n’aimez pas vos part d’ombres et vos ténèbres, apprenez à vous regarder, à vous apprécier, à vous embellir. Avant d’écourter cette partie, je voulais vous dire que je crois que beaucoup des turpitudes d’Emma résident dans le fait qu’elle attendait quelqu’un d’autre pour l’embellir, pour la faire renaître, pour la faire éclore. Je crois qu’Emma avait honte de ses envies, honte de ses élans de femme, qu’elle faisait taire pour accomplir ses devoirs de mère et d’épouse. Alors elle sommeillait en elle, elle se vidait d’elle. Pourtant,

« Souffrir en silence est un désaveu de soi-même ». 

Alors, pour cette nouvelle année, apprenez à vous aimer Bookiners, apprenez à aimer toutes les composantes de votre être même les plus sombres, pour ne plus jamais vous oublier, et donc, pour ne plus jamais vous perdre.

Bookiners dont un être cher s’est envolé, approchez que je vous borde de tendresse. Approchez, qu’Emma vous rappelle que l’être que vous aimez est partout en vous et autour de vous, des corolles des fleurs aux particules du vent. L’être qui vous a quitté est présent. Je m’explique.

Emma Aime. Et aimer ne se conjugue qu’au présent. Jour après jour. Aimer est une urgence, un impératif. Un impératif ne laisse pas place au doute. Alors c’est dans cette certitude qu’Emma part rejoindre Alexandre. L’homme de la Brasserie. Un 20 avril.

Alexandre ne viendra jamais.

C’est la fin de l’ivresse et le début de l’hiver. Endeuillé.

Faire le deuil du futur au présent.

Deux pages de Grégoire ont suffit à la fin de la première partie « Brasserie André » pour me faire basculer entièrement dans le roman, dans la douleur sourde de tout le livre. A partir de ce moment, tout s’est décuplé en moi et tout s’est déchainé contre Emma. Elle a perdu beaucoup de larmes, elle a perdu beaucoup de mots, puis elle a fini par accepter, par pardonner l’abandon d’Alexandre, le rire méchant de dieu et le pied de nez de la fatalité. Et puis il y a ce père aussi, qu’Emma a perdu très jeune, et dont il semble qu’elle en a seulement fait un semi-deuil, une semi-guérison. Je dois me taire Bookiners, mais je vous dirais qu’il y a ceux qui s’en vont, et il y a ceux qui restent. Un peu honteux d’être encore vivants. Un peu frustrés aussi, de rester là quand les autres sont partis. C’est un fardeau et un cadeau de rester vivant, mais c’est aussi une promesse. Alors Emma entame avec nous, main dans la main, le long chemin vers l’acceptation de l’absence, du vide et de la béance afin d’arriver à la compréhension que l’abandon n’est pas une lâcheté, mais une impossibilité, et que la mort est une autre forme de présence. Je vous propose de la suivre vers ce chemin Bookiners pour marcher à nouveau vers la vie, retrouver les cimes et devenir le vent.

Je dois abréger, ma revue se fait longue. Je vous dirai enfin Bookiners au pardon difficile que vous serez tour à tour dans la peau des lésés et dans la peau des fautifs, vous serez Emma qui apprend à pardonner à sa mère de ne pas être celle qu’elle aurait voulu qu’elle soit, vous deviendrez les enfants d’Emma, qui, par la colère, puis par un aveu infime d’amour caché au creux d’un sourire, comprendrons que même si les actes de leur mère est au delà du dicible, il y a entre eux ce lien d’amour qui persiste et survit à jamais, envers et contre toutes les offenses. Ensuite vous serez Olivier, puis Emma, puis Olivier, puis Emma, puis les deux, et vous verrez comment les mots et l’amour apaisent les trahisons les plus profondes. Pardonner commence par concevoir l’impossible. 

Et le pardon est là, droit sur ses dix orteils pour étreindre les rescapés :

« Je ne suis pas retourné me baigner dans l’eau glacée. Je n’ai pas essayé de te noyer. De noyer ton absence. J’ai pardonné ton absence ».  

Bookiners qui n’avez plus d’espoir, je vous rassure, le printemps revient toujours, et avec lui ses promesses. Et avec elle la lueur. Et les tempête s’apaisent. Là encore, c’est un retournement de situation magistral que Grégoire Delacourt opère, il devient frère et peintre de la vie-même pour en percer ses mystères.

Je vous dirai surtout qu’après le tumulte des vagues,

« La mer se fond toujours dans le ciel, à l’approche du soir, pour dessiner un tableau sur lequel toutes les histoires peuvent encore s’écrire. »

Je vous laisse Bookiners avec ce roman dans les mains, et cette rédemption en chemin.

2018 est là, et: 

« Le présent est immense (…) il est notre terre, et le seul lieu de bonheur possible.»

Alors, alors, dansons, au bout des étoiles et au bord de l’abime, tant que nous sommes vivants.

Doux baisers tendres,

 

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« Les livres s’ouvrent parfois comme des parapluies » | Frédéric Aribit

« Les livres s’ouvrent parfois comme des parapluies » | Frédéric Aribit

La nuit est encore jeune, par le collectif Catastrophe (Pauvert)

Jour après jour, les pluies de cendres continuent de tomber sur nos têtes. Ce sont les deuils, les séparations, les cataclysmes qui guettent, les explosions du monde, les scléroses du langage, les nécessités qui ont force de loi, les fadeurs convenues auxquelles on se résigne en guise de contact humain… Si bien que la vie finit parfois par ressembler à une gigantesque Pompéi en attente de pétrification dernière. On n’y échappera pas, le temps passe. C’est que, nous l’a-t-on assez répété, la partie est jouée d’avance, il faut bien grandir, mûrir, en terminer avec les élans de nos enfances, prendre enfin sa place dans l’ordre des choses et devenir l’adulte, statue de chiffres qui s’ignore. 

Mais sous cette averse ininterrompue de cendres où s’éteignent nos volcans, les livres s’ouvrent parfois comme des parapluies. La nuit est encore jeune : qui nous parlera à nouveau de tout ce qui bruissait en elle lorsque nous courions dans les forêts, ou nous jetions pour rire à pieds joints dans les flaques ?

La catastrophe : non pas celle où l’on s’abîme définitivement, mais au contraire, ce « bouleversement » étymologique qui retourne les tragédies quotidiennes jusqu’à y ouvrir un nouvel appel d’air. En soixante-six chapitres, qui sont autant de respirations salutaires avec le monde comme il ne va pas, l’essai du collectif Catastrophe (Blandine Rinkel, Pierre Jouan, Hadrien Bouvier, Arthur Navellou…) renoue avec l’inaccaparé, cette palpitation qui s’obstine à l’intérieur des cailloux. 

Essai du rebond, de la résilience même, essai qui inverse le regard pour abolir les murs qu’on croyait infranchissables, voilà un de ces livres qui font du bien, un de ces livres trop rares qui nous replacent

« au seuil de l’extraordinaire, dans l’attente des signes. »

Parce que tout n’est pas perdu, tout est éperdu…

Frédéric Aribit