Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

sMardi 26 décembre, 2h00 du matin 

émoticône dialogue texto sms– Hiiiii mon Hélo. I miss you. How is Chicago ?

– Honeymoon ! (I miss you more, mais chuuuut, c’est un secret 😉 ). Chicago se porte comme un charme. Elle arbore d’élégantes jambes télescopiques et nues sous l’hiver audacieux. Grattes ciel à perte d’horizon. Et toi ? ton Noël ?

– Nous étions 35 à la maison. Je t’avouerai que même radieux, c’est quand même long Noël en famille. Il faut tenir chaque membre de ta famille au courant de toutes tes turpitudes de l’année et répondre 45 fois aux questions leit-motiv « comment se passe ton master ? » « et plus tard alors, des idées ? » « Toujours pas de copain? » « Ne me dis pas que tu vas finir comme ta cousine Christelle, un appareil dentaire à 30 ans, et le célibat pour robe du soir, c’est pas une vie Tatiana » « L’ESCP est une très bonne école, mais pour faire quoi après ? C’est vaste le Management. » « Pourquoi ne m’appelles-tu pas plus souvent ? » « Téléphone à ton père, c’est Noël quand même » « tes 30 ans approchent, il va falloir nous faire de beaux métisses aux cheveux crépus. » « Pourquoi as tu arrêté le piano, c’est dommage, tu as tout perdu ». « Fais attention à ce que tu manges chérie, les bourrelets ne préviennent qu’après s’être installés ».  Je te passe la litanie entière mon ange, ça prendrait tout un livre.

– Olala l’angoisse. Je t’avouerai que moi aussi je commence à saturer tranquillement. C’est assez fou comme des êtres du même sang peuvent être à ce point aux antipodes, arythmés, syncopés. Sur des planètes opposées dans des directions paradoxales. Je le ressens tous les jours avec ma famille, et les aimer ne fait pas l’affaire. C’est ce qui m’effraie davantage, car je me rends compte que l’amour, parfois ne suffit pas… à combler nos vides et nos différences. C’est fou. Vertigineux.

 – Quelle idée des hommes de faire naître Jésus tous les ans putain. PAIN IN THE ASS

– Hahahaha t’es complètement maboule !

– Je comprends totalement ce que tu dis, et en grandissant, mes intuitions de distance par rapport à ma famille deviennent des certitudes, et je ne sais pas comment m’en dépêtrer. Rester indépendante peut-être et ne rien exiger d’eux, les laisser, et les aimer comme ils sont et établir quand même en pointillés, les limites de notre conformité. Parce que je te jure, à les entendre, on devrait tous penser de la même façon. Ça me tue.

– #Preach !

– Ahahahah ! J’adore quand tu parles en #. Bon. Passons aux choses vitales et sérieuses. J’ai commencé Danser au bord de l’abîme, allongée sur mon nouveau lit, un sommier à ressorts (famille nombreuse, si tu m’entends).

– Ah ! Dingo. Alors ? Heureuse ?

– Dubitative. Ça fait seulement 100 pages que je côtoie Emmanuelle. Son mari, un peu aussi, Olivier. Et puis ce mec à la bouche en cœur, au sex appeal affriolant, Alexandre. Je ne sais pas trop quoi en penser pour l’instant. Langueur, vertige, un soupçon d’ennui, avec quelques relans de sublime, et toujours cette même plume emprunte d’une humanité sans appel, troublante. La vraie. La nôtre. Dans toute sa splendeur et ses contradictions. PAUSE. On en parle de la beauté du titre, s’il te plait. Vertige.

– De 0 à 10 ?

– 7.

– Pas mal ! De 0 à 10 sur l’échelle du roman guérisseur?

– 7 !

– You go girl !

– Je m’endors. Enjoy Chicago chica !

– Jeux de mots douteux.

– Passons.

– Ahahahaha

Mardi 26 Décembre, 10h00

– Bon c’est officiel, j’ai gagné 39 bourrelets, et 20 kilos. Jpp.

– Ahahahah honeymoon, moi j’ai pas le temps de me peser, c’est risqué de se foutre à poil sous – 25°C. Ce n’est pas une blague.

– OMG. Stop.

– Je te jure !

– C’est bien parce que tu risques d’avoir bonne mine en rentrant. Ahahahahah !

– #mameilleurepoteestuneconnassebutwhocares

Mercredi 27 Décembre, 3h00 du matin

– Vertige. Larmes incandescentes. Mon sommier de matelas est creusé par la douleur. Je pleure à n’en plus finir. Magnifique mon dieu, magnifique.

– De quoi me parles-tu mon ange ?

– De Grégoire. De son écriture. Il a un don pour les tumultes. C’est la vie qui jaillit comme une gifle devant tes yeux et dans ton cœur. Je suis bouleversée. J’ai peur de continuer ma lecture. I am overwhelmed. As heck.

– Ok, respire Tat. Les Bookiners et moi t’attendons, prends ton temps.

Ludovico Einaudi – Nuvole Bianche 

Mes chers Bookiners, mes mots sont encore chauds de ceux écrits par Grégoire Delacourt. Je crois que mon cœur est apaisé, même s’il tangue beaucoup. Je dois vous raconter ce qu’est Danser au bord de l’abîme. Je dois vous faire découvrir ou redécouvrir ce roman-tornade, ce roman-turpitudes. Cette vie-tempête. Cette écriture magistrale. Qui soigne et qui apaise. Je vous le dis sans fausse modestie, je ne serai pas à la hauteur. Mais je porte des talons. Qui sait, ils délieront peut-être mon verbe jusqu’à une certaine justesse.

Il va sans dire, doux Bookiners, que publier notre revue en cette période de début d’année n’est pas un hasard. Et si vous preniez la résolution de vous écouter, de soigner vos méandres et de vivre au présent pour 2018 ? C’est vrai, ce n’est pas une sinécure, mais je crois qu’Emma vous montrera comme il est nécessaire de faire de son bonheur un souffle ardent de tous les jours car :

« La vie est la courte distance entre deux vides. On ne cesse de vivre au futur…mais le passé est déjà là. »

Elle s’appelle Emmanuelle. Mais tout le monde l’appelle Emma. Sauf sa maman. On pourrait dire, alors, qu’elle s’appelle, comme la signification étymologique de son nom, «Bonne Nouvelle », Emmanuelle. Mais tout le monde pressent déjà ses vertiges-Bovary. Ses vides et ses ivresses assassines. Alors ils l’appellent Emma. Inconsciemment pourtant. Sauf sa mère-morale et moralisatrice.

Tout se passe comme si nous, lecteurs, nous Bookiners, nous étions réquisitionnés, au tribunal, assis devant Emma. Elle tenterait d’expliquer l’inexplicable. Un décompte vers le déluge. De donner des raison à l’irrationnelle. De nommer ses vertiges, et parvenir, enfin, à justifier la mécanique du désastre, à justifier pourquoi, pour un inconnu qui essuyait ses lèvres roses au hasard d’une Brasserie, elle a décidé de quitter son mari qu’elle aime, ses enfants qu’elle adore, sa vie heureuse et paisible pour vivre des aubes nouvelles et des matins brûlants. Ailleurs.

Nous la regarderions dubitatifs. Nous la regarderions avec ces jugements durs et sévères que nous, hommes et femmes faillibles nous sommes prompts à porter envers les failles de d’autres hommes, et surtout de d’autres femmes. Nous invoquerions la morale, et autres lâchetés pour ne pas agir et vivre las, malheureux et frustrés. Nous tendrions une oreille curieuse mais distraite devant ses désastres en pensant qu’elle l’a bien cherché la colère de ses enfants, la maladie de son mari, la culpabilité qui pousse au cœur et au corps, comme des ronces enracinées, qui viennent de loin pour déchirer ses nuits  et ses silences. Puis elle nous raconterait tout, sa vie, ses vides et ses songes. Son insatiable envie d’aimer jusqu’à trébucher. Ses désirs existentiels. Ses nécessités de femme. Alors, nous pleurerions avec elle, nous partagerions ses larmes, nous deviendrions frères et sœurs de sa quête. De ses ténèbres. De sa chute. Et de sa rédemption.

Bookiners dont l’esprit déraille. Vous n’êtes pas seuls. Il y a vous, il y a Emma, et il y a toutes les versions potentielles de nous-mêmes. Car rien n’est assez immuable pour ne pas dérailler. Même l’amour qu’on porte à ses enfants. Même la morale qu’on porte en nous.

La vie d’Emma pouvait se regarder comme une vie bien ordonnée. Il n’y avait pas de tumultes à Bondues. Il y avait une vaste maison blanche sur le Golf, sans grillages, à côtés d’autres maisons blanches. Il y avait des cendriers Hermès blancs prostrés sur la table basse, avec de petits chevaux dessinés, polis, rouges ou bleus. Il y avait des gros bouquins d’art à côté des cendriers que personne n’ouvrait jamais. Il y avait la sérénité. La tendresse. Il y avait trois enfants, Louis, Manon, Léa. Il y avait un mari aimant, Olivier, depuis 18 ans. Il y a cette famille heureuse, la sienne. Et pourtant, une matinée du 20 Avril, Emma décide de tout quitter, son mari, ses enfants. Pour un inconnu qu’elle a observé longtemps dans la Brasserie André. Pour un inconnu, dont elle ne connaît que la bouche, le désir, et le prénom : Alexandre. En d’autres mots, Emma décide :

« D’inciser à jamais le cœur de ceux qu’elle aimait. »

Emma décide : de danser au bord de l’abîme. Elle décide de renaître.

Après 39 ans de vie sur les rails, la vie d’Emma déraille. Bookiners qui perdez pied, regardez Emma. Vivez Emma. Devenez Emma. Aimez Emma. Et vous réussirez peut-être à sonder les pourquoi, à comprendre les comment on en arrive à ça. Comment on en arrive à quitter tout ce qu’on a construit, tout ceux qu’on aime infiniment, pour le désir, pour le présent, pour le fugace. Pour une possibilité d’infini. Et comprendre, c’est déjà guérir.

Bookiners qui perdez un peu la boule, quelque part entre ciel et terre, regardez Emma, vivez Emma, devenez Emma et aimez Emma, et vous saurez déceler chez vous les premiers symptômes du déluge. Les premiers sons de l’alarme en vous qui vous conjurent de vous écouter, de vous réaliser aussi pour vous même – pas seulement à travers et pour les autres. Écoutez ces sons qui vous assurent avec raison que Vivre pour soi, n’est pas immoral. C’est une injonction. Pour vivre sainement avec les autres et pour aimer à la hauteur, ceux qui vous aiment. Ecoutez vos souffrances, soignez vos vides et vos méandres avant qu’ils ne torpillent votre bonheur car :

« Nos souffrances ne sont jamais profondément enfouies, nos corps jamais assez vastes pour y enterrer toutes nos douleurs. »

La souffrance d’Emma venait de loin, du profond de ses entrailles, elle venait de ses faims, de ses quêtes et de son feu non consumé. Elle venait de sa mère et de son austérité, de la société et de sa médiocrité. Et de toutes ses lâchetés accumulées, puisque :

« Les mères nous apprennent la patience, cette cousine polie du renoncement, parce qu’elles savent qu’entre le désir et l’amour, il y a les mensonges et la capitulation. »

Ne jugez pas Emma, prenez là comme elle est, humaine, trop humaine, et c’est ce qui fait son sublime et la beauté du livre, qui est la vie elle-même, les hommes eux-mêmes. En aimant Emma, qui aima jusqu’à sa perte, vous entamerez avec elle le chemin de la guérison.

Bookiners qui n’aimez pas vos part d’ombres et vos ténèbres, apprenez à vous regarder, à vous apprécier, à vous embellir. Avant d’écourter cette partie, je voulais vous dire que je crois que beaucoup des turpitudes d’Emma résident dans le fait qu’elle attendait quelqu’un d’autre pour l’embellir, pour la faire renaître, pour la faire éclore. Je crois qu’Emma avait honte de ses envies, honte de ses élans de femme, qu’elle faisait taire pour accomplir ses devoirs de mère et d’épouse. Alors elle sommeillait en elle, elle se vidait d’elle. Pourtant,

« Souffrir en silence est un désaveu de soi-même ». 

Alors, pour cette nouvelle année, apprenez à vous aimer Bookiners, apprenez à aimer toutes les composantes de votre être même les plus sombres, pour ne plus jamais vous oublier, et donc, pour ne plus jamais vous perdre.

Bookiners dont un être cher s’est envolé, approchez que je vous borde de tendresse. Approchez, qu’Emma vous rappelle que l’être que vous aimez est partout en vous et autour de vous, des corolles des fleurs aux particules du vent. L’être qui vous a quitté est présent. Je m’explique.

Emma Aime. Et aimer ne se conjugue qu’au présent. Jour après jour. Aimer est une urgence, un impératif. Un impératif ne laisse pas place au doute. Alors c’est dans cette certitude qu’Emma part rejoindre Alexandre. L’homme de la Brasserie. Un 20 avril.

Alexandre ne viendra jamais.

C’est la fin de l’ivresse et le début de l’hiver. Endeuillé.

Faire le deuil du futur au présent.

Deux pages de Grégoire ont suffit à la fin de la première partie « Brasserie André » pour me faire basculer entièrement dans le roman, dans la douleur sourde de tout le livre. A partir de ce moment, tout s’est décuplé en moi et tout s’est déchainé contre Emma. Elle a perdu beaucoup de larmes, elle a perdu beaucoup de mots, puis elle a fini par accepter, par pardonner l’abandon d’Alexandre, le rire méchant de dieu et le pied de nez de la fatalité. Et puis il y a ce père aussi, qu’Emma a perdu très jeune, et dont il semble qu’elle en a seulement fait un semi-deuil, une semi-guérison. Je dois me taire Bookiners, mais je vous dirais qu’il y a ceux qui s’en vont, et il y a ceux qui restent. Un peu honteux d’être encore vivants. Un peu frustrés aussi, de rester là quand les autres sont partis. C’est un fardeau et un cadeau de rester vivant, mais c’est aussi une promesse. Alors Emma entame avec nous, main dans la main, le long chemin vers l’acceptation de l’absence, du vide et de la béance afin d’arriver à la compréhension que l’abandon n’est pas une lâcheté, mais une impossibilité, et que la mort est une autre forme de présence. Je vous propose de la suivre vers ce chemin Bookiners pour marcher à nouveau vers la vie, retrouver les cimes et devenir le vent.

Je dois abréger, ma revue se fait longue. Je vous dirai enfin Bookiners au pardon difficile que vous serez tour à tour dans la peau des lésés et dans la peau des fautifs, vous serez Emma qui apprend à pardonner à sa mère de ne pas être celle qu’elle aurait voulu qu’elle soit, vous deviendrez les enfants d’Emma, qui, par la colère, puis par un aveu infime d’amour caché au creux d’un sourire, comprendrons que même si les actes de leur mère est au delà du dicible, il y a entre eux ce lien d’amour qui persiste et survit à jamais, envers et contre toutes les offenses. Ensuite vous serez Olivier, puis Emma, puis Olivier, puis Emma, puis les deux, et vous verrez comment les mots et l’amour apaisent les trahisons les plus profondes. Pardonner commence par concevoir l’impossible. 

Et le pardon est là, droit sur ses dix orteils pour étreindre les rescapés :

« Je ne suis pas retourné me baigner dans l’eau glacée. Je n’ai pas essayé de te noyer. De noyer ton absence. J’ai pardonné ton absence ».  

Bookiners qui n’avez plus d’espoir, je vous rassure, le printemps revient toujours, et avec lui ses promesses. Et avec elle la lueur. Et les tempête s’apaisent. Là encore, c’est un retournement de situation magistral que Grégoire Delacourt opère, il devient frère et peintre de la vie-même pour en percer ses mystères.

Je vous dirai surtout qu’après le tumulte des vagues,

« La mer se fond toujours dans le ciel, à l’approche du soir, pour dessiner un tableau sur lequel toutes les histoires peuvent encore s’écrire. »

Je vous laisse Bookiners avec ce roman dans les mains, et cette rédemption en chemin.

2018 est là, et: 

« Le présent est immense (…) il est notre terre, et le seul lieu de bonheur possible.»

Alors, alors, dansons, au bout des étoiles et au bord de l’abime, tant que nous sommes vivants.

Doux baisers tendres,

 

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La cicatrice | Bruce Lowery

La cicatrice | Bruce Lowery

Lundi 7 août 2017, 10h30

émoticône dialogue texto sms – Hélo, tu crois qu’on pourra aller en classe avec nos enfants jusqu’à la 6ème, en catimini, juste pour être sûres qu’ils ne se font pas bizuter par les autres ? 

– Hmmm bébé, je ne crois que ce soit la meilleure idée de ta vie. C’est très mauvais de s’immiscer dans la vie de ses enfants.

– Oui mais imagine qu’ils soient gros, à cause de moi, parce que je vais adorer les nourrir et les voir manger ? Et du coup, imagine qu’ils se fassent insulter, brimer, maltraiter mes petits bébés ? 

– Mais pourquoi tu dis ça ? 

– Tu sais, quand j’étais petite, je changeais souvent d’école car on déménageait tout le temps. Le truc c’est que j’étais bouboule, et que maman me forçait à porter des robes bouffantes façon princesse d’Autriche qu’elle achetait chez Baby Dior. Pour couronner le tout, j’étais tout le temps la seule noire de mon école. Alors les moqueries des autres, j’en étais sujette, au début surtout. Ca ne me dérangeait pas vraiment car j’étais tellement irradiée d’amour à la maison que je savais d’avance que mes nouveaux camarades finiraient par m’aimer. Au bout d’une semaine, je finissais toujours par être la meilleure amie de tous les élèves, élue déléguée, jury de « Graine de Star » et fille de Cher et de Shakira. Mais les trois premiers jours étaient traumatisants: des regards étranges, des questions gênantes sur la blancheur de ma paume de main, la noirceur de ma peau, le volume de mes fesses rebondies, la musculature de mes cuissots. 

– Je comprends bébé, ça n’a pas du être facile, mais c’est ce qui fait que tu es la personne la plus socialement sereine que je connaisse car tu n’as pas peur de qui tu es et tu t’adaptes à tout le monde.

– Mais tu penses qu’avoir un bec de lièvre qui se voit beaucoup est un « handicap » pour un enfant ? 

– Oui honeymoon, mais tu n’as pas de bec de lièvre ! 

– Nan, mais Jeff en avait un. 

– Qui est Jeff ? 

– Le héros du livre que je viens de terminer, La Cicatrice. 

– Bookiners, asseyez-vous avec moi, je crois que Peanut Tatiana a des choses à nous raconter. 

Le monde est stone – Fabienne Thibeault 

Vous allez bientôt le découvrir Bookiners, j’ai une tendresse infinie pour les enfants et cette période de grâce qu’est l’enfance. Ils vivent au creux du monde avec une immense simplicité et une justesse déconcertante. Je crois vraiment que l’enfant qui est en nous sait, clairvoyant, les choses fondamentales que les adultes oublient lorsqu’ils deviennent adultes. Alors, parfois, lorsque je suis confrontée à des choses peu commodes de la vie, j’essaie de retrouver la sagesse de la petite Tatiana de 5 ans, plus mature et plus lucide que celle qui vous écrit ces mots.

C’est avec cette première envie que j’ai voulu relire La Cicatrice, le petit roman de Bruce Lowery qui m’avait bouleversée quand j’étais jeune. L’autre raison, c’est que je désirais vous décortiquer un roman sur le handicap. Et celui-ci, du plus loin de ma mémoire, me semblait pertinent. 

Jeff a 13 ans. Depuis sa naissance, une balafre pourfend un côté de sa lèvre, elle raye son visage. Son bec-de-lièvre, il l’appelle « sa cicatrice ». Le jour où ses parents, son petit frère Bubby et lui déménagent pour habiter à l’autre bout de la ville, Jeff doit s’intégrer dans une nouvelle classe. Il sera confronté à la cruauté des autres élèves qui l’appellent tout haut comme tout bas «grosse lèvre ». 

Pourtant, Bookiners en mal de tendresse, c’est à vous que j’ai pensé en premier lorsque j’ai relu les premières pages du roman. Car avant cette balafre que porte Jeff sur sa lèvre, avant cette cicatrice, il y a cette infinie tendresse qui émane de ce livre avec douceur. La tendresse dans l’écriture du Jeff adulte qui se remémore les épisodes douloureux de son enfance, la tendresse du petit frère Bubby, qui l’aime comme une évidence, avec son regard de tout petit, fier, émerveillé. Et puis enfin, vous éprouverez, j’en suis certaine, de la tendresse pour Jeff, de la tendresse pour ses mots et ses maux, de la tendresse pour ses moments d’osmose avec la nature, pour ses marchandages avec Dieu pour enlever sa cicatrice, pour recoudre ses bobos et ses mauvaises actions, de la tendresse pour l’enfant qui est en vous, et les enfants qui peut-être sont à vos côtés. Cette tendresse d’enfant vous donnera du baume au cœur dans vos étés seuls ou vos hivers froids, les métros bondés ou les rues esseulées. 

Attendez, je me tais, lisez :

« Le matin, je sentis, à travers mes paupières, une lumière douce. Je bondis de mon lit, m’enveloppant de la couverture et me précipitai à la fenêtre, vers la lumière. C’était l’aube. Le soleil apparaissait à peine. La ville dormait sous la neige. Etais-je le seul à voir ce merveilleux spectacle ? Il me semblait ressentir une sorte de complicité entre moi et cette lumière de l’aube. Je ne faisais pas de différence entre la beauté, l’amour et le bonheur. » 

Peut-être y a-t-il une telle conspiration entre la beauté, l’amour et le bonheur que ce sont en réalité les angles différents d’un même visage au halo rassérénant.  Il y a dans cette simplicité, dans cette spontanéité de l’écriture de Bruce Lowery et dans l’innocence de Jeff, la tendresse et la joie d’un enfant qui découvre les premiers matins du monde. C’est cette tendresse, et beaucoup d’autres que nous partage ce livre comme des moments de grâce et d’innocence. 

Et puis, il y a, évidemment, la cicatrice, cette « tare » qui prend tant de place dans la vie et dans la tête de Jeff, qu’elle en deviendrait presque un personnage éponyme, à part entière. 

« Une fois de plus, avant de me coucher, je restais longtemps dans la salle de bains. Une fois de plus j’examinais ma cicatrice dans la glace, que j’atteignis en grimpant sur un petit tabouret blanc et en mettant un genou sur le rebord du lavabo. Pourquoi Dieu, Pourquoi ». 

Après les demandes sans réponses à Dieu, Jeff essaie les exhortations, les marchandages avec ce même Dieu, roi du silence :

« Alors, c’est promis Dieu, demain je n’aurai plus ma cicatrice ? Demain je me réveillerai et ma lèvre sera comme celle de tout le monde? Même moi je ne le saurai pas, même moi j’aurai oublié. Telle était ma nouvelle proposition à Dieu. J’étais tellement heureux que mon pied glissa sur le tabouret et je faillis tomber sur le carreau. »

Bookiners qui vivez le handicap, un handicap, depuis peu, ou depuis trop longtemps, à coup de pourquoi et d’amertume, je crois qu’il n’y aura jamais de réponses convaincantes au pourquoi vous ? Pourquoi ça ? Pourquoi Jeff est né avec ce bec de lièvre? Pourquoi Cyrano avait ce nez trop long ? Pourquoi ma belle-cousine est trisomique et pourquoi Helen Keller est née sourde, muette et aveugle alors que d’autres naissent voyants et entendants? Les seules questions à se poser sont : comment s’accepter le mieux possible ?  Comment apprendre à s’aimer ? Tous les jours du reste de votre vie. La seule certitude à avoir c’est que si vous acceptez « ce handicap », « cette punition », « cette tare » ou plus justement, «cette différence » alors, il y aura de belles personnes sur cette terre, qui vous aimeront pour ce que vous êtes. Je vous le promets. Willy est devenu ami avec Jeff avec sa cicatrice, et non pas « malgré » sa cicatrice, Roxanne a aimé Cyrano deux fois, et Helen Keller s’est mariée à John Macy. See ? Avant, après et pendant le handicap, votre vie doit continuer Bookiners. Et c’est comme ça que vous vivrez ce bonheur que vous entrevoyez dans vos songes. 

Jeff trouve un grand ami en Willy donc, un garçon de sa classe. Je ne vous dis pas comment, mais c’est une jolie histoire d’amitié qui s’amorce entre les deux garçons, même si celle-ci se retrouve perturbée par une sombre histoire de vol. Je me tais, car sinon, vous n’aurez plus rien à lire. 

Simplement, vous Bookiners dont l’esprit déraille. Sachez qu’un esprit se nourrit de bonnes et de mauvaises graines, et que, lorsque les mauvaises graines sont disséminées en abondance par rapport aux bonnes graines, alors, c’est le drame. Vous n’êtes pas les seuls dont l’esprit déraille, si j’écoutais mon alter égo taré qui gesticule en moi, Takana, j’aurai déjà foutu le feu au restaurant dans lequel je travaille, je vous assure. Il suffirait d’un petit briquet, et d’une nappe bien placée. Et Hop. Restaurant en fumée ! Julia mon odieuse manageur, calcinée ! Et pourtant, c’est l’autre moi que j’ai décidé de nourrir. Et si par mégarde Takana prend trop de place, je l’affame en faisant la grève de la faim. C’est ce qu’aurait dû faire Jeff. Et même quand son alter ego maléfique avait déjà pris le dessus, il aurait dû écouter « le sage vieillard allemand » M.Sandt, qui lui rappelait, à lui, et à nous autres Bookiners addicts à la fatalité, qu’il n’est jamais trop tard pour dire la vérité, demander pardon, et enrayer ces autres versions de nous-mêmes, les maléfiques, qui prolifèrent sans notre permission. 

Et voilà Bookiners, vous savez presque tout. Il y a quelque chose de tragique dans ce livre. Mais j’arrête. Parfois, le silence est d’or. 

Respirez, aimez-vous et ceux qui vous aiment tant que vous êtes vivants,

Je vous embrasse tendrement, 

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une | Raphaëlle Giordano

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une | Raphaëlle Giordano

20 Avril 2017, 9h45 

– Tragédie mon ange.

– Oh mon dieu que se passe-t-il ?

– Au bord du gouffre, au bout des mots.

– Ne me dis pas que tu as déjà mangé 45 cookies de chez Prêt-à-manger ou que tu es encore partie de chez toi sans culotte 😂 ?

– Pire. Je viens de commencer Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. C’est écrit dans un français du 22ème siècle. Bisounours et tutti quanti. Le monde va mal. 

– Ah oui, ce livre rose et bleu surmédiatisé ! Il me poursuit à chaque bouche de métro. Je n’en peux plus.

– Je ne l’ai pas acheté hein, je l’ai volé à ma sœur !

– 😂

– Bon, je vais le terminer en 2 heures, ça va être vite vu! A tutti mon ange.

– Ok. Je te préviens on arrête le sucre demain !

– Mais on est le 20. On ne peut pas arrêter au milieu du mois, c’est illégal. Commençons le 1er Mai !

– Ok! A tutti honeymoon.

20 Avril 2017, 22h00

– J’ai adoré. Wow. Ce livre, toutes les nanas devraient l’acheter, le surligner, le relire, et l’appliquer. Wow.

– #schizo.fr

– Hélo, je te jure que ce n’est pas une blague. Bon, je suis peut-être allée un peu vite en besogne. J’ai jugé le livre avant de l’avoir terminé et c’est mal. Alors oui, ce n’est pas de la littérature du tout. Parfois, on dirait que la nana a écrit dans ses toilettes. Mais c’est un livre génial. Nécessaire. Rassérénant. Important. Camille, le personnage principal, c’est toi, c’est moi, ça pourrait être nous tous et toutes, avec ou sans le mari et le bambin.

– Wow, tu me vends du rêve, ne nous déçois pas ! On t’écoute.

 

He still loves me – Beyonce & Walter Williams

Si vos rêves sont passés à la trappe dans les turbulences du monde, et les désirs des autres, Ta deuxième vie commence va vous guider vers le chemin qui mène à vous-mêmes et à vos envies les plus enfouies. Ne soyez pas gênés, ne soyez pas honteux mes Bookiners, s’oublier et oublier ses rêves, c’est la chose la plus facile qui soit. On trouve toujours une raison pour s’interdire d’être heureux. Vous savez, quand j’ai terminé mes études, j’avais peur d’assumer les rêves qui grouillaient en moi. Je ne voulais pas les entendre. Enfin, comprenez-moi, « qu’allais-je dire à mes amis Facebook? Et à moi-même aussi? ». Dans ma tête, Tatiana, diplomate, ça sonnait mieux que Tatiana, chanteuse qui essaie d’en vivre. Et puis, étudier la philosophie politique à Cambridge, ça donne libre champ à la société, à votre entourage et à votre ego de vous élaborer une carrière dans la diplomatie, la politique, les organisations internationales, « avec certitude ». Je n’ allais pas gâcher le rêve de mes parents, de mes amis et de mon ego, de faire de moi la version basanée de Christine Lagarde, si? Alors j’ai fait comme si. Jusqu’au jour où j’ai vacillé. Vertige. Arrêt sur image. Arrêt sur ambition. Comme Camille, notre héroïne, j’avais le vague à l’âme. Je souffrais, vous souffrez, peut-être aussi, de « routinite aigüe », parce que j’avais oublié mes rêves, ma raison d’exister.

Je ne connais pas votre âge, mais Camille, elle, a 38 ans. Consultante dans un grand groupe, elle a « tout »: un mari, un fils, un CDI, un appart, quelques amis et un prêt qu’elle a les moyens de rembourser. L’ Eldorado, quoi. Eh bien non. Elle n’est pas heureuse car elle ne vit pas ses rêves. Comme nous, comme vous peut-être, Camille a construit sa vie à travers les exigences et les désirs des autres, de la société, de sa mère qui l’a élevée toute seule et la voit un peu comme une revanche, et peut-être un peu de son ego. Et pourtant, au-delà de la perfection apparente de sa vie, quelque chose cloche: Camille a perdu son essence, son moi intérieur. Elle a cessé de s’écouter. Un soir, journée de merde, Camille se perd dans un village au bout du monde. Il faudra que sa voiture tombe en panne au fin fond de cette banlieue parisienne pour que Camille croise le chemin de Claude, et par la même occasion, retrouve le chemin de ses rêves enfouis. Si vos rêves sont passés à la trappe dans les turbulences du monde et les désirs des autres, ce livre vous ouvrira les yeux, les oreilles et le coeur. Il vous donnera la force qu’a trouvée Camille pour embrasser ses aspirations d’enfant. Je ne vous donne pas tous les détails, mais si Camille a changé de vie, vous pouvez vous aussi changer la votre. Pour ça, Claude va vous guider

« Nous sommes ce que nous répétons sans cesse »

Oui, car si vous désirez un mentorClaude Dupontel, le père spirituel de Camille, se fera un plaisir de vous aider à retrouver le chemin du bonheur. Claude est « routinologue », donc, les cas comme vous, nous, ça le connait. Et il est passé par là, lui aussi, la vanité, le bonheur qui sonne faux, les rêves qu’on étouffe, les sourires lasses et le désespoir morne. Il a changé de vie lui aussi. Je vous préviens Bookiners, Claude, c’est tout un programme! D’abord, vous allez lister ce que vous désirez changer dans votre vie. Tout. Les petites choses, comme les montagnes. Comme moi, vous allez tout vivre avec Camille, entendre la voix chaude de Claude écarter vos doutes et vos peurs, appliquer ses techniques, rire avec lui, renaître. Dans cet élan, vous allez aussi apprendre à vous regarder, à vous écouter, à vous aimer.

« Le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur »

Si votre confiance en vous s’est égarée et que vous n’aimez pas beaucoup votre joli corpsClaude va vous montrer comment faire. Premièrement, regardez-vous avec gratitude. Puis apprenez à vous sourire de l’intérieur et à vous apprécier. Vous allez voir, ce sera Saturday Night Fever dans l’estime de vous-même! Votre corps vous dira « merci » et le regard des autres deviendra bienveillant, attiré par votre aura. Ensuite, si vous voulez changer des petites choses en vous, il va falloir les changer une fois pour toutes! Claude n’aime pas les va-et-vient. Perdre ses kilos en trop, oui! S’en plaindre en mangeant des Kinders Bueno à chaque pause, non! Vous comprendrez d’ailleurs que tout ça, les kilos, les cicatrices, les ridules, c’est secondaire. Ce qui est primordial? Le regard que vous posez sur vous et l’énergie que vous dégagez. Claude vous fera faire le test, vous allez vous surprendre!

Dois-je préciser que si vous cherchez le soleil comme on cherche l’espoirTa deuxième vie inonde de soleil. Ce livre est un manuel de vie et d’espoir. De changement de vie. C’est un livre pour ceux qui croient être dans une impasse, pour les moroses, pour ceux qui respirent en apnée et pour tous ceux qui veulent donner un sens à leur existence.

Si je pouvais vous offrir un livre, croyez-moi, celui-ci serait dans le Top 10. Il serait une piqûre de rappel à ceux qui doutent et qui s’oublient. Les rêves ne sont pas faits pour dormir debouts, mais pour être réalisés. Et c’est important de toujours s’en rappeler, de se battre tous les jours pour qu’ils s’immiscent dans notre réalité et qu’ils deviennent « notre » réalité, car, comme dirait Claude et l’Abbé Pierre:

« Nous avons autant besoin de raisons de vivre que de quoi vivre ».

Lisez-le mes Bookiners, et dites-moi comment il vous a aidé. J’ai hâte de lire l’émerveillement dans vos mots doux.

Tendres baisers,

 

 

 

 

 

 

 

 

Amours | Léonor de Récondo

Amours | Léonor de Récondo

Jeudi 11 mai 2017, 13h56

– Tatoo !

– Non hélo je n’ai toujours pas réservé l’hôtel pour nos vacances au Portugal ça va être la sixième fois que tu me le demandes aujourd’hui…

– Oui mais chat on part dans 5 jours quand même il faudrait vraiment s’y mettre… Mais ce n’est pas de ça dont je voulais te parler.

– Ah ? Alors je t’écoute 😌

– Hier soir j’ai dîné avec Léa, ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vue, tu ne vas jamais deviner ce qu’elle m’a annoncé.

– Attends attends… Elle est enceinte ? Mais elle n’a pas de mec si? Elle va avorter du coup ? Tu ne vas pas la laisser le faire toute seule hein ? Moi aussi je veux un mioche qui rit et qui se mord les doigts. Dear God, can I have a baby too. 

– Hahaha t’es folle, non non ce n’est pas ça, c’est une super nouvelle !

– Ah, alors elle a un mec ? Géniaalll !! Champagne demain, on me! 

– Tu brûles…

– Elle a deux mecs ?

– 😂  En fait, elle m’a annoncé qu’elle sortait avec une nana dont elle est folle amoureuse !

– Mais non arrête. Je ne te crois pas. Je suis trop contente pour elle!! C’est incroyable! Mais attends, elle est lesbienne Léa ? Elle a déjà eu d’autres nanas ?

– Non, justement, elle dit qu’elle est simplement tombée amoureuse de cette fille qui est dans son équipe de basket ! Boum, coup de foudre réciproque ! C’est la première fois de sa vie qu’elle a une aventure avec une nana, et d’ailleurs,  elle ne se considère pas comme homosexuelle. Elle est simplement tombée amoureuse d’une femme. Si tu savais, je ne l’ai jamais vue aussi heureuse, elle a dit « je t’aime » pour la première fois de sa vie, t’imagines ?!

– Wow c’est fou! Je suis tellement heureuse pour elle !! C’est beau l’amour quand même. Wow. Ca me donne des ailes d’avances. Bon, peut-être qu’il est temps de refaire une prière d’invectives et de supplications à dieu : « dieu si tu m’entends, une meuf, un mec, ou un chien, j’attends l’amour ! Donne-moi qui tu veux, mais donne ! »

– Le plus fou, Tat, c’est que le soir où je l’ai vue je venais de terminer un livre qui raconte l’histoire de deux femmes qui s’éprennent l’une de l’autre à une époque où l’homosexualité te conduisait tout droit à la guillotine. Ce bouquin est tellement joli et… caliente 😏

– Ah raconte! C’est un roman érotiiique? J’en ai besoin en plus en ce moment, car je sens que j’ai perdu mon vagin… dans mon bain! Ca fait 8 mois que je n’ai pas touché à un homme. Je ne fais l’amour que dans mes rêves maintenant. Je me sens maudite. Condamnée. #donnezmoiunhommeouunecorde.com D’ailleurs, drame à part, je n’ai jamais lu de roman sur l’homosexualité et la sexualité féminine, j’ai toujours eu l’impression que personne n’en parlait. C’est genial que tu aies déniché ça mon ange. Je vois nos Bookiners se lécher les babines. 

– C’est le premier livre sur le sujet que je lis. C’est une histoire d’amour – oui, c’est vrai, le titre parle de lui-même mais c’est aussi l’histoire d’une revanche sur la vie. Je pense qu’il peut faire du bien à ceux qui pensent que leur condition sociale ou familiale les empêchent d’être libres et heureux. Je pense qu’il peut ouvrir les yeux aux bookiners qui pensent que leur vie et leur intimité sont conditionnées et choisies par les autres. Et puis… il m’a réconciliée avec mon corps.

– Ah carrément ? Raconte-nous mon chat, il faut absolument que je fasse la paix avec mon corps, aussi. Je pars à Paris pour l’aprèm chanter pour une pub SCNF et je te lis en rentrant. Je suis certaine que nos Bookiners t’écoutent alors, go ahead baby! 

River flows into you – Yiruma 

Si vous pensez que l’amour ne toquera plus jamais à votre porte, si vous croyez que trop d’obstacles jonchent le chemin qui mène à votre âme soeur, ce livre pourrait vous faire changer d’avis. Dans son roman Amours, Léonor de Récondo ouvre le champs de tous les possibles en racontant l’histoire d’amour de deux femmes au début du XXème siècle. Tout les sépare : Céleste est une bonne de dix-sept ans, Victoire est une bourgeoise précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire qu’elle n’aime pas. Au début du vingtième siècle, les deux vivent dans le même huis clos, une maison bourgeoise du Cher. Les deux n’ont jamais été aimées, elles n’ont jamais aimé.

Après avoir été violée par Anselme, le mari de Victoire, Céleste tombe enceinte. Quand Victoire l’apprend, sa décision est brutale et indiscutable : cet enfant sera celui du couple, il sera l’héritier tant espéré. Adrien naît. Mais Victoire ne lui offre pas l’affection dont se nourrit un bébé pour grandir. L’enfant se meurt.

« Le corps d’Adrien, sa chair entière s’est accrochée à la vie avec la virulence nécessaire pour croître. Il a pris la nourriture qu’on lui offrait, il s’est reposé comme il devait, mais l’amour était absent, et aucun lait ne le remplace. Il est seul, perdu dans ce monde nouveau. L’enfant ressent tout. Il a crié, réclamé, et pourtant rien n’est venu. Le corps de l’enfant, maintenant, se tait. »

Ces mots font pleurer mon coeur de future maman. Bref. Céleste, la mal-aimée ne peut s’empêcher d’éprouver un amour immense pour cet enfant qu’elle a mis au monde. Mue par son instinct, elle lui apportera toute son affection, au péril de sa vie. Chaque nuit, la bonne récupère discrètement le berceau dans la chambre de Victoire pour dormir avec son fils, corps contre corps. Le jour où sa maîtresse s’en aperçoit, tout bascule.

Si vous êtes en manque de tendresse et de caresses, si votre libido est partie en vacances sans vous, la suite de l’histoire devrait vous insuffler des bouffées de chaleur. Quand Victoire se glisse sous les draps de Céleste, leur corps et leurs âmes s’épousent. C’est la chance de leur vie. La première fenêtre sur le bonheur. Elles s’aiment. Ce sentiment balaiera tout. La peur du corps de l’autre, le dégoût de son propre corps, la conformité bourgeoise, les bonnes moeurs. Toutes les nuits, les deux femmes s’embrassent, s’embrasent. La découverte des corps offre des passages vibrants et plutôt… excitants 😏

« Chaque soir, elles s’aiment sans relâche, sans peur. Leurs corps, après des années d’inexistence, s’étirent et se déploient. Elles vibrent ensemble, dans un unisson qui les mène au bout d’elles-mêmes, dans un lieu si profond qu’elles s’y perdent chaque soir, et s’y retrouvent sans cesse. »

« Mon coeur a glissé dans ton corps. Je te touche et c’est moi que je caresse. »

« En pénétrant Céleste, Victoire laisse entrer à sa suite, le temps, les nuits et les jours, le cortège de l’éternité.»

Pour vous, bookiners qui n’aimez pas votre corps, vous qui manquez de confiance en vousouvrez ce livre pour apprendre à sourire en vous reluquant dans un miroir. Ce livre m’a poussée à me regarder. Observer mon corps de femme tel qu’il est, tel qu’il m’a été donné. En connaître tous ses détails pour mieux l’accepter, mieux l’aimer. Je n’ai jamais aimé me regarder nue dans le miroir parce que mes yeux s’attardaient toujours sur mes cuisses trop grosses, ma poitrine trop petite, mon ventre trop mou. Mais ce livre nous rappelle avec force et justesse qu’aucun corps n’est beau ou laid, sa beauté n’est liée qu’à l’âme de celui ou celle qui le regarde. Grâce à Victoire, Céleste réalise qu’elle est. Son amour lui ouvre les yeux sur la sensualité de ses formes, la volupté de sa peau, l’immense présence de son être.

« Céleste, plongée dans une multitude d’émotions inconnues jusque-là, réalise qu’elle a un corps. Cette découverte est purement sensorielle. Aucune idée, aucun concept de cela. Juste une certitude: ce corps est là, il embrasse la vie, la donne, l’insuffle. Il est d’une puissance vertigineuse. Ce corps toujours nié, uniquement utilisé pour les corvées de la vie courante, prend une dimension nouvelle. Céleste, maintenant, peut. Son éducation, sa condition feront qu’elle n’ira pas jusqu’à vouloir. »

Céleste aussi sublime le corps de Victoire, elle lui rend son plus bel hommage. Victoire est libérée d’elle-même.

« Avant toi, quand je me regardais dans le miroir, je me trouvais tellement laide. Tellement laide que je ne me suis regardée qu’une fois nue. (…) Ce miroir qu’elle détestait, cette image fracassée d’elle-même, elle en rit aujourd’hui. »

Je ne sais pas vous, mais ces mots résonnent fort dans mon esprit. Bien sûr, le regard des autres nous conditionnent, nous emprisonnent et nous poussent, parfois, au déni de ce qu’on est. Mais l’autre est aussi capable de poser un regard à la hauteur de votre être, l’autre parvient parfois à transpercer votre âme, et dès lors, il a le pouvoir de vous magnifier, de vous sublimer. Cet altruisme, cette humanité me bouleverse.   

Ceux qui cherchent à apaiser leurs traumatismes ne sont pas laissés de côté: l’éclosion de Céleste grâce à Victoire est une grande revanche capable, peut-être, sûrement, de panser un peu vos gros bobos. Car grâce à Victoire, Céleste n’est plus seulement une femme violée, elle est une femme avec un corps et une âme. Encore une fois, une main amie ou amoureuse peut faire cicatriser vos plaies en vous réconciliant avec vous-même. N’ayez pas peur d’être aimé(e), n’ayez pas peur d’être aidé(e), vous n’en ressortirez jamais perdant(e). 

« Quand on a vécu dans sa chair ce qu’il y a de plus obscur, on comprend combien il faut choyer la lumière, aussi éphémère soit-elle. »

Je ne vous en dis pas trop pour ne pas vous gâcher tout le plaisir. Car oui, ce roman m’a procuré un immense plaisir. Ce livre est un hymne à l’amour, à la sensualité, au corps et surtout, surtout à la liberté. Car Céleste et Victoire s’aiment envers et contre tout. Une bouffée d’oxygène et d’espoir dans un monde, dans notre monde, en carence de caresses.

Bonne lecture les bookiners !

Hop Hop Hop ne partez pas si vite, voici une petite lecture d’Amours pour vous mettre en jambes !