Survivre | Frederika Amalia Finkelstein

Survivre | Frederika Amalia Finkelstein

Mercredi 4 octobre, 6h30

émoticône dialogue texto sms– Tat, t’es là ? 

– Maintenant oui, tu me sors d’un sommeil profond. C’est pas comme si j’en avais besoin en ce moment avec mes 120h de cours par semaine et l’enregistrement studio de mes chansons.  

– Je suis vraiment désolée mais je me sens trop trop mal. J’ai rêvé que notre blog devait fermer pour des raisons légales, j’en devenais folle. 

– Hahaha ton cerveau est vraiment détraqué

– Je pleurais toutes les larmes de mon cœur, je hurlais, comme une hystérique en répétant sans cesse : « l’histoire de ce blog est l’objectif de notre vie, on ne peut pas nous en priver, les gens ont besoin de nous, ils ont besoin de nous !! » 

– Hahahahaha ce cauchemar, mais quel calvaire mon chat. Ne t’inquiète pas, tout va bien, notre bébé est en pleine forme, et nos Bookiners nous resteront fidèles tant que nous leur feront du bien. Nous sommes en train de tisser une communauté d’amour et d’entraide littéraire, c’est si beau! 

– Oui, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ça fout le vertige. Je me sens totalement déprimée depuis que je suis réveillée, j’ai l’impression que le monde et la société ne nous laisseront pas aller là où on doit aller. Ça me mine. Je ne sais pas comment me dépêtrer de tous ces carcans, de toute cette violence. 

– Déprime du jour, bonjour ! Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans notre monde ?

– J’ai l’impression que les gens ne se comprennent pas entre eux. Et c’est très grave. C’est l’origine des guerres, et du malheur. Notre impossibilité à nous accepter. J’y pense tout le temps et ce qui me rend dingue, c’est que le monde a toujours tourné comme ça et ça ne changera jamais:  je crois que les humains et les cultures, par nature, ne sont pas faits pour s’entendre parce qu’il y aura toujours un homme plus jaloux qu’un autre.

– #ilfallaitqueçatombesurmoienpleinenuit

– C’est ça qui m’empêche d’avancer. Tout ça, cette terreur. La terreur générée par terroristes et la terreur de ces gamins radicalisés sans comprendre. C’est juste que personne ne leur a indiqué le chemin à part les gourous de la violence. Il y a une raison à tout ça Tat. Il y a une grosse couille dans le potage. Si ces gamins avaient eu des livres entre les mains dès leur plus jeune âge, il n’y aurait pas eu le Bataclan, il n’y aurait pas eu la promenade des Anglais, il n’y aurait pas eu les remblas de Barcelone, il n’y aurait pas eu tout ça. Mais le monde et la société manquent de recul pour éviter le pire. Le problème d’aujourd’hui est insolvable et ça m’empêche de dormir.

– Et du coup tu m’empêches de dormir aussi ! Ahahaha. En vrai je sais ce que tu ressens j’y pense souvent aussi, mais j’essaye de me concentrer sur ma vie que je peux changer et celle de mon entourage, que je peux influencer positivement aussi, car autrement je ne peux plus respirer. 

– Je viens de lire un bouquin d’une nana de notre âge qui expose tout ça assez brillamment.  Elle ne propose pas de solution (puisqu’il n’y en a pas), mais explique avec une plume divine comment des jeunes de notre âge essayent de s’en sortir dans cette société absurde. Enorme coup de coeur. 

– Ce livre est nécessaire ? 

– I swear. 

– Alors maintenant qu’on est tous réveillés, on t’écoute mon chat. 

Pâques – Rachmaninov 

Bookiners. Je ne sais pas quel âge vous avez, mais je suis certaine que vous êtes parfois, comme moi, sujets à des pensées obsédantes. Notamment sur notre monde qui part (et qui d’ailleurs est toujours parti) en peanut. Inégalités, violences, attentats, extrémismes : au secours. Une fois ce constat établi, que faire de ces pensées ? Le livre dont je vais vous parler m’a appris à les structurer. Et vous savez quoi ? C’est déjà énorme de faire le ménage dans sa tête. Ce bouquin m’a fait un bien fou, je vous le jure. J’appelle ici tous les Bookiners qui se sentent seuls avec leurs pensées, les Bookiners qui se retournent dans leur lit toute la nuit, à ruminer, ainsi que les Bookiners qui cherchent simplement à y voir un peu plus clair. Oui, rien que ça. Go ? 

Je ne suis pas particulièrement réac, pas particulièrement pessimiste, mais il y a un bon nombre de choses qui ne tournent pas rond dans notre monde tout de même. Pas besoin de vous faire un dessin, je suis sûre que vous serez d’accord avec moi. Certains supportent le monde plus que d’autres. Moi, je ne sais pas profiter de sa légèreté quand j’en connais ses méandres. Non, je ne suis pas une gothique sataniste pour autant – si tant est que le stéréotype est pertinent, rien n’est moins sûr. C’est juste que je ne suis jamais tranquille. Dans le métro j’ai peur des terroristes, devant le JT j’ai peur des mauvaises nouvelles, dans la rue j’ai peur des gens odieux, dans mon lit j’ai peur de ne pas dormir à force de penser à tout ça. Je ne sais pas si j’aurais eu moins de doutes et d’angoisses si j’étais née à une autre époque. Je ne sais plus ce qui dépend de moi ou de ce que le monde m’envoie. Mais voyez-vous, ce roman de Frederika Amalia m’aide (et vous aidera) à mieux penser. Il m’accompagne dans mes réflexions touffues, envahissantes, nécessaires et parasites. Par la construction de son récit, sa plume, son pessimisme, ses doutes, ses souffrances et ses zones d’ombres non expliquées, je crois que ce roman s’adressera à tous ceux qui interrogent leur monde et, encore mieux, à ceux qui trouvent refuge dans les livres

« Je peux dire, à ma façon, que je me suis radicalisée. Sans les livres, j’aurais peut-être succombé: je me serais laissée ravager par la peur de l’échec, par les supermarchés, leur odeur de plastique et leurs légumes sans goûts, par les mannequins sans forme et sans humanité, vendues aux jeunes filles comme modèles d’érotisme, par les jeux vidéo, par la télévision, et puis j’aurais succombé à la vengeance: sur moi-même ou sur les autres, qui sait, peut-être suffit-il d’une seule rencontre pour que tout change. Je crois que, si j’étais tombée à seize ans sur un discours de haine au lieu de tomber sur un recueil de poésie, ç’aurait été possible: j’aurais pu basculer»

Comme l’auteure, comme vous peut-être, je me « radicalise » avec les livres. Je suis une lectrice boulimique, compulsive, j’en dévore un à deux par jour. Sans eux, je crois que ma vie n’aurait aucun sens. Le sien redonne des mots à des vertiges infinis. C’est rare, si précieux. Je crois qu’il vous sera difficile de ne pas vous retrouver dans ce roman qui brasse tous les travers de notre société occidentale, toutes ces choses qui nous empêchent de penser par nous-mêmes, celles qui nous empêchent d’aimer, de respirer, de vivre sereinement. Ce qui est particulièrement intéressant dans cet essai, c’est que l’auteur s’efforce d’interroger la démarche de ceux qui ont renoncé à ce monde.

« Ce n’est pas le courage qui nous donne le culot de nous suicider au milieu d’une foule ou dans sa propre chambre, au milieu de vieux jouets. Ce n’est pas le courage. C’est la peur. La peur de la mort. La peur de l’amour. La peur de la joie. C’est cela même qui nous menace: la peur d’être vivant. » 

Cette jeune écrivaine analyse les pouvoirs de la littérature avec une justesse à couper le souffle. Je crois que ses mots sont ceux que Tatiana et moi aurions pu écrire pour vous expliquer le pourquoi de ce blog, la nécessité de Peanut Booker. Transmettre cette vision et cette nécessité de lire. Car non les livres ne sont pas, ils ne doivent pas être de simplement des passe-temps. Pourquoi, dès lors, prendre le risque de ne pas lire ? 

« Les livres sont des trous noirs capables d’annuler votre présence ici-bas, et ils sont autant de vies qui attendent de s’immiscer en vous et de vous modifier, de vous foudroyer, dirais-je, car qu’est-ce qu’un livre sans lumière et sans fureur, je n’en connais pas: un livre a le devoir de vous foudroyer, je dirais même que c’est tout ce que je lui demande, ouvre-moi, emmène-moi – réveille-moi – , qu’il fasse la guerre au monde, qu’il étreigne et détruise les douleurs et qu’il transfigure ma pensée est, je crois, toujours ce que j’exige. » 

Pardonnez-moi Bookiners, je vais encore parler de moi, mais j’aimerais que vous compreniez la rare puissance d’identification que vous offrira ce livre. Et puis quand je vous parle de moi, je compte bien parler de vous, et notamment des Bookiners qui cherchent à comprendre le monde qui les entoure. Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis journaliste. Plus j’avance dans ce métier, plus je suis mal à l’aise avec ce qu’il représente pour moi. Je me dis de plus en plus que je ne peux plus être la simple spectatrice d’un monde que je ne comprends pas, d’un monde qui ne se réfléchit pas assez. Je ne veux plus être le médium qui plongera d’autres gens comme nous dans des trous noirs. Je ne veux plus avoir autant le nez dans la merde car je ne respire plus. Dans ce livre, lorsqu’elle évoque les victimes d’attentats, les choses sont dites, ressenties telles que je les ressens, telles que, je crois, notre société devrait les ressentir pour mieux penser, pour mieux avancer : 

« Ma conduite a quelque chose d’inadmissible. Je me dis qu’il se peut que je profite d’eux pour donner un sens à ma vie; qu’il se peut que je profite de l’horreur qu’ils ont traversée pour échapper au vide de mon existence. Pouvoir me dire enfin : j’ai une cause à défendre.» 

Nous avons tous des causes à défendre parce que nous cherchons des réponses pour voiler nos vertiges. Les livres m’aident, il m’accompagnent. Ce livre a été pour moi une rencontre en tant que telle. Il m’a éclairé. Il vous éclairera, y compris la nuit. J’appelle donc les Bookiners insomniaques et les bookiners esseulés pour deux raisons: 1) une fois commencé, ce bouquin ne se lâche plus 2) si vos insomnies se nourrissent de vos ruminations, vous découvrirez à quel point vous n’êtes pas seuls avec vos pensées, c’est promis. C’est pour cela que nous avons créé Peanut Booker avec Tatiana, pour vous expliquer que la littérature existe pour vous aider à voir plus clair. Ce livre mettra des mots sur ce que vous ne parvenez pas toujours à expliquer. Pourquoi c’est important ? Parce que : 

« Le doute a failli me perdre: j’ai failli m’ensevelir dans la spirale de sa folie. Faites attention avec ça : le doute est un cancer, il se répand invisiblement dans votre corps jusqu’à exterminer vos rêves les plus modestes. »

Si la société actuelle, avec ses violences, ses inégalités, ses attentats est difficile à supporter, n’oubliez jamais que les livres seront toujours là. 

« Garder un lieu dans ma tête, si infime soit-il, un lieu dénué de bruit, d’agitation, un lieu dépourvu de haine. Pour l’instant, les livres me protègent. J’y ai placé ma foi. Mais cette tentation journalière de la haine, cette tentation de succomber à l’amertume et à la vengeance, elle existe, je le sens. Les livres, la pensée, la beauté stupide d’un ciel, le réconfort d’une famille sont tout ce que j’ai trouvé. » 

Autant d’éléments que les terroristes n’avaient pas, eux. Voilà pourquoi ce livre est essentiel. Voilà pourquoi l’Homme ne peut pas se passer de la littérature. C’est de la violence et des guerres qu’elle peut nous protéger, rien de moins. L’épitaphe de ce livre (vous savez, la citation en première page) est une phrase d’Arthur Rimbaud : 

« Je ne sais pas comment en sortir: j’en sortirai pourtant ». 

Je vous laisse méditer sur le sens que vous accorderez à ces mots. Soyez-en sûrs Bookiners, les livres feront de nous, de vous, un monde meilleur. 

Un autre extrait pour la route ? 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Anima | Wajdi Mouawad

Anima | Wajdi Mouawad

Mardi 22 août 2017, 9h30

émoticône dialogue texto sms– Tat, je suis sonnée. Complètement sonnée. Tu avais raison. Tellement raison quoi ! 

– Ahahah ! Je ne sais pas de quoi tu parles, mais avoir raison me va très bien ! Heu sonnée ? Que pasa ? 

– Je suis assommée de beauté, de sublime, j’en perds mes mots, ma voix, mon intellect, ma réalité. Bam. Une gifle. 

– Mais what the hell is going on ? Ce sont les paysages de Sicile qui te donnent le tournis ? 

– Non non là je suis à Arles chez mes parents. Même si je viens tout juste d’être bluffée par deux expos photographiques hallucinantes, je ne te parle pas de cette beauté là, je te parle d’un sublime qui m’habite entièrement, infiniment depuis deux jours. Tu sais, je t’avais promis que je t’enverrai l’article sur le roman Venise n’est pas en Italie, je l’avais noté dans mon emploi du temps, mais quand je me suis mise devant mon ordi sur ma terrasse au soleil, mes yeux regardaient du coin de l’oeil ce roman qui me hurlait de l’ouvrir pour la 14ème fois de la journée. 

– Ahahaha, tu parles d’un livre comme je parle de pépitos !

– Non mais chat, tu ne comprends pas, je ne pense qu’à ce livre. Je n’ai pas dormi la nuit dernière pour le finir, je ne sais pas comment j’ai pu vivre sans lui pendant 24 ans. Je crois que je vais l’emporter partout avec moi et remuer ciel et terre pour rencontrer Wajdi. Ciel et terre. 

– Aaaaaaaah je comprends mieux, tu as fait la connaissance de mon Wadji Mouawad !! Mon dieu je suis trop heureuse que tu l’aimes aussi ! Je te l’avais dit, ce mec c’est un foutage de gueule, un fucking Genius, il sait dire l’indicible, il renouvelle tellement la littérature. On doit le rencontrer, c’est vital !

– Vital. Ok, j’ai une annonce de plus grande importance à te faire honeymoon. Je veux que tu t’assoies, et que tu me dises quand tu es prête. 

– Oh nan c’est chiant, ne me dis pas que tu vas déjà te marier avec Gus ? Attends au moins que je trouve un mec. T’es ma meilleure amie ou pas? 

– Je répète, je veux que tu me dises quand tu es prête. 

– Je suis prête, mais ne me déçois pas !  

– Anima de Wadji Mouawad devient officiellement mon livre préféré. Au monde.

– OMG OMG OMG. Je ne te crois pas, je ne te crois pas. C’est le premier livre qui détrône pêle-même la Belle du Seigneur et Voyage au bout de la Nuit. OMG. Il faut que j’aille courir une heure pour digérer cette nouvelle et me préparer au commentaire que tu vas nous écrire, aux Bookiners et à moi. Je pense que je suis plus émue que quand tu m’annonceras que tu seras enceinte de mon ou ma filleule. WOW. Ne dis rien, je pars courir. 

Pour lire cet article, j’aimerais vous faire écouter cette musique d’Erik Satie que j’aime tant. Elle saura, je l’espère, vous donner un avant-goût de la grandeur de ce livre. 

Gnossienne No.1 – Erik Satie 

Bookiners, je suis encore muette de cette lecture prodigieuse tout juste terminée. Je suis ridiculement petite, ridiculement humaine, ridiculement matérielle face au génie de Wajdi Mouawad. J’en perds mon français, je ne sais plus parler, je ne sais plus écrire. Un vertige m’assaille ces derniers jours, il envahit mes rêves qui montent vers la nuit: quand le silence est si bruyant qu’il vous obsède, quand la littérature est si sublime qu’elle ne se dit pas, quand un homme est si clairvoyant qu’il dit tout, que reste-t-il à dire ? Que reste-t-il à écrire ? 

Croyez-moi Bookiners. Dans Anima, Wajdi Mouawad dit tout. Toute l’humanité, tout le monde animal, toute la nature, il chante la terre entière. Vos introspections, votre enfance, vos racines, vos joies, vos peines, vos espérances, vos fantasmes en sortiront chamboulés. Je ne vous raconterai que des parcelles de ce grand roman long et dense, je marcherai sur des oeufs pour tâcher de ne pas vous déflorer l’indicible et souiller l’au-delà, le chef d’œuvre. Alors mon texte sera un hommage. Courez, volez l’acheter. D’Urgence. Soyez indulgent(es) Bookiners, car mon texte n’a pas la prétention d’arriver à l’ongle du petit orteil de Wajdi Mouawad.

Bookiners qui cherchez une quête de sublime, soyez attentifs tout au long de l’article, les mots de Wajdi Mouawad sauront vous mettre en appétit je vous le promets. 

Mais first things first, ce roman est d’un noir absolu, noir comme l’aile des corbeaux qui observent Wahhch dans sa quête, noir comme le silence qui engloutit son esprit, noir comme le voile qui efface l’enfance et obstrue sa vie. Ce roman commence par un meurtre sordide. Léonie, la femme de Wahhch, est sauvagement assassinée. Elle portait son enfant. Je vous laisse découvrir les détails du crime dans le roman si vous voulez connaître une définition aboutie du mot violence. Malheureux comme les pierres, Wahhch vit avec l’idée qu’en voyant le visage de celui qui a tué sa femme, il pourra se libérer de la culpabilité de ne pas avoir réussi à la sauver. Pour les descriptions et le récit de la poursuite de l’assassin d’un homme en miettes, l’auteur utilise un processus littéraire déroutant et efficace: ce sont les animaux sauvages ou domestiques qui croisent la route du héros qui se relaient pour prendre en charge la narration.

Pourquoi est-ce prodigieux ? Parce que ce regard animal nous offre un détachement rare pour observer les hommes dans toute leur horreur, leur violence, leurs contradictions, leur désespoir aussi. Si les animaux suivent Wahhch, c’est parce qu’ils reconnaissent en lui une part d’eux-mêmes, dans sa souffrance, dans son silence. Bookiners qui cherchez à comprendre le monde qui vous entoure, vous êtes bien là ? Parfait. Ce texte est un bijou pour vous qui souhaitez cerner l’Homme dans sa complexité et ses paradoxes. Car accorder une réflexion et des mots aux bêtes, c’est faire retrouver à l’Homme une humilité dont il manque sérieusement, c’est l’extirper de son ethnocentrisme bâti de sang et de larmes qui dicte le monde.

« Les humains sont seuls. Malgré la pluie, malgré les animaux, malgré les fleuves et les arbres et le ciel et malgré le feu. Les humains restent au seuil. Ils ont reçu la pure verticalité en présent, et pourtant ils vont, leur existence durant, courbés sous un invisible poids. Quelque chose les affaisse. (…) Ils sont absorbés par ce qu’ils ont sous la main, et quand leurs mains sont vides, ils les posent sur leur visage et pleurent. Ils sont comme ça. » 

Les animaux ressentent et dissèquent des désespoirs qui échappent aux hommes. Ils assistent au chagrin palpable de Wahhch, ils vous feront comprendre ce personnage avec un oeil plus attentif, plus sensible. 

« Celui-là, fatigué, épuisé, englouti par l’opacité opaline du chemin, exhale, depuis le centre de son dos, le noir de jais, couleur de la rive et des naufrages, apanage des natures incapables de se départir de leur mémoire et de leur passé. » 

« Quel regard il avait ! Il semblait rechercher la lumière de la réalité pour dissiper les abjectes créatures nées des ténèbres dans l’abandon de son coeur. » 

« Gardant le silence, il m’a laissé le contempler et m’a dévoilé la détresse de son âme dans la défaillance de ses yeux faïencés.» 

Le traumatisme de l’assassinat de sa femme enceinte réveille chez Wahhch le traumatisme de sa vie, de son déracinement, le trou de son enfance, de sa naissance et de son arrachage à son pays et à sa famille pendant la guerre. Le brouillard lui semble d’une épaisseur infinie, son vertige existentiel est indicible. 

Ouvrez grands vos yeux Bookiners écorchés, blessés, traumatisés, Bookiners dont l’esprit déraille car la guérison est dans la quête. Wahhch souffre d’une douleur incommensurable, mais Wahhch cherche, et Wahhch évolue. Et Wahhch finit par amorcer, au détour de sa quête et de son désarroi, le chemin long de sa guérison, de sa propre absolution. Je crois que celui qui ne fait que hurler sa douleur n’en verra jamais le visage tout autant que celui qui s’obstine à la taire. Dans ce roman, chaque cri est suivi par un silence pour faire entendre son écho. C’est son immense force. Wahhch fait de sa douleur un collier qui enchaîne les perles de silence aux perles de ses cris. 

« Il roulait en hurlant, en pleurant, invoquant des noms, des prénoms, des bêtes, oiseaux, insectes, poissons, reptiles, fauves, bovins, frappant contre le volant, rouant de coups sa poitrine, sa tête, son visage, et laissait entendre les cris anciens, tus, avalés, enfoncés au creux de son ventre, ensevelis sous les croûtes défaites de sa mémoire. »

Wahhch hurle et se tait, et Wahhch avance, dans l’urgence de faire battre son coeur vers l’avant, plus vite toujours, plus loin toujours. 

Bookiners déracinésvous qui tentez de recoller les pièces de votre présent et de votre passé, vous qui peinez à avancer, alourdis par le poids de votre histoire, ce livre répondra sûrement à vos vertiges. Pendant tout le roman, Wahhch tente de réapprendre à vivre avec lui-même comme on vivrait avec un inconnu en mille morceaux. Car Wahhch est un déraciné écorché, son passé est troué. Seuls quelques souvenirs lui reviennent de son enfance : né au Liban pendant la guerre, il se souvient avoir été enterré vivant, dans le ventre dévasté de la terre, collé aux cadavres d’animaux. Il se souvient avoir été déterré puis adopté par un étranger. Pourquoi a-t-il survécu? Que faire des fragments éclatés de son histoire? Comment vivre sans connaître sa naissance, ses racines, ses origines ? Comment avancer quand même le cri dans le silence, les hurlements dans le vide ne soulagent plus ? Wahhch cherche des mots à ses maux, à ces silences qui le creusent et le torturent. Il se lance dans une poursuite effrénée pour tenter de rattraper une ombre comme on tente de se rattraper soi-même. Pour cela, il interroge son père adoptif sans relâche. 

«  Qui sont ceux qui ont fait ça, qui étaient mes frères, mes soeurs, leur nombre, leur nom, leur ombre, pourquoi j’ai été épargné, qui m’a épargné, qu’est-ce que tu faisais dans cette hécatombe, cette boucherie, cet abattoir? » 

C’est dans son rapport aux bêtes, à ce putois sur la route, à ce singe domestique, à ce chien sauvage qui le protège et ne le quitte plus que Wahhch aperçoit une lumière à suivre dans la nuit. Quand il s’adresse à ce chien qui est venu à lui, l’homme commence à marcher vers lui-même.

« Il y a un gouffre. Je ne le fuirai plus. Je te le promets. Je ne t’abandonnerai plus, je te le promets. Nous irons ensemble chercher les mots qui manquent. Nous les mettrons côte à côte et nous sortirons enfin de cette fosse dans laquelle on m’a jeté et de laquelle, je le comprends aujourd’hui, je l’ai compris et en te voyant te battre, je ne suis jamais sorti. »

Bookiners insomniaques, vous cherchez à vous occuper en attendant Morphée, ce livre est un cadeau tombé du ciel pour vous, vous ne le lâcherez pas. Peut-être que les plus écorchés d’entre se reconnaîtront, se réconforteront dans les rêves de Wahhch jetés à la flaque noire des insomnies, votre sommeil noyé dans l’eau des chagrins. Si jusqu’à l’aurore, jusqu’au soleil, vous ne trouvez que le vertige de vous-mêmes, sassant et ressassant les tourments et les inquiétudes au carrousel de votre âme, lisez. Lisez Anima. Déchargez l’angoisse qui vous englue, les peurs qui vous apeurent sur Wahhch. Il saura vous épauler, vous guider car il a tout vécu, il a tout souffert. Déplacez votre esprit sur ce guerrier de l’existence, cet archéologue de traumatismes, ce maître des cris et des silences, vous vous sentirez plus légers, je vous le promets. 

Avant de vous laisser partir, je ne peux pas résister à vous lire un passage somptueux d’Anima. 

 

Sachez, Bookiners, que Wajdi Mouawad a dédié 10 ans de sa vie à édifier ce chef-d’oeuvre absolu. Comme Wahhch, lui aussi a certainement dû écouter le silence pour éclore. Et vous apprendrez avec lui que les silences n’ont pas toujours la même texture. Chut. Lisez, écoutez. 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

Beautiful Bastard | Christina Lauren

Beautiful Bastard | Christina Lauren


Samedi 6 Mai, 23h07

– Hélo, tu ne voudrais pas venir avec moi ce soir, au Café Barge?

– Hello honeymoon. Ce soir ?

– Yes. C’est important.

– Tiens, tiens, tiens, ça sent les hormones 😏

– En vrai j’en peux plus. Mon minou est porté disparu. Ca va bientôt faire un an. La malédiction s’acharne.

– Parlons peu, parlons mieux. Comment va ton minou?

– Rappelle toi qu’hier, j’ai enterré Pénélope avec des plumes et quelques danses tribales. Je précise pour nos doux Bookiners que Pénélope est le prénom de mon bien aimé, bien sevré… vagin (aussi appelé minou).

– Oui oui, je suis désolée de ne pas y avoir assisté d’ailleurs. Gus venait tout juste d’arriver de voyage et Gertrude était tout (é)mou(st)illée. Alors, c’était comment ?

– A la fois grotesque et touchant.

– Appelle-moi quand elle ressuscite, elle le mérite.

– Et bien si tu veux vraiment son bien, sortons ! Je donnerais tout pour un baiser. Ce n’est pas une blague. Il m’arrive de drôles de choses en ce moment, Hélo. J’ai peur de moi. Dans le métro. Dans la rue. Chez Paul. Dans les rayons du Monop. Je ne regarde plus les hommes dans les yeux… Mais sur les lèvres. Je les renifle, je les imagine dans mon lit. Une peau. De la douceur. Des jambes en l’air, éreintées. Rassasiées. Minou heureux, quoi. Quelque chose de charnel. Cette aprèm, excédée par mes phéromones, j’ai pleuré. J’ai juste besoin de faire l’amour, quoi. A un homme. Vite. Là. Maintenant. Seigneur par pitié, entendez-ma prière, bordel !

– Si tu l’insultes, ton Dieu, il ne risque pas de t’aider. Sois douce ma mignonne, sois douce 😂

– #incomprise.com. Bon, puisque tu rechignes à sortir, je m’en fous, je vais lire un livre érotique, avec nos Bookiners en panne, nos Bookiners en manque, en mal d’amour et nos Bookiners insomniaques. 😋😏

– Il s’appelle comment ?

– Beautiful Bastard.

 

Dimanche 7 Mai, 14h00

– Allo honeymoon ?

Voix rauque et endormie

– Hi Hélo.

– Mais qu’est ce que tu fous, on avait rendez-vous au Pain quotidien! 😤

– Bébé, j’ai passé une nuit torride, j’en sue encore des oreilles. Minou re-trouvé. Pénélope gémit de bonheur. #THANKGOD.

– Ahahahaha ! Mais qu’as-tu fais ?

– Aw, rien. J’ai fait soft. Un livre, et Hop, tout allait mieux, j’aurais dû y penser! Bookiners, vous cherchiez partout votre libido ? Par ici, je vous la rapporte ! Suivez-moi.

– Nous t’écoutons. Nos Bookiners trépignent déjà, regarde-les! 

Beyonce – Partition 

Chloé Mills est ambitieuse. Belle. Intelligente. Brillante. Une forcenée du travail qui n’a pas peur de se mouiller les mains – jeu de mots non intentionnel ! -. Elle clôt son MBA par un stage de fin d’année d’étude qu’elle décroche chez Ryan Media Group, LA compagnie la plus fructueuse de Chicago.

De retour à Chicago après avoir terminé son MBA, Bennett Ryan revient chez Ryan Media Group, l’entreprise familiale, pour prendre les rennes d’une des entités du groupe. Ambitieux. Beau. Intelligent. Brillant. Arrogant. Condescendant. Le petit con parfait. Bennett et Chloé doivent travailler ensemble. Ils se ressemblent. Ils se détestent. Ils s’attirent. Ils s’attisent.

Et là.

Bookiners en manque, Bookiners en panne, je pense à vous. Préparez de l’eau, une éponge, et un lit juste à côté. C’est parti ! Ah, attendez! J’appelle aussi les Bookiners insomniaques. Beautiful Basterds est un « page turner » affriolant. Je me dis que lire un « page tuner » c’est toujours mieux que de fixer le plafond hagard et las à la merci de Morphée, non? Et puis, qui dirait non pour quelques pensées érotiques aux creux de la nuit, sous la voûte lunaire de milliers de sommeils paisibles qui ronronnent pendant que vous, vous êtes encore éveillés? Voilà, nous sommes d’accord. Allez, let’s go! 

« 17h30, Ryan va me faire la peau. J’ai vingt minutes de retard et il déteste les gens en retard. (…) Me voilà en train de cavaler à travers les salles vides dans mes pompes italiennes…quatorze centimètres de haut pour rejoindre la guillotine. Respire Chloé, il sent la peur. (…) Je frappe à la porte. Je trie mes papiers en évitant son regard. Il ne dit rien. Tout serait tellement plus facile s’il n’était pas aussi attirant… Je commence la présentation… Je m’arrête en pleine phrase. Le souffle coupé. »

Vous aussi vous avez le souffle coupé?  Dans l’attente? L’expectative? Moi aussi, je vous assure qu’hier soir en lisant ces lignes, j’étais toute chose. Je vous laisse imaginer l’état de mon minou, Pénélope. Elle faisait de ces bruits! C’en était gênant. On se tortillait dans mon  lit, mes mains ne sachant plus vraiment quoi faire de leurs dix doigts, et on tremblait. D’impatience. Ca montait, cette tension en moi, ça montait. Je devenais Chloé Mills. Vous aussi deviendrez Chloé Mills. Ou Bennett. Je vous assure! Ah, vous, je sens que d’un coup, comme ça, vous n’en avez plus rien à faire de mon autobiographie. Respirez. Déglutinez. Je continue.

« La chaleur de sa main se déplace sous ma jupe. Ma peau s’électrise. Chaque muscle de mon corps se tend, mon ventre se liquéfie. (…) Les pointes de mes seins se dressent. Je serre les dents pour toute réponse : trahison pectorale. »

– Retournez-vous mademoiselle Mills, ordonne-t-il d’une voix calme. 

Le désir monte entre mes jambes. »

Pas d’arrêt cardiaque Bookiners. On se calme. Epongez-vous, n’hésitez pas. Je vous raconte un bout de la suite ou je m’arrête ? Bon, je m’arrête.

OK ! Je continue ! Ne criez pas, je continue !

« Il arrive au bord de ma culotte et passe ses doigts sous le tissu. Je le sens glisser contre ma peau et frôler mon clitoris avant de me pénétrer. Je mords mes lèvres, essayant, sans succès, de réprimer un gémissement. Quand je baisse les yeux sur lui, la sueur perle entre ses sourcils… Les boutons de soie de mon chemisier ricochent sur la grande table de conférence. » 

Bookiners prudes, s’abstenir :

« Son pantalon tombe par terre. Je serre sa queue très fort. Je la sens vibrer entre mes doigts. »

Allez, c’est terminé. Vous finiriez par me penser nympho, alors que ces mots ne viennent même pas de moi ! Et puis, vous faites les innocents, mais c’est vous qui avez cliqué, un sourire malicieux aux lèvres sur la rubrique « Libido où te caches-tu ? ». Je vous vois, il ne faut pas croire !

C’est une histoire torride donc, de sexe d’abord, entre ces deux fortes têtes qui succombent à  leur attraction l’une pour l’autre, et à son ivresse, oubliant leur égo et leur statuts respectifs. Et puis, parce que vous avez déjà deviné la suite, c’est une histoire d’amour, à leurs risques et périls.

Pour vous Bookiners qui ne croyez plus en l’amour, je vous dirais que vous avez tort, et c’est en y croyant plus que vous vous condamnez. Car en fermant les yeux, vous baissez les armes, vous ne lui donnez pas une chance, à l’amour. Oui, c’est vrai qu’on dit qu’il ne faut pas chercher. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas ouvrir les yeux. Être attentif(ve)(s). Chloé ne cherchait pas. Et Ryan. Hmm. Comment vous dire. Les petits cons ne cherchent pas l’amour, et encore moins la dépendance. En revanche, ils ont gardé les yeux ouverts, sinon, je vous assure, il ne se serait JAMAIS passé ce qu’il s’est passé. Après, vous savez, je comprends. La déception, les relations qui se terminent mal, les mecs qui ne tournent pas rond, qui font tourner en bourrique, les fous, les relous. Trust me, je me suis tapée le florilège. Mais quand vous lisez une histoire comme celle-ci, simple et attendue – certes, mais oh combien savoureuse, votre petit cœur vous dit tout bas que tout est encore possible et que rien est encore joué.

Aussi, revue à part. Il y’a quelque chose de bien dans ce roman. De valorisant pour nous les femmes. Chloé Mills couche avec son boss, mais par attraction irrépressible. Lorsqu’il a le malheur de la prendre pour acquise, de confondre leurs ébats avec le travail et à penser qu’elle lui doit, ne serait-ce qu’un peu de sa réussite. Chloé démissione de son boulot, et reprend sa thèse à zéro, dans une autre entreprise, moins prestigieuse peut-être, mais sans aucune blurred lines, sans ne rien devoir à personne. 

Bref, je vous disais, je suis convaincue que notre âme sœur à nous tous et toutes est quelque part. Pas loin. Mais justement, je vous parle d’âme sœur. Pas d’âme de compagnie hein. Celui que vous comprendrez en un regard, celui qui complète votre intelligence et vos émois. Celui qui sait que vous savez. Et celui qui ressent ce que vous ressentez. Yes, this one ! Pari gagné pour Christina Hobbs et Lauren Billing ! En alternant par chapitre la narration de Chloé et celle de Bennett, elles explorent la naissance de l’amour et chez l’homme et chez la femme. Et parfois, vous verrez, il suffit simplement d’accepter de se livrer à l’autre, au bon moment, au bon endroit pour que les sentiments se délient et que l’amour se déclare.

Attention : pour l’avoir vécu, évitez les déclarations d’amour dès le 2ème soir. Ca se termine toujours en courant !

Moins de sexe et plus d’amour pour la route. Tenez, c’est cadeau :

(Bennett) « Quand elle dort, j’ai envie de veiller sur elle. Sur son sommeil et sur son réveil. Pour jauger ses sentiments à mon égard. Ce n’est pas seulement du sexe, je le vois bien maintenant… »

 

(Chloé) « Nous revenons lentement sur terre, nos jambes emmêlées dans les draps. Nous parlons de tout, et du fait que j’ai juste assez de sous vêtement pour la semaine : il ne faut plus rien déchirer. Nous parlons de tout, sauf du chaos qu’il a provoqué dans mon cœur. « 

Après les éponges, les mouchoirs !

Je dois vous laisser Bookiners car tout à l’heure, je sers des burgers !

Doux baisers,

 

 

L’autre qu’on adorait | Catherine Cusset

L’autre qu’on adorait | Catherine Cusset

Jeudi 1er juillet 2017, 18h23

`– Hello Tatoo, comment se sont passés tes exams de la Sorbonne ?

– Oh, tu sais, la Sorbonne et moi on ne s’entend pas très bien… J’ai mis trente minutes à trouver la salle de l’exam alors que j’étais arrivée en avance, et j’ai dû faire un commentaire linéaire de texte. Ma phobie.

– Tu dis toujours ça mais tu finis par avoir 18… Tu lis quoi en ce moment ?

– Ah, je viens de lire deux livres… qui n’ont absolument aucun intérêt. Ils m’ont tellement énervée, pourquoi écrire si ça sert à rien sérieux ? Je trouve ça tellement égoïste. C’est comme cuisiner mal. A partir du moment où l’art est à partager, il faut au moins que ce soit partageable. N’en parlons plus, j’ai encore les larmes aux yeux. Godsake. 

– Est-ce que tu crois que c’est important de lire des livres qui parlent de malheur ?

– Mmh ça dépend dans quel état tu es, mais de manière générale, bien sûr que c’est important. Je ne crois pas qu’on ait le droit de s’isoler dans une bulle hermétique toute sa vie, prétextant que le malheur des autres ne nous concerne pas. Ou que le malheur, tout court, n’existe pas. Car le malheur est toujours à côté du bonheur, de la vie. 

– Tu veux dire que le monde nous concerne tous, dans sa beauté et sa laideur ?

– Oui exactement, et puis peut-être que lire des livres sombres peuvent nous ouvrir les yeux sur ceux qui ont besoin d’aide autour de nous. Peut-être qu’ils peuvent nous ouvrir les yeux sur notre propre détresse aussi. Car on n’imagine pas à quel point les gens peuvent être malheureux sans pour autant se sentir malheureux. Tout ça parce qu’ils ne se regardent plus, ils s’accomodent avec le malheur, et se disent que c’est le prix à payer pour être vivant. Je te jure, que j’en ai rencontré des personnes comme ça. 

– Je te demandais ça car je viens de lire un livre terrible qui s’appelle L’autre qu’on adorait et il m’a retournée tant il est sombre. Du coup je ne sais pas s’il faut que j’en parle à nos Bookiners ou pas. 

– Ça dépend mon chat, tu penses qu’il peut aider certaines personnes?

– En fait, je pense que ce livre peut faire du bien car il nous rappelle que des gens vivent toujours des situations pires que la notre dans le monde. Il permet vraiment de relativiser. Mes malheurs m’ont paru ridicules à côté de ceux du personnage. Par ailleurs, je suis d’accord avec le fait qu’il peut nous rappeler que d’autres souffrent mais ne parlent pas, ne parlent plus. Voire que nous-mêmes souffrons sans nous entendre, nous écouter. Ceux-là ont besoin de nous tous, de vous tous pour leur rappeler combien la vie n’est pas statique, combien la tempête laisse toujours place au soleil.

– Alors oui, il faut que tu en parles, c’est important, Nous t’écoutons. 

Ce livre est dur, brutal. Un avant-goût de l’ambiance du roman ? Tenez, écoutez cette célèbre musique de Clint Mansell. Vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenu. 

Marion Barfs – Clint Mansell

Si la solitude vous guette, si la solitude vous gêne, si la solitude vous effraye, peut-être allez-vous revoir votre définition de la solitude avec ce roman et relativiser (un peu) la vôtre : c’est une solitude immense, tout au fond de lui que connaît le personnage du roman. L’autre qu’on adorait s’appelle Thomas. Thomas a réellement existé, il était l’amant puis l’ami de l’auteur qui nous raconte son histoire. Sa vie, il l’a vécue entourée d’amis et de femmes, mais profondément seul. Je crois qu’on peut parler de grande solitude quand son propre être ne peut plus rien pour soi-même. C’est l’histoire de Thomas : un homme qui s’est battu avant d’abdiquer. Le livre s’ouvre sur la découverte du corps de Thomas qui s’est donné la mort.

J’ai longtemps hésité avant de vous proposer d’ouvrir ce livre qui raconte le destin terrible d’un homme hanté par des démons qu’il ne mérite pas. Je me suis reconnue dans beaucoup de ses phases dépressives, mais l’issue de la vie de cette homme m’a totalement bouleversée. Si vous traversez actuellement une zone de turbulence musclée, je vous conseille d’attendre un peu de lumière avant de vous attaquer à cet ouvrage. Pour ceux qui commencent à sortir la tête de l’eau, ouvrez-le prudemment mais ouvrez-le. Peut-être vous fera-t-il relativiser sur votre propre condition, ça a été le cas pour moi. L’auteur nous parle de l’autre, pas de nous. Ce qui arrive à cet homme n’arrivera pas à nous, ni à vous, son destin nous renvoie à la brutalité de la mort telle qu’elle ne devrait jamais arriver.

Ce roman vaccinera les plus fatalistes d’entre vous. Car Thomas a fait de mauvais choix de vie, pris de mauvaises décisions, oui, mais il a rendu les armes, alors qu’il était encore vivant. Parce que Thomas s’est oublié trop longtemps. Qui que vous soyez Bookiner, vous êtes encore vivant(e). Et quoi que vous traversiez aujourd’hui, la vie vous réserve un lot de surprises, de petits et grands bonheurs dont vous n’avez pas idée. Parole de Bookiner (et de connaisseuse!). Ouvrez grand vos bras, embrassez les tous petits bonheurs qui s’offrent à vous, tendez l’oreille à l’enfant qui vous chuchote tout au fond de vous le chemin à emprunter pour vivre pleinement, et surtout, surtout, faites-vous confiance, faites confiance à ce tout petit enfant qui s’égosille. Au fil du récit, l’auteur énumère les parfaites imperfections de ce personnage infiniment attachant: Thomas est brillant, ambitieux, charmeur, mais instable. Le lecteur et l’auteur assistent, impuissants, au lent glissement de Thomas vers la mort. Après avoir loupé Sciencespo et Normal Sup, le jeune homme s’envole vers les Etats-Unis étudier puis enseigner la littérature du vingtième siècle. Pendant des années, le jeune homme s’embarque dans des déménagements, des postulations dans différentes universités, dans des amours aussi passionnelles que transitoires, d’alcool en déconvenues successives. Il soigne ses insomnies en lisant Proust (tiens tiens, un personnage qui lit pour se soigner… 😏)

« La lecture de Proust te réanimera. Proust, c’est le meilleur médicament qui soit, le sel de la vie, le seul à pouvoir t’extraire de la médiocrité. »

Tous ces changements sapent peu à peu la personnalité qu’on devine déjà fragile du personnage. Depuis des années, Thomas est en sursis.

« Tu es parfois sujet à des accès de dépression pendant lesquels ta vision du monde est d’un pessimisme absolu. (…) Tu as hésité à me parler de cette humeur qui envahit ta vie telle une marée noire et tue en toi tout désir, de ce vide qui t’engloutit comme des sables mouvants. »

Les femmes, Thomas sait les séduire mais ne les garde pas. Ana, Elisa, Olga, Nora: toutes ont été aimées, aucune n’est restée. Les ruptures successives et douloureuse entament peu à peu l’estime personnelle de l’homme. Thomas vit trop fort ses relations, il sombre doucement dans le lit de ses émotions qui le dépassent.

« Elle est le boulet de ciment qui t’entraîne vers le fond: vous allez vous noyer ensemble. Il n’y a qu’un moyen de sortir la tête hors de l’eau pour happer l’air qui te permettra de respirer. Rompre. Casser le lien qui vous unit. La laisser partir à la dérive. A six heures du matin tu finis par écrire les mots libérateurs ‘c’est fini’. »

De cette rupture et des autres, il ne s’en remettra jamais vraiment. Les refus de postes défilent eux aussi, Thomas ne trouve pas sa place, il s’oublie. Il abandonne ses projets de livre, de musique, il perd la force de devenir celui qu’il voudrait être. Il baisse les bras à mesure que sa confiance s’envole. Alors Thomas ne dort plus. Vous, bookiners insomniaques, vous reconnaîtrez certainement dans les nuits blanches de Thomas. Peut-être les crises dépressives en moins (si c’est le cas, c’est déjà une bonne nouvelle non?). Car l’esprit qui ne dort plus est un esprit tourmenté que vous ne laissez pas respirer. Pas grave, il y a les livres pour l’occuper. Lisez, lisez autant que vous pouvez, Bookiners, lisez deux livres par nuit si besoin, votre esprit finira par souffler un peu. Parole de…? Bookiner indeed! Thomas, lui, n’autorise plus son esprit à respirer, à se balader dans des campagnes lumineuses et joyeuses, à gambader dans des pays inconnus. Alors, sans que les autres ne s’en aperçoivent, ses tendances dépressives s’accentuent dangereusement. 

« Tu ne dors pas. Ta gaieté des jours précédents a fondu comme neige au soleil. Tu penses à l’échec de tes amours, à ton renvoi de Reed après ton erreur à Princeton, à tes projets qui n’ont pas aboutis: ton roman sur Elisa, ton disque autour de Proust, ton scénario avec Tony. »

Dans un style serré et un rythme rapide qui offre une belle intensité psychologique, l’auteur fouille, interroge et cerne les pensées, la sensibilité de plus en plus instable de son ami disparu. Plus la vie de Thomas avance, plus ses espoirs de devenir « quelqu’un » s’amenuisent. Entouré par ses amis Nicolas, Catherine, et ses amours qui le chérissent et lui pardonnent tout, Thomas ne parle pas, il sombre dans une solitude qu’il tente de gérer, étouffé par l’incertitude de son avenir. Et puis.

« Toute ta vie depuis ta naissance n’est qu’une ligne tendant à ce moment-là. Tu finis exactement comme tu devais finir, dans un petit appartement donnant sur les murs du campus de l’université qui te congédie comme un laquais. »

A 39 ans, cet homme qui oscille toute sa vie entre le soleil et l’obscurité choisit la nuit. Ce livre cherche à expliquer la mort en remontant la courbe d’une vie. Comme une archéologue, l’auteur analyse les échecs, les mauvais choix, les occasions manquées qui ont construit la mécanique implacable d’une descente aux enfers. Le récit décortique aussi un esprit qui déraille. Si, comme moi un jour, votre cerveau a connu ou connait actuellement un grand huit incontrôlable, si vous avez l’impression qu’un ciel bas et lourd obscurcit les couleurs de votre vie avec ou sans raison, alors sachez bien que la tempête finit toujours, toujours par laisser place au soleil. Je vous supplie de me croire, même s’il y a quelques mois je n’y croyais pas encore moi-même. Thomas, lui, a fait l’erreur d’abdiquer trop tôt. Son suicide est effrayant, mais ce récit m’a fait réfléchir sur mon propre destin, mes propres choix, il m’invite à vivre davantage l’instant présent, à revoir quelques unes de mes ambitions à la baisse pour être pleinement moi-même dans ce que je suis et non pas dans ce qu’on aimerait que je sois. Je crois que c’est ce décalage vertigineux qui a poussé Thomas à quitter le monde. Parce que Thomas n’est pas devenu ce « quelqu’un » qu’il aurait voulu être pour les autres. S’en apercevoir à travers l’histoire de l’autre, c’est déjà s’éloigner de son propre gouffre, avancer dans sa propre vie, en accord avec soi-même. Vivez pour vous, faites ce que vous aimez, c’est le plus important pour se préserver.

Une petite lecture pour vous convaincre ? C’est d’accord. Cliquez ici :

 

Bonne lecture mes Bookiners !

L’adversaire | Emmanuel Carrère

L’adversaire | Emmanuel Carrère

Jeudi 1er Juin, 23h30

– Hi bébé, ça va ? T’as pas répondu à mes textos de la journée, je m’inquiète.

– Hi mon Hélo. Oui, ça va.

– Froideur de juin, bonsoir. Que se passe-t-il ?

– J’ai le vertige.

– Ahahahah, mais où es tu ? C’est étrange, je n’ai jamais su que tu n’aimais pas les hauteurs. Ne me dis pas que t’es sur un roof top avec un nouvel homme de ta vie ?

– Non non, je suis assise à mon bureau. Je touche le sol. Mais la vie donne le vertige quand on y pense. C’est vrai, ça tient à rien. Une galette de maïs, cette vie. Une décision qui devient une erreur, un mauvais virage et d’erreur en errance, millimètre après millimètre, on passe à coté de sa vie. Ratée, cette vie. Sans préavis.

– Oui, c’est vertigineux.

– Mais il suffit de rien putain. J’ai envie d’engueuler cette vie qui n’prévient pas, d’engueuler un Dieu s’il existe. Imagine que j’étais restée à l’ONU, j’aurais eu une prime, je serais restée. Pour l’argent. Pour les parents. Pour leurs attentes. J’aurais eu Jérôme, ce stagiaire canonissime – énième homme de ma vie -, qui m’appelle encore pour savoir quand est-ce que je reviens. Et alors, je serais peut-être maman, à 24 ans. Car il voulait des enfants jeunes. Et moi, je veux des enfants, depuis que j’ai compris qu’on n’adopte pas les dauphins. Et puis, les couches, les trous dans le compte en banque, la sécurité, le prestige de l’ONU, les regards heureux de ma famille, le statut, l’amour lasse, le lac qui rassérène. Les années passent. Peut-être que je n’aurais pas été malheureuse. Peut-être que je ne me serais pas posé la question. Et je serais passée à côté de moi même, comme on passe à côté de son cri d’existence. Il suffit de rien. De s’accommoder avec la vie qu’on a, pour qu’elle devienne étrangère à nous-mêmes. C’est quand notre vie ne nous ressemble pas qu’elle est ratée. Le problème c’est que c’est si facile de se laisser vivre sans vivre.

– Oui, je ressens ton vertige. C’est fragile une vie. Et c’est bien trop long quand on passe à côté de la sienne, les yeux fermés.

– J’aimerais lire quelque chose qui me fasse palper cette insignifiance signifiante. J’aimerais voir, comprendre l’engrenage. Je suis sûre que ça m’aiderait à le rendre palpable, tangible. Et alors, je pourrais combattre le vertige et l’errance.

– Lis l’Adversaire honey moon. C’est un de mes « romans » préférés, c’est un page turner pour peupler tes insomnies, ET, ce roman déconstruit l’insoutenable signifiance de nos insignifiances. Tu vas halluciner, et nos bookiners aussi !

 

Samedi 3 juin, 1h00 AM

– Oh mon dieu Hélo, t’avais raison. Je suis hallu. Je comprends pas. Il était à deux doigts d’avoir la vie qu’ il méritait. C’est pas possible. Un simple rattrapage loupé et tout s’est terminé. Un simple mensonge. Un rien. 3 mots. Et l’engrenage se déclenche, implacable. Impardonnable. C’est pas possible. Je suis au bout de ma vie.

– Mais de qui parles-tu bébé ?

– De Jean-Claude. Il y était presque. Je dois comprendre.

– Le seul Jean-Claude que je connaisse bébé, c’est ton parrain.

– Je te parle de Jean-Claude Romand. Pas de mon parrain.

– Ah ! L’Adversaire !

– Oui. Je dois te laisser. Il faut que je sache. Je dois comprendre. Il me reste 10 pages.

– N’oublie pas de raconter à nos bookiners honey moon, hein.

– Oui, oui ! Quand je lis, je pense toujours à eux, à ma maman, et à toi. 

Sommeil – Stromae 

      J’attends souvent Morphée depuis quelques temps. Peut-être parce que je suis célibataire, peut-être parce que je réfléchis souvent à la fatalité. Il y a un côté rassurant de penser que notre destin est écrit pour nous, avant notre naissance. Qu’on n’y est pour rien. Que ce qui s’est passé n’aurait pas pu se passer autrement. Qu’on est des victimes. Ou des rescapés. Mais je vous mentirais si je vous disais que j’en suis convaincue. Je pense qu’on choisit sa vie, parce qu’on choisit ses choix – la tautologie est voulue. Morphée ne venait pas ce samedi soir,  alors j’ai ouvert L’adversaire pour ne plus le lâcher pendant deux nuits consécutives. En attendant Morphée, fallait bien s’occuper. La vie, ou plutôt, la descente Orphique de Jean-Claude Romand peuplera votre insomnie, peut-être encore votre solitude. 

J’étais fataliste et peut-être que vous l’êtes aussi. WAKE UP, BRACE UP et REMONTEZ vos manches mes Bookiners, car vous tenez les rennes de votre vie. En être conscient est la première étape pour lui faire face, et, je le souhaite, la réussir. Lire L’adversaire, ça vous vaccine contre la fatalité.

Le 9 Janvier 1993, Jean-Claude Romand assassine sa femme et ses enfants. Il les aime plus que tout.  Il aimait ses parents qu’il a tués aussi. Tout ça pour des mensonges tous petits qui se sont enflés et empilés, jusqu’à devenir gros comme la maison à laquelle il tentera de mettre le feu. Il était peut-être un peu mythomane, peut-être, avec le chagrin comme humeur et la solitude comme univers. Il a prétendu pendant 18 ans avoir fait médecine, avoir été interne aux hôpitaux de Paris, et être devenu chercheur à l’Organisation Mondiale de la Santé. Le jour où ses mensonges et ses escroqueries sont en passe d’être percées en plein soleil, il décide de tuer ses proches comme pour tuer cette réalité qui prend une ampleur indésirable. Etrange mais vrai, la fac de médecine, les examens, les réussites, tous ces mensonges étaient là, sous les yeux fermés de ses proches. Pire, tout ça, tout ce drame, tous ces mensonges, tous ces cadavres, n’étaient pas inéluctables.  C’est ce qui m’a bouleversée. Un petit mensonge de rien du tout. Jean-Claude Romand s’éprend de Florence à la fac. Belle, souriante, rayonnante. Ils se connaissaient depuis longtemps, il s’était toujours dit qu’elle serait la mère de ses enfants. Une fixette d’adolescent. Ils se fréquentent un peu à la fac. Puis elle décide de tout arrêter car « il a le corps mou », il se ratatine, Jean-Claude, il dégouline. Alors Jean-Claude, élève consciencieux, rate ses examens de deuxième année. Il plonge dans une dépression dont il ne parle à personne. Le jour de ses rattrapages, il n’entend pas son réveil. Après ça, l’engrenage se déclenche, il prétend passer dans la classe suivante avec ses amis, et surtout avec son meilleur ami, Luc Ladmiral. Il aurait pû tout dire, tout avouer, même après le mensonge, mais il se tait. Se taire, c’est encore parler. Se taire c’est encore choisir. Il se remet avec Florence, sur un mensonge, un autre. Puis la vie bat son plein et les choses s’enchaînent, enfants, mariage, parrainages… Cette histoire me hante, car vous vous rendrez compte que toutes les fois où il aurait pu avouer sont autant de fois où cette tragédie aurait pu être évitée. Et c’est là, là que vous saurez que la fatalité ne tient pas debout quand elle se casse une jambe. C’est croire en la fatalité qui la rend fatale, pas le contraire, je vous assure que c’est vrai !

Lire l’Adversaire, c’est aussi lire un esprit qui déraille, qui pousse le mensonge et l’impasse jusque dans sa logique la plus extrême. Et je pense que cette proximité, cette intimité avec les dérapages de Jean-Claude Romand agit comme un antidote, un rappel à l’ordre qui dirait « il suffit de peu ».   Je ne connais pas tous les tenants de la vie de Jean-Claude Romand, car même si Emmanuel Carrère en dévoile beaucoup, on ne sait pas tout. Mais je crois qu’il y a une chose qui se dessine en filigrane dans ce livre. Si Jean-Claude avait eu confiance en lui, s’il avait eu confiance en l’amour que lui portait son entourage, ses amis, ses parents, alors il se serait dévoilé, il aurait dit la vérité. Cela n’aurait pas empêcher la peur de décevoir, mais ça aurait empêché je crois, le désir intempestif de vouloir s’excuser « d’être » par les mensonges, par l’illusion d’être un autre. S’il avait su, ou cru, qu’il ne serait pas désaimé par ses parents en leur disant qu’il avait raté sa deuxième année, alors il aurait dit la vérité. Et il aurait vécu dans la vérité, entouré de gens qui l’estimaient peu importe les résultats scolaires, le poste à l’OMS ou les cadeaux de voyages d’affaires. Jean-Claude Romand n’a jamais su comment s’aimer, alors il n’a jamais montré aux autres comment l’aimer.  C’est je crois l’origine de sa perte, mais ça encore, ce n’était pas une fatalité. J’apprends tous les jours à aimer qui je suis et qui je deviendrai, car j’apprends tous les jours à me regarder, à m’apprécier, et à embrasser, avec indulgence, toutes les facettes de ma schizophrène exubérance. Faites-le, vous verrez !   Je vous laisse, sans vous en dévoiler davantage mes bookiners. Mais aimez-vous, avec justesse et avec compassion. Aussi, et je vous quitterai sur ma pensée du soir, la vie n’est pas une condamnation, c’est une libération (des limbes !!) et une exploration (de soi-même et des autres).

Des baisers tendres,