Mistral perdu | Isabelle Monnin

Mistral perdu | Isabelle Monnin

 Lundi 2 Octobre, 2017, 10h00

émoticône dialogue texto sms– Comment se passe ta journée mon ange ? 

– Je suis en cours de finance, capitalisation boursière, valeur actuelle nette et Béta. Ça pourrait aller mieux, je pourrais écrire des chansons, je pourrais galoper vers mes rêves et me noyer dans notre amour. Mais ça va, en vrai, c’est intéressant. 

– Ah ouais ? 

– Oui, ça va, et puis mon prof est un golden boy. Il s’appelle Fahmi, jean Levi’s délavé, petites derbies serrées, veste blazer, teint hâlé, doré comme les soleils levants du Maghreb, les yeux sûrement aussi noirs que ceux de Solal de Belle du Seigneur. Ça passe mieux la valorisation boursière quand t’imagines ton prof dans ton lit. Ahahahah ! On-a-dore ! Evidemment je ne te parle pas des moments très gênants où il m’interroge et me sort de mes rêveries érotiques.  Et toi ? 

– J’aimerais prendre l’air, respirer ma jeunesse, retrouver mon ivresse et m’enivrer de vivre. Mais je n’y arrive pas. Je crois perdu la légèreté de l’enfance. Je la cherche partout sans succès. Mon visage a gagné des ridules d’adulte sous les yeux à force d’avoir peur de mes rêves.

– Ah. Mon ange, au risque de me répéter, ne fais pas de ta vie un sursis, une prison dans laquelle tu vois tes rêves te filer entre les doigts, à travers des barreaux créés de toute pièce par toi-même. Pense à Nicolas, pense à tous ceux qui sont partis si jeunes, et surtout, n’attends pas que ta vie commence, car l’attente peut durer longtemps. 

– Mais comment je fais, pour honorer les morts et faire partie des vivants ? 

– Vis. Sans retenue. Vis sans béquilles. Projette-toi plus grande que toi-même, imagine-toi au-delà de tes peurs, et ça ira mon ange, promis.

– Je te fais confiance. 

– On y arrivera ensemble. Pinky Promise. De toute façon, l’âge adulte n’est pas une sinécure. C’est une putain d’entourloupe, et Benjamin Button est une fiction. 

– Ahahahahah. Tellement vrai ! 

– Je lis Mistral Perdu en ce moment. C’est un livre hanté, enfin non, habité. Habité par nos peurs, hérité de nos rêves, irrigué des enfances de nos parents, de la notre qui se faufile, du monde d’hier, et d’une profondeur vertigineuse. Je le lis dans le métro, et ça apaise mes peurs qui tanguent de gauche à droite, et parfois ça berce mes rêves. Je ne sais pas vraiment comment t’expliquer, mais je vais te l’offrir.

– Incroyable. 

– Mais au début j’ai détesté. Je trouvais que le roman se regardait trop écrire, dans une sorte de contemplation de l’hier et de la nostalgie du bonheur. Il y a dans ce roman une langueur qu’il faut apprivoiser et une dimension réflexive qu’il faut prendre avec soi, sans juger. 

– Je comprends totalement ce que tu veux dire. Bookiners, il est tôt, je sais, mais Peanut Tat a fait une trouvaille qui risque de vous ravir. Venez tout près de moi, je crois que c’est important. 

Dimanche 21 Janvier 2018, 23h53

Si vous savez compter aussi bien que moi, Bookiners, vous saurez qu’il m’aura fallu plus de trois mois pour vous livrer ce roman. Le temps s’effiloche plus vite qu’on ne se l’accorde. Et puis les mots, pour dépeindre la douleur de la douleur, ça ne se presse pas. Mais mon cadeau est là, il vous attend. Au milieu des rires et des carillons de la Mélodie du Bonheur que ma mère et ma sœur regardent et re-regardent inlassablement, je pense à vous, et j’explore notre jeunesse qui se déploie, notre vie qui prend ses aises et le temps qui galope. Je vous écris. Et j’éprouve de la difficulté à retranscrire cette drôle d’intensité qu’esquisse en douceur Isabelle Monnin dans Mistral Perdu, ou les évènements. Si vous avez déjà succombé à son charme ou que vous faites confiance à mes goûts de Peanut, alors hop, vous pouvez commander Mistral Perdu, ou les évènements en cliquant sur le roman juste en dessous. 

 

Au risque de vous dérouter un peu, je vous offre un petit bijou musical signé Alicia Keys Distance and Time pour vous accompagner dans les décombres de ce roman-chronique aux vies qui vacillent. 

J’aurai pu choisir une chanson d’époque, puisque ce sont sur les années 80 qu’Isabelle Monnin s’épanche davantage, mais pour moi, Distance and time apaise l’effluve des tragédies qui parsèment son roman-héritage et ses mots incandescents. 

Avant les ruines d’un monde disparu, il y a la jeunesse insouciante des années 80, la chaleur du bitume sous le soleil paëlla des vacances de juillet. La Renault 5 jaune citron de maman, le break de papa, les convictions politiques des parents de gauche qui scandent les conversations du soir, les espoirs de la Gauche,  les victoires des Gauches, la voix de Michel Drucker, le son des 33 tours, et le génie Gainsbourg qui tonne son Comic Strip en rythme et désinvolture. Avant les ruines, il y a tout ça. Les années 80, une famille ordinaire de la classe moyenne à l’élan Mitterand, et deux sœurs qui sont la lune et le soleil, l’une pour l’autre, fusionnelles et gondolées de fous rires et d’amour. 

Il y a, en d’autres mots, une génération, 

« Un ailleurs tressé de souvenirs »

qui se dessine sous la plume d’Isabelle Monnin – peut-être le vôtre Bookiners ou peut-être, comme pour Héloïse et moi, l’ailleurs de nos parents. Il a ce côté lumineux des années d’insouciance, ce quelque chose qui habite et ranime. Alors, Bookiners pour qui la solitude dépeuple vos journées pour peupler votre petit cœur, lisez ce roman, il insuffle, égrène, rabiboche et ressuscite tout un monde, toute une génération qui vit en nous de près ou de loin, par ses mots mosaïques, dans un râle chaud et rassurant, qui, malgré l’amertume mélancolique qu’il distille, nous enveloppe d’un halo paisible. Vous serez habité par cette œuvre qui porte dans une densité souple, légère et tenace, la douleur, la joie, la chiale, les rires, les courses en retard, les compte à rebours, les rêves déchus, les trains loupés, les actes manqués, les morts et les vivants. Dans un même mouvement. Et être habité, c’est n’être plus jamais seul. Vous me remercierez plus tard Bookiners esseulés, mais maintenant, j’appelle ceux dont les rêves ont disparu avec leurs dents de lait. 

Bookiners qui ne rêvez plus, oui, c’est vous que j’appelle avec bienveillance parce que c’est votre jour de chance. Je vous demande de vous rappeler avec violence que rêver est un impératif catégorique. De ceux dont on ne se dérobe que par la mort sous peine de commettre un crime et un sacrilège. Lorsque vous lirez Mistral Perdu qui se tisse comme une épopée universelle et comme un journal intime, vous verrez, sur les limons de l’enfance de ces deux sœurs qui s’aiment à la folie, que rêver c’est marcher sans frontière, que rêver c’est déplacer les barrières du réel et lui redonner les lumières qu’il perd en chemin. Les filles avaient 

« Leur monde hérissé de rêves »

Jusqu’au jour où le soleil meurt, pour laisser à ceux qui restent 

« Des corps sanglots.»

Il n’y aura les perles de son rire que dans les souvenirs de la sœur qui reste. Et la sœur qui part a 26 ans. Et la sœur qui part voulait devenir actrice. Et la sœur qui reste s’endort avec des trous, et depuis ce jour 

« Même les nuits ne dorment plus. »

Et la sœur qui part aura eu le temps de rêver, mais pas le temps de réaliser les rêves de sa vie. Et la sœur qui reste devient journaliste et écrivain, comme dans ses rêves les plus fous, enjambant les peurs et les qu’en-dira-t-on, les « orientations Viactive »  et les chemins tous tracés. Et ça remet les pendules à l’heure et la procrastination là où elle devrait toujours être : au placard. Et ça fout la chaire de poule et la rage au ventre, parce que tout peut se déchirer plus vite que les rêves qui nous animent. Et c’est notre fardeau de vivant de rêver pour ceux qui sont partis, de vivre aussi pour ceux qui ne vivent plus. 

« A quelle idée s’accrocher si tout est si fragile ? »,

nous demande Isabelle Monnin. Je vous réponds Bookiners, qu’il faut s’accrocher à ses rêves et courir à leur trousse pour les attraper avant que le glas ne sonne, imprévisible et impitoyable. 

Dans cette chronique en 8 actes, vous comprendrez, Bookiners, le monde qui vous entoure en plongeant dans celui d’hier avec une lucidité existentielle, un quelque chose de philosophique et réflexif. Une vibration sépia comme un paysage qu’on reconstruit tout en dentelle. Vous vivrez la revanche des Gauches lors des élections Mitterand, vous apprendrez comme nos peurs se justifient dans les théories déterministes de l’après 30 Glorieuses, les espoirs et les désillusions de la France Méritocratie, vous témoignerez de l’arrivée du Minitel, vous oscillerez entre la création du revenu national minimum de Michel Rocard, les discours bien-pensants-pleins-d’espoir des parents de la classe moyenne qui persuadent leurs enfants que plus les études sont longues plus les CDI sont sécurisés et garants du bonheur, vous écouterez les chansons-chroniques-révoltes de Renaud. Vous comprendrez, le visage rivé sur notre/votre héritage que 

« Le monde n’est pas sagesse, il échoue à ne pas transformer le chagrin en haine »

Puis vous verrez la gauche qui vacille et les vacillants qui s’accrochent aux branches qui écument le sol, agonisants et frustrés, et alors vous comprendrez et le monde, et, que 

« Les convictions durent plus longtemps que la réalité »

C’est tout un monde qu’Isabelle Monnin convoque sous nos yeux, et c’est tout ce monde qu’elle nous donne à appréhender, par petites touches, jusqu’au notre, jusqu’à nos tragédies quotidiennes et imminentes, jusqu’à Michel Drucker, qui toujours, relie d’un seul trait ses années d’insouciance et nos années d’inquiétudes. C’est un roman qui s’épanche, sur le voile de notre passé, pas comme une posture mais comme une inclination de la mémoire et du cœur. Et alors, vous comprendrez davantage le monde qui vous entoure car vous en goûterez les saveurs qui en sont à l’origine. 

Ma revue est bientôt terminée Bookiners, mais avant, j’aimerais que nous fassions une grosse petite place chaleureuse aux Bookiners qui ont perdu un être cher. Isabelle Monnin est des vôtres, douloureusement. Et son écriture douce, aérienne et éthérée pansera vos plaies de ses murmures bienveillants. Le roman s’esquisse avec un leit motiv lancinant « nous sommes deux » qui, se déclinant tout au long du voyage évoque l’indéfectible relation fusionnelle d’Isabelle et de sa sœur, jusqu’à devenir un refrain estropié, déchu : 

« Nous est morte, vivre n’existe plus et le chagrin est une maladie longue »

C’est sa sœur qui disparaît dans un souffle, brutalement, à l’âge de 26 ans et qui laisse 

« Le silence bourdonner son absence. » 

Et la tristesse se déverse comme une pluie diluvienne, peuplant chaque endroit de sa vie, annexant tous les territoires : 

« Elle meurt. Et toute ma mémoire fait cendres avec les siennes. Et je n’ai rien compris, et je suis morte aussi. »

C’est la mort qui donnera ce roman Bookiners. La mort de l’âme-sœur et la mort du fils. C’est l’absence qui se transformera en une autre forme de présence à travers l’art, la commémoration et la mise en mot. Et comme si ce n’était pas assez, après la sœur, le nouveau-né de celle qui reste meurt à son tour, avant d’avoir goûté au printemps. 

« Nous sommes Novembre, toutes les dates sont des tombes et je meurs une deuxième fois »

Alors quand tout s’effondre, que tout le monde s’en va, on pleure au sol, on pleure sur les nuages et le cœur pèse trop lourd. Et puis, au milieu des décombres, on sent leur présence venue d’ailleurs, on devient la douleur, les silences, les souvenirs, et : 

« On devient tous nos absents » 

Car ils se glissent en nous sous une forme particulière pour nous insuffler la force que leur mort voudrait nous ravir. On devient tous nos absents parce qu’ils ne sont pas tout à fait morts, ils se réincarnent dans nos cœurs et dans nos mémoires pour nous habiter pour toujours. 

Isabelle est une rescapée, une balafrée de la vie qui porte sur ses joues les cercueils des aimés, et parce que la vie aime avoir le dernier mot comme elle l’entend, elle est toujours vivante. Elle n’est pas morte de chagrin, elle vit avec. Et dans cette vie qu’elle supporte, elle a écrit pour ceux qui l’ont quitté et ce même quand elle pensait que les mots n’existaient pas pour dire la béance. Et pourtant, dans ce roman, elle a noté :

« Le bruit que fait l’avenir quand il vous lâche »

Elle a écrit sa douleur jusqu’à la transcender, la rendre création, réceptacle et luciole dans l’obscurité. 

Puis, elle s’est laissée surprendre à sourire, encore, comme si la vie lui disait que la beauté l’attend pour les jours d’après :

« Dans ce décor d’apocalypse, j’invente des petites collines riantes, elles dansent au dessus du désastre. Attraper la joie dès que possible. Etre triste et joyeuse dans la même seconde, c’est une sorte d’entièreté retrouvée. Mon sourire tremble un peu, et ça dégouline sous mes paupières. »

Et alors, ce roman qui ne semblait que débris et décombres, devient ode et hommage à ceux qui partent et à ce qui reste. La vie est toujours là, droite dans ses bottes, à nous chuchoter que le bonheur revient toujours, et que le bonheur triste n’est pas un oxymore. Bookiners qui perdez espoir, ces deux derniers paragraphes sont pour vous. Oui le soleil parfois s’égare, c’est sa façon à lui de faire sa révolution.  Mistral Perdu sera, votre baume d’espoir dans vos parcours de combattants Bookiners. 

Vous savez désormais qu’après les ruines demeurent les vestiges que les cœurs gardent au chaud dans leurs souvenirs. 

Je vous embrasse avec tendresse, 

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Le jour où j’ai appris à vivre | Laurent Gounelle

Le jour où j’ai appris à vivre | Laurent Gounelle

Vendredi 29 décembre, 23h30, dans mon lit, en train de regarder la 127ème interview de Benjamin Biolay, dont je suis folle amoureuse, mais je vous en parlerai davantage plus tard Bookiners.

émoticône dialogue texto sms– Hi mon Honey moon, tu fais quoi pour le Nouvel An ? 

– Hmmm, je devais aller à Londres avec Swann et Mathilde, mais j’ai pas l’envie en moi. Sortir, m’enivrer, courir vers des chimères, j’ai plus la force en ce moment. Entre les impératifs de Peanut Booker et la musique, j’ai besoin de me recentrer pour ne pas dérailler dans deux semaines quand je m’installe à Madrid.

– Oui mais c’est ton anniversaire mon cœur. T’as pas la tête à ça ?

– La tête à vieillir ? Pas trop et prendre un an de plus comme on prend une nouvelle gifle, merci mais non merci. J’adore être un enfant, et j’adorerais le rester pour toujours, mais les anniversaires m’en empêchent, ils sont là pour nous rappeler que le temps passe, que la vie n’attend pas, et qu’elle n’en a rien à foutre que tu préfères avoir 20 ans pour toujours. Elle t’en rajoute 4 ou 5 et tu dois fermer ta gueule de sotte insoumise. Parce que c’est inéluctable. 

– Ahahahahah. Mon ange, ne sois pas si remontée. Je t’assure que ça va aller, je serai à tes côtés jusqu’à ce qu’on perde toutes nos dents d’adultes. Et puis ne vois pas la vie comme une menace envers l’enfant que tu es, vois-la comme une promesse d’explorer l’enfant que tu es, de l’affirmer, de le contenter et voire même de le transcender. De lui faire vivre des choses qu’il n’avait pas imaginé avec ses yeux d’enfants. Je t’assure, change de regard, et respire. Tout va bien se passer. 

– J’espère vraiment que tu as raison. Et puis, aussi, dimanche, pour le Nouvel An, j’avais prévu d’être chez moi, assise sur le parquet, des talks de motivation sur les enceintes, avec des feuilles Canson et trois livres importants pour moi : L’Alchimiste, Le jour où j’ai appris à vivre et Miracle Morning. Ils me rappellent les essentiels. Ils me ressaisissent. Ensuite je voulais faire un visual board pour mettre en images tous mes objectifs de l’année concernant la musique et notre bébé Peanut. D’ailleurs, je peux te dire que je l’ai subi la grossesse de notre cacahuète : j’ai pris 15 kg cette année. Quand je pense que Céline Dion ne prend pas un gramme quand elle fait des babes. Ça me tue. 

– Ahahah, le rapport avec Céline ! En vrai, je te comprends totalement. C’est une sage décision de prendre du temps pour toi quand tu en ressens la nécessité et l’envie. Tu seras fière de toi et tu commenceras l’année sur des bases saines et déterminantes. Moi, je me rêve de solitude. De balades en forêts. De romans rassérénants. Et de silence. 15 jours non-stop avec ma famille que j’aime de tout mon cœur, c’est quand même assez hardcore. Je suis au bord de la crise d’hystérie. 

– Ahahahah. Yes. Mon ange, I feel your pain. Moi je marcherais bien toute nue dans la rue en ce moment. Je sens mon être étriqué par mes vêtements et par la mode, ça me tend. 

– Ahahahah. #lerapport ! J’aime tellement quand tu sautes du coq à l’âne. D’ailleurs t’as terminé Le jour où j’ai appris à vivre

– Of course my love ! Depuis 2 mois, j’avais simplement perdu les mots justes pour le commenter et le partager correctement avec nos Bookiners. Mais là, je me fais violence car c’est LE livre à lire pour commencer l’année sur des fondations sereines, intelligentes et surtout, essentielles ! 

– Parfait ! Alors nous t’écoutons ! J’ai hâte. Bookiners, approchez, Tat vous attend, elle a une jolie trouvaille à nous faire parvenir !!! Tututut, on ne traine pas les pieds, même si on a pris du bide à Noël !  

– Je m’exécute ! Mais avant ça Bookiners, sachez que dans ce roman, et dans beaucoup de romans de Gounelle, ce ne sont pas tant l’écriture ou les personnages romanesques qui touchent et nous secouent jusqu’à nous faire vibrer. Ce qui marque chez cet écrivain, c’est cette formidable intuition et connaissance de la vie, cette spiritualité, et cette façon de nous questionner et de nous ramener à l’essentiel. Et, avec la période des résolutions qui pointe le bout de son nez, je sais qu’il vous aidera à faire le tri, à prendre les bonnes décisions et apprendre – enfin ? – à vivre. Allez, GO ! 

Avant toutes choses beaux amours, je commencerai par vous faire un cadeau musical.  Il vous juste ce qu’il faut d’air frais, et ce sentiment intense de respirer la nature, couché sous un ciel bleu, bercé par les vagues en face d’un soleil tout sourire ! Voici pour vous notre Juju national qui nous chante Beyrouth, la plage et les songes. Voyage Voyage.

Beyrouth plage – Julien Doré 

La nouvelle année arrive à grands sabots Bookiners, et il commence à se faire le temps des introspections, des rétrospectives, des hauts et des bas, des actes manqués, des actes magnifiés, pour que 2018 soit, peut-être davantage, à votre diapason. Je vous écris ces lignes du bout de ma chambre, et du fond de mon âme, où que vous soyez car même de loin, même sous les cocotiers, il y a des nécessités non négociables pour votre bien-être.

Voyage dans l’espace. Nous atterrissons à San Francisco dans la vie de Jonathan. Il est expert en assurances. Il a monté sa boîte avec son épouse Angela – dont il vient tout juste de se séparer pour une douteuse histoire d’infidélité-, et son ami Michael. Il a une petite fille Chloé qu’il aime mais qu’il néglige car il s’imagine devoir gagner suffisamment d’argent pour la mettre à l’abri avant de profiter d’elle. Par moments, la vie de Jonathan est entrecoupée, en pointillés par le récit de celle d’Austin Fisher, LE joueur de tennis n°1 Mondial que les médias critiquent, caricaturent et redoutent tout à la fois. Nous sommes aux deux carrefours de la vie de ces deux hommes. Les intrigues et les personnages s’imbriquent et plusieurs évènements se chevauchent dans ce roman, donc je vais aller droit au but, droit au baume Bookiners. 

Certains Bookiners ont leur confiance égarée dans les bois, égarée si loin d’eux qu’ils s’imaginent qu’elle n’a jamais existée alors qu’elle s’est barrée aux Bahamas, aller-simple, un soir d’hiver et n’est plus jamais revenue. Mes amours, vous dire qu’il est temps de vous rabibocher avec elle est un lieu commun, vous dire comment, c’est mieux. Tout d’abord, sachez que vous n’êtes pas seuls. C’est difficile de s’aimer, et d’accepter tout en soi, même vos drôles de choses qui clochent, vos imperfections et vos névroses. Et ce, même si vous êtes au sommet de votre art. Jonathan, Austin Fisher, Ryan – le créateur de chroniques vidéos moqueuses « Minneapolis Chronicles », et le pâtissier du coin, Gary, ont le même vide en eux, la même béance qui traduit le manque de confiance qu’ils se portent individuellement. 

Dans la boîte qu’il a crée avec ses associés, Jonathan se compare sans cesse à Michael, son compère éloquent, sans états d’âme, à la verve séduisante et convaincante. Pour Michael, comme il l’explique à Jonathan et Angela, la peur est l’émotion principale, alliée du conseiller en assurances. Il faut la faire germer et grandir dans le regard du commerçant afin qu’il accepte n’importe qu’elle assurance, même celle qui protège de sinistres dérisoires. Michael est obnubilé par les ventes et ce, même si elles vont à l’encontre de l’éthique de son métier et de la raison d’être même de leur vocation à tous les 3. À cette course aux chiffres, Michael est le plus rapide, le plus performant, laissant à Jonathan l’envie de le dépasser à un jeu auquel il ne croit pas. Il commence à se comparer, se dévalorise, écume et énumère les qualités qu’il n’a pas. Il oublie ses singularités, la confiance en lui qu’il avait se dilue, se dissout et s’évapore quelque part dans les sillages de la mer de Big Sur. Alors, 

« À défaut d’être heureux Jonathan est occupé.»

Parfois, on s’imagine que seuls ceux qui ratent perdent confiance. Je vous avouerais que je déteste ce mot, « rater » car je trouve qu’il manque de sens profond, qu’il est imprécis, et qu’il paraît définitif alors qu’il est temporaire. Je m’égare. Je voulais vous dire que la confiance en soi se construit, se nourrit, et s’apprivoise, pour tout le monde. Austin Fisher est n°1 mondial. Il vient tout juste de remporter le tournoi de Flushing Meadow. Il lui reste une dernière rencontre de l’US Open à jouer et s’il la gagne, il devient le meilleur joueur au monde, il rentre dans les annales avec le plus de victoires remportées par un joueur. Avec ces ribambelles de trophées, seule une chose le perturbe et l’ébranle : ce que les journalistes et les autres joueurs disent de lui : 

« Austin Fisher est une machine à gagner, une machine.»

Tout s’effondre pour Austin lorsqu’il s’imagine que ce qu’un des joueurs de tennis vient de dire de lui pourrait être vrai. Vous apprendrez dans ce roman, avec les conseils de Warren, son entraineur de tennis, à vous débarrasser de ces mots qui vous blessent en les éloignant visuellement et physiquement de votre esprit afin de les rendre étrangers à votre personne. Je vous assure, la méthode est dingo ! Vous essaierez, éberlués par son efficacité. Et ensuite, vous m’en direz des nouvelles !

Je disais Bookiners, qu’il fallait que je vous donne quelques solutions pour retrouver votre confiance perdue. Un jour que je me disputais avec ma maman que j’aime de tout mon cœur, nous en sommes venues aux mots qui blessent. C’était il y a très longtemps. Très très longtemps en fait, mais cette dispute m’a marquée. Elle s’est terminée par maman qui me dit que je ne suis qu’une « enfant égoïste, qui manque d’empathie et qui ne pense qu’à elle. » Tout ça parce que je ne voulais pas aller rendre visite à une tante en deuil, que je connais à peine et qui m’indiffère – peut-être justement parce que je la connais à peine -. Et puis, pour vous dire la vérité, j’ai plus de 50 tantes et 90 cousins. C’est la particularité des africains de ramifier les arbres généalogiques et d’amalgamer amis proches, avec cousins. Tout ça pour vous dire que ces qualifications m’ont terrassée. J’ai ruminé pendant 2 ans, littéralement. Puis un jour, je suis allée voir ma maman, j’avais 16 ans, et je lui ai expliqué que si elle me pensait égoïste, alors c’est qu’elle n’avait vraiment rien compris à mon essence et qu’il était hors de question qu’elle me fige et me fixe à des mots qui m’étaient étrangers, parce que ça m’aliénait et que c’était quand même vraiment con de se faire aliéner par sa propre mère et par l’amour de sa vie. Elle a pleuré. Elle s’est excusée.

Et depuis ce jour, j’ai la certitude que pour avoir confiance en soi, il faut commencer par se regarder, longtemps, quitte à énumérer sur une page blanche qui nous sommes et ce que nous pensons être. Vos défauts, vos qualités, vos fêlures, vos lumières. Tout. Ensuite, détachez-vous de ces mots et appréciez-les pour ce qu’ils sont. Puis rattachez-les à vous à nouveau pour vous apprécier comme vous êtes. Rajoutez-y de l’amitié, de l’empathie de vous à vous, puis de l’amour. Touillez, touillez, et commencez à vous affirmer, à connaître qui vous êtes, attendez quelques heures, et hop, la confiance revient des Bahamas, aller sans retour, pour se loger sous les cocotiers de votre cœur. Vous en viendrez à considérer les mauvais mots des autres sur vous, comme une ignorance, et ceux qui pointeront du doigt certains défauts qui sont les vôtres, vous opinerez du nez, saluant leur perspicacité, en paix avec vous-même. Attention, je ne dis pas qu’il faut s’enorgueillir d’être avare ou d’être con, je dis qu’il faut accepter vos manques et vos trop pleins pour être à la hauteur de la personne que vous désirez devenir, des gens que vous aimez et qui vous acceptent pour ce que vous êtes. 

Je crois que c’est à partir de ce moment là, qu’on arrête de se comparer aux autres et qu’on capitalise sur ses propres atouts. Je crois que c’est à partir de ce moment là que les mots des autres n’ont plus le pouvoir destructeur qu’on pouvait leur donner. Les autres ont toujours le pouvoir qu’on leur donne. Si on se détache. Hop. Plus de pouvoir, juste un rigolo qui gesticule avec les mots qu’il méprend. Je crois que c’est à partir de ce moment là, qu’on commence à côtoyer des personnes qui nous veulent du bien. Authentiques et entiers, et qui nous aiment intégralement. 

Bon, j’arrête de faire la Sage, sous son cyprès centenaire et je vous présente Tatie Margie. Elle sera votre mentor de choc pour éclairer le chemin de votre vie ! 

Tatie Margie, c’est la tante de Jonathan, et la tante qu’on rêverait tous d’avoir. Un dimanche après-midi que Jonathan se promenait sur les quais de Sunday Streets, une immense rue touristique de San Francisco, bruyante de vie et de musique. Il s’égare dans ses pensées, quand soudain, il sent une envie irrépressible d’aller voir la gitane qui le fixe au loin pour qu’elle lise entre les lignes de ses mains. Celle-ci accepte, et lui annonce, non sans mal, de la façon la plus détachée, qu’il va mourir. Jonathan va mourir. Après plusieurs jours d’accablement, Jonathan décide de longer la baie de San Francisco pour rejoindre sa tante Margie et se ressourcer auprès d’elle. C’est avec elle qu’il redécouvre le monde, qu’il comprend les sources de son aliénation et les possibilités de son bonheur. 

Bookiners en mal de mentor, permettez moi d’appeler vos amis les Bookiners qui rêvent de comprendre quelque chose du monde qui les entoure. Venez ! Oui, vous. Juste ici. Voilà, nous sommes une ribambelle maintenant, et c’est bien mieux. 

Tante Margie-Mentor vous fera admirer le monde avec un autre regard, elle vous fera retrouver la gratitude pour la vie, pour l’existence, et vous fera renouer avec ce lien invisible qui rallie la nature et les hommes.  Parce que, dit-elle : 

« Par la marche, la nature nous rend ce que la société nous a confisqué : notre complétude. Notre culture de l’immédiateté et l’ultra-réactivité nous amènent à n’être plus présent à rien. En marchant, on se replonge dans le temps de la nature, de l’univers et du cosmos. Le temps de la vie. Et on se reconnecte à soi-même.»

Puis elle ajoute que : 

« Nous sommes des êtres complets. Notre proximité avec la nature nous amène à le ressentir profondément alors que la société crée en nous le manque. Elle sait nous faire croire et nous faire ressentir qu’il nous manque quelque chose pour être heureux. Elle ne cesse de nous faire croire que nous sommes incomplets. »

Vous apprendrez que :

« Tous les hommes sont reliés » 

Et que scientifiquement, cette intra et inter-lien entre les êtres vivants s’appelle le champ morphique, et qu’il a été découvert pas un grand biologiste Rupert Sheldrake. 

Vous comprendrez enfin qu’il faut vous connecter à vous-même afin de vous reconnecter au monde et aux autres avec la même bienveillance, la même authenticité. Écouter notre âme, tanguer avec elle, jauger ses battements et se laisser accompagner par elle. 

Tante Margie-Mentor vous apprendra bien d’autres choses. Et c’est bien là ce qui fait le trésor des romans de Laurent Gounelle, ils nous rappellent ce que nous avions oublié, ils nous guident vers quelque chose de plus vrai, avec douceur, au détour de quelques conversations savoureuses. 

Je m’écourte, mais avant, Bookiners que les rires ne visitent plus, vous rirez. Vous rirez de la colère de Ryan envers les hommes qui le pousse à créer « The Mineapolis Chronicles »: une chronique pour cons qui raconte la vie des cons, vous rirez de ses entrains, de sa folie, et de Gary le pâtissier qui est persuadé que lorsque les hommes sont gentils avec lui c’est qu’ils lui veulent du mal. Vous rirez avant de réaliser que les hommes tristes sont aussi les plus cyniques et les plus incompris. Vous rirez avant de leur tendre votre main compatissante, votre cœur bienveillant, jusqu’à leur apporter la tendresse et le regard doux dont ils manquent. Ah, je sens que vous avez entendu le mot tendresse Bookiners, et que ça vous intéresse ! La tendresse c’est cette caresse qu’on tend vers l’autre, comme une promesse de réconfort. Dans ce roman, la tendresse est là, partout, et elle vous embrasse chaleureusement.

Vous rirez Bookiners, avec dans le cœur la certitude nouvelle qu’il

« Vaut mieux allumer sa petite bougie que de pester contre les ténèbres. »

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Tatie Margie. 

Je vous laisse avec ces mots, et je vous souhaite une année haute en couleurs, celles du bonheur, une année au cours de laquelle vous apprendrez à vivre. Pour de bon. 

Doux baisers, 

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Imago | Cyril Dion

Imago | Cyril Dion

Mardi 21 novembre 2017, 17h09

 émoticône dialogue texto sms– Bébé, tu as regardé l’émission On n’est pas couché de cette semaine ? 

– Ouiii, avec Carla Bruni et Camélia Jordana ! Tu sais que maman est fascinée par Carla Bruni ? Elle est obsédée par cette femme !

– Ça ne m’étonne pas pour Carla,  cette femme est hypnotisante. Moi j’aime sa sagesse, ses phrases. Elle réfléchit tous ses mots avant de les prononcer, c’est apaisant. Elle est sereine et ça fait du bien, on ne voit presque que des interviewés névrosés d’habitude…

– Oui enfin Carla a du être bien névrosée dans sa vie, elle le dit d’ailleurs, elle a fait une psychothérapie pour se débarrasser de ses névroses. Je pense qu’on en a tous des névroses, c’est juste que certains en ont plus que d’autres 😂

– Oui genre Yann Moix il faudrait peut-être qu’il foute un peu la paix à son cerveau et aux cerveaux des autres 😂 ! Il y a trop de mots dans ses phrases alors qu’il dit des choses simples, ça me fatigue cette masturbation intellectuelle.

– Exactement ! Pour moi c’est un frustré cultivé Yann, il s’imagine avoir toujours raison car il cite ce qui arrange son raisonnement or parfois ça n’a pas de sens. Ça me donne envie de m’évanouir. 

– Bon je suppose que tu as donc vu le débat de Yann Moix et Aymeric Caron sur son bouquin ?

– Oui oui, je me suis d’ailleurs évanouie 😂

– Moi je ne défends ni l’un ni l’autre mais je reproche à Yann Moix de chercher des détails absurdes pour, par principe, être en contradiction avec l’invité. Parfois ça donne des conversations lunaires et c’était le cas là avec Caron, quand il joue avec des virgules pour expliquer qu’il n’a rien compris à la création d’Israël et que, par conséquent, il prend tout ça à la légère. Et c’est grave parce qu’il fait dire à Caron ce qu’il n’a pas dit, et c’est peut-être le discours de Moix que vont retenir les téléspectateurs. 

– Oui en vrai c’est grave de faire passer quelqu’un pour ce qu’il n’est pas au nom de ton interprétation forcée et alambiquée. Ça me rend hystérique quand les gens essaient de s’approprier ce que je suis. 

– Je sais bien. Et sur ce genre de sujet ultra épineux (Palestine-Israël), t’imagines les conséquences pour Caron ? Bref, j’y pense parce que je viens justement de lire un roman très puissant sur le conflit Israëlo-palestinien, et je trouve que la fiction est un sacré bon médium pour comprendre, de manière neutre et dénuée de toute passion politique, ce qui se passe là-bas. 

– Ah ouais ? C’est quoi ce livre, c’est récent ? 

– Oui c’est un bouquin de la rentrée littéraire, il s’appelle Imago, c’est Cyril Dion qui l’a écrit, tu sais il a réalisé et écrit le documentaire    « Demain » avec Mélanie Laurent qui avait eu un César. 

– Ah ouii je vois! Tu penses que ça pourrait plaire à nos Bookiners ? 

– Non seulement ça va leur plaire, mais je crois surtout que ce livre va leur être utile. 

– Okay attend attend, je vais chercher mes pop corn et je t’écoute. Vous êtes prêts Bookiners ? Go babe ! 

Black piano – Arnaud Rollat 

Je vous propose de lire ce roman, Bookiners qui cherchez à mieux comprendre le monde qui vous entoure, car Cyril Dion nous offre quelques clés de compréhension des colères qui transforment notre terre en un vaste terrain de guerre. Oui, rien que ça. Mais ne vous faites pas d’illusion, les livres les plus beaux sont souvent les plus tristes, parce qu’il dépeignent la réalité dans toute sa violence nue, crue, écorchée. A la lecture d’Imago, vous serez traversés par des émotions puissantes, bouleversantes. Brutal et poétique, tragique et utile, le livre interroge les identités plurielles, la recherche de soi, l’acceptation de l’autre. De Rafah, dans la bande de Gaza, jusqu’à Paris, les récits de vies s’entrecroisent, les destins se brisent, et nos yeux s’écarquillent. 

Je ne vous cache pas ma difficulté à vous raconter l’histoire du roman, car c’est au fil des pages que l’on comprend les liens entre les personnages que je ne saurais vous dévoiler en amont (je vous connais Bookiners, vous détestez être spoilés). Voilà donc ce que je peux vous dire en marchant sur des oeufs (et en ne vous parlant seulement que de quelques personnages):

Ce roman raconte déjà une immense colère : celle de Khalil, un jeune palestinien habité par une violence qui dépasse tout: son amour pour sa famille, son instinct de survie, sa jeunesse. Khalil est prêt à donner sa vie pour venger son peuple opprimé: 

« Pour toujours il les haïssait. Les israéliens. Les Français. Les Occidentaux en général. Tous ceux qui finançaient, entretenaient la guerre contre son peuple. Il aurait voulu les broyer, les dévorer sur place. La haine pourrissait ses pensées, ses entrailles, elle dévalait le long de ses muscles, de ses doigts. Sans pouvoir s’arrêter, il tournait en rond dans le camp dévasté, ne sachant comment se débarrasser de toute cette violence qui l’agitait. » 

C’est en se lançant à sa poursuite en France pour tenter de l’empêcher de commettre l’irréparable que son frère Nadr va apprendre à se connaître lui-même. Mais d’abord, les galères de famille. Que peut-on pour son frère lorsqu’il vous aime moins que son propre peuple? Nadr est le personnage de la résilience et de la sagesse, c’est lui qui vous fera grandir, mûrir, souffler. Parce que Khalil est son frère, parce que la paix ne s’établit pas dans la violence et parce qu’il doit donner du sens à son existence, Nadr n’hésite pas à tout tenter pour ramener son frère à la raison, quitte à traverser le monde et prendre d’immenses risques pour le retrouver. Sa détermination nous offre une grande leçon d’humanité, elle vous fera relativiser vos propres problèmes familiaux, je vous le garantis. Car laisser un membre de la famille prendre une mauvaise route, c’est perdre une part d’humanité, c’est aussi oublier le sens de notre vie. Nadr n’abandonne jamais, malgré les doutes, malgré la tentation de tout lâcher: 

« Pour la première fois, il ressentait la Palestine comme un fardeau. Dieu comme il aimait sa terre, ses tantes et ses oncles, ses amis, son peuple, comme il aimait Khalil, mais comme il aurait soudain souhaité qu’ils fussent tous morts, anéantis par un cataclysme qui le laisserait libre de tout désir de vengeance. Comme il aurait voulu que le monde d’hier disparaisse et qu’on le livre nu au monde de demain. »

Bookiners déracinés, vous êtes là ? La suite est pour vous. Lorsque Nadr recherche son frère, il tente en même temps d’accéder à lui-même. Malgré l’injustice subie par son peuple (les palestiniens), malgré le désamour de son frère, malgré son sentiment d’impuissance, Nadr n’abandonne pas. Il creuse, observe, essaye de trouver sa place, son rôle à jouer dans ce monde. Nadr, pacifiste, a appris le monde dans les livres (tiens tiens…) et en observant les mots et les choses de son pays. Mais en France, on impose à Nadr une identité qu’il ignorait : 

« C’était un sentiment étrange. Chez lui, on ne le remarquait pas. Ici, sous prétexte qu’il avait changé de continent, il était isolé, séparé des autres humains par une démarcation invisible, à la limite de la brutalité. » 

Nadr est donc confronté à une nouvelle part de lui-même. Mais comment comprendre son présent quand on ne connaît pas son passé ? Nadr n’a jamais connu sa vraie mère. Ce qu’il sait seulement, c’est qu’elle est française. Alors en France, Nadr avance, se perd, ne sait plus ce qu’il cherche, ressent le manque, comme un trou dans son coeur qui l’empêcherait de devenir quelqu’un. 

« Parmi les visages roses, la foule molle, je te cherche. Sans le secours des mots, Sans la moindre indication de là où tu vis. De ton apparence. Dans ce monde vulgaire, opulent, dont je ne fais pas partie. Pourtant une part de moi le voudrait. Pour comprendre qui tu es. Qui je suis. Comprendre pourquoi d’autres rêves me traversent, des rêves que ni Khalil ni aucun de mes frères palestiniens ne caresse. (…) Je n’ai pas d’espoir de te trouver et pourtant, sur chaque visage de femme, je t’espère. Mère. » 

Je pense à vous, Bookiners en quête de vos racines, remplis de pourquoi, de qui suis-je. Ce livre vous aidera à accepter d’être déboussolé, vide. Et l’accepter, c’est déjà avancer. C’est en marchant sur le territoire de sa mère que Nadr est confronté à son identité bancale et à ses peines d’adulte. Les doutes et la sagesse de Nadr vous berceront. Votre coeur se reconnaîtra et il pansera, à votre insu, vos blessures du passé et vos souffrances du présent. Car ce livre est aussi (et peut-être surtout) l’histoire d’un déchirement. Un déchirement à l’origine des destins brisés des personnages. Un déchirement à l’origine de leur quête sans fin. Bon, je m’arrête, sous peine de vous dévoiler l’élixir du roman. Ce que je peux vous dire si vous hésitez encore à lire ce livre, c’est que sa puissance vous laissera bouche bée. Je ne vous ai pas parlé de tout le monde, mais je peux vous dire que les chapitres alternent entre quatre personnages désespérés par un destin qu’ils subissent et leur passé qui les alourdissent. Tous sont prisonniers d’eux-mêmes, de leurs certitudes. C’est eux qui vous apprendront à penser plus fort votre vie. 

Un dernier petit teaser pour la route ? Okay, cliquez sur play juste en-dessous ! 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

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Survivre | Frederika Amalia Finkelstein

Survivre | Frederika Amalia Finkelstein

Mercredi 4 octobre, 6h30

émoticône dialogue texto sms– Tat, t’es là ? 

– Maintenant oui, tu me sors d’un sommeil profond. C’est pas comme si j’en avais besoin en ce moment avec mes 120h de cours par semaine et l’enregistrement studio de mes chansons.  

– Je suis vraiment désolée mais je me sens trop trop mal. J’ai rêvé que notre blog devait fermer pour des raisons légales, j’en devenais folle. 

– Hahaha ton cerveau est vraiment détraqué

– Je pleurais toutes les larmes de mon cœur, je hurlais, comme une hystérique en répétant sans cesse : « l’histoire de ce blog est l’objectif de notre vie, on ne peut pas nous en priver, les gens ont besoin de nous, ils ont besoin de nous !! » 

– Hahahahaha ce cauchemar, mais quel calvaire mon chat. Ne t’inquiète pas, tout va bien, notre bébé est en pleine forme, et nos Bookiners nous resteront fidèles tant que nous leur feront du bien. Nous sommes en train de tisser une communauté d’amour et d’entraide littéraire, c’est si beau! 

– Oui, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ça fout le vertige. Je me sens totalement déprimée depuis que je suis réveillée, j’ai l’impression que le monde et la société ne nous laisseront pas aller là où on doit aller. Ça me mine. Je ne sais pas comment me dépêtrer de tous ces carcans, de toute cette violence. 

– Déprime du jour, bonjour ! Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans notre monde ?

– J’ai l’impression que les gens ne se comprennent pas entre eux. Et c’est très grave. C’est l’origine des guerres, et du malheur. Notre impossibilité à nous accepter. J’y pense tout le temps et ce qui me rend dingue, c’est que le monde a toujours tourné comme ça et ça ne changera jamais:  je crois que les humains et les cultures, par nature, ne sont pas faits pour s’entendre parce qu’il y aura toujours un homme plus jaloux qu’un autre.

– #ilfallaitqueçatombesurmoienpleinenuit

– C’est ça qui m’empêche d’avancer. Tout ça, cette terreur. La terreur générée par terroristes et la terreur de ces gamins radicalisés sans comprendre. C’est juste que personne ne leur a indiqué le chemin à part les gourous de la violence. Il y a une raison à tout ça Tat. Il y a une grosse couille dans le potage. Si ces gamins avaient eu des livres entre les mains dès leur plus jeune âge, il n’y aurait pas eu le Bataclan, il n’y aurait pas eu la promenade des Anglais, il n’y aurait pas eu les remblas de Barcelone, il n’y aurait pas eu tout ça. Mais le monde et la société manquent de recul pour éviter le pire. Le problème d’aujourd’hui est insolvable et ça m’empêche de dormir.

– Et du coup tu m’empêches de dormir aussi ! Ahahaha. En vrai je sais ce que tu ressens j’y pense souvent aussi, mais j’essaye de me concentrer sur ma vie que je peux changer et celle de mon entourage, que je peux influencer positivement aussi, car autrement je ne peux plus respirer. 

– Je viens de lire un bouquin d’une nana de notre âge qui expose tout ça assez brillamment.  Elle ne propose pas de solution (puisqu’il n’y en a pas), mais explique avec une plume divine comment des jeunes de notre âge essayent de s’en sortir dans cette société absurde. Enorme coup de coeur. 

– Ce livre est nécessaire ? 

– I swear. 

– Alors maintenant qu’on est tous réveillés, on t’écoute mon chat. 

Pâques – Rachmaninov 

Bookiners. Je ne sais pas quel âge vous avez, mais je suis certaine que vous êtes parfois, comme moi, sujets à des pensées obsédantes. Notamment sur notre monde qui part (et qui d’ailleurs est toujours parti) en peanut. Inégalités, violences, attentats, extrémismes : au secours. Une fois ce constat établi, que faire de ces pensées ? Le livre dont je vais vous parler m’a appris à les structurer. Et vous savez quoi ? C’est déjà énorme de faire le ménage dans sa tête. Ce bouquin m’a fait un bien fou, je vous le jure. J’appelle ici tous les Bookiners qui se sentent seuls avec leurs pensées, les Bookiners qui se retournent dans leur lit toute la nuit, à ruminer, ainsi que les Bookiners qui cherchent simplement à y voir un peu plus clair. Oui, rien que ça. Go ? 

Je ne suis pas particulièrement réac, pas particulièrement pessimiste, mais il y a un bon nombre de choses qui ne tournent pas rond dans notre monde tout de même. Pas besoin de vous faire un dessin, je suis sûre que vous serez d’accord avec moi. Certains supportent le monde plus que d’autres. Moi, je ne sais pas profiter de sa légèreté quand j’en connais ses méandres. Non, je ne suis pas une gothique sataniste pour autant – si tant est que le stéréotype est pertinent, rien n’est moins sûr. C’est juste que je ne suis jamais tranquille. Dans le métro j’ai peur des terroristes, devant le JT j’ai peur des mauvaises nouvelles, dans la rue j’ai peur des gens odieux, dans mon lit j’ai peur de ne pas dormir à force de penser à tout ça. Je ne sais pas si j’aurais eu moins de doutes et d’angoisses si j’étais née à une autre époque. Je ne sais plus ce qui dépend de moi ou de ce que le monde m’envoie. Mais voyez-vous, ce roman de Frederika Amalia m’aide (et vous aidera) à mieux penser. Il m’accompagne dans mes réflexions touffues, envahissantes, nécessaires et parasites. Par la construction de son récit, sa plume, son pessimisme, ses doutes, ses souffrances et ses zones d’ombres non expliquées, je crois que ce roman s’adressera à tous ceux qui interrogent leur monde et, encore mieux, à ceux qui trouvent refuge dans les livres

« Je peux dire, à ma façon, que je me suis radicalisée. Sans les livres, j’aurais peut-être succombé: je me serais laissée ravager par la peur de l’échec, par les supermarchés, leur odeur de plastique et leurs légumes sans goûts, par les mannequins sans forme et sans humanité, vendues aux jeunes filles comme modèles d’érotisme, par les jeux vidéo, par la télévision, et puis j’aurais succombé à la vengeance: sur moi-même ou sur les autres, qui sait, peut-être suffit-il d’une seule rencontre pour que tout change. Je crois que, si j’étais tombée à seize ans sur un discours de haine au lieu de tomber sur un recueil de poésie, ç’aurait été possible: j’aurais pu basculer»

Comme l’auteure, comme vous peut-être, je me « radicalise » avec les livres. Je suis une lectrice boulimique, compulsive, j’en dévore un à deux par jour. Sans eux, je crois que ma vie n’aurait aucun sens. Le sien redonne des mots à des vertiges infinis. C’est rare, si précieux. Je crois qu’il vous sera difficile de ne pas vous retrouver dans ce roman qui brasse tous les travers de notre société occidentale, toutes ces choses qui nous empêchent de penser par nous-mêmes, celles qui nous empêchent d’aimer, de respirer, de vivre sereinement. Ce qui est particulièrement intéressant dans cet essai, c’est que l’auteur s’efforce d’interroger la démarche de ceux qui ont renoncé à ce monde.

« Ce n’est pas le courage qui nous donne le culot de nous suicider au milieu d’une foule ou dans sa propre chambre, au milieu de vieux jouets. Ce n’est pas le courage. C’est la peur. La peur de la mort. La peur de l’amour. La peur de la joie. C’est cela même qui nous menace: la peur d’être vivant. » 

Cette jeune écrivaine analyse les pouvoirs de la littérature avec une justesse à couper le souffle. Je crois que ses mots sont ceux que Tatiana et moi aurions pu écrire pour vous expliquer le pourquoi de ce blog, la nécessité de Peanut Booker. Transmettre cette vision et cette nécessité de lire. Car non les livres ne sont pas, ils ne doivent pas être de simplement des passe-temps. Pourquoi, dès lors, prendre le risque de ne pas lire ? 

« Les livres sont des trous noirs capables d’annuler votre présence ici-bas, et ils sont autant de vies qui attendent de s’immiscer en vous et de vous modifier, de vous foudroyer, dirais-je, car qu’est-ce qu’un livre sans lumière et sans fureur, je n’en connais pas: un livre a le devoir de vous foudroyer, je dirais même que c’est tout ce que je lui demande, ouvre-moi, emmène-moi – réveille-moi – , qu’il fasse la guerre au monde, qu’il étreigne et détruise les douleurs et qu’il transfigure ma pensée est, je crois, toujours ce que j’exige. » 

Pardonnez-moi Bookiners, je vais encore parler de moi, mais j’aimerais que vous compreniez la rare puissance d’identification que vous offrira ce livre. Et puis quand je vous parle de moi, je compte bien parler de vous, et notamment des Bookiners qui cherchent à comprendre le monde qui les entoure. Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis journaliste. Plus j’avance dans ce métier, plus je suis mal à l’aise avec ce qu’il représente pour moi. Je me dis de plus en plus que je ne peux plus être la simple spectatrice d’un monde que je ne comprends pas, d’un monde qui ne se réfléchit pas assez. Je ne veux plus être le médium qui plongera d’autres gens comme nous dans des trous noirs. Je ne veux plus avoir autant le nez dans la merde car je ne respire plus. Dans ce livre, lorsqu’elle évoque les victimes d’attentats, les choses sont dites, ressenties telles que je les ressens, telles que, je crois, notre société devrait les ressentir pour mieux penser, pour mieux avancer : 

« Ma conduite a quelque chose d’inadmissible. Je me dis qu’il se peut que je profite d’eux pour donner un sens à ma vie; qu’il se peut que je profite de l’horreur qu’ils ont traversée pour échapper au vide de mon existence. Pouvoir me dire enfin : j’ai une cause à défendre.» 

Nous avons tous des causes à défendre parce que nous cherchons des réponses pour voiler nos vertiges. Les livres m’aident, il m’accompagnent. Ce livre a été pour moi une rencontre en tant que telle. Il m’a éclairé. Il vous éclairera, y compris la nuit. J’appelle donc les Bookiners insomniaques et les bookiners esseulés pour deux raisons: 1) une fois commencé, ce bouquin ne se lâche plus 2) si vos insomnies se nourrissent de vos ruminations, vous découvrirez à quel point vous n’êtes pas seuls avec vos pensées, c’est promis. C’est pour cela que nous avons créé Peanut Booker avec Tatiana, pour vous expliquer que la littérature existe pour vous aider à voir plus clair. Ce livre mettra des mots sur ce que vous ne parvenez pas toujours à expliquer. Pourquoi c’est important ? Parce que : 

« Le doute a failli me perdre: j’ai failli m’ensevelir dans la spirale de sa folie. Faites attention avec ça : le doute est un cancer, il se répand invisiblement dans votre corps jusqu’à exterminer vos rêves les plus modestes. »

Si la société actuelle, avec ses violences, ses inégalités, ses attentats est difficile à supporter, n’oubliez jamais que les livres seront toujours là. 

« Garder un lieu dans ma tête, si infime soit-il, un lieu dénué de bruit, d’agitation, un lieu dépourvu de haine. Pour l’instant, les livres me protègent. J’y ai placé ma foi. Mais cette tentation journalière de la haine, cette tentation de succomber à l’amertume et à la vengeance, elle existe, je le sens. Les livres, la pensée, la beauté stupide d’un ciel, le réconfort d’une famille sont tout ce que j’ai trouvé. » 

Autant d’éléments que les terroristes n’avaient pas, eux. Voilà pourquoi ce livre est essentiel. Voilà pourquoi l’Homme ne peut pas se passer de la littérature. C’est de la violence et des guerres qu’elle peut nous protéger, rien de moins. L’épitaphe de ce livre (vous savez, la citation en première page) est une phrase d’Arthur Rimbaud : 

« Je ne sais pas comment en sortir: j’en sortirai pourtant ». 

Je vous laisse méditer sur le sens que vous accorderez à ces mots. Soyez-en sûrs Bookiners, les livres feront de nous, de vous, un monde meilleur. 

Un autre extrait pour la route ? 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Anima | Wajdi Mouawad

Anima | Wajdi Mouawad

Mardi 22 août 2017, 9h30

émoticône dialogue texto sms– Tat, je suis sonnée. Complètement sonnée. Tu avais raison. Tellement raison quoi ! 

– Ahahah ! Je ne sais pas de quoi tu parles, mais avoir raison me va très bien ! Heu sonnée ? Que pasa ? 

– Je suis assommée de beauté, de sublime, j’en perds mes mots, ma voix, mon intellect, ma réalité. Bam. Une gifle. 

– Mais what the hell is going on ? Ce sont les paysages de Sicile qui te donnent le tournis ? 

– Non non là je suis à Arles chez mes parents. Même si je viens tout juste d’être bluffée par deux expos photographiques hallucinantes, je ne te parle pas de cette beauté là, je te parle d’un sublime qui m’habite entièrement, infiniment depuis deux jours. Tu sais, je t’avais promis que je t’enverrai l’article sur le roman Venise n’est pas en Italie, je l’avais noté dans mon emploi du temps, mais quand je me suis mise devant mon ordi sur ma terrasse au soleil, mes yeux regardaient du coin de l’oeil ce roman qui me hurlait de l’ouvrir pour la 14ème fois de la journée. 

– Ahahaha, tu parles d’un livre comme je parle de pépitos !

– Non mais chat, tu ne comprends pas, je ne pense qu’à ce livre. Je n’ai pas dormi la nuit dernière pour le finir, je ne sais pas comment j’ai pu vivre sans lui pendant 24 ans. Je crois que je vais l’emporter partout avec moi et remuer ciel et terre pour rencontrer Wajdi. Ciel et terre. 

– Aaaaaaaah je comprends mieux, tu as fait la connaissance de mon Wadji Mouawad !! Mon dieu je suis trop heureuse que tu l’aimes aussi ! Je te l’avais dit, ce mec c’est un foutage de gueule, un fucking Genius, il sait dire l’indicible, il renouvelle tellement la littérature. On doit le rencontrer, c’est vital !

– Vital. Ok, j’ai une annonce de plus grande importance à te faire honeymoon. Je veux que tu t’assoies, et que tu me dises quand tu es prête. 

– Oh nan c’est chiant, ne me dis pas que tu vas déjà te marier avec Gus ? Attends au moins que je trouve un mec. T’es ma meilleure amie ou pas? 

– Je répète, je veux que tu me dises quand tu es prête. 

– Je suis prête, mais ne me déçois pas !  

– Anima de Wadji Mouawad devient officiellement mon livre préféré. Au monde.

– OMG OMG OMG. Je ne te crois pas, je ne te crois pas. C’est le premier livre qui détrône pêle-même la Belle du Seigneur et Voyage au bout de la Nuit. OMG. Il faut que j’aille courir une heure pour digérer cette nouvelle et me préparer au commentaire que tu vas nous écrire, aux Bookiners et à moi. Je pense que je suis plus émue que quand tu m’annonceras que tu seras enceinte de mon ou ma filleule. WOW. Ne dis rien, je pars courir. 

Pour lire cet article, j’aimerais vous faire écouter cette musique d’Erik Satie que j’aime tant. Elle saura, je l’espère, vous donner un avant-goût de la grandeur de ce livre. 

Gnossienne No.1 – Erik Satie 

Bookiners, je suis encore muette de cette lecture prodigieuse tout juste terminée. Je suis ridiculement petite, ridiculement humaine, ridiculement matérielle face au génie de Wajdi Mouawad. J’en perds mon français, je ne sais plus parler, je ne sais plus écrire. Un vertige m’assaille ces derniers jours, il envahit mes rêves qui montent vers la nuit: quand le silence est si bruyant qu’il vous obsède, quand la littérature est si sublime qu’elle ne se dit pas, quand un homme est si clairvoyant qu’il dit tout, que reste-t-il à dire ? Que reste-t-il à écrire ? 

Croyez-moi Bookiners. Dans Anima, Wajdi Mouawad dit tout. Toute l’humanité, tout le monde animal, toute la nature, il chante la terre entière. Vos introspections, votre enfance, vos racines, vos joies, vos peines, vos espérances, vos fantasmes en sortiront chamboulés. Je ne vous raconterai que des parcelles de ce grand roman long et dense, je marcherai sur des oeufs pour tâcher de ne pas vous déflorer l’indicible et souiller l’au-delà, le chef d’œuvre. Alors mon texte sera un hommage. Courez, volez l’acheter. D’Urgence. Soyez indulgent(es) Bookiners, car mon texte n’a pas la prétention d’arriver à l’ongle du petit orteil de Wajdi Mouawad.

Bookiners qui cherchez une quête de sublime, soyez attentifs tout au long de l’article, les mots de Wajdi Mouawad sauront vous mettre en appétit je vous le promets. 

Mais first things first, ce roman est d’un noir absolu, noir comme l’aile des corbeaux qui observent Wahhch dans sa quête, noir comme le silence qui engloutit son esprit, noir comme le voile qui efface l’enfance et obstrue sa vie. Ce roman commence par un meurtre sordide. Léonie, la femme de Wahhch, est sauvagement assassinée. Elle portait son enfant. Je vous laisse découvrir les détails du crime dans le roman si vous voulez connaître une définition aboutie du mot violence. Malheureux comme les pierres, Wahhch vit avec l’idée qu’en voyant le visage de celui qui a tué sa femme, il pourra se libérer de la culpabilité de ne pas avoir réussi à la sauver. Pour les descriptions et le récit de la poursuite de l’assassin d’un homme en miettes, l’auteur utilise un processus littéraire déroutant et efficace: ce sont les animaux sauvages ou domestiques qui croisent la route du héros qui se relaient pour prendre en charge la narration.

Pourquoi est-ce prodigieux ? Parce que ce regard animal nous offre un détachement rare pour observer les hommes dans toute leur horreur, leur violence, leurs contradictions, leur désespoir aussi. Si les animaux suivent Wahhch, c’est parce qu’ils reconnaissent en lui une part d’eux-mêmes, dans sa souffrance, dans son silence. Bookiners qui cherchez à comprendre le monde qui vous entoure, vous êtes bien là ? Parfait. Ce texte est un bijou pour vous qui souhaitez cerner l’Homme dans sa complexité et ses paradoxes. Car accorder une réflexion et des mots aux bêtes, c’est faire retrouver à l’Homme une humilité dont il manque sérieusement, c’est l’extirper de son ethnocentrisme bâti de sang et de larmes qui dicte le monde.

« Les humains sont seuls. Malgré la pluie, malgré les animaux, malgré les fleuves et les arbres et le ciel et malgré le feu. Les humains restent au seuil. Ils ont reçu la pure verticalité en présent, et pourtant ils vont, leur existence durant, courbés sous un invisible poids. Quelque chose les affaisse. (…) Ils sont absorbés par ce qu’ils ont sous la main, et quand leurs mains sont vides, ils les posent sur leur visage et pleurent. Ils sont comme ça. » 

Les animaux ressentent et dissèquent des désespoirs qui échappent aux hommes. Ils assistent au chagrin palpable de Wahhch, ils vous feront comprendre ce personnage avec un oeil plus attentif, plus sensible. 

« Celui-là, fatigué, épuisé, englouti par l’opacité opaline du chemin, exhale, depuis le centre de son dos, le noir de jais, couleur de la rive et des naufrages, apanage des natures incapables de se départir de leur mémoire et de leur passé. » 

« Quel regard il avait ! Il semblait rechercher la lumière de la réalité pour dissiper les abjectes créatures nées des ténèbres dans l’abandon de son coeur. » 

« Gardant le silence, il m’a laissé le contempler et m’a dévoilé la détresse de son âme dans la défaillance de ses yeux faïencés.» 

Le traumatisme de l’assassinat de sa femme enceinte réveille chez Wahhch le traumatisme de sa vie, de son déracinement, le trou de son enfance, de sa naissance et de son arrachage à son pays et à sa famille pendant la guerre. Le brouillard lui semble d’une épaisseur infinie, son vertige existentiel est indicible. 

Ouvrez grands vos yeux Bookiners écorchés, blessés, traumatisés, Bookiners dont l’esprit déraille car la guérison est dans la quête. Wahhch souffre d’une douleur incommensurable, mais Wahhch cherche, et Wahhch évolue. Et Wahhch finit par amorcer, au détour de sa quête et de son désarroi, le chemin long de sa guérison, de sa propre absolution. Je crois que celui qui ne fait que hurler sa douleur n’en verra jamais le visage tout autant que celui qui s’obstine à la taire. Dans ce roman, chaque cri est suivi par un silence pour faire entendre son écho. C’est son immense force. Wahhch fait de sa douleur un collier qui enchaîne les perles de silence aux perles de ses cris. 

« Il roulait en hurlant, en pleurant, invoquant des noms, des prénoms, des bêtes, oiseaux, insectes, poissons, reptiles, fauves, bovins, frappant contre le volant, rouant de coups sa poitrine, sa tête, son visage, et laissait entendre les cris anciens, tus, avalés, enfoncés au creux de son ventre, ensevelis sous les croûtes défaites de sa mémoire. »

Wahhch hurle et se tait, et Wahhch avance, dans l’urgence de faire battre son coeur vers l’avant, plus vite toujours, plus loin toujours. 

Bookiners déracinésvous qui tentez de recoller les pièces de votre présent et de votre passé, vous qui peinez à avancer, alourdis par le poids de votre histoire, ce livre répondra sûrement à vos vertiges. Pendant tout le roman, Wahhch tente de réapprendre à vivre avec lui-même comme on vivrait avec un inconnu en mille morceaux. Car Wahhch est un déraciné écorché, son passé est troué. Seuls quelques souvenirs lui reviennent de son enfance : né au Liban pendant la guerre, il se souvient avoir été enterré vivant, dans le ventre dévasté de la terre, collé aux cadavres d’animaux. Il se souvient avoir été déterré puis adopté par un étranger. Pourquoi a-t-il survécu? Que faire des fragments éclatés de son histoire? Comment vivre sans connaître sa naissance, ses racines, ses origines ? Comment avancer quand même le cri dans le silence, les hurlements dans le vide ne soulagent plus ? Wahhch cherche des mots à ses maux, à ces silences qui le creusent et le torturent. Il se lance dans une poursuite effrénée pour tenter de rattraper une ombre comme on tente de se rattraper soi-même. Pour cela, il interroge son père adoptif sans relâche. 

«  Qui sont ceux qui ont fait ça, qui étaient mes frères, mes soeurs, leur nombre, leur nom, leur ombre, pourquoi j’ai été épargné, qui m’a épargné, qu’est-ce que tu faisais dans cette hécatombe, cette boucherie, cet abattoir? » 

C’est dans son rapport aux bêtes, à ce putois sur la route, à ce singe domestique, à ce chien sauvage qui le protège et ne le quitte plus que Wahhch aperçoit une lumière à suivre dans la nuit. Quand il s’adresse à ce chien qui est venu à lui, l’homme commence à marcher vers lui-même.

« Il y a un gouffre. Je ne le fuirai plus. Je te le promets. Je ne t’abandonnerai plus, je te le promets. Nous irons ensemble chercher les mots qui manquent. Nous les mettrons côte à côte et nous sortirons enfin de cette fosse dans laquelle on m’a jeté et de laquelle, je le comprends aujourd’hui, je l’ai compris et en te voyant te battre, je ne suis jamais sorti. »

Bookiners insomniaques, vous cherchez à vous occuper en attendant Morphée, ce livre est un cadeau tombé du ciel pour vous, vous ne le lâcherez pas. Peut-être que les plus écorchés d’entre se reconnaîtront, se réconforteront dans les rêves de Wahhch jetés à la flaque noire des insomnies, votre sommeil noyé dans l’eau des chagrins. Si jusqu’à l’aurore, jusqu’au soleil, vous ne trouvez que le vertige de vous-mêmes, sassant et ressassant les tourments et les inquiétudes au carrousel de votre âme, lisez. Lisez Anima. Déchargez l’angoisse qui vous englue, les peurs qui vous apeurent sur Wahhch. Il saura vous épauler, vous guider car il a tout vécu, il a tout souffert. Déplacez votre esprit sur ce guerrier de l’existence, cet archéologue de traumatismes, ce maître des cris et des silences, vous vous sentirez plus légers, je vous le promets. 

Avant de vous laisser partir, je ne peux pas résister à vous lire un passage somptueux d’Anima. 

 

Sachez, Bookiners, que Wajdi Mouawad a dédié 10 ans de sa vie à édifier ce chef-d’oeuvre absolu. Comme Wahhch, lui aussi a certainement dû écouter le silence pour éclore. Et vous apprendrez avec lui que les silences n’ont pas toujours la même texture. Chut. Lisez, écoutez. 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

Helena Rubinstein | Michèle Fitoussi

Helena Rubinstein | Michèle Fitoussi

Dimanche 13 août 2017, 11h00 

émoticône dialogue texto sms– Départ pour le Pays Basque chez avec Gus et son papa ! 9h de train dans ma tronche, devine qui j’emporte avec moi ? 

– Anima de Wadjiii ! 

– Bingo ! Et quoi d’autre ? 

– 45 kilos de fromage de chèvre, 350g de comté, et une botte de Cousteron. Même sans te voir, je sais aussi que tu as caché des bouts de pain dans toutes les poches de ton sac à dos Dora l’exploratrice, juste pour être sûre de ne manquer de rien ! 

– Ce n’est pas parce que mon sac à dos a eu le malheur d’être jaune que c’est un Dora !

– Le vrai problème, on en a déjà discuté, c’est pourquoi tu oses porter un sac à dos ? Dear Santa Claus, can you send me loads of money for Christmas so that I buy a brand new bag to my bestfriend please ?

– #dictator.com – T’es pas censée être au boulot déjà toi déjà? 

– Non, je commence à midi. Du coup avant mon shift, je discute un peu avec ma nouvelle mentore. Je prends note de son courage, de ses moments de désarroi et des bouts de sa vie. Comme des remèdes contre mes jours en détresse, lorsque l’envie de baisser les bras est plus lourde que le désir de réussir. 

– Mais tu l’as trouvée où cette nana, au resto? 

– J’aurais pu ! Je te présente Héléna Rubinstein ! Je connaissais déjà de nom ses cosmétiques, mais sa vie est un autre délire. C’est un manuel de courage, une trajectoire hors-norme anti-fatalité, un guide pour tous ceux qui, comme moi, cherchent désespérément de LinkedIn à Tinder en passant par Facebook, un ou une mentore qui vous apprendra à vous battre et à forcer les portes du destin sans relâche, lorsque tout semble indiquer qu’elles seront fermées à jamais.

– Oh lala ! Tu me parles là ! Pssst pssst, Bookiners, je crois que Peanut Tatiana a une pépite à nous partager et une mentore à nous prêter. Nous t’écoutons honeymoon !

Mes jolis Bookiners fatalistes, Bookiners qui manquez de confiance en vous et enfin Bookiners qui cherchez un mentor, venez ! Oui oui venez tout près de moi, non, pas si près, oui, voilà, comme ça. Respirez. Ready ? Go ! 

Polonaise – Chopin

25 décembre 1872. Pologne. Cracovie. Kazimierz. Bourg juif, orthodoxe et misérable, dans lequel l’antisémitisme sévit encore, parfois. Les rues sont jonchées de débris, d’ordures et d’odeurs. L’hiver, « le froid vous saisit le corps et l’âme, les murs s’effritent sous l’humidité, la grisaille enveloppe la ville d’un halo triste ». C’est là que Chaja Rubinstein naît. Précédant ses huit sœurs cadettes. Elle naît là, dans une famille juive aimante mais pauvre et austère. Ses parents très croyants et pratiquants sont persuadés que le destin d’une femme s’accomplit dans le mariage et la maternité.  Si elle avait cru en la fatalité, Chaja ne serait jamais partie à la conquête de son empire, de sa légende, seule à 24 ans, en direction du Nouveau Monde : l’Australie. Elle aurait croupi là, à Kazimierz, à marmonner que les dés étaient lancés, que de toute façon elle n’était pas bien née. Et pourtant, la fatalité, même son prénom l’a déjouée. Direction l’Australie, Chaja décide de se rebaptiser Helena, Juliet, Rubinstein. 20 ans. L’ascension est en marche.

Bookiners, Helena Rubinstein sera votre mentore, comme elle est devenue la mienne car lire sa biographie, c’est apprendre de ses réussites, de ses erreurs et de son courage. Lire sa vie, c’est y puiser les préceptes de la persévérance. Michèle Fitoussi nous fait part de tout ce qu’elle sait, tout ce qu’elle a cherché, trouvé sur cette femme au destin hors du commun. Et de son destin, et de ses trouvailles, on en apprend sur tout: sur la vie, l’industrie de la beauté, le story-telling, la publicité, les médias, la ténacité, la réussite et l’envers de son décors. 

Je vous vois, Bookiners fatalistes et Bookiners sans confiance, rouler vos yeux, incrédules, en rouspétant dans votre barbe qu’elle a eu de la chance, que ça n’arrive qu’à une personne sur un million, qu’elle était exceptionnelle et que vous ne l’êtes pas… Je vous répondrai fermement mais avec bienveillance que seule une personne sur un million trouve le courage, la confiance et l’audace d’aller côtoyer l’impossible. Seule une personne sur un million décide, sans un sou, de tout quitter: sa famille et sa sécurité psychologique, émotionnelle et géographique afin de saisir son destin à deux mains. Faites le choix du courage et vous serez vous aussi cette personne, j’en suis sûre. Je vous dirai ensuite qu’Helena n’a pas attendu que la chance se présente à elle, un soir, dans son lit, elle a cru en sa chance toutes les fois où celle-ci lui faisait faux bond. Puis elle l’a saisie en regardant le destin droit dans les yeux. Ah, vous faites déjà moins la moue. 

En fait, Bookiners, c’est simple, je crois. La fatalité a le pouvoir qu’on lui donne. 

Bon, reprenons dès le début. Helena naît donc dans ce bourg pauvre de Kazimierz. Elle a soif d’autre chose, mais ne sait pas encore la forme qu’elle prendra. Elle se sent différente. Elle étouffe dans ce monde qui la désespère. Alors elle part. Pour Vienne d’abord, chez sa tante, où elle vendra des manteaux de fourrure. Elle y reste deux ans, mais elle sait. Elle sait que vendre des fourrures n’est pas son destin – il n’est pas celui qu’elle s’est choisi. Alors elle se décide à partir pour l’Australie rejoindre une cousine et un oncle pour quelques temps, avant de reprendre le chemin de sa légende. 107 Whyte Street. C’est l’adresse de cette maison de briques australienne dans laquelle elle habitera et travaillera dans le bazar de son oncle. Son paysage ? « Des moutons, à perte de vue ». Coleraine, c’est l’enfer sur terre. 

« A bientôt 27 ans, elle a tout raté se dit-elle, parfois quand le désespoir la submerge. Elle n’a pas suivi d’études, elle ne s’est pas mariée, elle travaille comme une brute pour gagner le moindre shilling. Son existence est vouée à l’échec. Voilà. Pour autant, pas question de retourner en arrière. Être taxée de lebish, de perdante. Jamais ». 

Echouer n’est pas une option.  Alors, Helena décide de se battre, jusqu’au bout. Vous voyez, elle aussi doutait. D’elle-même, de son destin, de tout. Souvent lorsque l’on manque de confiance en soi, on pense être né avec. On pense qu’il y a ceux remplis de confiance en eux, et les autres. Mais la confiance se cultive. C’est un combat de tous les jours. Se rappeler qu’on vaut quelque chose, se rappeler que la vie ne nous décevra pas, c’est la moitié du chemin, la moitié de la bataille. 

Un soir, Helena a une idée. Sa peau diaphane et laiteuse, toutes les femmes de Coleraine l’apprécient et l’envient. Cette peau, elle la tient de sa famille, bien sûr, mais surtout, elle l’entretient tous les jours avec les pots de crème que sa mère lui a donné avant son départ. Et si ? Et si elle fabriquait elle-même cette crème magique ? Elle décide de quitter le bazar de son oncle pour travailler pour le pharmacien de l’autre bout de la ville, à Sandford. Le jour, elle vend des produits pharmaceutiques, le soir, elle lit les traités scientifiques que lui conseille le pharmacien et prépare des mélanges de crème afin de reproduire celle de sa mère.  

Ah ! Exceptionnelle vous disiez ? Oui, c’est vrai.  Exceptionnelle parce qu’elle ne s’est pas laissé le choix d’être moins que ça. Alors elle travaille. Sans relâche. Et chaque fois qu’elle baisse les bras, qu’elle pense avoir tout raté, elle se rappelle que se battre, c’est le début de la victoire. Alors elle recommence, jour après jour. 

Je sens que vous misez davantage sur l’exception d’Helena que sur sa persévérance. Si je vous disais que ma maman, à 23 ans s’est mise à rêver de devenir notaire ? Et qu’elle n’avait pas le bac? Et qu’elle vivait au Cameroun? Et qu’elle était mannequin? Et qu’on lui riait au nez lorsqu’elle esquissait ses ambitions? Si je terminais cette histoire en vous expliquant qu’à 28 ans elle est arrivée en France, avec les économies que son grand frère lui avait données, et qu’elle a repris ses études? Le bac. Puis la Licence. Puis elle m’a eue. Alors elle a arrêté. Puis à 40 ans, ses trois enfants dans les pattes. Elle a recommencé. Master 1. Puis 2. Et à 45 ans, elle est enfin devenue celle qu’elle s’était rêvée d’être. 

Ah, je vous sens plus attentifs ☺️. Maintenant, Bookiners, je vous demande de miser sur vous, non plus sur cette fatalité qui n’existe que dans votre tête. Et quand parfois vous perdez le sens du pourquoi, l’espoir et l’envie, relisez la biographie d’Helena, elle vous dira à nouveau que rien n’est jamais perdu tant qu’on est encore vivant. 

Bookiners qui voyagez peu, Bookiners qui désirez comprendre ce monde qui vous échappe, je sens que vous vous sentez laissés de côté ! Mais non pas du tout ! Je suis là. Avec cette biographie, vous voyagerez au cœur de la vie fascinante, palpitante et fastueuse de « Madame », de ses 24 ans jusqu’à sa mort, à 93 ans. Ce n’est pas tout, vous partirez de la Pologne jusqu’aux contrées australiennes sauvages et rustiques, en passant par l’éclatante Brisbane, la cosmopolite Sydney dans les années de la libération des femmes dès 1902, lorsqu’elles obtiennent le droit de vote. Ensuite, vous traverserez Londres, l’euphorique, émancipée de ses années d’austérité Victorienne où « le maquillage, les talons hauts, les hanches rembourrées et toutes sortes d’artifices étaient punis par la loi pour sorcellerie ». Ah, et Paris. Le Paris des années folles, les années graves, les années de guerre, entre Coco Chanel, Cocteau, Balmain, Poiret et Schiaparelli. Et enfin, New York, New York ! Le début du 20ème siècle est un siècle bouillonnant dans lequel s’édifient les fondements de notre siècle à nous : la mode devient un pied de nez à l’adversité, la consommation s’envole, la publicité explose, les femmes commencent à s’imposer, en 1909 le pantalon n’est plus illicite en France pour les femmes, Judith Gauthier devient la première femme à l’Académie Goncourt, 35 ans plus tard Hélène Lazaroff lance le magazine ELLE. Bref, avec ce livre vous traverserez les époques et les modes, vous comprendrez davantage sur quoi repose notre culture du beau, notre industrie du luxe, et notre féminisme. 

Je me tais pour de bon. La biographie orchestrée par Michèle Fitoussi est millimétrée, documentée, riche et magistrale. On voit tout, on apprend de tout, on comprend beaucoup de choses. Même les destins extraordinaires ont leur part de tragédie, leur cortège de malheurs et rien ne vous sera épargné, là n’est pas la question. Car si on ne peut pas tout contrôler, tout orchestrer de son destin, il y a bien une chose qui ne tient qu’à nous : se battre jusqu’au bout. 

En avant, marche ! 

Doux baisers doux Bookiners,