Rien ne s’oppose à la nuit | Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit | Delphine de Vigan

27 Mars 2018

15h55, sur un roof top madrilène, cramant de bonheur sous un soleil printanier 

émoticône dialogue texto sms– Honeymoon, je suis officiellement réalisatrice de mini vidéos pour My Little Paris ! Je n’en reviens pas, je suis en larmes de joie !

– Oh mon dieu mon ange, incroyable ! Je suis si fière de toi !! 

– Je suis à la maison là, je danse avec Bonnie ! Elle est si heureuse pour moi, c’est hallucinant comme les chiens sentent tout, je l’emmène au restau pour fêter ça ! 

– Oui, Bookiners, Bonnie est la chienne d’Hélo, et oui, elle l’emmène au restau, et oui, elle la considère comme sa première fille, et non, je ne m’en étonne plus car #petsarethenewkids ! ahahahah, rions, la vie est belle ! 

– Je ne commenterai pas ton cynisme my love ! 

– Ahahahahah ! D’ailleurs, mon ange, dis moi, tu as lu Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan ? 

– Oui, oui, mais il y a longtemps, plus ou moins au moment de sa sortie, je crois. 

– T’avais trouvé ça comment ? Je suis tout juste en train de le terminer, on m’en avait dit tant de bien que dépourvue d’idées de lecture, je m’y suis ruée comme sur une ruche ! 

– Je l’avais apprécié, mais sans davantage de remue ménage au ventre. 

– Mais la forme est étonnante, tu ne trouves pas ? Son roman est assez réflexif, comme une sorte de méta-fiction qui se rapproche de la micro-histoire. Ça m’a tranquillement déroutée. 

– Ah oui, je m’en rappelle ! Mais t’as aimé ? 

– Oui, pas mal du tout. Je vais en parler à nos Bookiners, car ce roman est important, assez vertigineux, je dois dire, mais primordial pour enclencher le processus du pardon envers ses proches, de la cicatrisation des secrets de famille, des fêlures d’enfant, des abysses dont la vie nous parsème.

– Ah, fou ! J’ai hâte de te lire. Bookiners, vous êtes prêts ? 

Lucile est morte hier. Lucile est morte, vivante, au bord de l’abîme qui la poursuivait sans relâche, et dont elle a essayé, le plus longtemps possible, de s’en tenir éloignée. Mais l’abîme abime. Jusqu’à reprendre le dessus sur la vie elle-même. 

Je vous offre, Bookiners, avant Lucile, avant son histoire, ses éclairs et ses fulgurances, avant son drame, le concerto pour clarinette de Mozart, d’une douceur infinie, avec ce quelque chose de bouleversant, cet sorte de souffle chaud que les personnes qu’on aime laissent dans leurs sillages quand la vie décide, sans nous avertir, qu’elles ont fait leur temps. 

Comme promis, voici : 

Concerto pour clarinette, Mozart 

Lucile est morte hier. Depuis des jours. Depuis longtemps. Elle se couchait souvent comme ça, la tête accrochée à son poste de radio, sur le côté, les bras hors des draps du lit. Mais cette fois-ci, différemment des autres fois, Lucile ne respirait plus. Son âme s’était éloignée de son corps, et son corps était bleu, les mains comme tâchées d’encre au dessus des phalanges. 

Lucile est la mère de Delphine, l’auteure et la narratrice. La mère de Delphine et de Manon.  Mère autant qu’elle l’a pu, entre ses affres, ses audaces imprévisibles, ses douleurs, ses errances et ses silences. Une mère autant qu’elle l’a pu, avec sa part d’ombre et ses éclats de lumière. Un mère qui est morte parce qu’elle s’est suicidée. Une mère qui, lors d’un long moment de démence, s’est délestée de ses habits, pour danser nue, le corps peint en blanc, sur le plancher du salon, en tentant, par tous les moyens, de crever les yeux de sa dernière fille Manon avec une aiguille d’acupuncture, afin de l’éloigner de son hallucination du mauvais œil. Nous sommes le 31 janvier 1980. Le précipice se précipite et tout s’effondre dans la vie de Lucile et des enfants qu’elle a mis au monde. 

Comment pardonner à tout ça ? Aux drames, aux traumatismes, à l’indicible, à ses parents pour ce dont ils sont responsables et ce dont ils ne sont pas ? Doux Bookiners, même s’il y a plusieurs réponses possibles à la même question, Delphine de Vigan, nous prête la sienne, le temps d’une lecture, le temps de son récit autobiographique. 

Approchez sur la pointe des pieds, vous Bookiners, pour qui pardonner semble insurmontable et impossible. Et détrompez-vous,  tranquillement. Rien n’est impossible, pour qui sait s’y prendre. Pardonner, c’est capituler face à son passé. C’est accepter ce qu’on ne peut pas changer : l’hier, les autres et les choses. Enfin, c’est embrasser son héritage, pour s’en libérer, le transcender. Mais mon Dieu, je parle trop. Bon, je me tais, Delphine a quelque chose à vous dire : 

« Pendant des années, j’avais eu honte de ma mère devant les autres. Et j’avais eu honte d’avoir honte. Pendant des années, j’avais tenté de fabriquer mes propres gestes, ma propre démarche, de m’éloigner du spectre qu’elle représentait à mes yeux … Je refusais de suivre ses traces… et puis j’ai fini par capituler. »

« Aujourd’hui, je suis capable d’admirer son courage. »

Pardonner, c’est accepter de regarder en face l’ombre et la part de lumière des gens qu’on aime et des blessures qu’ils nous causent. Et c’est ce qu’elle a fait Delphine, désormais votre, notre Delphine. Elle a tenté d’arracher le passé, l’horreur et la mère, aux silences de sa nuit éternelle. Et alors, elle s’est affairée à interroger la mémoire de la famille et des proches de Lucile afin d’ : 

« Approcher la douleur de ma mère, en explorer les contours »

Et : 

« Briser la forteresse du silence, et de l’incompréhension. »

Derrière cette tentative, au sein même de celle-ci, vous voyez Bookiners, le pardon affleure déjà. Ah ! Je vous sens méditer, c’est bien. En attendant que ça décante tout ça, ce flot de paroles et de belles intentions  – je sais, c’est plus facile à dire, qu’à faire, mais je suis en train, moi aussi, au moment où je vous parle, d’amorcer la pardon, « avec mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, oh oh, ce serait le bonheur ! » – j’appelle nos Bookiners traumatisés ! 

Bookiners aux traumatismes saillants, exubérants et/ou encombrants, dans « Rien ne s’oppose à la nuit », vous serez guidés, en catimini, en sobriété, par Delphine et Lucile deux âmes que la vie a refusé d’épargner. A travers leurs récits respectifs enchâssés, et surtout bouleversants, vous saurez qu’on ne guérit jamais tout à fait de ses blessures. On les panse, on les repense, on les porte en nous et on vit avec. Le but réel, c’est de les faire vivre ailleurs que totalement en soi afin de leur survivre. Lucile est devenue, bien après ses méandres, assistante sociale. Elle a dès lors dédiée une partie de ses douleurs, à panser et comprendre celle des autres. Delphine, en devenant écrivain, je crois, s’est hissée hors de l’eau, à la surface des mots et des maux, en esquissant leurs contours et les affres qu’ils lui ont causé, ses maux. S’engouffrer, le plus lentement possible, en glanant, along the way, le plus de moments de bonheur, peut-être qu’elle est là, la réponse à tout ça. Et alors, même si, comme Lucile, vous êtes/vous sentez : 

« Frêle, fragile et brisée »

Rappelez-vous Bookiners, que vous êtes vivants, et que l’air que vous respirez recèle de promesses et de possibilités plus belles, plus grandes, plus joyeuses, plus folles que ce qui a traumatisé une partie de votre existence. 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère, je ne vous oublie pas ! J’ai encore assez de mots pour guérir vos maux ! Ahahahahah ! Et je ne me lasserai jamais au grand jamais de ce joli jeu de mots ! 

C’est à travers l’histoire de Lucile, ou du moins, celle que retrace sa fille, au fil de son regard, de ses souvenirs et surtout de ceux des autres, que la famille de sa mère se dessine et se démêle. Lucile est la 3ème enfant d’une fratrie de 9 enfants, portée par Liane, mère solaire, énergique, souriante et folle amoureuse de George, le père, charismatique, exigeant, ténébreux, séducteur, incestueux, et un brin manipulateur. Cette famille, la famille de Lucile, Liane, George, Manon et Delphine, incarne, pour celle ci : 

« Ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts et le retentissement du désastre. »

Bref, une galère complexe et paradoxale me direz-vous. Et vous auriez raison. Et je vous répondrai aussi que les mots de « galère », « bordel », « gouffre » et « antithèse » – même s’ils sont constitutif de cette entité première et primaire qu’on appelle la famille – ne sont pas nécessairement accolés à ceux de « tragédie  récurrente », « non-dit » ou « catastrophe », si et seulement si, on retient, tant bien que mal, son identité, son individualité du collectif, et de la pression qu’il engendre. Si et seulement si, on utilise la parole comme une arme, une limite, un rempart pour faire savoir au collectif qui on est, qui on désire devenir, ce qu’on tolère, ce qu’on aime ou qu’on désavoue. Je suis, Bookiners, si vous ne l’avez pas encore tout à fait remarqué, une fervente partisane de la communication et de ses bienfaits libérateurs et fédérateurs. Et je pense, mais je ne suis pas sûre, que parler, en société, en famille – qui est d’ailleurs, sa première occurrence – ou ailleurs – s’il existe – permet de s’affirmer, de digérer, de donner, et surtout de ne pas se laisser aliéner par les volitions, les actes et les mots des autres. Je reviendrai sur ces points un jour, en début de revue, lorsque votre concentration sera encore à son maximum, car j’ai énormément de choses à vous dire à ce sujet – pour changer ! Mais je crois, je crois que si Lucile avait parlé plus tôt, de l’inceste, du viol, si George et Liane avait discuté avec leurs enfants de la mort accidentelle de leur frère Antonin, puis de leur frère Jean-Marc, alors, peut-être, je dis bien peut-être, que la vie aurait été plus clémente avec eux car la parole aurait expulsé les rancoeurs, les incompréhensions, les morceaux trop saillants et impulsifs de la douleur, les sentiments d’injustices et la malédiction. Je ne suis ni Dieu ni Déesse, mais je suis persuadée que si la parole est une arme à double-tranchant, c’est une arme salvatrice pour qui désire ne pas se dérober à elle. 

C’est peut-être, enfin, ce qu’a compris Delphine, et la ribambelle d’écrivains qui la précèdent, l’entourent et la succèdent. Alors imitons les, suivons leur trace et hissons-nous, comme eux, au dessus des brouillards afin d’ouvrir la voie des lendemains radieux. Ceux gorgés de soleil. Oui, ceux-là. Les seuls que nous méritons réellement de vivre. 

Je vous laisse mes amours de Bookiners, le soleil de Madrid m’attend pour se coucher, et il est déjà 19h30. Oui, oui, ca prend du temps de vous écrire. 

Parce que vous le valez bien ! 😉 

Doux baisers, 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

 Dimanche 28 Janvier, 14h42  au bout du rouleau à la gare de Lyon Perrache. Train en direction de Barcelone raté. Deux valises, un sac à main et un clavier piano pour bagages. #nervousbreakdownbonjour

émoticône dialogue texto sms– Le tirage au sort pour « Les Déraisons » vient tout juste d’avoir lieu mon ange, et l’heureuse gagnante est une Bookineuse fan de mots ! Je suis trop heureuse ! J’ai hâte qu’elle jubile de plaisir en lisant ce roman que j’aime tant ! 

– Pause mon chat, je suis au bout de ma vie, je viens de rater mon changement pour Barcelone et les agents de la SNCF se foutent de ma gueule au lieu de m’aider à trouver une solution. Je crois que je suis au bord de la crise de nerfs et le mot est faible. Rien que de penser à comment je vais l’expliquer à mes parents j’ai envie de sauter sur les rails. 

– OK. Respire. 1, 2, 3. Écarte toi des rails surtout, pas de faux mouvements, et va au Relay te prendre des Dragibus, des popcorns et des Pépitos. Aujourd’hui, c’est permis. Tout est permis, sauf de mourir. 

– Non je ne peux pas mon chat, j’ai une grosse valise bleue de 1,50m de hauteur, une mini valise rose où j’ai tous mes livres à lire du mois, un sac à main avec mon ordi, mes cours, mes billets de train que j’ai raté, un sac de voyage et mon clavier piano. Je trimballe tout ça seule avec moi donc chaque déplacement est un voyage de guerre. Les gens, au lieu de me proposer de l’aide, me dévisagent comme si je m’étais teint les cheveux en bleu et que j’avais des crottes de nez à la place du visage. Les français me dépassent, je t’assure. L’homme de ma vie sera madrilène et s’appellera Javier. J’ai hâte de me marier ! 

– Que fait-on de Benji Biolay ? 

– Écoute mon ange, Benji Biolay est encore fou d’amour de Chiara Panzani Mastroianni et je t’avouerais que mon seul rêve c’est d’être chanteuse, pas d’être la 7ème roue du carrosse. À 24 ans, c’est trop tôt ! Regarde son nouveau clip « Encore » qui vient de sortir sur Youtube. Tu comprendras de quoi je parle. Le mec est carrément en train de mimer ses ébats amoureux avec son ex-femme. Je n’ai aucune chance. 

– Ahahahahah !  Va pour Javier ! Ça me convient ! Alors pour ton train, que vas- tu faire ? 

– À part que je viens de perdre 150euros et que j’ai envie de me pendre, ça va. Résultat des courses, je vais prendre un bus de Lyon à Barcelone et ensuite le train en direction de Madrid. J’en ai pour littéralement 15h donc c’est un peu l’angoisse mais ça aurait pu être pire. Ce qui me déprime vraiment c’est que j’ai beau prendre en âge, je fais encore et toujours les mêmes erreurs, et je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec mon étourderie et mon inconséquence toute une vie entière. Je ne me supporte plus. 

– Ok honeymoon, prends un livre sympa et ludique et respire. Ça va aller. 

– Okok, t’as raison, a tutti mon ange. Et Merci. 

Dimanche 28 Janvier, 19h30

Bonsoir doux Bookiners. J’espère que votre dimanche était plus relaxant que le mien. Les montagnes russes indésirables, ça a ce quelque chose de pénible tout de même. Je viens tout juste de finir un roman léger et agréable comme une série. Vous souligner qu’il m’a apaisée lorsque j’étais sur les rivages de la syncope n’est pas peu dire. Ce roman que je vous présente sous peu n’est pas un grand roman de littérature avec des phrases envolées qui côtoient le sublime. Cependant, il fait sourire, il ravive l’enfant qui est en nous, et allume quelques étoiles dans le ventre. De douceur. Un peu comme un soap opéra qu’on regarde goulûment avec des popcorns et de l’excitation. Voilà. Il est comme ça ce Comment papa est devenu danseuse étoile, pétillant et rocambolesque comme l’enfance!  Et pour moi qui ne veut pas grandir, c’est une aubaine !  Si vous désirez déjà faire voler ce roman jusqu’à chez vous cliquez sur la couverture du livre juste en-dessous et vous pourrez le commander aussi rapidement que l’éclair. 

Bon. Venons-en aux maux ! Mais avant, Tada :

Take the A Train – Duke Ellington

Bookiners qui vous sentez seuls et/ou en mal de tendresse direction les Minchielli ! Dans cette famille au caractère bien trempé, vous peuplerez votre solitude de visages et d’histoires dont vous vous sentirez proches, entre la belle adolescente de 15 ans, Sarah qui dialogue avec ses écouteurs, le petit Paul de 13 ans qui vous regardera avec curiosité et tendresse, et puis la mère, au bord des nerfs, et puis le père, au bord du gouffre, et puis la grand-mère bavarde, nostalgique, solaire et incisive, et puis la vie qui se déroulera devant vous comme un parchemin de jolies péripéties. Oui, vous ne serez plus seul(e) car vous trouverez chez les Minchielli, une famille adoptive. Celle qu’on aime de tout son cœur et qui nous excède parfois un peu, justement parce qu’on l’aime. Et dans cette famille franco-italo-russe dans laquelle ce roman vous fera atterrir, la tendresse, vous l’aurez à toutes les sauces, de toutes les couleurs et de chaque hémisphère. Profitez, cela durera 216 pages ! Bon, je vous les présente ?

Dans la famille Minchielli, voici le petit Paul, narrateur adorable et attendrissant de 13 ans. Il vous accompagnera dans les sillons de toute sa drôle de famille avec toute la bienveillance et l’esprit dont il sait faire preuve. Paul, c’est un garçon déroutant, il a trois passions saisissantes : il adore compter, les arrêts de métro, ses pas dans la rue, l’écart entre les passages piétons, les boutons de chemises ; il est fou d’échecs auxquels il joue seul ou accompagné, puis enfin, il note tout : les visages, les mouvements, les sentiments, la vie. Sinon, il adore sa grand-mère, Maria. Une ancienne danseuse étoile russe du Bolchoï qui a tout quitté par amour pour un danseur étoile italien, Luigi Minchielli. Luigi qui s’enfuira lorsqu’il apprendra qu’elle est enceinte de leur fils. Luigi qu’elle aimera à la folie. Luigi dont elle a conservé tous les souvenirs, tout le bonheur. Luigi dont elle parle sans arrêt pour tuer son absence, tuer son aigreur et ne garder que le soleil de leur amour et l’espoir de son retour. Et puis Lucien, le fils qui a grandi sans père, Lucien qui n’a pensé qu’à ça avoir un vrai père, qui s’endormait en priant qu’il revienne, qui s’endormait vite comme l’éclair pour se retrouver avec lui dans les sillages de ses rêves. Lucien dont la maman ressassait l’existence et l’amour d’un père absent. Lucien et sa béance, orphelin d’un père qui a choisi de partir. Je vous laisse lire les mots de Lucien à son père, je vous laisse sa parole exprimer sa douleur, et peut-être un peu de la vôtre : 

« Toute ma vie papa, toute ma vie j’ai rêvé de te retrouver. Je n’ai pensé qu’à ça. Jour et nuit. Et quand j’étais petit, maman me lisait une histoire le soir, et moi, je n’avais qu’une hâte, c’était de m’endormir vite, vite, vite, et d’être avec toi, dans mes rêves. Et puis le matin, je me réveillais et j’étais toujours seul. Seul.»

Il y en a d’autres des personnages, des caractères survoltés de votre nouvelle famille mais je vous laisse les découvrir patiemment. Et les chérir d’avance. 

Mais voilà, que fait-on quand sa famille est mutilée? Quand son père décide de partir en Argentine pour vivre un amour frivole sans penser à ceux qui restent désemparés et détruits ? 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère et un grand bordel, je vous laisse faire connaissance avec une autre famille qui vous ressemblera de près ou de loin, et qui vous fera comprendre, puis accepter les mystères, les silences et les mensonges de la vôtre. On ne sait jamais tout d’une personne. On ne sait jamais tout d’un départ, d’une pulsion, d’une tragédie. Et c’est peut-être pour ça, que votre étrange famille, il faut accepter de ne pas la comprendre intégralement, pour la comprendre enfin. Vous savez, c’est comme lorsque l’on se trouve face à un tableau désordonné, dont on accepte l’apparente inconsistance. Et que, par cette acceptation, au delà de la résignation et bien plus proche de la résilience, on finit enfin par comprendre ce tableau, son bordel, son trop-plein et ses non-dits car on les fait siens. Et c’est alors qu’on pardonne, car on accepte enfin l’inacceptable et l’inéluctable, l’inexplicable, le côté « tiens, prends ça dans ta gueule » de la vie. 

Alors, Bookiners pour qui pardonner est une drôle d’injonction, essayez d’accepter davantage de ne pas tout comprendre mais d’accepter quand même. Faites-le au moins pour vous seul. Il faut être égoïste parfois, pour avancer. 

Je ne vous dévoile pas tout alors je me tais bientôt, mais avant ça, je voulais vous dire que Lucien, vous savez le père de Paul et Sarah, et bien Lucien se retrouve au chômage du jour au lendemain. Licencié d’une société d’imprimerie dans laquelle il a gravi les échelons pas à pas. Et puis un jour, plus rien. Néant. Carton. Lettre d’Adieu. Silence. 1 an, 3 mois et 18 jours allongé devant la télé, avachi comme un coussin dégonflé, Lucien est immobile et apathique. Une larve paternelle. Et puis un jour, il décide, comme ça, pour rien – ou plutôt pour tout, mais je me tais – il décide de ressusciter et d’aller courir, tous les matins, comme un forcené. Puis il décide se mettre à la danse classique. Il décide de réaliser son rêve, celui de l’enfant qui a attendu toute sa vie, ou bien celui de l’adulte qui décide de reprendre les rennes de son héritage génétique et d’honorer enfin et son père et sa mère, en dansant comme une étoile. Vous savez enfin le pourquoi du comment de ce titre fantasque. 

Je m’en vais, en vous précisant enfin, Bookiners que ce roman vous fera sourire, oui, vous, Bookiners avares en contorsions buccales et en doux rires tendres, car il a ce quelque chose de cocasse et rocambolesque. Et j’ai souri comme une enfant, avec mes trois valises, mes Haribos, mes popcorns et mon piano, dans la gare de Lyon Perrache sur une chaise caca d’oie, en face des toilettes et des portes courant-d’air au froid indécent. Et j’ai souri et j’allais mieux. Et vous aussi, vous irez mieux. Et c’est comme ça, et c’est tant mieux. Et je m’en vais pour de bon. Mon bus pour Barcelone vient d’arriver, il est 21h15 piles et j’ai 15h de trajet qui m’attendent, mais je suis vivante, et vous aussi. 

Allez, dansons !

Doux baisers des étoiles, 

PS : si vous désirez commander ce joli roman feel good, go ahead, c’est juste en dessous ! Hourra ! 

 

Ma mère avait raison | Alexandre Jardin

Ma mère avait raison | Alexandre Jardin

Lundi 8 Janvier 2018, 10h du matin 

émoticône dialogue texto sms– Honey, j’ai rêvé de toi cette nuit !! T’étais radieuse et amoureuse !

– Ah ouais ? Mais de qui ? D’Alex Jard, de Benjamin Biolay ou de Grégoire Delacourt ? 

– Un peu des trois ! Ahaha ! Non, je plaisante ! Je ne suis plus certaine de mon rêve mais tu étais heureuse comme une étoile. Peut-être que t’étais enfin chanteuse. Oui, c’est ça, tu vendais pleins de disques ! 

– OMG. Stop ! Best dream EVER. Bon pour tout te dire, hier soir, j’ai passé ma soirée à faire des chocapics ! C’était dingo, Pénélope est ravie, je te jure, c’est limite si elle ne ferait pas une virée shopping pour l’occasion. Chop chop ! Body Minute, je reviens !

– Hahahah ! Tu me tues ! Bookiners, en langage décrypté ça veut dire que Tatiana s’est adonné au sport de chambre. Je les sens d’ici tes hormones. #serotonineetoestrogènes, enchantée ! D’ailleurs, Bookiners, pour ceux qui ne sont pas encore aux faits des nombreuses lubies de Tat, « Pénélope » est le nom de baptême de son vagin. N’en parlons plus. J’ajouterai simplement que j’ai participé à ce baptême haut en couleurs et qu’il y a avait même une cérémonie avec du Nutella et d’autres sucreries faibles en calories. C’était davantage un baptème culinaire qu’un baptème religieux, mais on a quand même remercié Dieu à la fin. Car sans lui, je n’aurais peut-être pas eu la même meilleure amie. Et alors j’aurais moins ri ! 

– Hélo, tu serais gentille de ne pas me faire passer pour une détraquée devant nos Bookiners, ou du moins, pas si vite! Après, ils ne suivront plus mes conseils. Bookiners, je vous jure que tout est presque faux.  

– Ah pardon. Oui oui, t’as raison. Solennellement, je vous avoue, Bookiners, que j’ai menti. Enfin, non, pas vraiment, mais tout ne s’est pas exactement passé comme ça. Enfin pas dans cet ordre. Enfin j’en sais rien, c’est de la faute à Cardinal Seroplex, mon antidépresseur, il me joue souvent des tours, peut-être. 

– Vite fait le camouflage, mais enfin bon, ça ira pour aujourd’hui. 

– En parlant d’Alexandre Jardin (Tat l’appelle Alex Jar. En ce moment, je vous préviens, elle coupe tous les mots) tu écris quand la revue de son doux bijou d’audace « Ma mère avait raison » ? 

– Hmm, comment te dire. Pour MMAR, je ne suis pas sereine. Ça fait 25 jours que je retarde l’échéance, mais je m’étais dit que TODAY was the day, parce que nos Bookiners doivent avoir ce roman-caractère, ce roman-vital entre leurs mains pour démarrer 2018 avec Panache, à cœurs ouverts, à cœurs brûlants ! 

– Mais alors GO !! Qu’attends-tu ? 

– Toucher le soleil du bout des doigts, ça brûle mon ange, c’est comme se confronter à la vérité : ça fout le bordel dans notre nid douillet d’ignorance et de semi-sommeil. 

–  ? 

– Ce que je voulais dire autour de mon analogie douteuse, c’est qu’il est bien mignon Alex Jar avec sa gueule d’ange mal réveillé de nous emmener sur les cimes de la vie, par delà les peurs, par dessus les marées, par dedans les abîmes, dans tous leurs recoins et sur tous leurs sillons ; sans nous prévenir que c’est un aller sans retour vers l’imprudence et l’impossible : vers la vie vertige qui vibre et brûle comme un soleil. Lire Fanou Sauvage c’est ne plus jamais se rassasier de vivre et d’aimer. Comme un impératif moral et catégorique. Déjà que j’ai toujours faim… ça ne va pas s’arranger cette histoire.  Et puis, si tu veux que je te dise la vérité vraie, Fanou ressemble étrangement à maman, et de la même façon, je me sens assez proche de la personnalité d’Alexandre. Tu sais sa joie d’enfant, son côté émerveillé voire illuminé. Et puis ce vorace de vivre, de tout vivre, de tout palper. C’est très troublant cette histoire. Attends, je te montre : « Fanou, ta passion pour moi ne s’est jamais traduite par une affection inconditionnelle mais a pris la forme la plus élevée, celle de l’exigence ».  

– Ahahahahaha ! Ah oui. Je comprends. C’est vrai qu’on dirait Yvette, Fanou. Et puis t’as raison, avec MMAR, j’ai eu les mêmes effrois. Vivre plus grand que soi ce n’est pas rassurant. 

– Mais en même temps, ne pas vivre fou et ne pas aimer follement, c’est comme un outrage. Une faute impardonnable. C’est bien là le pire, c’est que ce qu’il dit est tellement vrai, l’Alexandre, il a raison ! Enfin, pas lui, sa mère, Fanou Sauvage. Enfin, les deux !

– #PREACH

– Ça me donne envie de prendre des lances et de crier à tue-tête jusqu’à la nuit des temps, « j’irai au bout de mes Rêves, vivrai au bout de ma Vie, aimerai plus loin que l’Amour. »  Oh mon dieu, vertiges encore. 

– Ahahahaha ! Ma schizo d’amour. Ok. J’arrive avec les lances. En avant, marche ! On ne se dérobe plus. Fini les excuses. Prenons la vie d’assaut avec Fanou Sauvage, je te suis ! 

– Bookiners, Venez ! Prenons la vie par ses cornes et le cœur par son pouls. Tadam Tadam. Ready ? Steady ? Go.

Jeudi 11 Janvier, 2018, 15h30

Avant de vous assaillir avec ma logorrhée enivrée sur « MMAR », tenez, cadeau musical !  

Bolero – Maurice Ravel 

Je trouve qu’il ressemble à Fanou ce morceau de Ravel, il est enlevé, précis, impétueux comme une marche nuptiale et militaire, et il virevolte, il virevolte au dessus de la vie, parce qu’il la prend dans ses bras. Comme Fanou je crois. 

Si vous savez compter Bookiners, vous calculerez que cela fait 29 jours exactement que je retarde l’écriture de la revue de ce roman-d’amour-et-d’audace d’Alexandre Jardin. On se dérobe souvent face à l’impossible. Mais j’ai décidé de grandir, je viens de faire les soldes de sous-vêtements étoiles et de chaussettes à paillettes : je me sens comme neuve. Prête à vous décortiquer Fanou, la muse incisive exigeante et polyhandre et la mère-mentor qu’Alex Jard nous prête le temps d’un roman, et, dès lors, le temps de notre vie à tous. Il va sûrement falloir que vous en fassiez votre livre de chevet, car il –le roman- et elle –notre Fanou- vaccinent contre la peur de vivre, dès la première page. 

J’appelle nos Bookiners en mal de voyage et en manque de sous, chaussez les souliers qui vous font du bien, et mettez vous tout nus, nous partons en vadrouille ! Ah. Je vous entends déjà penser tout bas « nous sommes le 11 Janvier, Noël a dilapidé votre compte en banque, les soldes vous font la danse du ventre pour que vous leur succombiez et les vacances au ski s’annoncent à grands pas, pistes bleues, rouges, noires et quelques bières-frites en haut des pistes, mais vous n’avez plus d’argent. Et moi, gentille comme une fleur, je vous propose de vous foutre à poil, et de partir en voyage.» Et ? Frileux comme vous êtes vous me répondez que si c’est trop cher, on ne pourra pas faire affaire. Et là je m’exalte de rire. Doux Bookiners, vous êtes mignons. Dans ce voyage, il n’y aura rien à débourser, si ce n’est, le prix d’un beau roman. Mais c’est tout. Pas de fausses surprises.

Oui, je vous emmène au bout de vous-mêmes, sur l’autre versant de votre être, celui qui ose grand, celui qui vit bruyant dans les vacarmes du vent et s’initie à l’impossible. Je vous invite à voyager au cœur de vos entrailles, afin de vous éclore et vous déployer comme les fleurs extraordinaires que vous êtes. Voilà, c’est dit ! 

Ce séjour en vous-même sera l’opportunité de vous connaître, d’identifier qui vous êtes, dans vos contradictions et vos discordances. Dans vos failles et vos fêlures. Vous êtes, nous sommes, des êtres pluriels et polymorphes, et Fanou, relayée par Alexandre, nous le rappellent et le répètent pour mieux nous le faire entendre car : 

« On ne trouve son âme qu’en ne fréquentant assidûment ses failles » 

 Et vous verrez, vous saurez après cette introspection qu’

« Il est déraisonnable de ne pas être soi, sinon l’existence n’est plus qu’un rendez-vous raté avec soi.»

Oui, vous verrez, vous saurez après ce voyage détonnant que 

« Vivre ce n’est pas finir de naître. »

« Ce n’est pas bégayer sans cesse qui l’on croit être, c’est devenir qui l’on est. » 

Je crois qu’avant de voyager en d’autres et vers d’autres contrées, il faut d’abord voyager en soi, s’explorer pour s’assumer, et devenir qui l’on est. S’explorer pour : 

« Ne plus jamais être apeurés d’être. »

Tous ces mantras d’une impitoyable exigence et d’une implacable justesse, Alexandre les a hérité de sa mère-mentor Fanou, et s’il nous la prête, c’est qu’il nous aime assez pour nous la partager. S’il nous la prête, c’est qu’il l’a assez écoutée et comprise pour appliquer l’une de ses convictions les plus intimes qu’aimer n’est pas posséder. 

Alors voilà Bookiners, vous venez tout juste de gagner un Mentor de choc, allumée de beauté, chatoyante, solaire et folle comme on aime. « Une affamée de vertiges » et de questions, impétueuse, tempêtueuse, impérieuse et silencieuse. Et quand elle ne vous sonde pas du regard, elle effrite vos certitudes, avec des mots justes et lapidaires, et quelques actes qui prennent un sens inouï pour ceux qui se mettent à son diapason.

Parler de Fanou me donne la boule au cœur et les larmes au ventre. Alexandre vous transmettra son amour immense pour sa mère et son admiration sans bornes, légitime. Vous aimerez Fanou comme si c’était la vôtre, et vous rendrez grâce au ciel d’avoir eu la chance de croiser sa route à l’ombre de ces pages écrites par son fils. 

Avec Fanou, vous rirez, avec Fanou, vous apprendrez à 

« Ne plus vivotez sur un demi-poumon. »

Elle vous demandera d’être plus haut que vous mêmes, de transcender vos petites existences et votre petitesse pour vous initier à l’impossible. Et vous l’écouterez palpitant d’admiration et transi de vertiges. Et ensuite, vous la remercierez chaleureusement, car avec elle, vous aurez toujours à cœur d’être :

« Au maximum de votre possibilité d’être. »

Oui, oui, je suis bien en train de dire ce que je vous dis, vous risquez tranquillement de devenir un zèbre Jardin ou un zèbre Sauvage. 

Fanou vous apprendra aussi, dans le plus grand des calmes, à vous faufiler d’entre les mains de violeurs fous. Elle vous expliquera

« qu’un jour, dans un parking parisien, un homme a surgi pour la violer avec entrain. Elle l’a arrêté d’une phrase sèche en disant : – Nous n’allons pas faire ça ici, debout, dans le froid. Nous serons mieux chez moi dans un lit. Allez, venez. Puis le violeur s’est laissé emmené en pleine rue, avant que Fanou ne hurle à tue-tête et que le violeur ne décampe.»

Elle brûlera peut-être vos manuscrits si elle pense qu’ils n’émanent pas de vous-même, de votre essence propre. Enfin, elle balancera à la poubelle vos réticences, vos peurs, votre idée de la mesure, votre tendance à la médiocrité, votre sagesse, la frousse et les jugements, afin de vous donner accès à vos abîmes et de prendre vos folies autour de votre cou le temps d’une valse éternelle avec la vie et l’amour.

« Il faut aimer à tout prix, vous dira-t-elle, car c’est la seule chose belle et véritable.» 

Alors vous aimerez. A la folie. Passionnément. 

Il va sans dire qu’avoir Fanou comme Mentor, c’est quelque chose, mais alors, l’avoir en mère, ça déménage. Et si, exister intégralement était se passer de justifications ? Et si, se passer de justifications était une invitation impérieuse à aimer sans concession, à accepter l’autre sans questions ? 

Bookiners pour qui la famille est une galère sans fin, je crois qu’Alexandre a trouvé la solution à vos turpitudes familiales. L’entière acceptation. Fanou est comme ça, et c’est « comme ça » que son fils l’accepte, avec ses failles et ses fêlures, ses folies et son fiel, ses multiples vies et sa violence. Parce que par delà tout-ça, il y a l’amour indélébile, celui qui accepte totalement. Comme diraient nos amis insulaires de l’autre côté de la Manche : JUST EMBRACE IT. En lisant cette Ode à Fanou vous verrez qu’on survit de la folie de ses parents. Pire : on en redemande ! Alors vivez-les, acceptez-les, aimez-les tant qu’ils sont vivants. 

Si je vous disais que c’est l’un des romans d’amour les plus touchants et les plus tendres que j’ai lu, Bookiners, vous ne me croirez pas. Alors lisez-le, lisez-le et vous surprendrez la tendresse se glisser sous vos draps, et vos cœurs, sanglotant d’amour. Dans ce roman, Alexandre redevient l’enfant qui ne l’a jamais quitté. Il caresse de ses petites mains les souvenirs qui l’habitent, les douleurs qui l’ont remué, et les moments multicolores passés aux côtés de Fanou. C’est une lettre d’amour et une lettre d’adieu, comme si célébrer sa maman avant qu’elle ne s’éteigne signifiait la raviver à jamais dans son cœur, et celui de tous les autres, nous autres. J’espère que vous êtes prêts à vaciller, Alex Jar a surpassé Jacques Brel en une phrase :  

« Puisque tu pars, je ne te quitte pas. »

Ça, c’est fait. 

De toute façon Fanou restera vivante pour toujours car il « y a quelque chose de l’éternité dans son présent » dans ses conseils, dans sa sagesse. Et puis, et ce n’est pas moi qui le dit, 

« Les existences qui ont fait grand bruit ne s’éteignent pas dans le silence des cimetières. » 

Je m’en vais pleurer un coup car je suis encore un peu bouleversée par ce roman alors que je l’ai lu il y a 2 mois, et  je vous assure que je ne suis pas une madeleine. Je n’ai presque pas pleuré devant « Titanic ». Parole de Peanut !

Avant de m’en aller sur les cimes de mon être – car oui, je suis les conseils que je vous donne Bookiners, surtout en Janvier je voulais simplement dire au Bookiners qui ne croient plus en l’amour qu’il va falloir vous arranger pour y croire encore. Ceux qui vous ont déçu sont ceux qui étaient indignes de votre amour, ce n’est pas l’Amour qui est indigne d’être vécu, car il n’y a rien de plus beau, de plus fou, de plus vivant que l’Amour. Et comme ce qui est beau, fou et vivant, il n’y a rien de plus méconnu, simplifié, galvaudé que l’Amour. Fanou en bonne mentore qu’elle est, vous remettra les pendules à l’heure sur ce qu’est l’Amour en capitales. 

Je reste au chaud dans mes larmes et je vous encourage à prendre un vol vers votre moi intérieur avec dans votre poche Ma mère avait raison, ce bijou de tendresse, de justesse, d’audace et d’amour ; ce compagnon de vie. 

Vivons grands, Soyons Grandioses, et Aimons à bout de souffle car la vie ne mérite rien de moins. Attention, Fanou vous, nous regarde en silence. Allez, Oust, « Fini les temps timides » ! 

Baisers brûlants, 

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Imago | Cyril Dion

Imago | Cyril Dion

Mardi 21 novembre 2017, 17h09

 émoticône dialogue texto sms– Bébé, tu as regardé l’émission On n’est pas couché de cette semaine ? 

– Ouiii, avec Carla Bruni et Camélia Jordana ! Tu sais que maman est fascinée par Carla Bruni ? Elle est obsédée par cette femme !

– Ça ne m’étonne pas pour Carla,  cette femme est hypnotisante. Moi j’aime sa sagesse, ses phrases. Elle réfléchit tous ses mots avant de les prononcer, c’est apaisant. Elle est sereine et ça fait du bien, on ne voit presque que des interviewés névrosés d’habitude…

– Oui enfin Carla a du être bien névrosée dans sa vie, elle le dit d’ailleurs, elle a fait une psychothérapie pour se débarrasser de ses névroses. Je pense qu’on en a tous des névroses, c’est juste que certains en ont plus que d’autres 😂

– Oui genre Yann Moix il faudrait peut-être qu’il foute un peu la paix à son cerveau et aux cerveaux des autres 😂 ! Il y a trop de mots dans ses phrases alors qu’il dit des choses simples, ça me fatigue cette masturbation intellectuelle.

– Exactement ! Pour moi c’est un frustré cultivé Yann, il s’imagine avoir toujours raison car il cite ce qui arrange son raisonnement or parfois ça n’a pas de sens. Ça me donne envie de m’évanouir. 

– Bon je suppose que tu as donc vu le débat de Yann Moix et Aymeric Caron sur son bouquin ?

– Oui oui, je me suis d’ailleurs évanouie 😂

– Moi je ne défends ni l’un ni l’autre mais je reproche à Yann Moix de chercher des détails absurdes pour, par principe, être en contradiction avec l’invité. Parfois ça donne des conversations lunaires et c’était le cas là avec Caron, quand il joue avec des virgules pour expliquer qu’il n’a rien compris à la création d’Israël et que, par conséquent, il prend tout ça à la légère. Et c’est grave parce qu’il fait dire à Caron ce qu’il n’a pas dit, et c’est peut-être le discours de Moix que vont retenir les téléspectateurs. 

– Oui en vrai c’est grave de faire passer quelqu’un pour ce qu’il n’est pas au nom de ton interprétation forcée et alambiquée. Ça me rend hystérique quand les gens essaient de s’approprier ce que je suis. 

– Je sais bien. Et sur ce genre de sujet ultra épineux (Palestine-Israël), t’imagines les conséquences pour Caron ? Bref, j’y pense parce que je viens justement de lire un roman très puissant sur le conflit Israëlo-palestinien, et je trouve que la fiction est un sacré bon médium pour comprendre, de manière neutre et dénuée de toute passion politique, ce qui se passe là-bas. 

– Ah ouais ? C’est quoi ce livre, c’est récent ? 

– Oui c’est un bouquin de la rentrée littéraire, il s’appelle Imago, c’est Cyril Dion qui l’a écrit, tu sais il a réalisé et écrit le documentaire    « Demain » avec Mélanie Laurent qui avait eu un César. 

– Ah ouii je vois! Tu penses que ça pourrait plaire à nos Bookiners ? 

– Non seulement ça va leur plaire, mais je crois surtout que ce livre va leur être utile. 

– Okay attend attend, je vais chercher mes pop corn et je t’écoute. Vous êtes prêts Bookiners ? Go babe ! 

Black piano – Arnaud Rollat 

Je vous propose de lire ce roman, Bookiners qui cherchez à mieux comprendre le monde qui vous entoure, car Cyril Dion nous offre quelques clés de compréhension des colères qui transforment notre terre en un vaste terrain de guerre. Oui, rien que ça. Mais ne vous faites pas d’illusion, les livres les plus beaux sont souvent les plus tristes, parce qu’il dépeignent la réalité dans toute sa violence nue, crue, écorchée. A la lecture d’Imago, vous serez traversés par des émotions puissantes, bouleversantes. Brutal et poétique, tragique et utile, le livre interroge les identités plurielles, la recherche de soi, l’acceptation de l’autre. De Rafah, dans la bande de Gaza, jusqu’à Paris, les récits de vies s’entrecroisent, les destins se brisent, et nos yeux s’écarquillent. 

Je ne vous cache pas ma difficulté à vous raconter l’histoire du roman, car c’est au fil des pages que l’on comprend les liens entre les personnages que je ne saurais vous dévoiler en amont (je vous connais Bookiners, vous détestez être spoilés). Voilà donc ce que je peux vous dire en marchant sur des oeufs (et en ne vous parlant seulement que de quelques personnages):

Ce roman raconte déjà une immense colère : celle de Khalil, un jeune palestinien habité par une violence qui dépasse tout: son amour pour sa famille, son instinct de survie, sa jeunesse. Khalil est prêt à donner sa vie pour venger son peuple opprimé: 

« Pour toujours il les haïssait. Les israéliens. Les Français. Les Occidentaux en général. Tous ceux qui finançaient, entretenaient la guerre contre son peuple. Il aurait voulu les broyer, les dévorer sur place. La haine pourrissait ses pensées, ses entrailles, elle dévalait le long de ses muscles, de ses doigts. Sans pouvoir s’arrêter, il tournait en rond dans le camp dévasté, ne sachant comment se débarrasser de toute cette violence qui l’agitait. » 

C’est en se lançant à sa poursuite en France pour tenter de l’empêcher de commettre l’irréparable que son frère Nadr va apprendre à se connaître lui-même. Mais d’abord, les galères de famille. Que peut-on pour son frère lorsqu’il vous aime moins que son propre peuple? Nadr est le personnage de la résilience et de la sagesse, c’est lui qui vous fera grandir, mûrir, souffler. Parce que Khalil est son frère, parce que la paix ne s’établit pas dans la violence et parce qu’il doit donner du sens à son existence, Nadr n’hésite pas à tout tenter pour ramener son frère à la raison, quitte à traverser le monde et prendre d’immenses risques pour le retrouver. Sa détermination nous offre une grande leçon d’humanité, elle vous fera relativiser vos propres problèmes familiaux, je vous le garantis. Car laisser un membre de la famille prendre une mauvaise route, c’est perdre une part d’humanité, c’est aussi oublier le sens de notre vie. Nadr n’abandonne jamais, malgré les doutes, malgré la tentation de tout lâcher: 

« Pour la première fois, il ressentait la Palestine comme un fardeau. Dieu comme il aimait sa terre, ses tantes et ses oncles, ses amis, son peuple, comme il aimait Khalil, mais comme il aurait soudain souhaité qu’ils fussent tous morts, anéantis par un cataclysme qui le laisserait libre de tout désir de vengeance. Comme il aurait voulu que le monde d’hier disparaisse et qu’on le livre nu au monde de demain. »

Bookiners déracinés, vous êtes là ? La suite est pour vous. Lorsque Nadr recherche son frère, il tente en même temps d’accéder à lui-même. Malgré l’injustice subie par son peuple (les palestiniens), malgré le désamour de son frère, malgré son sentiment d’impuissance, Nadr n’abandonne pas. Il creuse, observe, essaye de trouver sa place, son rôle à jouer dans ce monde. Nadr, pacifiste, a appris le monde dans les livres (tiens tiens…) et en observant les mots et les choses de son pays. Mais en France, on impose à Nadr une identité qu’il ignorait : 

« C’était un sentiment étrange. Chez lui, on ne le remarquait pas. Ici, sous prétexte qu’il avait changé de continent, il était isolé, séparé des autres humains par une démarcation invisible, à la limite de la brutalité. » 

Nadr est donc confronté à une nouvelle part de lui-même. Mais comment comprendre son présent quand on ne connaît pas son passé ? Nadr n’a jamais connu sa vraie mère. Ce qu’il sait seulement, c’est qu’elle est française. Alors en France, Nadr avance, se perd, ne sait plus ce qu’il cherche, ressent le manque, comme un trou dans son coeur qui l’empêcherait de devenir quelqu’un. 

« Parmi les visages roses, la foule molle, je te cherche. Sans le secours des mots, Sans la moindre indication de là où tu vis. De ton apparence. Dans ce monde vulgaire, opulent, dont je ne fais pas partie. Pourtant une part de moi le voudrait. Pour comprendre qui tu es. Qui je suis. Comprendre pourquoi d’autres rêves me traversent, des rêves que ni Khalil ni aucun de mes frères palestiniens ne caresse. (…) Je n’ai pas d’espoir de te trouver et pourtant, sur chaque visage de femme, je t’espère. Mère. » 

Je pense à vous, Bookiners en quête de vos racines, remplis de pourquoi, de qui suis-je. Ce livre vous aidera à accepter d’être déboussolé, vide. Et l’accepter, c’est déjà avancer. C’est en marchant sur le territoire de sa mère que Nadr est confronté à son identité bancale et à ses peines d’adulte. Les doutes et la sagesse de Nadr vous berceront. Votre coeur se reconnaîtra et il pansera, à votre insu, vos blessures du passé et vos souffrances du présent. Car ce livre est aussi (et peut-être surtout) l’histoire d’un déchirement. Un déchirement à l’origine des destins brisés des personnages. Un déchirement à l’origine de leur quête sans fin. Bon, je m’arrête, sous peine de vous dévoiler l’élixir du roman. Ce que je peux vous dire si vous hésitez encore à lire ce livre, c’est que sa puissance vous laissera bouche bée. Je ne vous ai pas parlé de tout le monde, mais je peux vous dire que les chapitres alternent entre quatre personnages désespérés par un destin qu’ils subissent et leur passé qui les alourdissent. Tous sont prisonniers d’eux-mêmes, de leurs certitudes. C’est eux qui vous apprendront à penser plus fort votre vie. 

Un dernier petit teaser pour la route ? Okay, cliquez sur play juste en-dessous ! 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

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Au nom des nuits profondes | Dorothée Werner

Au nom des nuits profondes | Dorothée Werner

Mardi 26 septembre 2017 – 11h00 

 

émoticône dialogue texto sms– Ça y est Tat tu t’es calmée ? Tu as fini ta crise d’hystérie ? 

 

– Haha! Excuse-moi mon chat pour hier soir j’étais vraiment tendue comme un string. J’ai trop de choses à faire dans ma vie, je n’arrive pas à m’organiser, du coup j’ai envie de tout casser. Pas de chance, mes cobayes sont maman et toi, ma soeur étant à London…😂

 

– Tu sais moi je peux encaisser de me faire engueuler parce que tu n’aimes pas mes fringues ou parce que j’ai mis une minute de trop à te répondre, mais toi tu vas partir en fuckin peanut si tu ne travailles pas à te contrôler un minimum! 

 

– Je sais, je sais, mais quand je me sens submergée j’ai l’impression qu’on me veut du mal, que la vie est un combat sans fin et que personne ne me comprend, alors tout m’énerve, y compris tes nouvelles baskets!😂😎

 

– Déjà, tu vas me faire le plaisir d’appeler ma sophrologue pour apprendre à te recentrer et à respirer. Ensuite, je pense qu’il faut que tu apprennes à préserver les personnes que tu aimes dans ce genre de moment autrement tu vas faire le vide autour de toi (je précise tout de même que ce n’est pas moi qui vais te jeter la pierre avec mes humeurs… mmh… instables😌) 

 

– Haha « humeurs instables » t’es gentille, la meuf n’accepte de sortir de chez elle qu’une fois par semaine quand il fait beau, qu’il n’y a pas trop de monde dans la rue, et que son portable est chargé à plus de 90%! #foutagedegueule.com

 

– #mybestfriendisabitch. Non mais sérieusement, je me dis que c’est quand même essentiellissime de travailler à fond sur soi avant d’avoir des enfants. Parce que tes (et mes) progénitures ne mériteront pas des mères hystériques un jour sur deux. 

 

– Tu sais, j’y pense souvent à ça. C’est ma hantise et mon effroi. Je me demande tous les jours si je vais suffisamment grandir et être suffisamment stable, en accord et en paix avec moi-même avant d’avoir des enfants (de préférence 2 filles, ça m’arrangerait 😎)

 

– En vrai, je crois que ça devrait être obligatoire d’être saine d’esprit pour enfanter, autrement on fabrique d’autres êtres instables et malheureux, qui n’ont rien demandé à l’existence et surtout pas de naître.

– Je suis totalement d’accord. Regarde la mère de Juliette, elle insulte sa fille tous les jours en lui reprochant qu’elle a pris sa jeunesse, pris son corps et volé sa chevelure dont elle a héritée. C’est pas normal. Du coup Juliette a passé toute sa jeunesse à se couper les cheveux de façon obsessionnelle alors que ses cheveux, c’est un mélange entre le roux du soleil avant le crépuscule et la densité soyeuse d’une indienne. Du jamais vu. Bref, Juliette est instable et passe 2 jours sur 3 chez sa psy. 

 

– Non mais c’est typique, il y a tellement de gens incapables de prendre du recul sur eux-mêmes, c’est effrayant. Je viens de lire un bouquin sur le sujet qui m’a retournée. L’auteur y raconte sa mère presque psychopathe. 

 

– Ah ouais ? J’adore les romans sur la maternité, la famille, ça me nourrit et me donne une sagesse et un recul énorme. Tu penses qu’il pourrait faire du bien à nos Bookiners ? 

 

– Oui carrément pour deux raisons : de un, il est sublimement écrit (et le sublime fait toujours du bien), de deux parce que l’auteure a entrepris, à la manière d’une archéologue, de remonter le fil de la vie de sa mère pour comprendre son comportement et donc, peut-être, pour commencer à la pardonner, à lui en vouloir un peu moins. Sa démarche est thérapeutique pour elle et pour nous. Tu verras même qu’on finit par s’attacher à ce personnage tyrannique. 

 

– Go go go ! On t’écoute mon chat! 

 

`

Ninna Nanna Per Adulteri – Ennio Morricone 

 

Au nom des nuits profondes est un roman court et d’une puissance infinie. Si vous êtes un fidèle Bookiner, vous savez bien que j’ai un faible pour les écrivains qui écrivent leur mère. Mais ce livre a été une claque de sublime dans sa violence et sa sensibilité. Parce que oui, Dorothée Werner évoque crûment la violence morale que lui a fait subir sa mère. Pour soigner ses maux, sûrement, pour mettre en garde sur les dégâts que cela peut provoquer, peut-être. 

 

Pour vous, Bookiners qui peinez à vous extirper de votre famille étrange, vous qui ne savez plus où se situe votre propre identité dans votre bordel familial, ce livre vous apaisera. D’une part, vous réaliserez que vous n’êtes pas les seuls descendants de parents instables ou irresponsables, d’autre part vous comprendrez que la guérison réside dans la compréhension, voire le pardon

 

Comme pour établir une distance de sécurité, l’auteure choisit de ne pas donner de nom à celle qui lui a donné la vie. Pour trouver les raisons pour lesquelles cette femme n’a pas su lui apporter d’amour, elle nous présente le personnage dès son enfance. C’est bien sûr là que tout s’est joué : un père idolâtré mais violent, une mère effacée et incapable d’aimer, des frères largement privilégiés, une solitude constante. 

 

« Comme tant d’autres avant et après toi, tu es née d’une femme indifférente » 

« Chez toi comme ailleurs, les cachotteries et les mensonges macéraient gentiment sous la croûte dorée du koulibiak de l’an nouveau. »

 

Bookiners traumatisés, ouvrez grands vos yeux. C’est un véritable travail d’enquête que réalise Dorothée Werner pour sonder sa mère. Cette démarche me semble particulièrement intéressante tant elle peut s’avérer thérapeutique pour les souffre-douleurs des personnes nocives. Bookiners, sachez que, sauf rare exception et instabilité mentale, l’humain fait rarement souffrir par plaisir. Celui qui fait mal est souvent le plus malheureux. Connaître les blessures et cicatrices de son bourreau peut aider à relativiser certaines relations tumultueuses. D’où la finesse et la puissance thérapeutique de ce roman : l’auteur décide de décortiquer les souffrances de sa mère avant les siennes (qu’elle évoquera à peine). Cette démarche est résumée dans une magnifique phrase du livre (l’enfant étant l’auteure elle-même): 

 

« L’enfant à venir ne pourra rien oublier. Au nom des aubes d’ivoire, au nom des nuits profondes, elle fera à peine née le serment fou, dès qu’elle saura les mots, de t’en délivrer. Ecrire, trahir. »

 

Trahir le silence des violences et des échecs, le silence de la vérité douloureuse. Mais trahir pour mieux pardonner. Car la mère ne vaut rien pour elle-même, elle a du moins été conditionnée pour le croire. En grandissant dans les années 1950, la femme ne peut pas étudier, elle est d’office reléguée à enfanter et reste au foyer. 

 

« Tu n’avais pas d’existence, tu n’étais que ce qu’on en pensait. » 

« Comme ta mère et avant elle sa propre mère, comme toute la lignée des femmes avant toi, tu avais intégré ton infériorité intrinsèque, ta fragilité organique, ton inaptitude à prétendre plus. »

 

Et c’est justement en tentant de se battre pour l’émancipation des femmes que cette mère connaîtra la désillusion qui la fera définitivement renoncer au bonheur. Son premier combat, le combat féministe, sera son seul espoir de devenir quelqu’un. Mauvaise époque, mauvaises démarches, mauvaises rencontres : c’est un échec. Elle deviendra mère et femme au foyer, comme prévu.

 

De là, elle devient l’ennemie de son corps, de son propre enfant, et de sa vie. Tour à tour euphorique ou hystérique, elle est assommée par sa propre existence, elle qui vibre davantage dans le malheur qu’elle s’invente que dans n’importe quelle joie. C’est tout un monde, c’est toute sa vie qui lui échappe. Dépendante, en manque de tout, en manque de rien. 

 

« Tout était parfait, pourtant tout t’échappait (…) Tu manquais malgré ce que tu recevais. Tu désirais sans arriver à vivre, braise sous la cendre qu’aucun vent jamais ne rallumait. »

« Ton socle était bâti sur des sables mouvants. Tu survivais sous perfusion d’amour masculin, de sucre, de médicaments et d’alcool, calée au creux des tempêtes, sourde et muette, les yeux scotchés de boue, emmurée dans ta propre geôle. »

 

L’histoire pourrait s’arrêter là si elle n’en avait pas voulu à la terre entière d’être malheureuse. Car c’est justement sur «l’enfant » que se cristalliseront toutes ses frustrations dès sa naissance. 

 

« Dans le silence et l’obscurité, tu venais t’asseoir près du berceau et tu contemplais ton désastre. »

 

Ma lecture met cette relation mère/enfant au coeur du récit tant elle est perverse et violente, mais je ne crois pas que ce livre ne soit qu’un livre de reproches d’une fille envers sa mère qui a raté ou failli à son rôle de mère. Je ne m’étendrai donc pas sur les scènes où la petite fille est forcée à manger jusqu’à en vomir, où l’enfant est ignorée dans l’intimité mais faussement adorée par sa mère en public. Je ne m’étendrai pas là-dessus car je ne crois pas qu’il faille d’abord retenir ces points dans le récit.  

 

Grâce à l’analyse de l’auteur, on finit même par s’attacher à cette bonne femme. Parce que c’est l’histoire d’une perdition que nous raconte Dorothée Werner, c’est l’histoire d’une quête sans fin, la quête de soi. De près ou de loin, cette quête nous concerne tous, vous le savez bien Bookiners. L’important, c’est de travailler sur soi pour préserver les autres, notre entourage, ceux qu’on aime, mais aussi ceux qui n’y sont pour rien. Regardons du bon côté du rivage, notre époque a ses défauts, mais elle nous autorise à prendre soin de nous-mêmes, à plonger loin en nous-mêmes pour déceler, pas à pas, les morceaux qui paveront le chemin de votre guérison.  Je vous laisse avec cette pépite entre les mains, vous en ressortirez grandis et vous ne l’oublierez pas, je vous le garantis.

 

Wait ! Une dernière lecture pour la route :

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Venise n’est pas en Italie | Ivan Calbérac

Venise n’est pas en Italie | Ivan Calbérac

Dimanche 10 septembre 2017, 11h58

émoticône dialogue texto sms– Hello Tat, on se voit toujours tout à l’heure ? 

– Impossible bébé, il faut que je connaisse la fin de En attendant Bojangles. Je suis en larmes d’avance. Ce roman est un chef-d’oeuvre. Je pèse mes mots. 

– C’est drôle que tu dises ça car j’ai récemment créé un blog littéraire avec ma meilleure pote et un de mes premiers articles était sur ce livre regarde: https://peanutbooker.com/en-attendant-bojangles/

– Haha t’es bête. Je n’ai pas pu résister, j’ai dû l’acheter car j’avais besoin de comprendre pourquoi TOUT LE MONDE parlait de ce bouquin. Damn je ne suis pas déçue. Ah, et j’ai enfin trouvé l’homme de ma vie, le père de mes futurs enfants: Olivier Bourdeaut. En plus d’être un sex symbol le mec a une plume HA-LLU-CI-NANTE. Merci Dieu d’avoir mis ce livre et cet homme sur ma route.

– Non non c’est pas Dieu chaton c’est moi qui t’ai parlé de ce livre en premier. Et il y a fort à parier que Dieu ait déjà envoyé dans la vie d’Olivier Bourdeaut une autre femme que toi . 

– J’ai bien compris que tu voulais que je reste célibataire toute ma vie pour que je sois tout le temps disponible pour toi mais ça commence à devenir relou ta jalousie. Bref je retourne lire mon mec. 

– No ! Wait. Parce que ta meilleure amie t’aime, elle t’a déniché à toi et à nos Bookiners un autre roman du genre. Je pense que tu vas adorer.

– Très peu probable que ça me plaise autant que Bojangles honey mais raconte il parle de quoi ton livre ? 

– Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’avoir honte de ta maman quand tu étais petite ? 

– Mmmh je ne crois qu’être habillée en baby Dior de la tête aux pieds n’a pas favorisé mes rencontres et amitiés en primaire mais à part ça non je ne vois pas. 

– Parce que l’histoire que je vais te raconter concerne un jeune adolescent qui ne sait pas gérer l’amour (très, trop?) envahissant de sa famille. C’est à la fois à mourir de rire et infiniment tendre. 

– Yes yes yes j’ai bien besoin de rire en ce moment, je suis une boule de stress avec les exams de l’ESCP qui me tombent dessus. Les bookiners et moi t’écoutons jeune pousse. 

The Winner is – Mychael Danna

Ce roman est en fait le carnet intime d’Emile, quinze ans, timide, lucide, et secrètement fou amoureux de Pauline, lycéenne elle aussi. Emile a des parents aimants mais un peu spéciaux. Un exemple? Depuis son plus jeune âge, sa mère a décidé de teindre les cheveux de son fils en blond. Voilà.  Le jeune garçon nous raconte son quotidien, il couche sur le papier ses réflexions sur son univers où il peine à trouver sa place. 

«  Ce doit être comme le vin, l’amour entre deux êtres, ça évolue avec le temps, il y en a qui tournent au vinaigre, d’autres qui se bonifient. Et mes parents semblent toujours hésiter entre les deux options. »

Avec une plume à la Goscinny dans Le petit Nicolas, vous suivrez les pensées bordéliques d’un garçon encore neuf, d’un être qui sort de l’adolescence, d’un ado qui bouillonne d’amour, de colère, d’admiration et de révolte. Parce qu’Emile écrit comme il parle (et il parle très bien!) ce roman va à 100 à l’heure. Bookiners qui voulez rire, vous allez être servis ! Quand Emile évoque ses parents un peu fou-dingues mais infiniment attachants, il change d’avis à toutes les pages :

« Je sais pas comment vous expliquer, ils me tapent sévèrement sur le système, mais ils sont vivants. Vraiment vivants, je veux dire, plus que la plupart des gens endormis dans une pâle existence que vous croisez à chaque coin de rue, non, chez eux, il y a quelque chose qui vibre, qui jaillit vers le ciel, et pour ça, et pour ça seulement, je les aime de toute mon âme. Pour le reste, s’ils pouvaient juste faire un petit effort. »

Un jour, Emile est invité par son amoureuse Pauline à Venise, où elle donne un concert de violon. Contrairement à lui, Pauline est issue d’une milieu plutôt bourgeois plutôt aisé. L’histoire commence ici: Emile doit demander la permission et un billet à ses parents pour s’y rendre. Ses parents, pensant lui faire plaisir, décident de l’accompagner en Italie. Cette décision effraye l’adolescent tant il peine à assumer sa famille. Mais ce périple en caravane à la Little miss sunshine sera en fait un voyage initiatique pour le jeune garçon. Bookiners qui souffrez de solitude, Bookiners qui manquez de tendresse, préparez-vous à écarquiller vos yeux devant cette maman débordante d’amour mais susceptible comme un poux, ce papa extravagant friand de grandes phrases qui ne veulent rien dire, et ce frère obsédé par les filles. 

Bien sûr, je suis tentée de m’adresser aux Bookiners qui connaissent des galères familiales, même si dans ce livre, la relation respect/amour/révolte d’Emile avec ses parents est plutôt saine tant elle est pleine de contradictions. Le garçon souffre d’ailleurs lui-même de cet étrange sentiment d’attraction-répulsion, le poids du rejet de sa mère est lourd à porter pour lui-même : 

« J’ai si peur qu’elle comprenne que je la trouve pas toujours présentable. Le problème quand on a honte de sa famille, c’est qu’en plus on a honte d’avoir honte. C’est quelque chose entre la double peine et le triple cafard.» 

C’est durant les péripéties que connaîtra la petite famille sur la route qu’Emile développera de jolies réflexions philosophiques sur la vie, du haut de ses quinze ans. Emile a honte de ses parents qui vous feront penser aux Tuche, oui, mais il sait qu’ils se sacrifient pour lui offrir une meilleure vie que la leur. Ces moment de lucidité et de prise de conscience nous offrent des passages remplis de tendresse:

« J’arrivais plus à manger ma pizza à cause de toutes ces émotions. J’ai prétendu une envie pressante, je me suis enfermé dans les toilettes, me suis assis sur la cuvette et me suis mis à chialer comme une madeleine, parce que je me sentais aimé comme jamais, et c’était pas souvent. »

Tout le monde, tous les sujets, rien n’échappe à l’analyse de l’adolescent. Avec poésie, il fait preuve d’une étonnante clairvoyance pour son âge.

« Une vie, j’ai pensé, c’est un long cri, de joie ou de douleur, ça dépendait des jours, ou des vies, un cri parfois très intérieur, qui jaillit du cri primat du bébé à la naissance, déchirant l’infini, qui devient, quatre-vingts ans plus tard, un cri tout bas, un murmure, notre dernier souffle, et une vie c’est ça, un cri coincé entre deux dates. »

« Si c’est chercher un peu de vérité dans un monde rempli de faux-semblants, et même de faux-culs, désolé pour le gros mot, alors oui, je suis un peu philosophe. Mais si la philosophie ne vous aide pas à conquérir le coeur d’une fille qui vous plaît, franchement, elle sert à rien. »

Ce roman nous offre une réflexion neuve, fraîche et sans filtre ni pollution sociale ou normée sur l’amour, la vie, ses bonheurs et ses peines. Bookiners qui ne croyez plus en l’amour, je ne vous oublie pas, bien au contraire. Quoi de mieux qu’un adolescent poète et fou amoureux pour vous redonner foi en l’amour fougueux et sans borne? 

« Pour moi, le seul jour de gloire qui existe au monde, c’est celui où on embrasse la fille qu’on aime. Ça m’est pas encore arrivé, mais je le sais. Le reste, les victoires, les félicitations du jury, les gros billets pour l’argent de poche, l’achat de la console de jeu vidéo, tout cela, c’est bien loin derrière. »

Je ne peux pas tout vous raconter, je vous dirai simplement que ce qui rythme les pensée d’Emile, ce sont ces sentiments amoureux, ces sentiments de bonheur intense qui oscillent avec des peines momentanément démesurées d’un homme en devenir, d’un adolescent qui découvre le monde dans ses merveilles et ses horreurs. On porte avec lui (et avec plaisir) ses réflexions chaotiques et bipolaires. Je partage tout de même avec vous des passages qui devraient vous convaincre une bonne fois pour toutes d’ouvrir ce livre qui vous procurera une sacrée bouffée d’oxygène : 

« J’avais oublié que le bonheur, ça peut vous prendre par surprise, comme ça, sur des marches en pierre délicatement chauffées par le soleil, à regarder passer les touristes, à honorer le plus joli rendez-vous qu’on vous ait jamais donné. » 

« Le bonheur, quand on n’a pas l’habitude, c’est beaucoup plus compliqué qu’on ne croit. C’est comme les grands gagnants du loto, certains ne s’en remettent jamais. »

« A quoi ça servait de mourir si la fille que j’aime ne pleurait même pas sur ma tombe ? A rien du tout. J’ai repoussé mon suicide à une date ultérieure (…) Finalement, j’avais sans doute désespéré trop vite: vivre, ça en valait la peine, et parfois, dans des instants comme celui-ci, ça en valait aussi la joie. » 

C’est cette innocence, cette naïveté qui vous toucheront infiniment dans ce livre. Vous rirez aux larmes mais parfois, votre gorge se serrera. La richesse d’un livre ne réside-t-elle pas dans la diversité des sentiments qu’il procure à son lecteur ? Pour moi, aucune hésitation, la réponse est oui, definitly yes. Car c’est ce genre de roman (et celui-là en particulier) qui me fait lever les yeux du livre. Ce  récit a su nourrir et structurer mes pensées qui partent trop souvent dans tous les sens. Il nourrira les vôtres. Parce qu’Emile, c’est vous, c’est nous, vos enfants, vos frères, vos soeurs, vos neveux. Emile, c’est l’adolescent éternel, jamais en phase avec sa famille, avec sa vie, avec son univers. Emile, c’est l’adolescent qui sommeille en nous, en vous, derrière la façade de l’adule rempli de certitudes. Vous vous attacherez à Emile parce qu’il parlera, il titillera et il pansera ce jeune être au fond de votre coeur que vous oubliez trop souvent d’écouter.  

Tenez, écoutez-le un peu pour mieux comprendre :

 

Bonne lecture Bookiners ! 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse