Journal d’un vampire en pyjama | Mathias Malzieu

Journal d’un vampire en pyjama | Mathias Malzieu

Jeudi 26 octobre 2017, 15h34 

émoticône dialogue texto sms– Bébé je viens de réécouter ta chanson Nicolas. Je me pose une question : tu penses que ton ami s’est battu avant d’être emporté par le cancer ? 

– Mmmh… Je crois qu’il n’en a même pas eu le temps en fait. C’est arrivé tellement rapidement, ça a été foudroyant tu sais, il n’a même eu les semaines nécessaires pour digérer l’information et préparer son plan d’attaque. 

– Et tu crois pas que c’est mieux comme ça ? I mean, tu crois pas que c’est monstrueux de devoir te battre pour une maladie qui risque de t’emporter et qui te transforme en esclave de ses humeurs pendant des mois voire des années ? 

– Tout dépend du rapport que tu as à la mort je pense. A notre âge, je crois que c’est préférable d’avoir au moins le chance de pouvoir se battre pour vivre la vie que tu dois vivre. En vrai on n’a pas le droit de mourir à 24 ans, c’est odieux. Par contre, pour les vieux, je pense qu’il est horrible de devoir se battre contre une maladie, de se battre contre la mort qui de toute façon n’est plus très loin. 

– Oui c’est ça, tout dépend surtout du rapport que tu as à la vie, à tes attaches, à tes fiertés, à tes regrets. Je pense aussi que quand tu as des enfants tu es obligé de te battre. Tu vois maman ne m’a pas montré une seule fraction de seconde qu’elle comptait rendre les armes devant le cancer qui grossissait dans son sein. Je lui en suis infiniment reconnaissante mais en même temps je trouve que c’est presque une responsabilité à avoir vis à vis des gens qui s’éteindraient sans toi. Je pense d’ailleurs que ses enfants et son mari ont été sa plus grande source d’énergie pour se battre.

– Oui mais en même temps bébé, tu ne peux pas demander à quelqu’un de souffrir pour ton bien-être, c’est assez égoïste comme raisonnement. Même si je comprends ce que tu veux dire, quand tu fais des enfants, tu ne demandes pas à avoir un cancer à 45 ans, et si ça t’arrive, tu as aussi le droit de baisser les bras si tu préfères la mort à la souffrance que tu vis et à laquelle tu assistes à travers le regard de tes proches. Moi je pense qu’on devrait tous avoir le droit de mourir comme on le souhaite, ça doit faire partie des grandes libertés de l’homme.

– Nan mais oui je comprends ce que tu dis mais quand tu le vis, ta propre souffrance et tes inquiétudes cassent vite la gueule aux belles idées. Mais effectivement, la motivation du combat contre la mort est une affaire entre soi et soi-même. Je pense à ça en ce moment car je viens de finir un joli livre qui raconte ce combat. Ah et en plus ça va t’intéresser car c’est un chanteur qui raconte sa lutte contre la maladie !

– Ah génial ? Qui est-ce? Il est encore vivant j’espère ? 

– Oui heureusement, sinon le livre serait difficile à conseiller aux Bookiners (quoi que). Il s’agit de Mathias Malzieu, tu sais le chanteur du groupe Dyonisos !

– Ah oui oui je vois très bien ! Je ne savais pas qu’il avait été malade, raconte! Bien installés les Bookiners ? On t’écoute !

 

Jack et la mécanique du coeur – Dionysos 

 

Avant de commencer, sachez que j’ai choisi de vous faire écouter cette musique pour deux raisons: déjà, la joie enfantine est à l’image du texte dont je m’apprête à vous parler. Ensuite, le clip de cette musique a été tourné alors que Mathias Malzieu était déjà malade. Il ne le savait pas encore. Cliquez sur play, c’est bon ? Parfait, on peut y aller. 

Comme l’indique son titre, Journal d’un vampire en pyjama est un journal intime. En fait je dirais même plus, un journal de survie. Je ne sais pas si ce sont ses mots qui l’ont sauvé, mais je crois qu’écrire a immensément renforcé Mathias Malzieu dans sa lutte contre la maladie. Je pense que les mots d’espoir matérialisés sur du papier l’ont aidé à mieux y croire, parce que le sens des mots a plus de poids une fois sortis de la tête. 

Bookiners, j’avais envie de vous parler de ce livre et de m’adresser à beaucoup d’entre vous, que vous ayez déjà été confrontés à la maladie ou non. Je crois que ce livre est utile. Je crois que Mathias Malzieu pourra devenir votre mentor de courage, vous puiserez dans ses mots l’humilité et la joie nécessaires à toute vie heureuse. Parce que celui qui a frôlé la mort a une sacrée longueur d’avance sur nous tous. Celui qui s’est battu pendant des mois contre une leucémie foudroyante sait mieux que nous pourquoi la vie mérite d’être vécue. En lisant le livre d’un survivant, j’ai eu envie de mieux vivre, j’ai eu envie de faire un peu de ménage dans mon égo râleur. Dehors les ruminations permanentes sur ce que les gens pensent de moi, Oust les réflexions d’enfant gâtée sur ce que la vie pourrait m’offrir de mieux ! Ne m’en voulez pas Bookiners, mais je pense ne pas me tromper en disant qu’en lisant ce livre, vous vous rendrez également compte que vous êtes, souvent, des enfants gâtés qui ne pensent pas assez aux chances que leur offre l’existence. Tant mieux, il est bon de remettre nos pendules à l’heure de temps en temps. Mathias Malzieu sera donc votre régulateur, votre mentor de joie, votre horloger de motivation, votre distributeur de bonheur. Le chanteur n’est pas qu’un survivant, il est le soldat le plus joyeux et le plus poétique que je n’ai jamais lu. 

« Je viens de traverser l’enfer en stop. Le véritable enfer. Pas celui avec du feu et des types à cornes qui écoutent du heavy metal, non, celui où tu ne sais plus si ta vie va continuer. » 

La poésie de ses mots vous berceront, vous feront souvent sourire voire rire et surtout, ils vous impressionneront : l’auteur-chanteur-poète a écrit ce journal presque au jour le jour, ses inquiétudes teintées de joie loufoque sont donc écrites au moment où il ignore si la vie veut encore bien de lui. Il faut dire que Mathias Malzieu était déjà un soldat de la vie avant même de savoir qu’elle risquait de lui échapper plus tôt que prévu : 

« J’ai beau vouloir être inventeur, crooneur, semi-poète, illusionniste, skateur en plastique, mangeur de femme en peau de crêpe et imitateur d’animaux sauvages, je suis insomniaque, angoissé et épuisé d’avoir trop cru. (…) Le problème est que je donne plus que ce que j’ai. Je suis le plus con des dragons. Celui qui crache des étincelles et se crame les ailes avec. « 

D’un jour à l’autre, son corps lui déclare la guerre : après avoir consulté pour une immense fatigue, les médecins lui diagnostiquent une aplasie médullaire, c’est-à-dire un arrêt du fonctionnement de la moelle osseuse. Ses propres anticorps se retournent contre lui et attaquent ses cellules. Le combat entre son corps et son esprit est déclaré, sans aucun casus belli. Mathias Malzieu devient inopinément son pire ennemi. La blancheur de sa peau causée par cette nouvelle guerre et les transfusions de sang dont il ne peut se passer pour survivre le transforment en vampire. Le vampire le plus attachant que vous lirez. 

Champion du sens de la formule et des jeux de mots (mon préféré étant cette femme séduisante et diabolique, Dame Oclès, qui le suit partout), notre vampire parle comme un conteur pour enfant. Sa légèreté le sauve, elle nous enveloppe d’un baume réconfortant. Il joue avec les mots pendant que ses propres cellules s’amusent avec sa vie. Sacré pied de nez au destin ! Bookiners fatalistes, je vous prie de venir par ici. Si si, c’est une convocation officielle, présentez votre carte d’identité, venez par ici. Ce livre est sans doute celui qui vous fera le plus positiver de Peanut Booker. Toutes les pages nous rappellent que rien n’est perdu d’avance. Même pas la vie. La vôtre ou celle de votre proche malade. Mathias Malzieu nous mâche même le travail pour vous qui vivez sans trop penser, pour vous qui souffrez, pour vous qui hésitez à rendre les armes. Il nous offre une joie qu’il s’applique à entretenir quotidiennement pour tenir. Parce que malgré cette joie, le chanteur ne nous raconte pas de bobard.

« L’espoir s’est foutu de ma gueule, alors la colère le remplace. J’ai fait le prisonnier médical sérieux, j’ai bu du potage dégueulasse et je n’ai mordu personne. J’ai purgé ma peine de trois semaines et pourtant je suis toujours là. » 

Bien sûr que les onze semaines en chambre stérilisées mettent son moral à rude épreuve, bien sûr que l’immense inquiétude dans les yeux de ses proches est presque insurmontable, bien sûr que les doutes s’invitent souvent dans ses nuits : 

« Dans ce flou opaque et glacé, je suis en train de me briser le coeur. Chaque coup de fil à mon père et à ma soeur change mon crâne en bocal à larmes qui explose dès qu’on raccroche. J’aime trop la vie pour accepter l’idée de mort. » 

Ses doutes rendent illuminent encore plus la joie qu’il transmet dans ses pages. Vous les traumatisés et les autres, vous gagnerez en sérénité en le lisant, je vous le garantis. Le handicap s’est invité à votre table ? Qu’à cela ne tienne, Mathias Malzieu vous donne le mode d’emploi pour rire, écrire, composer et faire du skateboard dans une chambre stérilisée et avec la force d’un moineau agonisant. Si votre corps vous fait défaut, vous apprendrez avec ce vampire à vous échapper par l’esprit : 

« Je suis un exilé poétique échappé de mon propre rêve. » 

Notre vampire poète s’en est sorti et a depuis, comme il se l’était promis, réalisé le tour de l’Islande en skate board. Croyez-moi Bookiners, ses mots vous rendront la vie plus forte. 

Une dernière petite lecture pour définitivement vous convaincre ?

 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

 

La cicatrice | Bruce Lowery

La cicatrice | Bruce Lowery

Lundi 7 août 2017, 10h30

émoticône dialogue texto sms – Hélo, tu crois qu’on pourra aller en classe avec nos enfants jusqu’à la 6ème, en catimini, juste pour être sûres qu’ils ne se font pas bizuter par les autres ? 

– Hmmm bébé, je ne crois que ce soit la meilleure idée de ta vie. C’est très mauvais de s’immiscer dans la vie de ses enfants.

– Oui mais imagine qu’ils soient gros, à cause de moi, parce que je vais adorer les nourrir et les voir manger ? Et du coup, imagine qu’ils se fassent insulter, brimer, maltraiter mes petits bébés ? 

– Mais pourquoi tu dis ça ? 

– Tu sais, quand j’étais petite, je changeais souvent d’école car on déménageait tout le temps. Le truc c’est que j’étais bouboule, et que maman me forçait à porter des robes bouffantes façon princesse d’Autriche qu’elle achetait chez Baby Dior. Pour couronner le tout, j’étais tout le temps la seule noire de mon école. Alors les moqueries des autres, j’en étais sujette, au début surtout. Ca ne me dérangeait pas vraiment car j’étais tellement irradiée d’amour à la maison que je savais d’avance que mes nouveaux camarades finiraient par m’aimer. Au bout d’une semaine, je finissais toujours par être la meilleure amie de tous les élèves, élue déléguée, jury de « Graine de Star » et fille de Cher et de Shakira. Mais les trois premiers jours étaient traumatisants: des regards étranges, des questions gênantes sur la blancheur de ma paume de main, la noirceur de ma peau, le volume de mes fesses rebondies, la musculature de mes cuissots. 

– Je comprends bébé, ça n’a pas du être facile, mais c’est ce qui fait que tu es la personne la plus socialement sereine que je connaisse car tu n’as pas peur de qui tu es et tu t’adaptes à tout le monde.

– Mais tu penses qu’avoir un bec de lièvre qui se voit beaucoup est un « handicap » pour un enfant ? 

– Oui honeymoon, mais tu n’as pas de bec de lièvre ! 

– Nan, mais Jeff en avait un. 

– Qui est Jeff ? 

– Le héros du livre que je viens de terminer, La Cicatrice. 

– Bookiners, asseyez-vous avec moi, je crois que Peanut Tatiana a des choses à nous raconter. 

Le monde est stone – Fabienne Thibeault 

Vous allez bientôt le découvrir Bookiners, j’ai une tendresse infinie pour les enfants et cette période de grâce qu’est l’enfance. Ils vivent au creux du monde avec une immense simplicité et une justesse déconcertante. Je crois vraiment que l’enfant qui est en nous sait, clairvoyant, les choses fondamentales que les adultes oublient lorsqu’ils deviennent adultes. Alors, parfois, lorsque je suis confrontée à des choses peu commodes de la vie, j’essaie de retrouver la sagesse de la petite Tatiana de 5 ans, plus mature et plus lucide que celle qui vous écrit ces mots.

C’est avec cette première envie que j’ai voulu relire La Cicatrice, le petit roman de Bruce Lowery qui m’avait bouleversée quand j’étais jeune. L’autre raison, c’est que je désirais vous décortiquer un roman sur le handicap. Et celui-ci, du plus loin de ma mémoire, me semblait pertinent. 

Jeff a 13 ans. Depuis sa naissance, une balafre pourfend un côté de sa lèvre, elle raye son visage. Son bec-de-lièvre, il l’appelle « sa cicatrice ». Le jour où ses parents, son petit frère Bubby et lui déménagent pour habiter à l’autre bout de la ville, Jeff doit s’intégrer dans une nouvelle classe. Il sera confronté à la cruauté des autres élèves qui l’appellent tout haut comme tout bas «grosse lèvre ». 

Pourtant, Bookiners en mal de tendresse, c’est à vous que j’ai pensé en premier lorsque j’ai relu les premières pages du roman. Car avant cette balafre que porte Jeff sur sa lèvre, avant cette cicatrice, il y a cette infinie tendresse qui émane de ce livre avec douceur. La tendresse dans l’écriture du Jeff adulte qui se remémore les épisodes douloureux de son enfance, la tendresse du petit frère Bubby, qui l’aime comme une évidence, avec son regard de tout petit, fier, émerveillé. Et puis enfin, vous éprouverez, j’en suis certaine, de la tendresse pour Jeff, de la tendresse pour ses mots et ses maux, de la tendresse pour ses moments d’osmose avec la nature, pour ses marchandages avec Dieu pour enlever sa cicatrice, pour recoudre ses bobos et ses mauvaises actions, de la tendresse pour l’enfant qui est en vous, et les enfants qui peut-être sont à vos côtés. Cette tendresse d’enfant vous donnera du baume au cœur dans vos étés seuls ou vos hivers froids, les métros bondés ou les rues esseulées. 

Attendez, je me tais, lisez :

« Le matin, je sentis, à travers mes paupières, une lumière douce. Je bondis de mon lit, m’enveloppant de la couverture et me précipitai à la fenêtre, vers la lumière. C’était l’aube. Le soleil apparaissait à peine. La ville dormait sous la neige. Etais-je le seul à voir ce merveilleux spectacle ? Il me semblait ressentir une sorte de complicité entre moi et cette lumière de l’aube. Je ne faisais pas de différence entre la beauté, l’amour et le bonheur. » 

Peut-être y a-t-il une telle conspiration entre la beauté, l’amour et le bonheur que ce sont en réalité les angles différents d’un même visage au halo rassérénant.  Il y a dans cette simplicité, dans cette spontanéité de l’écriture de Bruce Lowery et dans l’innocence de Jeff, la tendresse et la joie d’un enfant qui découvre les premiers matins du monde. C’est cette tendresse, et beaucoup d’autres que nous partage ce livre comme des moments de grâce et d’innocence. 

Et puis, il y a, évidemment, la cicatrice, cette « tare » qui prend tant de place dans la vie et dans la tête de Jeff, qu’elle en deviendrait presque un personnage éponyme, à part entière. 

« Une fois de plus, avant de me coucher, je restais longtemps dans la salle de bains. Une fois de plus j’examinais ma cicatrice dans la glace, que j’atteignis en grimpant sur un petit tabouret blanc et en mettant un genou sur le rebord du lavabo. Pourquoi Dieu, Pourquoi ». 

Après les demandes sans réponses à Dieu, Jeff essaie les exhortations, les marchandages avec ce même Dieu, roi du silence :

« Alors, c’est promis Dieu, demain je n’aurai plus ma cicatrice ? Demain je me réveillerai et ma lèvre sera comme celle de tout le monde? Même moi je ne le saurai pas, même moi j’aurai oublié. Telle était ma nouvelle proposition à Dieu. J’étais tellement heureux que mon pied glissa sur le tabouret et je faillis tomber sur le carreau. »

Bookiners qui vivez le handicap, un handicap, depuis peu, ou depuis trop longtemps, à coup de pourquoi et d’amertume, je crois qu’il n’y aura jamais de réponses convaincantes au pourquoi vous ? Pourquoi ça ? Pourquoi Jeff est né avec ce bec de lièvre? Pourquoi Cyrano avait ce nez trop long ? Pourquoi ma belle-cousine est trisomique et pourquoi Helen Keller est née sourde, muette et aveugle alors que d’autres naissent voyants et entendants? Les seules questions à se poser sont : comment s’accepter le mieux possible ?  Comment apprendre à s’aimer ? Tous les jours du reste de votre vie. La seule certitude à avoir c’est que si vous acceptez « ce handicap », « cette punition », « cette tare » ou plus justement, «cette différence » alors, il y aura de belles personnes sur cette terre, qui vous aimeront pour ce que vous êtes. Je vous le promets. Willy est devenu ami avec Jeff avec sa cicatrice, et non pas « malgré » sa cicatrice, Roxanne a aimé Cyrano deux fois, et Helen Keller s’est mariée à John Macy. See ? Avant, après et pendant le handicap, votre vie doit continuer Bookiners. Et c’est comme ça que vous vivrez ce bonheur que vous entrevoyez dans vos songes. 

Jeff trouve un grand ami en Willy donc, un garçon de sa classe. Je ne vous dis pas comment, mais c’est une jolie histoire d’amitié qui s’amorce entre les deux garçons, même si celle-ci se retrouve perturbée par une sombre histoire de vol. Je me tais, car sinon, vous n’aurez plus rien à lire. 

Simplement, vous Bookiners dont l’esprit déraille. Sachez qu’un esprit se nourrit de bonnes et de mauvaises graines, et que, lorsque les mauvaises graines sont disséminées en abondance par rapport aux bonnes graines, alors, c’est le drame. Vous n’êtes pas les seuls dont l’esprit déraille, si j’écoutais mon alter égo taré qui gesticule en moi, Takana, j’aurai déjà foutu le feu au restaurant dans lequel je travaille, je vous assure. Il suffirait d’un petit briquet, et d’une nappe bien placée. Et Hop. Restaurant en fumée ! Julia mon odieuse manageur, calcinée ! Et pourtant, c’est l’autre moi que j’ai décidé de nourrir. Et si par mégarde Takana prend trop de place, je l’affame en faisant la grève de la faim. C’est ce qu’aurait dû faire Jeff. Et même quand son alter ego maléfique avait déjà pris le dessus, il aurait dû écouter « le sage vieillard allemand » M.Sandt, qui lui rappelait, à lui, et à nous autres Bookiners addicts à la fatalité, qu’il n’est jamais trop tard pour dire la vérité, demander pardon, et enrayer ces autres versions de nous-mêmes, les maléfiques, qui prolifèrent sans notre permission. 

Et voilà Bookiners, vous savez presque tout. Il y a quelque chose de tragique dans ce livre. Mais j’arrête. Parfois, le silence est d’or. 

Respirez, aimez-vous et ceux qui vous aiment tant que vous êtes vivants,

Je vous embrasse tendrement, 

La différence invisible | Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

La différence invisible | Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

Lundi 24 juillet 2017, 12h20

– Alors bébé c’était comment ton premier jour au resto le Mini palais ? 

– Le Mini Palais, mon ange, c’est l’armée. Lorsque j’ai le malheur de marcher un  peu plus lentement qu’il ne faut, le directeur me prend par le tablier, table du poing jusqu’à en perdre ses lunettes, et ensuite, il me donne un avertissement. Au bout de 3, mes jours de repos de la semaine sautent. Ce n’est pas une blague. Aujourd’hui, j’ai bossé de 9h à 19h30 avec 25 minutes de pause. Mes Repetto sont déchirées, je ne sens plus mes orteils et mes plantes de pieds crient « à l’aide ». Pour me détendre, j’ai installé Tinder. Depuis, j’ai les larmes aux yeux. C’est comme si on avait regroupé sur la même plateforme tous les chacals en chaleur de l’humanité. Je me sens pas bien, je t’assure, ça me fout le cafard. 

– 😂  En même temps tu t’attends à quoi en allant sur Tinder ? A trouver un mec inspirant qui te fasse vibrer, frémir, pétiller, aimer? 

– Bah, en réalité, oui, c’est ce que je pensais. Si ça continue, à ce rythme je n’aurais jamais d’enfant avant 35 ans. Alors que moi, je fais une joie d’être maman, quoi. Mais là, time is running out, mes hormones vont décrépir avant que je leur en donne mon autorisation, et mes futurs bébés ne vont pas être jojos. Un oeil en trop, 7 doigts, 3 paires de fesse et le sourire de travers, t’imagines? Olala, je me sens pas bien. 

– Tu sais que si tu as un enfant moche, tu ne t’en rendras pas compte. 

– Bullshit. Je suis sure qu’un parent sait. Maman par exemple, quand je m’enlaidis, elle me prévient. Donc trust me, les parents savent. 

– Mais, si tu as un bébé moche tu l’aimeras quand même non ? 

– Oui, oui, bien sûr, mais c’est pas moi le problème, c’est les autres. Moi je lui donnerai tout mon amour à mon baby, pour sûr. Mais les autres? Bon, il va s’en dire que si quelqu’un me supplie de prendre mon bébé moche, je le lui donnerai, hein? Ahahaha! Non, non, je plaisante! 

– Tu es monstrueuse 😂 !!! Non mais sérieusement, ce qui me fait vraiment peur à moi, c’est d’avoir un enfant handicapé. Je vois ma tante avec mon cousin de 15 ans qui a un léger retard mental, c’est un boulot à plein temps on ne se rend pas compte. Le plus terrible, c’est qu’elle est tout le temps inquiète pour lui: est-ce qu’il saura vivre seul un jour ? Est-ce qu’il connaîtra l’amour? Est-ce qu’il pourra être heureux ? 

– Ne m’en parle pas, j’y pense très souvent, ça me donne la chair de poule. Comment peux-tu continuer à mener ta vie lorsque celle de ton enfant, celui ou celle à qui tu as donné la vie est tendue sur un fil, vulnérable et fragile? 

– C’est sûr que ta vie bascule, forcément. Tu sais qu’il y a encore des handicaps méconnus ou peu reconnus en France, je te raconte pas le combat que les personnes concernées doivent mener pour se faire accepter. 

– Ah ouais, genre quoi ? 

– Ben genre des handicaps (presque) invisibles : je viens de lire une super BD écrite par une jeune fille atteinte du syndrome d’Asperger, c’est une forme d’autisme, et elle n’a été diagnostiquée qu’à seulement 27 ans !! 

– Ah bon ? Mais attends c’est quoi le syndrome d’Asperger ? Si elle a été diagnostiquée si tard c’est qu’elle ne devait pas vraiment en souffrir, si ? 

– Si justement. Le mieux c’est que je vous raconte cette BD, à toi et à nos Bookiners. Elle m’a aidée à comprendre certains esprits meurtris, fatigués de devoir s’adapter à ce que la société impose comme une vérité absolue, un comportement à adopter. Ca ouvre les yeux, à nous tous, et ça vaut pour tout le monde.

– Les Bookiners et moi t’écoutons mon ange.

Pour découvrir cet ouvrage, je vous propose d’écouter ce morceau de Jon Brion. La douceur de ses notes est à l’image du cocon dans lequel Marguerite ne peut s’empêcher de se réfugier pour échapper au monde qui l’effraie. 

Theme – Jon Brion 

Au premier abord, rien ne distingue Marguerite des autres. Mieux : elle a tout pour elle : jolie, embauchée, maquée, elle ne manque de rien. Pourtant, Marguerite se sent depuis toujours différente, décalée du monde qu’elle observe sans s’y sentir à sa place. Ses gestes sont répétitifs, proches de la manie, les bruits du quotidien l’agressent, les discussions ou les rencontrent l’angoisse intensément. Pour tenir, Marguerite a besoin de repères, d’habitudes. Elle ne respire que lorsqu’elle est chez elle, dans son cocon, en compagnie de son chat, son chien et de ses livres (tiens tiens, alors comme ça, les livres réconfortent?!). 

Parce qu’elle pense ne pas avoir le choix, Marguerite ne s’écoute pas. Pendant 27 ans, elle s’efforce d’être celle qu’elle n’est pas vraiment. Pour faire comme les autres, la jeune femme se force à sortir pour faire plaisir à son copain, à travailler dans la souffrance, à faire comme si de rien n’était. Pour rentrer dans le rang, elle met de côté ses aspirations profondes, ses vrais désirs, ses grandes envies. Sauf que Marguerite s’épuise. Son coeur est en mille morceaux. Bookiners qui perdez de vue vos rêves, vous qui repoussez d’un revers de la main le chemin que vous indique votre coeur, vous qui faites taire le petit enfant au fond de vous qui s’égosille pour vous rappeler qui vous êtes, lisez vite cette BD. Elle vous aidera à ouvrir les yeux, elle vous apprendra à être en accord avec vous-même. Sachez que personne ne peut être en résistance avec soi-même éternellement. Nul n’est censé l’ignorer, et pourtant combien de gens se trompent de vie ? Combien de personnes vivent la vie que l’entourage lui a voulu ? Combien d’individus connaissent des craquages existentiels ? J’en ai connu un bookiners, je ne le souhaite à personne, mais j’ai eu la chance de connaître cette dépression à 24 ans. Comme un rappel à l’ordre, mon corps, ma tête, m’ont remis sur les bons rails de la vie avec la littérature. 

Marguerite consulte plusieurs médecins pour tenter de comprendre ce qu’essaie de lui dire son coeur. Elle découvre que le handicap s’est invité à sa table. Marguerite est diagnostiquée autiste Asperger. Les symptômes de ce handicap correspondent à tous les facteurs qui rendaient la jeune fille absente et différente de son monde. Non, ce diagnostic n’est pas un drame. Au contraire, cette nouvelle est un grand soulagement pour Marguerite, elle est le x qui manquait à l’équation, elle est l’autorisation (tant attendue) d’être enfin elle-même. 

Bookiners handicapés, bookiners confrontés au handicap. Comprenez grâce à cette BD que loin de n’être qu’un facteur de marginalisation, l’autisme Asperger (et peut-être d’autres formes de handicaps) peut être bien vécu par celui ou celle qui l’accepte. Accepter son handicap signifie, dans le cas de Marguerite, avancer avec ses forces et ses faiblesses, ne plus se plier aux normes sociales qui la torturent, l’humilient, et la consomment à petit feu. Pour apprendre à s’écouter et à se préserver, Marguerite doit se battre. Car en France (contrairement aux pays scandinaves par exemple), il est encore très difficile d’être autiste: ses amis, son copain, son boulot n’y comprennent rien et ne cherchent pas à comprendre : si Marguerite a deux bras deux jambes, qu’elle sait parler, travailler et faire les tâches du quotidien, c’est que tout va bien. 

Marguerite ne baisse pas les bras, s’informe autant qu’elle peut sur l’autisme, elle se reconnaît chez d’autres gens comme elle, elle rencontre d’autres personnes plus ouvertes (comme la libraire qui lui a dessiné cette BD); elle se reconstruit pas à pas, apprend à se plaire à elle-même, et entreprend même de raconter son histoire à tous.

Pour vous, Bookiners en manque de confiance, cette BD saura vous parler et vous réconcilier avec vous-mêmes. J’ai été très émue par ce témoignage de courage, d’acceptation de soi, d’une identité propre. Cette BD est un vibrant plaidoyer pour toutes ces personnes, vous, nous, enfants, ados, adultes, considérés comme « différents » aux yeux d’un monde froid et plat. Qui que vous soyez Bookiners, vous avez toujours le choix de vivre la vie qui vous convient et de vous réconcilier avec toutes vos particularités. Ces particularités, cultivez-les, savourez-les, elles sont votre richesse, le monde serait bien triste sans elles ! 

Bonne lecture mes Bookiners,