Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

 Dimanche 28 Janvier, 14h42  au bout du rouleau à la gare de Lyon Perrache. Train en direction de Barcelone raté. Deux valises, un sac à main et un clavier piano pour bagages. #nervousbreakdownbonjour

émoticône dialogue texto sms– Le tirage au sort pour « Les Déraisons » vient tout juste d’avoir lieu mon ange, et l’heureuse gagnante est une Bookineuse fan de mots ! Je suis trop heureuse ! J’ai hâte qu’elle jubile de plaisir en lisant ce roman que j’aime tant ! 

– Pause mon chat, je suis au bout de ma vie, je viens de rater mon changement pour Barcelone et les agents de la SNCF se foutent de ma gueule au lieu de m’aider à trouver une solution. Je crois que je suis au bord de la crise de nerfs et le mot est faible. Rien que de penser à comment je vais l’expliquer à mes parents j’ai envie de sauter sur les rails. 

– OK. Respire. 1, 2, 3. Écarte toi des rails surtout, pas de faux mouvements, et va au Relay te prendre des Dragibus, des popcorns et des Pépitos. Aujourd’hui, c’est permis. Tout est permis, sauf de mourir. 

– Non je ne peux pas mon chat, j’ai une grosse valise bleue de 1,50m de hauteur, une mini valise rose où j’ai tous mes livres à lire du mois, un sac à main avec mon ordi, mes cours, mes billets de train que j’ai raté, un sac de voyage et mon clavier piano. Je trimballe tout ça seule avec moi donc chaque déplacement est un voyage de guerre. Les gens, au lieu de me proposer de l’aide, me dévisagent comme si je m’étais teint les cheveux en bleu et que j’avais des crottes de nez à la place du visage. Les français me dépassent, je t’assure. L’homme de ma vie sera madrilène et s’appellera Javier. J’ai hâte de me marier ! 

– Que fait-on de Benji Biolay ? 

– Écoute mon ange, Benji Biolay est encore fou d’amour de Chiara Panzani Mastroianni et je t’avouerais que mon seul rêve c’est d’être chanteuse, pas d’être la 7ème roue du carrosse. À 24 ans, c’est trop tôt ! Regarde son nouveau clip « Encore » qui vient de sortir sur Youtube. Tu comprendras de quoi je parle. Le mec est carrément en train de mimer ses ébats amoureux avec son ex-femme. Je n’ai aucune chance. 

– Ahahahahah !  Va pour Javier ! Ça me convient ! Alors pour ton train, que vas- tu faire ? 

– À part que je viens de perdre 150euros et que j’ai envie de me pendre, ça va. Résultat des courses, je vais prendre un bus de Lyon à Barcelone et ensuite le train en direction de Madrid. J’en ai pour littéralement 15h donc c’est un peu l’angoisse mais ça aurait pu être pire. Ce qui me déprime vraiment c’est que j’ai beau prendre en âge, je fais encore et toujours les mêmes erreurs, et je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec mon étourderie et mon inconséquence toute une vie entière. Je ne me supporte plus. 

– Ok honeymoon, prends un livre sympa et ludique et respire. Ça va aller. 

– Okok, t’as raison, a tutti mon ange. Et Merci. 

Dimanche 28 Janvier, 19h30

Bonsoir doux Bookiners. J’espère que votre dimanche était plus relaxant que le mien. Les montagnes russes indésirables, ça a ce quelque chose de pénible tout de même. Je viens tout juste de finir un roman léger et agréable comme une série. Vous souligner qu’il m’a apaisée lorsque j’étais sur les rivages de la syncope n’est pas peu dire. Ce roman que je vous présente sous peu n’est pas un grand roman de littérature avec des phrases envolées qui côtoient le sublime. Cependant, il fait sourire, il ravive l’enfant qui est en nous, et allume quelques étoiles dans le ventre. De douceur. Un peu comme un soap opéra qu’on regarde goulûment avec des popcorns et de l’excitation. Voilà. Il est comme ça ce Comment papa est devenu danseuse étoile, pétillant et rocambolesque comme l’enfance!  Et pour moi qui ne veut pas grandir, c’est une aubaine !  Si vous désirez déjà faire voler ce roman jusqu’à chez vous cliquez sur la couverture du livre juste en-dessous et vous pourrez le commander aussi rapidement que l’éclair. 

Bon. Venons-en aux maux ! Mais avant, Tada :

Take the A Train – Duke Ellington

Bookiners qui vous sentez seuls et/ou en mal de tendresse direction les Minchielli ! Dans cette famille au caractère bien trempé, vous peuplerez votre solitude de visages et d’histoires dont vous vous sentirez proches, entre la belle adolescente de 15 ans, Sarah qui dialogue avec ses écouteurs, le petit Paul de 13 ans qui vous regardera avec curiosité et tendresse, et puis la mère, au bord des nerfs, et puis le père, au bord du gouffre, et puis la grand-mère bavarde, nostalgique, solaire et incisive, et puis la vie qui se déroulera devant vous comme un parchemin de jolies péripéties. Oui, vous ne serez plus seul(e) car vous trouverez chez les Minchielli, une famille adoptive. Celle qu’on aime de tout son cœur et qui nous excède parfois un peu, justement parce qu’on l’aime. Et dans cette famille franco-italo-russe dans laquelle ce roman vous fera atterrir, la tendresse, vous l’aurez à toutes les sauces, de toutes les couleurs et de chaque hémisphère. Profitez, cela durera 216 pages ! Bon, je vous les présente ?

Dans la famille Minchielli, voici le petit Paul, narrateur adorable et attendrissant de 13 ans. Il vous accompagnera dans les sillons de toute sa drôle de famille avec toute la bienveillance et l’esprit dont il sait faire preuve. Paul, c’est un garçon déroutant, il a trois passions saisissantes : il adore compter, les arrêts de métro, ses pas dans la rue, l’écart entre les passages piétons, les boutons de chemises ; il est fou d’échecs auxquels il joue seul ou accompagné, puis enfin, il note tout : les visages, les mouvements, les sentiments, la vie. Sinon, il adore sa grand-mère, Maria. Une ancienne danseuse étoile russe du Bolchoï qui a tout quitté par amour pour un danseur étoile italien, Luigi Minchielli. Luigi qui s’enfuira lorsqu’il apprendra qu’elle est enceinte de leur fils. Luigi qu’elle aimera à la folie. Luigi dont elle a conservé tous les souvenirs, tout le bonheur. Luigi dont elle parle sans arrêt pour tuer son absence, tuer son aigreur et ne garder que le soleil de leur amour et l’espoir de son retour. Et puis Lucien, le fils qui a grandi sans père, Lucien qui n’a pensé qu’à ça avoir un vrai père, qui s’endormait en priant qu’il revienne, qui s’endormait vite comme l’éclair pour se retrouver avec lui dans les sillages de ses rêves. Lucien dont la maman ressassait l’existence et l’amour d’un père absent. Lucien et sa béance, orphelin d’un père qui a choisi de partir. Je vous laisse lire les mots de Lucien à son père, je vous laisse sa parole exprimer sa douleur, et peut-être un peu de la vôtre : 

« Toute ma vie papa, toute ma vie j’ai rêvé de te retrouver. Je n’ai pensé qu’à ça. Jour et nuit. Et quand j’étais petit, maman me lisait une histoire le soir, et moi, je n’avais qu’une hâte, c’était de m’endormir vite, vite, vite, et d’être avec toi, dans mes rêves. Et puis le matin, je me réveillais et j’étais toujours seul. Seul.»

Il y en a d’autres des personnages, des caractères survoltés de votre nouvelle famille mais je vous laisse les découvrir patiemment. Et les chérir d’avance. 

Mais voilà, que fait-on quand sa famille est mutilée? Quand son père décide de partir en Argentine pour vivre un amour frivole sans penser à ceux qui restent désemparés et détruits ? 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère et un grand bordel, je vous laisse faire connaissance avec une autre famille qui vous ressemblera de près ou de loin, et qui vous fera comprendre, puis accepter les mystères, les silences et les mensonges de la vôtre. On ne sait jamais tout d’une personne. On ne sait jamais tout d’un départ, d’une pulsion, d’une tragédie. Et c’est peut-être pour ça, que votre étrange famille, il faut accepter de ne pas la comprendre intégralement, pour la comprendre enfin. Vous savez, c’est comme lorsque l’on se trouve face à un tableau désordonné, dont on accepte l’apparente inconsistance. Et que, par cette acceptation, au delà de la résignation et bien plus proche de la résilience, on finit enfin par comprendre ce tableau, son bordel, son trop-plein et ses non-dits car on les fait siens. Et c’est alors qu’on pardonne, car on accepte enfin l’inacceptable et l’inéluctable, l’inexplicable, le côté « tiens, prends ça dans ta gueule » de la vie. 

Alors, Bookiners pour qui pardonner est une drôle d’injonction, essayez d’accepter davantage de ne pas tout comprendre mais d’accepter quand même. Faites-le au moins pour vous seul. Il faut être égoïste parfois, pour avancer. 

Je ne vous dévoile pas tout alors je me tais bientôt, mais avant ça, je voulais vous dire que Lucien, vous savez le père de Paul et Sarah, et bien Lucien se retrouve au chômage du jour au lendemain. Licencié d’une société d’imprimerie dans laquelle il a gravi les échelons pas à pas. Et puis un jour, plus rien. Néant. Carton. Lettre d’Adieu. Silence. 1 an, 3 mois et 18 jours allongé devant la télé, avachi comme un coussin dégonflé, Lucien est immobile et apathique. Une larve paternelle. Et puis un jour, il décide, comme ça, pour rien – ou plutôt pour tout, mais je me tais – il décide de ressusciter et d’aller courir, tous les matins, comme un forcené. Puis il décide se mettre à la danse classique. Il décide de réaliser son rêve, celui de l’enfant qui a attendu toute sa vie, ou bien celui de l’adulte qui décide de reprendre les rennes de son héritage génétique et d’honorer enfin et son père et sa mère, en dansant comme une étoile. Vous savez enfin le pourquoi du comment de ce titre fantasque. 

Je m’en vais, en vous précisant enfin, Bookiners que ce roman vous fera sourire, oui, vous, Bookiners avares en contorsions buccales et en doux rires tendres, car il a ce quelque chose de cocasse et rocambolesque. Et j’ai souri comme une enfant, avec mes trois valises, mes Haribos, mes popcorns et mon piano, dans la gare de Lyon Perrache sur une chaise caca d’oie, en face des toilettes et des portes courant-d’air au froid indécent. Et j’ai souri et j’allais mieux. Et vous aussi, vous irez mieux. Et c’est comme ça, et c’est tant mieux. Et je m’en vais pour de bon. Mon bus pour Barcelone vient d’arriver, il est 21h15 piles et j’ai 15h de trajet qui m’attendent, mais je suis vivante, et vous aussi. 

Allez, dansons !

Doux baisers des étoiles, 

PS : si vous désirez commander ce joli roman feel good, go ahead, c’est juste en dessous ! Hourra ! 

 

Mistral perdu | Isabelle Monnin

Mistral perdu | Isabelle Monnin

 Lundi 2 Octobre, 2017, 10h00

émoticône dialogue texto sms– Comment se passe ta journée mon ange ? 

– Je suis en cours de finance, capitalisation boursière, valeur actuelle nette et Béta. Ça pourrait aller mieux, je pourrais écrire des chansons, je pourrais galoper vers mes rêves et me noyer dans notre amour. Mais ça va, en vrai, c’est intéressant. 

– Ah ouais ? 

– Oui, ça va, et puis mon prof est un golden boy. Il s’appelle Fahmi, jean Levi’s délavé, petites derbies serrées, veste blazer, teint hâlé, doré comme les soleils levants du Maghreb, les yeux sûrement aussi noirs que ceux de Solal de Belle du Seigneur. Ça passe mieux la valorisation boursière quand t’imagines ton prof dans ton lit. Ahahahah ! On-a-dore ! Evidemment je ne te parle pas des moments très gênants où il m’interroge et me sort de mes rêveries érotiques.  Et toi ? 

– J’aimerais prendre l’air, respirer ma jeunesse, retrouver mon ivresse et m’enivrer de vivre. Mais je n’y arrive pas. Je crois perdu la légèreté de l’enfance. Je la cherche partout sans succès. Mon visage a gagné des ridules d’adulte sous les yeux à force d’avoir peur de mes rêves.

– Ah. Mon ange, au risque de me répéter, ne fais pas de ta vie un sursis, une prison dans laquelle tu vois tes rêves te filer entre les doigts, à travers des barreaux créés de toute pièce par toi-même. Pense à Nicolas, pense à tous ceux qui sont partis si jeunes, et surtout, n’attends pas que ta vie commence, car l’attente peut durer longtemps. 

– Mais comment je fais, pour honorer les morts et faire partie des vivants ? 

– Vis. Sans retenue. Vis sans béquilles. Projette-toi plus grande que toi-même, imagine-toi au-delà de tes peurs, et ça ira mon ange, promis.

– Je te fais confiance. 

– On y arrivera ensemble. Pinky Promise. De toute façon, l’âge adulte n’est pas une sinécure. C’est une putain d’entourloupe, et Benjamin Button est une fiction. 

– Ahahahahah. Tellement vrai ! 

– Je lis Mistral Perdu en ce moment. C’est un livre hanté, enfin non, habité. Habité par nos peurs, hérité de nos rêves, irrigué des enfances de nos parents, de la notre qui se faufile, du monde d’hier, et d’une profondeur vertigineuse. Je le lis dans le métro, et ça apaise mes peurs qui tanguent de gauche à droite, et parfois ça berce mes rêves. Je ne sais pas vraiment comment t’expliquer, mais je vais te l’offrir.

– Incroyable. 

– Mais au début j’ai détesté. Je trouvais que le roman se regardait trop écrire, dans une sorte de contemplation de l’hier et de la nostalgie du bonheur. Il y a dans ce roman une langueur qu’il faut apprivoiser et une dimension réflexive qu’il faut prendre avec soi, sans juger. 

– Je comprends totalement ce que tu veux dire. Bookiners, il est tôt, je sais, mais Peanut Tat a fait une trouvaille qui risque de vous ravir. Venez tout près de moi, je crois que c’est important. 

Dimanche 21 Janvier 2018, 23h53

Si vous savez compter aussi bien que moi, Bookiners, vous saurez qu’il m’aura fallu plus de trois mois pour vous livrer ce roman. Le temps s’effiloche plus vite qu’on ne se l’accorde. Et puis les mots, pour dépeindre la douleur de la douleur, ça ne se presse pas. Mais mon cadeau est là, il vous attend. Au milieu des rires et des carillons de la Mélodie du Bonheur que ma mère et ma sœur regardent et re-regardent inlassablement, je pense à vous, et j’explore notre jeunesse qui se déploie, notre vie qui prend ses aises et le temps qui galope. Je vous écris. Et j’éprouve de la difficulté à retranscrire cette drôle d’intensité qu’esquisse en douceur Isabelle Monnin dans Mistral Perdu, ou les évènements. Si vous avez déjà succombé à son charme ou que vous faites confiance à mes goûts de Peanut, alors hop, vous pouvez commander Mistral Perdu, ou les évènements en cliquant sur le roman juste en dessous. 

 

Au risque de vous dérouter un peu, je vous offre un petit bijou musical signé Alicia Keys Distance and Time pour vous accompagner dans les décombres de ce roman-chronique aux vies qui vacillent. 

J’aurai pu choisir une chanson d’époque, puisque ce sont sur les années 80 qu’Isabelle Monnin s’épanche davantage, mais pour moi, Distance and time apaise l’effluve des tragédies qui parsèment son roman-héritage et ses mots incandescents. 

Avant les ruines d’un monde disparu, il y a la jeunesse insouciante des années 80, la chaleur du bitume sous le soleil paëlla des vacances de juillet. La Renault 5 jaune citron de maman, le break de papa, les convictions politiques des parents de gauche qui scandent les conversations du soir, les espoirs de la Gauche,  les victoires des Gauches, la voix de Michel Drucker, le son des 33 tours, et le génie Gainsbourg qui tonne son Comic Strip en rythme et désinvolture. Avant les ruines, il y a tout ça. Les années 80, une famille ordinaire de la classe moyenne à l’élan Mitterand, et deux sœurs qui sont la lune et le soleil, l’une pour l’autre, fusionnelles et gondolées de fous rires et d’amour. 

Il y a, en d’autres mots, une génération, 

« Un ailleurs tressé de souvenirs »

qui se dessine sous la plume d’Isabelle Monnin – peut-être le vôtre Bookiners ou peut-être, comme pour Héloïse et moi, l’ailleurs de nos parents. Il a ce côté lumineux des années d’insouciance, ce quelque chose qui habite et ranime. Alors, Bookiners pour qui la solitude dépeuple vos journées pour peupler votre petit cœur, lisez ce roman, il insuffle, égrène, rabiboche et ressuscite tout un monde, toute une génération qui vit en nous de près ou de loin, par ses mots mosaïques, dans un râle chaud et rassurant, qui, malgré l’amertume mélancolique qu’il distille, nous enveloppe d’un halo paisible. Vous serez habité par cette œuvre qui porte dans une densité souple, légère et tenace, la douleur, la joie, la chiale, les rires, les courses en retard, les compte à rebours, les rêves déchus, les trains loupés, les actes manqués, les morts et les vivants. Dans un même mouvement. Et être habité, c’est n’être plus jamais seul. Vous me remercierez plus tard Bookiners esseulés, mais maintenant, j’appelle ceux dont les rêves ont disparu avec leurs dents de lait. 

Bookiners qui ne rêvez plus, oui, c’est vous que j’appelle avec bienveillance parce que c’est votre jour de chance. Je vous demande de vous rappeler avec violence que rêver est un impératif catégorique. De ceux dont on ne se dérobe que par la mort sous peine de commettre un crime et un sacrilège. Lorsque vous lirez Mistral Perdu qui se tisse comme une épopée universelle et comme un journal intime, vous verrez, sur les limons de l’enfance de ces deux sœurs qui s’aiment à la folie, que rêver c’est marcher sans frontière, que rêver c’est déplacer les barrières du réel et lui redonner les lumières qu’il perd en chemin. Les filles avaient 

« Leur monde hérissé de rêves »

Jusqu’au jour où le soleil meurt, pour laisser à ceux qui restent 

« Des corps sanglots.»

Il n’y aura les perles de son rire que dans les souvenirs de la sœur qui reste. Et la sœur qui part a 26 ans. Et la sœur qui part voulait devenir actrice. Et la sœur qui reste s’endort avec des trous, et depuis ce jour 

« Même les nuits ne dorment plus. »

Et la sœur qui part aura eu le temps de rêver, mais pas le temps de réaliser les rêves de sa vie. Et la sœur qui reste devient journaliste et écrivain, comme dans ses rêves les plus fous, enjambant les peurs et les qu’en-dira-t-on, les « orientations Viactive »  et les chemins tous tracés. Et ça remet les pendules à l’heure et la procrastination là où elle devrait toujours être : au placard. Et ça fout la chaire de poule et la rage au ventre, parce que tout peut se déchirer plus vite que les rêves qui nous animent. Et c’est notre fardeau de vivant de rêver pour ceux qui sont partis, de vivre aussi pour ceux qui ne vivent plus. 

« A quelle idée s’accrocher si tout est si fragile ? »,

nous demande Isabelle Monnin. Je vous réponds Bookiners, qu’il faut s’accrocher à ses rêves et courir à leur trousse pour les attraper avant que le glas ne sonne, imprévisible et impitoyable. 

Dans cette chronique en 8 actes, vous comprendrez, Bookiners, le monde qui vous entoure en plongeant dans celui d’hier avec une lucidité existentielle, un quelque chose de philosophique et réflexif. Une vibration sépia comme un paysage qu’on reconstruit tout en dentelle. Vous vivrez la revanche des Gauches lors des élections Mitterand, vous apprendrez comme nos peurs se justifient dans les théories déterministes de l’après 30 Glorieuses, les espoirs et les désillusions de la France Méritocratie, vous témoignerez de l’arrivée du Minitel, vous oscillerez entre la création du revenu national minimum de Michel Rocard, les discours bien-pensants-pleins-d’espoir des parents de la classe moyenne qui persuadent leurs enfants que plus les études sont longues plus les CDI sont sécurisés et garants du bonheur, vous écouterez les chansons-chroniques-révoltes de Renaud. Vous comprendrez, le visage rivé sur notre/votre héritage que 

« Le monde n’est pas sagesse, il échoue à ne pas transformer le chagrin en haine »

Puis vous verrez la gauche qui vacille et les vacillants qui s’accrochent aux branches qui écument le sol, agonisants et frustrés, et alors vous comprendrez et le monde, et, que 

« Les convictions durent plus longtemps que la réalité »

C’est tout un monde qu’Isabelle Monnin convoque sous nos yeux, et c’est tout ce monde qu’elle nous donne à appréhender, par petites touches, jusqu’au notre, jusqu’à nos tragédies quotidiennes et imminentes, jusqu’à Michel Drucker, qui toujours, relie d’un seul trait ses années d’insouciance et nos années d’inquiétudes. C’est un roman qui s’épanche, sur le voile de notre passé, pas comme une posture mais comme une inclination de la mémoire et du cœur. Et alors, vous comprendrez davantage le monde qui vous entoure car vous en goûterez les saveurs qui en sont à l’origine. 

Ma revue est bientôt terminée Bookiners, mais avant, j’aimerais que nous fassions une grosse petite place chaleureuse aux Bookiners qui ont perdu un être cher. Isabelle Monnin est des vôtres, douloureusement. Et son écriture douce, aérienne et éthérée pansera vos plaies de ses murmures bienveillants. Le roman s’esquisse avec un leit motiv lancinant « nous sommes deux » qui, se déclinant tout au long du voyage évoque l’indéfectible relation fusionnelle d’Isabelle et de sa sœur, jusqu’à devenir un refrain estropié, déchu : 

« Nous est morte, vivre n’existe plus et le chagrin est une maladie longue »

C’est sa sœur qui disparaît dans un souffle, brutalement, à l’âge de 26 ans et qui laisse 

« Le silence bourdonner son absence. » 

Et la tristesse se déverse comme une pluie diluvienne, peuplant chaque endroit de sa vie, annexant tous les territoires : 

« Elle meurt. Et toute ma mémoire fait cendres avec les siennes. Et je n’ai rien compris, et je suis morte aussi. »

C’est la mort qui donnera ce roman Bookiners. La mort de l’âme-sœur et la mort du fils. C’est l’absence qui se transformera en une autre forme de présence à travers l’art, la commémoration et la mise en mot. Et comme si ce n’était pas assez, après la sœur, le nouveau-né de celle qui reste meurt à son tour, avant d’avoir goûté au printemps. 

« Nous sommes Novembre, toutes les dates sont des tombes et je meurs une deuxième fois »

Alors quand tout s’effondre, que tout le monde s’en va, on pleure au sol, on pleure sur les nuages et le cœur pèse trop lourd. Et puis, au milieu des décombres, on sent leur présence venue d’ailleurs, on devient la douleur, les silences, les souvenirs, et : 

« On devient tous nos absents » 

Car ils se glissent en nous sous une forme particulière pour nous insuffler la force que leur mort voudrait nous ravir. On devient tous nos absents parce qu’ils ne sont pas tout à fait morts, ils se réincarnent dans nos cœurs et dans nos mémoires pour nous habiter pour toujours. 

Isabelle est une rescapée, une balafrée de la vie qui porte sur ses joues les cercueils des aimés, et parce que la vie aime avoir le dernier mot comme elle l’entend, elle est toujours vivante. Elle n’est pas morte de chagrin, elle vit avec. Et dans cette vie qu’elle supporte, elle a écrit pour ceux qui l’ont quitté et ce même quand elle pensait que les mots n’existaient pas pour dire la béance. Et pourtant, dans ce roman, elle a noté :

« Le bruit que fait l’avenir quand il vous lâche »

Elle a écrit sa douleur jusqu’à la transcender, la rendre création, réceptacle et luciole dans l’obscurité. 

Puis, elle s’est laissée surprendre à sourire, encore, comme si la vie lui disait que la beauté l’attend pour les jours d’après :

« Dans ce décor d’apocalypse, j’invente des petites collines riantes, elles dansent au dessus du désastre. Attraper la joie dès que possible. Etre triste et joyeuse dans la même seconde, c’est une sorte d’entièreté retrouvée. Mon sourire tremble un peu, et ça dégouline sous mes paupières. »

Et alors, ce roman qui ne semblait que débris et décombres, devient ode et hommage à ceux qui partent et à ce qui reste. La vie est toujours là, droite dans ses bottes, à nous chuchoter que le bonheur revient toujours, et que le bonheur triste n’est pas un oxymore. Bookiners qui perdez espoir, ces deux derniers paragraphes sont pour vous. Oui le soleil parfois s’égare, c’est sa façon à lui de faire sa révolution.  Mistral Perdu sera, votre baume d’espoir dans vos parcours de combattants Bookiners. 

Vous savez désormais qu’après les ruines demeurent les vestiges que les cœurs gardent au chaud dans leurs souvenirs. 

Je vous embrasse avec tendresse, 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

 

La différence invisible | Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

La différence invisible | Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

Lundi 24 juillet 2017, 12h20

– Alors bébé c’était comment ton premier jour au resto le Mini palais ? 

– Le Mini Palais, mon ange, c’est l’armée. Lorsque j’ai le malheur de marcher un  peu plus lentement qu’il ne faut, le directeur me prend par le tablier, table du poing jusqu’à en perdre ses lunettes, et ensuite, il me donne un avertissement. Au bout de 3, mes jours de repos de la semaine sautent. Ce n’est pas une blague. Aujourd’hui, j’ai bossé de 9h à 19h30 avec 25 minutes de pause. Mes Repetto sont déchirées, je ne sens plus mes orteils et mes plantes de pieds crient « à l’aide ». Pour me détendre, j’ai installé Tinder. Depuis, j’ai les larmes aux yeux. C’est comme si on avait regroupé sur la même plateforme tous les chacals en chaleur de l’humanité. Je me sens pas bien, je t’assure, ça me fout le cafard. 

– 😂  En même temps tu t’attends à quoi en allant sur Tinder ? A trouver un mec inspirant qui te fasse vibrer, frémir, pétiller, aimer? 

– Bah, en réalité, oui, c’est ce que je pensais. Si ça continue, à ce rythme je n’aurais jamais d’enfant avant 35 ans. Alors que moi, je fais une joie d’être maman, quoi. Mais là, time is running out, mes hormones vont décrépir avant que je leur en donne mon autorisation, et mes futurs bébés ne vont pas être jojos. Un oeil en trop, 7 doigts, 3 paires de fesse et le sourire de travers, t’imagines? Olala, je me sens pas bien. 

– Tu sais que si tu as un enfant moche, tu ne t’en rendras pas compte. 

– Bullshit. Je suis sure qu’un parent sait. Maman par exemple, quand je m’enlaidis, elle me prévient. Donc trust me, les parents savent. 

– Mais, si tu as un bébé moche tu l’aimeras quand même non ? 

– Oui, oui, bien sûr, mais c’est pas moi le problème, c’est les autres. Moi je lui donnerai tout mon amour à mon baby, pour sûr. Mais les autres? Bon, il va s’en dire que si quelqu’un me supplie de prendre mon bébé moche, je le lui donnerai, hein? Ahahaha! Non, non, je plaisante! 

– Tu es monstrueuse 😂 !!! Non mais sérieusement, ce qui me fait vraiment peur à moi, c’est d’avoir un enfant handicapé. Je vois ma tante avec mon cousin de 15 ans qui a un léger retard mental, c’est un boulot à plein temps on ne se rend pas compte. Le plus terrible, c’est qu’elle est tout le temps inquiète pour lui: est-ce qu’il saura vivre seul un jour ? Est-ce qu’il connaîtra l’amour? Est-ce qu’il pourra être heureux ? 

– Ne m’en parle pas, j’y pense très souvent, ça me donne la chair de poule. Comment peux-tu continuer à mener ta vie lorsque celle de ton enfant, celui ou celle à qui tu as donné la vie est tendue sur un fil, vulnérable et fragile? 

– C’est sûr que ta vie bascule, forcément. Tu sais qu’il y a encore des handicaps méconnus ou peu reconnus en France, je te raconte pas le combat que les personnes concernées doivent mener pour se faire accepter. 

– Ah ouais, genre quoi ? 

– Ben genre des handicaps (presque) invisibles : je viens de lire une super BD écrite par une jeune fille atteinte du syndrome d’Asperger, c’est une forme d’autisme, et elle n’a été diagnostiquée qu’à seulement 27 ans !! 

– Ah bon ? Mais attends c’est quoi le syndrome d’Asperger ? Si elle a été diagnostiquée si tard c’est qu’elle ne devait pas vraiment en souffrir, si ? 

– Si justement. Le mieux c’est que je vous raconte cette BD, à toi et à nos Bookiners. Elle m’a aidée à comprendre certains esprits meurtris, fatigués de devoir s’adapter à ce que la société impose comme une vérité absolue, un comportement à adopter. Ca ouvre les yeux, à nous tous, et ça vaut pour tout le monde.

– Les Bookiners et moi t’écoutons mon ange.

Pour découvrir cet ouvrage, je vous propose d’écouter ce morceau de Jon Brion. La douceur de ses notes est à l’image du cocon dans lequel Marguerite ne peut s’empêcher de se réfugier pour échapper au monde qui l’effraie. 

Theme – Jon Brion 

Au premier abord, rien ne distingue Marguerite des autres. Mieux : elle a tout pour elle : jolie, embauchée, maquée, elle ne manque de rien. Pourtant, Marguerite se sent depuis toujours différente, décalée du monde qu’elle observe sans s’y sentir à sa place. Ses gestes sont répétitifs, proches de la manie, les bruits du quotidien l’agressent, les discussions ou les rencontrent l’angoisse intensément. Pour tenir, Marguerite a besoin de repères, d’habitudes. Elle ne respire que lorsqu’elle est chez elle, dans son cocon, en compagnie de son chat, son chien et de ses livres (tiens tiens, alors comme ça, les livres réconfortent?!). 

Parce qu’elle pense ne pas avoir le choix, Marguerite ne s’écoute pas. Pendant 27 ans, elle s’efforce d’être celle qu’elle n’est pas vraiment. Pour faire comme les autres, la jeune femme se force à sortir pour faire plaisir à son copain, à travailler dans la souffrance, à faire comme si de rien n’était. Pour rentrer dans le rang, elle met de côté ses aspirations profondes, ses vrais désirs, ses grandes envies. Sauf que Marguerite s’épuise. Son coeur est en mille morceaux. Bookiners qui perdez de vue vos rêves, vous qui repoussez d’un revers de la main le chemin que vous indique votre coeur, vous qui faites taire le petit enfant au fond de vous qui s’égosille pour vous rappeler qui vous êtes, lisez vite cette BD. Elle vous aidera à ouvrir les yeux, elle vous apprendra à être en accord avec vous-même. Sachez que personne ne peut être en résistance avec soi-même éternellement. Nul n’est censé l’ignorer, et pourtant combien de gens se trompent de vie ? Combien de personnes vivent la vie que l’entourage lui a voulu ? Combien d’individus connaissent des craquages existentiels ? J’en ai connu un bookiners, je ne le souhaite à personne, mais j’ai eu la chance de connaître cette dépression à 24 ans. Comme un rappel à l’ordre, mon corps, ma tête, m’ont remis sur les bons rails de la vie avec la littérature. 

Marguerite consulte plusieurs médecins pour tenter de comprendre ce qu’essaie de lui dire son coeur. Elle découvre que le handicap s’est invité à sa table. Marguerite est diagnostiquée autiste Asperger. Les symptômes de ce handicap correspondent à tous les facteurs qui rendaient la jeune fille absente et différente de son monde. Non, ce diagnostic n’est pas un drame. Au contraire, cette nouvelle est un grand soulagement pour Marguerite, elle est le x qui manquait à l’équation, elle est l’autorisation (tant attendue) d’être enfin elle-même. 

Bookiners handicapés, bookiners confrontés au handicap. Comprenez grâce à cette BD que loin de n’être qu’un facteur de marginalisation, l’autisme Asperger (et peut-être d’autres formes de handicaps) peut être bien vécu par celui ou celle qui l’accepte. Accepter son handicap signifie, dans le cas de Marguerite, avancer avec ses forces et ses faiblesses, ne plus se plier aux normes sociales qui la torturent, l’humilient, et la consomment à petit feu. Pour apprendre à s’écouter et à se préserver, Marguerite doit se battre. Car en France (contrairement aux pays scandinaves par exemple), il est encore très difficile d’être autiste: ses amis, son copain, son boulot n’y comprennent rien et ne cherchent pas à comprendre : si Marguerite a deux bras deux jambes, qu’elle sait parler, travailler et faire les tâches du quotidien, c’est que tout va bien. 

Marguerite ne baisse pas les bras, s’informe autant qu’elle peut sur l’autisme, elle se reconnaît chez d’autres gens comme elle, elle rencontre d’autres personnes plus ouvertes (comme la libraire qui lui a dessiné cette BD); elle se reconstruit pas à pas, apprend à se plaire à elle-même, et entreprend même de raconter son histoire à tous.

Pour vous, Bookiners en manque de confiance, cette BD saura vous parler et vous réconcilier avec vous-mêmes. J’ai été très émue par ce témoignage de courage, d’acceptation de soi, d’une identité propre. Cette BD est un vibrant plaidoyer pour toutes ces personnes, vous, nous, enfants, ados, adultes, considérés comme « différents » aux yeux d’un monde froid et plat. Qui que vous soyez Bookiners, vous avez toujours le choix de vivre la vie qui vous convient et de vous réconcilier avec toutes vos particularités. Ces particularités, cultivez-les, savourez-les, elles sont votre richesse, le monde serait bien triste sans elles ! 

Bonne lecture mes Bookiners,

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une | Raphaëlle Giordano

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une | Raphaëlle Giordano

20 Avril 2017, 9h45 

– Tragédie mon ange.

– Oh mon dieu que se passe-t-il ?

– Au bord du gouffre, au bout des mots.

– Ne me dis pas que tu as déjà mangé 45 cookies de chez Prêt-à-manger ou que tu es encore partie de chez toi sans culotte 😂 ?

– Pire. Je viens de commencer Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. C’est écrit dans un français du 22ème siècle. Bisounours et tutti quanti. Le monde va mal. 

– Ah oui, ce livre rose et bleu surmédiatisé ! Il me poursuit à chaque bouche de métro. Je n’en peux plus.

– Je ne l’ai pas acheté hein, je l’ai volé à ma sœur !

– 😂

– Bon, je vais le terminer en 2 heures, ça va être vite vu! A tutti mon ange.

– Ok. Je te préviens on arrête le sucre demain !

– Mais on est le 20. On ne peut pas arrêter au milieu du mois, c’est illégal. Commençons le 1er Mai !

– Ok! A tutti honeymoon.

20 Avril 2017, 22h00

– J’ai adoré. Wow. Ce livre, toutes les nanas devraient l’acheter, le surligner, le relire, et l’appliquer. Wow.

– #schizo.fr

– Hélo, je te jure que ce n’est pas une blague. Bon, je suis peut-être allée un peu vite en besogne. J’ai jugé le livre avant de l’avoir terminé et c’est mal. Alors oui, ce n’est pas de la littérature du tout. Parfois, on dirait que la nana a écrit dans ses toilettes. Mais c’est un livre génial. Nécessaire. Rassérénant. Important. Camille, le personnage principal, c’est toi, c’est moi, ça pourrait être nous tous et toutes, avec ou sans le mari et le bambin.

– Wow, tu me vends du rêve, ne nous déçois pas ! On t’écoute.

 

He still loves me – Beyonce & Walter Williams

Si vos rêves sont passés à la trappe dans les turbulences du monde, et les désirs des autres, Ta deuxième vie commence va vous guider vers le chemin qui mène à vous-mêmes et à vos envies les plus enfouies. Ne soyez pas gênés, ne soyez pas honteux mes Bookiners, s’oublier et oublier ses rêves, c’est la chose la plus facile qui soit. On trouve toujours une raison pour s’interdire d’être heureux. Vous savez, quand j’ai terminé mes études, j’avais peur d’assumer les rêves qui grouillaient en moi. Je ne voulais pas les entendre. Enfin, comprenez-moi, « qu’allais-je dire à mes amis Facebook? Et à moi-même aussi? ». Dans ma tête, Tatiana, diplomate, ça sonnait mieux que Tatiana, chanteuse qui essaie d’en vivre. Et puis, étudier la philosophie politique à Cambridge, ça donne libre champ à la société, à votre entourage et à votre ego de vous élaborer une carrière dans la diplomatie, la politique, les organisations internationales, « avec certitude ». Je n’ allais pas gâcher le rêve de mes parents, de mes amis et de mon ego, de faire de moi la version basanée de Christine Lagarde, si? Alors j’ai fait comme si. Jusqu’au jour où j’ai vacillé. Vertige. Arrêt sur image. Arrêt sur ambition. Comme Camille, notre héroïne, j’avais le vague à l’âme. Je souffrais, vous souffrez, peut-être aussi, de « routinite aigüe », parce que j’avais oublié mes rêves, ma raison d’exister.

Je ne connais pas votre âge, mais Camille, elle, a 38 ans. Consultante dans un grand groupe, elle a « tout »: un mari, un fils, un CDI, un appart, quelques amis et un prêt qu’elle a les moyens de rembourser. L’ Eldorado, quoi. Eh bien non. Elle n’est pas heureuse car elle ne vit pas ses rêves. Comme nous, comme vous peut-être, Camille a construit sa vie à travers les exigences et les désirs des autres, de la société, de sa mère qui l’a élevée toute seule et la voit un peu comme une revanche, et peut-être un peu de son ego. Et pourtant, au-delà de la perfection apparente de sa vie, quelque chose cloche: Camille a perdu son essence, son moi intérieur. Elle a cessé de s’écouter. Un soir, journée de merde, Camille se perd dans un village au bout du monde. Il faudra que sa voiture tombe en panne au fin fond de cette banlieue parisienne pour que Camille croise le chemin de Claude, et par la même occasion, retrouve le chemin de ses rêves enfouis. Si vos rêves sont passés à la trappe dans les turbulences du monde et les désirs des autres, ce livre vous ouvrira les yeux, les oreilles et le coeur. Il vous donnera la force qu’a trouvée Camille pour embrasser ses aspirations d’enfant. Je ne vous donne pas tous les détails, mais si Camille a changé de vie, vous pouvez vous aussi changer la votre. Pour ça, Claude va vous guider

« Nous sommes ce que nous répétons sans cesse »

Oui, car si vous désirez un mentorClaude Dupontel, le père spirituel de Camille, se fera un plaisir de vous aider à retrouver le chemin du bonheur. Claude est « routinologue », donc, les cas comme vous, nous, ça le connait. Et il est passé par là, lui aussi, la vanité, le bonheur qui sonne faux, les rêves qu’on étouffe, les sourires lasses et le désespoir morne. Il a changé de vie lui aussi. Je vous préviens Bookiners, Claude, c’est tout un programme! D’abord, vous allez lister ce que vous désirez changer dans votre vie. Tout. Les petites choses, comme les montagnes. Comme moi, vous allez tout vivre avec Camille, entendre la voix chaude de Claude écarter vos doutes et vos peurs, appliquer ses techniques, rire avec lui, renaître. Dans cet élan, vous allez aussi apprendre à vous regarder, à vous écouter, à vous aimer.

« Le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur »

Si votre confiance en vous s’est égarée et que vous n’aimez pas beaucoup votre joli corpsClaude va vous montrer comment faire. Premièrement, regardez-vous avec gratitude. Puis apprenez à vous sourire de l’intérieur et à vous apprécier. Vous allez voir, ce sera Saturday Night Fever dans l’estime de vous-même! Votre corps vous dira « merci » et le regard des autres deviendra bienveillant, attiré par votre aura. Ensuite, si vous voulez changer des petites choses en vous, il va falloir les changer une fois pour toutes! Claude n’aime pas les va-et-vient. Perdre ses kilos en trop, oui! S’en plaindre en mangeant des Kinders Bueno à chaque pause, non! Vous comprendrez d’ailleurs que tout ça, les kilos, les cicatrices, les ridules, c’est secondaire. Ce qui est primordial? Le regard que vous posez sur vous et l’énergie que vous dégagez. Claude vous fera faire le test, vous allez vous surprendre!

Dois-je préciser que si vous cherchez le soleil comme on cherche l’espoirTa deuxième vie inonde de soleil. Ce livre est un manuel de vie et d’espoir. De changement de vie. C’est un livre pour ceux qui croient être dans une impasse, pour les moroses, pour ceux qui respirent en apnée et pour tous ceux qui veulent donner un sens à leur existence.

Si je pouvais vous offrir un livre, croyez-moi, celui-ci serait dans le Top 10. Il serait une piqûre de rappel à ceux qui doutent et qui s’oublient. Les rêves ne sont pas faits pour dormir debouts, mais pour être réalisés. Et c’est important de toujours s’en rappeler, de se battre tous les jours pour qu’ils s’immiscent dans notre réalité et qu’ils deviennent « notre » réalité, car, comme dirait Claude et l’Abbé Pierre:

« Nous avons autant besoin de raisons de vivre que de quoi vivre ».

Lisez-le mes Bookiners, et dites-moi comment il vous a aidé. J’ai hâte de lire l’émerveillement dans vos mots doux.

Tendres baisers,

 

 

 

 

 

 

 

 

La fenêtre panoramique | Richard Yates

La fenêtre panoramique | Richard Yates

Lundi 3 avril 2017, 10h45

– Hélo, j’ai peur.

– Hi Tatoo. Qu’est-ce qu’il y a, tu as encore commandé des cuissardes dans lesquelles tu as peur de ne pas rentrer ? 😂 

– Non je déconne pas. J’ai très peur de passer à côté de ma vie. Ca m’empêche de respirer, ça m’empêche de dormir. 

– Tu sais, cette peur, et la réflexion qui la précède te donnent une longueur d’avance pour réussir ta vie. Je t’assure.

– Mais le problème Hélo, c’est que l’idée de rater ma vie me paralyse. Je ne suis même pas en mesure de faire un choix, quel qui soit. J’attends Godot et Fatum comme les pigeons sur le bitume: n’importe comment. 

– Bon, l’avantage d’attendre c’est qu’au moins tu évites le mauvais choix 😂 Toi au moins, tu as des rêves. Ton désir immense de percer dans la musique doit être ta feuille de route. Ne la lâche jamais des yeux.

– Mais imagine je ne tombe pas sur la bonne personne ? Imagine que je loupe le coche? Imagine que personne n’aime ce que je compose. Que je suis à côté de la plaque. Ou même, imagine que je devienne aphone. Parfois je fais des rêves où ma voix n’existe plus. Que tout est fini. Qu’il me faudrait mourir à tout jamais pour renaître. Bref, je n’ai pas le tétanos, mais je suis tétanisée. #foutagedegueule.com 😂 

– Malheureusement honeymoon, c’est le fardeau que toute l’humanité porte sur son dos, tu n’auras jamais toutes les cartes en main pour préparer ta vie telle que tu aimerais qu’elle soit dans 20 ans. D’un autre côté, heureusement, sinon on s’ennuierait à mourir. Mais tant que tu ne te décides pas à te lancer, tu risques aussi de passer à côté. De tout. De vivre. D’être heureuse.

– Ok, je n’arrive vraiment plus à respirer tu ne m’aides pas du tout.

– Moi je pense que tu peux toujours reprendre ton destin en main quand tu te sens sombrer. Même si tu fais fausse route parfois, tu ne te noieras que si tu laisses le malheur ou la fatalité terminer son travail jusqu’au bout. Si tu prends les choses comme elles sont avec des « de toute façon c’est comme ça et puis c’est tout », alors, oui, tu rateras ta vie. Autrement, rien est inéluctable. J’en suis certaine. Je vais te faire lire un livre qui décortique cette chute libre. Du début à la fin du roman La fenêtre panoramique tu comprends que c’est toi et personne d’autre qui tient les rennes de ta vie. Si tu loupes le coche, c’est que tu as laissé des situations aliénantes gangréner. Don’t blame it on the sunshine.

– Ok je tremble, mais balance. Bookiners, ouvrez grand vos coeurs et vos oreilles. 

Hymn to the sea – James Horner 

Si vous êtes fatalistece roman vous poussera certainement à réfléchir deux fois avant de penser qu’un choix est décisif pour votre avenir. Vous comprendrez que rien n’est écrit d’avance, que vous seuls êtes responsables de la tournure que prendra votre existence. D’une lucidité dévastatrice et d’une franchise sans compromis, La fenêtre panoramique est sans doute, de tous les romans que j’ai lus pour l’instant, celui qui retrace, avec le moins de complaisance l’échec d’une vie, et son engrenage implacable. 

L’histoire est d’une grande simplicité: un homme (Frank) et une femme (April) se rencontrent à New York après la guerre. Tous deux sont encore immatures et incertains de leur place dans le monde. Elle est enceinte. Ils se marient. Un deuxième enfant arrive rapidement.

April est déjà une équilibriste maladroite sur le fil de sa vie. Elle le sent. Elle refuse d’avoir des pensées étriquées, elle veut respirer le monde pleinement, librement. Elle parvient à faire accepter à son mari l’idée d’aller vivre leur vraie vie en Europe. Pour lui, pour elle.

Mais elle tombe à nouveau enceinte. Ils se persuadent alors de la nécessité de ce banal compromis: une vie en banlieue, alors en pleine expansion. C’est là qu’ils réalisent qu’ils sont piégés dans le cul-de-sac qu’ils ont eux-mêmes bâtis. Frank prend tous les jours le train pour aller travailler à New York dans une entreprise de machines électroniques qu’il déteste. April l’attend à la maison avec les enfants.

C’est une explosion émotionnelle qui commence. Quand April réalise qu’elle est passée à côté de sa vie, ses mots pour Frank ne donnent lieu à aucune déformation, à aucun contresens.

« Alors que tu sais aussi bien que moi qu’entre nous il n’y a jamais eu que du mépris, de la méfiance et une dépendance terriblement morbide de l’un et de l’autre vis-à-vis de nos faiblesses mutuelles… voilà la raison. Voilà la raison pour laquelle je ne pouvais m’arrêter de rire aujourd’hui quand tu as parlé de l’incapacité d’aimer; et voilà la raison pour laquelle je ne puis pas supporter de te laisser me toucher, et voilà la raison pour laquelle plus jamais je n’ajouterai foi à ce que tu penses, à plus forte raison à ce que tu dis… »

Le thème central de l’enfermement de soi par soi m’a heurtée de plein fouet. Yates maîtrise son sujet à la perfection, à savoir le dysfonctionnement d’un mariage. Son écriture est d’une brutale honnêteté lorsqu’il détaille la manière dont le couple du roman exprime son désespoir en s’attaquant l’un à l’autre. Il est tellement simple de passer à côté de son destin. Tellement simple de rater sa vie à une intersection, sur un malentendu.

« La seule faute réelle, l’unique erreur, la seule déloyauté qu’elle pouvait se reprocher, c’était qu’elle l’avait toujours pris pour ce qu’il était, rien de plus. (…) Et simplement parce que, à une lointaine époque de solitude sentimentale, elle avait trouvé facile et agréable de croire tout ce qui passait par la tête de ce garçon en particulier, et de le récompenser de ce plaisir en lui débitant ses propres mensonges faciles, agréables, jusqu’à ce que l’un dît ce que l’autre souhaitait le plus entendre, jusqu’à ce qu’il lui dît ‘je t’aime’. Quelle chose subtile, traîtresse, que de se laisser aller pareillement ! Parce qu’une fois que vous commencez, la difficulté est de s’arrêter; et c’est une difficulté terrible. »

Si vous vous demandez où sont passés vos rêves, l’exemple tragique de la vie d’April devrait vous aider à les retrouver à tout prix pour ne pas connaître le destin de cette femme qui s’est oubliée. Car quand l’échec social du couple devient évident, le drame éclate. April ne se pardonnera pas l’erreur de sa vie. C’est dans son geste final et terrible qu’elle se retrouve pour la première fois en accord avec elle-même. Parce qu’elle s’est écoutée. Parce qu’elle aurait dû s’écouter quinze ans plus tôt.

« Y as-tu réfléchi à fond, April?’ lui disait souvent sa tante Claire en brandissant un gros index déformé par les rhumatismes. ‘N’entreprends jamais une chose sans y avoir réfléchi à fond; mais quand tu y as réfléchi à fond, alors fais-la le mieux possible.’ »

Quand on ferme ce livre, une vérité nous assaille, nous écrase. Nous aurons beau pleurer sur notre sort et regretter les routes que notre vie a empruntées. Nous pourrons en vouloir à la terre entière d’avoir raté notre destin, d’avoir marché sur le chemin tel qu’il se présentait. Mais nous serons toujours les architectes de notre propre prison.

Je vous envie, vous, bookiners qui oubliez trop souvent vos rêves, d’avoir cette lecture devant vous ! 

Tenez, à propos de lecture : 

 

Le grand marin | Catherine Poulain

Le grand marin | Catherine Poulain

Dimanche 28 mai 2017, 19h18

– Chat ?

– Oui bb, je n’ai pas beaucoup de temps pour t’écrire je dois réviser mes oraux de demain.

– Tu n’as jamais rêvé de tout plaquer, de partir au bout du monde, seule, loin de tout?

– Mmmh là je suis seule à Madrid pour passer mes exams, j’en ai déjà marre.

– Non Tatoo, je te parle vraiment de partir loin, très loin de chez toi, pendant longtemps, peut-être même toute ta vie. Tout laisser derrière toi et repartir à zéro. Renaître.

– Tu es en train de m’annoncer quelque chose là? Oh my God tu m’emmènes avec toi j’espère ? On va faire un énorme pot de départ yeay!!

– Mais non, tu sais bien qu’aujourd’hui je suis incapable de partir à plus d’un kilomètre de chez moi 😐. Mais j’y pense quand même parfois. Je me demande si je ne serais pas plus heureuse ailleurs, loin de tout, loin de ma vie. Je me demande quelle personne je serais si j’étais au bout du monde, à complètement changer ma vie, avec des gens, une culture, que je ne connais pas.

– Let me guess : tu viens de lire un bouquin inspirant?

– ☺️ Tu me connais si bien. Je viens de lire Le grand marin de Catherine Poulain, et c’est vrai qu’il m’a pas mal fait réfléchir.

– Ah j’ai entendu parler de ce bouquin je voulais le lire! Il va me plaire tu crois ?

– Mmmh il faut que je t’explique. En fait j’ai un peu peur de te parler du thème du livre, je sais que tu vas pouffer de rire tellement ça n’a aucun rapport avec ce que tu aimes.

– Oula, c’est moi qui ai peur là, vas-y fais-moi rire, ça parle de quoi, d’aviation ? de football? de figurines ? 😂

– En fait, c’est l’histoire de l’auteur qui, à vingt ans, décide de plaquer sa vie en France pour aller vivre en Alaska.

– Jusque là tout va bien…

– C’est là que ça se corse. Elle a décidé de partir en Alaska pour… pêcher la morue noire, le crabe, et le flétan. Le livre parle essentiellement de ses jours et de ses nuits sur le bateau de pêche 😂

– Hahahahahahahahaa hélo j’arrive plus à respirer 😂Mais pourquoi tu as lu ça ? Et surtout pourquoi tu m’en parles ?

– Déjà, parce que la narratrice mange tout le temps du pop corn comme toi. Ensuite, si je dois bien avouer que les techniques de pêche et la découpe du flétan ne m’ont pas transcendée, la force et la philosophie de la narratrice m’ont impressionnée. Je pense surtout que ce livre peut faire voyager et rêver nos bookiners. Je crois que ce bouquin est important pour ceux qui n’osent pas vivre la vie qu’ils veulent.

– Ah alors tu peux m’en parler, ça m’intéresse. Mais tu as intérêt à bien me le vendre pour que les bookiners et moi le lisions 😂. Comment tu sais que je suis en train de manger des pop corn d’ailleurs?! Je me remets à bosser, je te lis après si je ne m’endors pas sur mes fiches 😘

Conquest of Paradise – Vangelis 

Si vous voulez voyager, partir tout au bout du monde là où personne ne viendra vous déranger avec le dossier à rendre demain ou le dîner à préparer, Le Grand Marin a été écrit pour vous. Ce livre, c’est l’histoire d’un élan vital, d’un amour pour l’océan, et d’un amour pour un homme. La narratrice Lili ne nous raconte pas pourquoi elle décide de plaquer sa vie en France. Ce que l’on sait, c’est qu’elle ne peut plus vivre là-bas. Elle ne peut plus vivre de malheur. Alors elle part. Peut-être pour toujours. Ce qu’elle veut, ce qu’elle doit faire, c’est vivre pleinement. Atteindre la frontière du monde. Elle choisit l’Alaska.

« C’est le bout. Après y a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais bien y aller. M’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai. Je saurai bien que je ne peux pas aller plus loin parce que la terre est finie. (…) Après je sauterai, ou je redescendrai pêcher. »

La philosophie du roman est très belle. C’est dans la pêche et dans l’effort que Lili se découvre, qu’elle se dépasse, qu’elle se surpasse, qu’elle vit. La pêche en Alaska est un monde brutal, sans sommeil, sans confort. Mais l’auteur tombe amoureuse de l’océan, du bateau le Rebel sur lequel elle embarque, de son équipage pourtant rustre. Pour la première fois de sa vie, elle se sent à sa place. Ce nouveau monde est le sien.

« On m’avait donné un bateau pour que je me donne à lui. J’étais du voyage et l’on m’avait jetée en route. J’étais revenue d’un monde de rien où tout s’éparpille et s’épuise en vain. (…) Ils étaient vivants, eux, et le sentait à chaque instant. Ils étaient dans la vie magnifique, luttant corps à corps avec l’épuisement, avec leur propre fatigue et la violence de l’au-dehors. »

Si votre confiance s’est égarée, si vous n’assumez qu’à moitié votre existence sur cette terre, alors apprenez à vous connaître et à vous montrer tel que vous êtes, où que vous soyez. C’est une des nombreuses leçons livrées par Catherine Poulain dans son roman. Car Le grand marin, c’est aussi l’histoire d’une femme dans un monde d’homme. Un monde rude, violent, plein d’alcool et de blessures. Seule face à tous, Lili fait preuve d’une force immense. Malgré les railleries, les bizutages, les remarques désobligeantes, c’est là qu’elle est le mieux, en accord total avec ce qu’elle est. Lili ne s’excuse pas d’être une femme, elle ne s’excuse pas d’être là. Quand, après s’être gravement blessée sur le bateau, la femme retourne sur terre, son esprit reste en mer. C’est là qu’est sa vie.

« J’avais trouvé mon bateau, plus noir que la nuit la plus sombre. Les hommes à bord y étaient rudes et larges, ils m’avaient pris ma couchette, jeté mon sac et mon duvet à terre, il criaient, j’avais peur, ils étaient rudes et forts, ils étaient bons, si bons pour moi, ils m’étaient tous le bon Dieu quand je levais les yeux sur eux. J’avais marié un bateau, je lui avais donné la vie. »

Si vous êtes fatalistes, si vous pensez que votre vie est écrite d’avance, inspirez-vous de l’expérience de l’auteur et respirez. Sa vie, Lili la dirige d’une main ferme, mais elle la vit comme une grande histoire d’amour. Ses mots nous poussent à réfléchir à notre propre existence. Où est mon Alaska? Où est ma place? Suis-je en train de passer à côté de ma liberté ? Cette femme est partie, elle a trouvé, elle ne reviendra plus.

Comme nous, comme vous peut-être, Lili avait perdu de vue ses rêves avant l’Alaska, mais elle a la chance de savoir tendre l’oreille au monde qui l’appelait. Elle n’a pas reculé. Depuis, elle chante la splendeur brûlante de sa vie. Elle va jusqu’au bout, tout au bout d’elle-même. La mort n’a désormais plus d’importance, puisqu’elle aura vécu. Par ses lignes, Catherine Poulain sème en nous des leçons de courage, de respect de soi. Sommes-nous aussi libres que nous le pensons ? Sommes-nous assez clairvoyant pour protéger notre individualité d’autrui? Ne sont-ce pas les clés pour rester en vie?

« Les contours fixes de ce monde nous les avons laissés à terre. Nous sommes dans le souffle, qui jamais ne s’arrête. La bouche du monde s’est refermée sur nous. Et l’on va donner nos forces jusqu’à en tomber morts peut-être. Pour nous la volupté de l’exténuement. »

C’est bien sûr dans cette volupté que l’auteur est disposée à rencontrer un autre amour : celui d’un homme. Avec Jude, avec Le grand marin, elle vit un amour maladroit, déséquilibré, intense. Car cette femme ne se perd jamais de vue, même lorsqu’elle est amoureuse. Elle ne disparaît pas derrière son couple. Elle est libre, jusqu’au bout. Mais si Lili s’arrête de courir, Lili meurt. 

« – Tu me laisseras partir? J’aime juste être libre d’aller où je veux. Je veux juste qu’on me laisse courir.

– Oui, bien sûr

– J’suis pas une fille qui court après les hommes, c’est ça que jveux dire, les hommes je m’en fous, mais il faut me laisser libre autrement je m’en vais… De toute façon je m’en vais toujours. Je peux pas m’en empêcher. Ca me rend folle quand on m’oblige à rester, dans un lit, dans une maison. Ca me rend mauvaise. Je suis pas vivable. Etre une petite femelle c’est pas pour moi. Je veux qu’on me laisse courir. »

Ce roman se lit comme une fable philosophique. Il m’a apaisée par sa poésie, sa justesse. Je ressors de cette lecture un peu différente, un peu plus sage, un peu plus souple. Je crois que ce roman doit être lu par vous tous, bookiners en soif de voyage, de rêve, de confiance.  Je vous laisse avec ces quelques lignes mes bookiners, peut-être vous mettront-elle sur la bonne voie de votre propre cheminement : 

« – Mais Joey, pourquoi vous courez tous, pourquoi on court ?

– Tout court Lili, tout avance. L’océan, les montagnes, la Terre quand tu marches… Quand tu la parcours, elle semble avancer avec toi et le monde se déroule d’une vallée à l’autre, les montagnes, puis les ravins où l’eau déboule et s’en va vers le fleuve qui court vers la mer. Tout est dans la course Lili. Les étoiles aussi, la nuit et le jour, la lumière, tout court et nous on fait pareil. Autrement on est morts. »

Une lecture musicale avant de partir ?