Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

sMardi 26 décembre, 2h00 du matin 

émoticône dialogue texto sms– Hiiiii mon Hélo. I miss you. How is Chicago ?

– Honeymoon ! (I miss you more, mais chuuuut, c’est un secret 😉 ). Chicago se porte comme un charme. Elle arbore d’élégantes jambes télescopiques et nues sous l’hiver audacieux. Grattes ciel à perte d’horizon. Et toi ? ton Noël ?

– Nous étions 35 à la maison. Je t’avouerai que même radieux, c’est quand même long Noël en famille. Il faut tenir chaque membre de ta famille au courant de toutes tes turpitudes de l’année et répondre 45 fois aux questions leit-motiv « comment se passe ton master ? » « et plus tard alors, des idées ? » « Toujours pas de copain? » « Ne me dis pas que tu vas finir comme ta cousine Christelle, un appareil dentaire à 30 ans, et le célibat pour robe du soir, c’est pas une vie Tatiana » « L’ESCP est une très bonne école, mais pour faire quoi après ? C’est vaste le Management. » « Pourquoi ne m’appelles-tu pas plus souvent ? » « Téléphone à ton père, c’est Noël quand même » « tes 30 ans approchent, il va falloir nous faire de beaux métisses aux cheveux crépus. » « Pourquoi as tu arrêté le piano, c’est dommage, tu as tout perdu ». « Fais attention à ce que tu manges chérie, les bourrelets ne préviennent qu’après s’être installés ».  Je te passe la litanie entière mon ange, ça prendrait tout un livre.

– Olala l’angoisse. Je t’avouerai que moi aussi je commence à saturer tranquillement. C’est assez fou comme des êtres du même sang peuvent être à ce point aux antipodes, arythmés, syncopés. Sur des planètes opposées dans des directions paradoxales. Je le ressens tous les jours avec ma famille, et les aimer ne fait pas l’affaire. C’est ce qui m’effraie davantage, car je me rends compte que l’amour, parfois ne suffit pas… à combler nos vides et nos différences. C’est fou. Vertigineux.

 – Quelle idée des hommes de faire naître Jésus tous les ans putain. PAIN IN THE ASS

– Hahahaha t’es complètement maboule !

– Je comprends totalement ce que tu dis, et en grandissant, mes intuitions de distance par rapport à ma famille deviennent des certitudes, et je ne sais pas comment m’en dépêtrer. Rester indépendante peut-être et ne rien exiger d’eux, les laisser, et les aimer comme ils sont et établir quand même en pointillés, les limites de notre conformité. Parce que je te jure, à les entendre, on devrait tous penser de la même façon. Ça me tue.

– #Preach !

– Ahahahah ! J’adore quand tu parles en #. Bon. Passons aux choses vitales et sérieuses. J’ai commencé Danser au bord de l’abîme, allongée sur mon nouveau lit, un sommier à ressorts (famille nombreuse, si tu m’entends).

– Ah ! Dingo. Alors ? Heureuse ?

– Dubitative. Ça fait seulement 100 pages que je côtoie Emmanuelle. Son mari, un peu aussi, Olivier. Et puis ce mec à la bouche en cœur, au sex appeal affriolant, Alexandre. Je ne sais pas trop quoi en penser pour l’instant. Langueur, vertige, un soupçon d’ennui, avec quelques relans de sublime, et toujours cette même plume emprunte d’une humanité sans appel, troublante. La vraie. La nôtre. Dans toute sa splendeur et ses contradictions. PAUSE. On en parle de la beauté du titre, s’il te plait. Vertige.

– De 0 à 10 ?

– 7.

– Pas mal ! De 0 à 10 sur l’échelle du roman guérisseur?

– 7 !

– You go girl !

– Je m’endors. Enjoy Chicago chica !

– Jeux de mots douteux.

– Passons.

– Ahahahaha

Mardi 26 Décembre, 10h00

– Bon c’est officiel, j’ai gagné 39 bourrelets, et 20 kilos. Jpp.

– Ahahahah honeymoon, moi j’ai pas le temps de me peser, c’est risqué de se foutre à poil sous – 25°C. Ce n’est pas une blague.

– OMG. Stop.

– Je te jure !

– C’est bien parce que tu risques d’avoir bonne mine en rentrant. Ahahahahah !

– #mameilleurepoteestuneconnassebutwhocares

Mercredi 27 Décembre, 3h00 du matin

– Vertige. Larmes incandescentes. Mon sommier de matelas est creusé par la douleur. Je pleure à n’en plus finir. Magnifique mon dieu, magnifique.

– De quoi me parles-tu mon ange ?

– De Grégoire. De son écriture. Il a un don pour les tumultes. C’est la vie qui jaillit comme une gifle devant tes yeux et dans ton cœur. Je suis bouleversée. J’ai peur de continuer ma lecture. I am overwhelmed. As heck.

– Ok, respire Tat. Les Bookiners et moi t’attendons, prends ton temps.

Ludovico Einaudi – Nuvole Bianche 

Mes chers Bookiners, mes mots sont encore chauds de ceux écrits par Grégoire Delacourt. Je crois que mon cœur est apaisé, même s’il tangue beaucoup. Je dois vous raconter ce qu’est Danser au bord de l’abîme. Je dois vous faire découvrir ou redécouvrir ce roman-tornade, ce roman-turpitudes. Cette vie-tempête. Cette écriture magistrale. Qui soigne et qui apaise. Je vous le dis sans fausse modestie, je ne serai pas à la hauteur. Mais je porte des talons. Qui sait, ils délieront peut-être mon verbe jusqu’à une certaine justesse.

Il va sans dire, doux Bookiners, que publier notre revue en cette période de début d’année n’est pas un hasard. Et si vous preniez la résolution de vous écouter, de soigner vos méandres et de vivre au présent pour 2018 ? C’est vrai, ce n’est pas une sinécure, mais je crois qu’Emma vous montrera comme il est nécessaire de faire de son bonheur un souffle ardent de tous les jours car :

« La vie est la courte distance entre deux vides. On ne cesse de vivre au futur…mais le passé est déjà là. »

Elle s’appelle Emmanuelle. Mais tout le monde l’appelle Emma. Sauf sa maman. On pourrait dire, alors, qu’elle s’appelle, comme la signification étymologique de son nom, «Bonne Nouvelle », Emmanuelle. Mais tout le monde pressent déjà ses vertiges-Bovary. Ses vides et ses ivresses assassines. Alors ils l’appellent Emma. Inconsciemment pourtant. Sauf sa mère-morale et moralisatrice.

Tout se passe comme si nous, lecteurs, nous Bookiners, nous étions réquisitionnés, au tribunal, assis devant Emma. Elle tenterait d’expliquer l’inexplicable. Un décompte vers le déluge. De donner des raison à l’irrationnelle. De nommer ses vertiges, et parvenir, enfin, à justifier la mécanique du désastre, à justifier pourquoi, pour un inconnu qui essuyait ses lèvres roses au hasard d’une Brasserie, elle a décidé de quitter son mari qu’elle aime, ses enfants qu’elle adore, sa vie heureuse et paisible pour vivre des aubes nouvelles et des matins brûlants. Ailleurs.

Nous la regarderions dubitatifs. Nous la regarderions avec ces jugements durs et sévères que nous, hommes et femmes faillibles nous sommes prompts à porter envers les failles de d’autres hommes, et surtout de d’autres femmes. Nous invoquerions la morale, et autres lâchetés pour ne pas agir et vivre las, malheureux et frustrés. Nous tendrions une oreille curieuse mais distraite devant ses désastres en pensant qu’elle l’a bien cherché la colère de ses enfants, la maladie de son mari, la culpabilité qui pousse au cœur et au corps, comme des ronces enracinées, qui viennent de loin pour déchirer ses nuits  et ses silences. Puis elle nous raconterait tout, sa vie, ses vides et ses songes. Son insatiable envie d’aimer jusqu’à trébucher. Ses désirs existentiels. Ses nécessités de femme. Alors, nous pleurerions avec elle, nous partagerions ses larmes, nous deviendrions frères et sœurs de sa quête. De ses ténèbres. De sa chute. Et de sa rédemption.

Bookiners dont l’esprit déraille. Vous n’êtes pas seuls. Il y a vous, il y a Emma, et il y a toutes les versions potentielles de nous-mêmes. Car rien n’est assez immuable pour ne pas dérailler. Même l’amour qu’on porte à ses enfants. Même la morale qu’on porte en nous.

La vie d’Emma pouvait se regarder comme une vie bien ordonnée. Il n’y avait pas de tumultes à Bondues. Il y avait une vaste maison blanche sur le Golf, sans grillages, à côtés d’autres maisons blanches. Il y avait des cendriers Hermès blancs prostrés sur la table basse, avec de petits chevaux dessinés, polis, rouges ou bleus. Il y avait des gros bouquins d’art à côté des cendriers que personne n’ouvrait jamais. Il y avait la sérénité. La tendresse. Il y avait trois enfants, Louis, Manon, Léa. Il y avait un mari aimant, Olivier, depuis 18 ans. Il y a cette famille heureuse, la sienne. Et pourtant, une matinée du 20 Avril, Emma décide de tout quitter, son mari, ses enfants. Pour un inconnu qu’elle a observé longtemps dans la Brasserie André. Pour un inconnu, dont elle ne connaît que la bouche, le désir, et le prénom : Alexandre. En d’autres mots, Emma décide :

« D’inciser à jamais le cœur de ceux qu’elle aimait. »

Emma décide : de danser au bord de l’abîme. Elle décide de renaître.

Après 39 ans de vie sur les rails, la vie d’Emma déraille. Bookiners qui perdez pied, regardez Emma. Vivez Emma. Devenez Emma. Aimez Emma. Et vous réussirez peut-être à sonder les pourquoi, à comprendre les comment on en arrive à ça. Comment on en arrive à quitter tout ce qu’on a construit, tout ceux qu’on aime infiniment, pour le désir, pour le présent, pour le fugace. Pour une possibilité d’infini. Et comprendre, c’est déjà guérir.

Bookiners qui perdez un peu la boule, quelque part entre ciel et terre, regardez Emma, vivez Emma, devenez Emma et aimez Emma, et vous saurez déceler chez vous les premiers symptômes du déluge. Les premiers sons de l’alarme en vous qui vous conjurent de vous écouter, de vous réaliser aussi pour vous même – pas seulement à travers et pour les autres. Écoutez ces sons qui vous assurent avec raison que Vivre pour soi, n’est pas immoral. C’est une injonction. Pour vivre sainement avec les autres et pour aimer à la hauteur, ceux qui vous aiment. Ecoutez vos souffrances, soignez vos vides et vos méandres avant qu’ils ne torpillent votre bonheur car :

« Nos souffrances ne sont jamais profondément enfouies, nos corps jamais assez vastes pour y enterrer toutes nos douleurs. »

La souffrance d’Emma venait de loin, du profond de ses entrailles, elle venait de ses faims, de ses quêtes et de son feu non consumé. Elle venait de sa mère et de son austérité, de la société et de sa médiocrité. Et de toutes ses lâchetés accumulées, puisque :

« Les mères nous apprennent la patience, cette cousine polie du renoncement, parce qu’elles savent qu’entre le désir et l’amour, il y a les mensonges et la capitulation. »

Ne jugez pas Emma, prenez là comme elle est, humaine, trop humaine, et c’est ce qui fait son sublime et la beauté du livre, qui est la vie elle-même, les hommes eux-mêmes. En aimant Emma, qui aima jusqu’à sa perte, vous entamerez avec elle le chemin de la guérison.

Bookiners qui n’aimez pas vos part d’ombres et vos ténèbres, apprenez à vous regarder, à vous apprécier, à vous embellir. Avant d’écourter cette partie, je voulais vous dire que je crois que beaucoup des turpitudes d’Emma résident dans le fait qu’elle attendait quelqu’un d’autre pour l’embellir, pour la faire renaître, pour la faire éclore. Je crois qu’Emma avait honte de ses envies, honte de ses élans de femme, qu’elle faisait taire pour accomplir ses devoirs de mère et d’épouse. Alors elle sommeillait en elle, elle se vidait d’elle. Pourtant,

« Souffrir en silence est un désaveu de soi-même ». 

Alors, pour cette nouvelle année, apprenez à vous aimer Bookiners, apprenez à aimer toutes les composantes de votre être même les plus sombres, pour ne plus jamais vous oublier, et donc, pour ne plus jamais vous perdre.

Bookiners dont un être cher s’est envolé, approchez que je vous borde de tendresse. Approchez, qu’Emma vous rappelle que l’être que vous aimez est partout en vous et autour de vous, des corolles des fleurs aux particules du vent. L’être qui vous a quitté est présent. Je m’explique.

Emma Aime. Et aimer ne se conjugue qu’au présent. Jour après jour. Aimer est une urgence, un impératif. Un impératif ne laisse pas place au doute. Alors c’est dans cette certitude qu’Emma part rejoindre Alexandre. L’homme de la Brasserie. Un 20 avril.

Alexandre ne viendra jamais.

C’est la fin de l’ivresse et le début de l’hiver. Endeuillé.

Faire le deuil du futur au présent.

Deux pages de Grégoire ont suffit à la fin de la première partie « Brasserie André » pour me faire basculer entièrement dans le roman, dans la douleur sourde de tout le livre. A partir de ce moment, tout s’est décuplé en moi et tout s’est déchainé contre Emma. Elle a perdu beaucoup de larmes, elle a perdu beaucoup de mots, puis elle a fini par accepter, par pardonner l’abandon d’Alexandre, le rire méchant de dieu et le pied de nez de la fatalité. Et puis il y a ce père aussi, qu’Emma a perdu très jeune, et dont il semble qu’elle en a seulement fait un semi-deuil, une semi-guérison. Je dois me taire Bookiners, mais je vous dirais qu’il y a ceux qui s’en vont, et il y a ceux qui restent. Un peu honteux d’être encore vivants. Un peu frustrés aussi, de rester là quand les autres sont partis. C’est un fardeau et un cadeau de rester vivant, mais c’est aussi une promesse. Alors Emma entame avec nous, main dans la main, le long chemin vers l’acceptation de l’absence, du vide et de la béance afin d’arriver à la compréhension que l’abandon n’est pas une lâcheté, mais une impossibilité, et que la mort est une autre forme de présence. Je vous propose de la suivre vers ce chemin Bookiners pour marcher à nouveau vers la vie, retrouver les cimes et devenir le vent.

Je dois abréger, ma revue se fait longue. Je vous dirai enfin Bookiners au pardon difficile que vous serez tour à tour dans la peau des lésés et dans la peau des fautifs, vous serez Emma qui apprend à pardonner à sa mère de ne pas être celle qu’elle aurait voulu qu’elle soit, vous deviendrez les enfants d’Emma, qui, par la colère, puis par un aveu infime d’amour caché au creux d’un sourire, comprendrons que même si les actes de leur mère est au delà du dicible, il y a entre eux ce lien d’amour qui persiste et survit à jamais, envers et contre toutes les offenses. Ensuite vous serez Olivier, puis Emma, puis Olivier, puis Emma, puis les deux, et vous verrez comment les mots et l’amour apaisent les trahisons les plus profondes. Pardonner commence par concevoir l’impossible. 

Et le pardon est là, droit sur ses dix orteils pour étreindre les rescapés :

« Je ne suis pas retourné me baigner dans l’eau glacée. Je n’ai pas essayé de te noyer. De noyer ton absence. J’ai pardonné ton absence ».  

Bookiners qui n’avez plus d’espoir, je vous rassure, le printemps revient toujours, et avec lui ses promesses. Et avec elle la lueur. Et les tempête s’apaisent. Là encore, c’est un retournement de situation magistral que Grégoire Delacourt opère, il devient frère et peintre de la vie-même pour en percer ses mystères.

Je vous dirai surtout qu’après le tumulte des vagues,

« La mer se fond toujours dans le ciel, à l’approche du soir, pour dessiner un tableau sur lequel toutes les histoires peuvent encore s’écrire. »

Je vous laisse Bookiners avec ce roman dans les mains, et cette rédemption en chemin.

2018 est là, et: 

« Le présent est immense (…) il est notre terre, et le seul lieu de bonheur possible.»

Alors, alors, dansons, au bout des étoiles et au bord de l’abime, tant que nous sommes vivants.

Doux baisers tendres,

 

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Anima | Wajdi Mouawad

Anima | Wajdi Mouawad

Mardi 22 août 2017, 9h30

émoticône dialogue texto sms– Tat, je suis sonnée. Complètement sonnée. Tu avais raison. Tellement raison quoi ! 

– Ahahah ! Je ne sais pas de quoi tu parles, mais avoir raison me va très bien ! Heu sonnée ? Que pasa ? 

– Je suis assommée de beauté, de sublime, j’en perds mes mots, ma voix, mon intellect, ma réalité. Bam. Une gifle. 

– Mais what the hell is going on ? Ce sont les paysages de Sicile qui te donnent le tournis ? 

– Non non là je suis à Arles chez mes parents. Même si je viens tout juste d’être bluffée par deux expos photographiques hallucinantes, je ne te parle pas de cette beauté là, je te parle d’un sublime qui m’habite entièrement, infiniment depuis deux jours. Tu sais, je t’avais promis que je t’enverrai l’article sur le roman Venise n’est pas en Italie, je l’avais noté dans mon emploi du temps, mais quand je me suis mise devant mon ordi sur ma terrasse au soleil, mes yeux regardaient du coin de l’oeil ce roman qui me hurlait de l’ouvrir pour la 14ème fois de la journée. 

– Ahahaha, tu parles d’un livre comme je parle de pépitos !

– Non mais chat, tu ne comprends pas, je ne pense qu’à ce livre. Je n’ai pas dormi la nuit dernière pour le finir, je ne sais pas comment j’ai pu vivre sans lui pendant 24 ans. Je crois que je vais l’emporter partout avec moi et remuer ciel et terre pour rencontrer Wajdi. Ciel et terre. 

– Aaaaaaaah je comprends mieux, tu as fait la connaissance de mon Wadji Mouawad !! Mon dieu je suis trop heureuse que tu l’aimes aussi ! Je te l’avais dit, ce mec c’est un foutage de gueule, un fucking Genius, il sait dire l’indicible, il renouvelle tellement la littérature. On doit le rencontrer, c’est vital !

– Vital. Ok, j’ai une annonce de plus grande importance à te faire honeymoon. Je veux que tu t’assoies, et que tu me dises quand tu es prête. 

– Oh nan c’est chiant, ne me dis pas que tu vas déjà te marier avec Gus ? Attends au moins que je trouve un mec. T’es ma meilleure amie ou pas? 

– Je répète, je veux que tu me dises quand tu es prête. 

– Je suis prête, mais ne me déçois pas !  

– Anima de Wadji Mouawad devient officiellement mon livre préféré. Au monde.

– OMG OMG OMG. Je ne te crois pas, je ne te crois pas. C’est le premier livre qui détrône pêle-même la Belle du Seigneur et Voyage au bout de la Nuit. OMG. Il faut que j’aille courir une heure pour digérer cette nouvelle et me préparer au commentaire que tu vas nous écrire, aux Bookiners et à moi. Je pense que je suis plus émue que quand tu m’annonceras que tu seras enceinte de mon ou ma filleule. WOW. Ne dis rien, je pars courir. 

Pour lire cet article, j’aimerais vous faire écouter cette musique d’Erik Satie que j’aime tant. Elle saura, je l’espère, vous donner un avant-goût de la grandeur de ce livre. 

Gnossienne No.1 – Erik Satie 

Bookiners, je suis encore muette de cette lecture prodigieuse tout juste terminée. Je suis ridiculement petite, ridiculement humaine, ridiculement matérielle face au génie de Wajdi Mouawad. J’en perds mon français, je ne sais plus parler, je ne sais plus écrire. Un vertige m’assaille ces derniers jours, il envahit mes rêves qui montent vers la nuit: quand le silence est si bruyant qu’il vous obsède, quand la littérature est si sublime qu’elle ne se dit pas, quand un homme est si clairvoyant qu’il dit tout, que reste-t-il à dire ? Que reste-t-il à écrire ? 

Croyez-moi Bookiners. Dans Anima, Wajdi Mouawad dit tout. Toute l’humanité, tout le monde animal, toute la nature, il chante la terre entière. Vos introspections, votre enfance, vos racines, vos joies, vos peines, vos espérances, vos fantasmes en sortiront chamboulés. Je ne vous raconterai que des parcelles de ce grand roman long et dense, je marcherai sur des oeufs pour tâcher de ne pas vous déflorer l’indicible et souiller l’au-delà, le chef d’œuvre. Alors mon texte sera un hommage. Courez, volez l’acheter. D’Urgence. Soyez indulgent(es) Bookiners, car mon texte n’a pas la prétention d’arriver à l’ongle du petit orteil de Wajdi Mouawad.

Bookiners qui cherchez une quête de sublime, soyez attentifs tout au long de l’article, les mots de Wajdi Mouawad sauront vous mettre en appétit je vous le promets. 

Mais first things first, ce roman est d’un noir absolu, noir comme l’aile des corbeaux qui observent Wahhch dans sa quête, noir comme le silence qui engloutit son esprit, noir comme le voile qui efface l’enfance et obstrue sa vie. Ce roman commence par un meurtre sordide. Léonie, la femme de Wahhch, est sauvagement assassinée. Elle portait son enfant. Je vous laisse découvrir les détails du crime dans le roman si vous voulez connaître une définition aboutie du mot violence. Malheureux comme les pierres, Wahhch vit avec l’idée qu’en voyant le visage de celui qui a tué sa femme, il pourra se libérer de la culpabilité de ne pas avoir réussi à la sauver. Pour les descriptions et le récit de la poursuite de l’assassin d’un homme en miettes, l’auteur utilise un processus littéraire déroutant et efficace: ce sont les animaux sauvages ou domestiques qui croisent la route du héros qui se relaient pour prendre en charge la narration.

Pourquoi est-ce prodigieux ? Parce que ce regard animal nous offre un détachement rare pour observer les hommes dans toute leur horreur, leur violence, leurs contradictions, leur désespoir aussi. Si les animaux suivent Wahhch, c’est parce qu’ils reconnaissent en lui une part d’eux-mêmes, dans sa souffrance, dans son silence. Bookiners qui cherchez à comprendre le monde qui vous entoure, vous êtes bien là ? Parfait. Ce texte est un bijou pour vous qui souhaitez cerner l’Homme dans sa complexité et ses paradoxes. Car accorder une réflexion et des mots aux bêtes, c’est faire retrouver à l’Homme une humilité dont il manque sérieusement, c’est l’extirper de son ethnocentrisme bâti de sang et de larmes qui dicte le monde.

« Les humains sont seuls. Malgré la pluie, malgré les animaux, malgré les fleuves et les arbres et le ciel et malgré le feu. Les humains restent au seuil. Ils ont reçu la pure verticalité en présent, et pourtant ils vont, leur existence durant, courbés sous un invisible poids. Quelque chose les affaisse. (…) Ils sont absorbés par ce qu’ils ont sous la main, et quand leurs mains sont vides, ils les posent sur leur visage et pleurent. Ils sont comme ça. » 

Les animaux ressentent et dissèquent des désespoirs qui échappent aux hommes. Ils assistent au chagrin palpable de Wahhch, ils vous feront comprendre ce personnage avec un oeil plus attentif, plus sensible. 

« Celui-là, fatigué, épuisé, englouti par l’opacité opaline du chemin, exhale, depuis le centre de son dos, le noir de jais, couleur de la rive et des naufrages, apanage des natures incapables de se départir de leur mémoire et de leur passé. » 

« Quel regard il avait ! Il semblait rechercher la lumière de la réalité pour dissiper les abjectes créatures nées des ténèbres dans l’abandon de son coeur. » 

« Gardant le silence, il m’a laissé le contempler et m’a dévoilé la détresse de son âme dans la défaillance de ses yeux faïencés.» 

Le traumatisme de l’assassinat de sa femme enceinte réveille chez Wahhch le traumatisme de sa vie, de son déracinement, le trou de son enfance, de sa naissance et de son arrachage à son pays et à sa famille pendant la guerre. Le brouillard lui semble d’une épaisseur infinie, son vertige existentiel est indicible. 

Ouvrez grands vos yeux Bookiners écorchés, blessés, traumatisés, Bookiners dont l’esprit déraille car la guérison est dans la quête. Wahhch souffre d’une douleur incommensurable, mais Wahhch cherche, et Wahhch évolue. Et Wahhch finit par amorcer, au détour de sa quête et de son désarroi, le chemin long de sa guérison, de sa propre absolution. Je crois que celui qui ne fait que hurler sa douleur n’en verra jamais le visage tout autant que celui qui s’obstine à la taire. Dans ce roman, chaque cri est suivi par un silence pour faire entendre son écho. C’est son immense force. Wahhch fait de sa douleur un collier qui enchaîne les perles de silence aux perles de ses cris. 

« Il roulait en hurlant, en pleurant, invoquant des noms, des prénoms, des bêtes, oiseaux, insectes, poissons, reptiles, fauves, bovins, frappant contre le volant, rouant de coups sa poitrine, sa tête, son visage, et laissait entendre les cris anciens, tus, avalés, enfoncés au creux de son ventre, ensevelis sous les croûtes défaites de sa mémoire. »

Wahhch hurle et se tait, et Wahhch avance, dans l’urgence de faire battre son coeur vers l’avant, plus vite toujours, plus loin toujours. 

Bookiners déracinésvous qui tentez de recoller les pièces de votre présent et de votre passé, vous qui peinez à avancer, alourdis par le poids de votre histoire, ce livre répondra sûrement à vos vertiges. Pendant tout le roman, Wahhch tente de réapprendre à vivre avec lui-même comme on vivrait avec un inconnu en mille morceaux. Car Wahhch est un déraciné écorché, son passé est troué. Seuls quelques souvenirs lui reviennent de son enfance : né au Liban pendant la guerre, il se souvient avoir été enterré vivant, dans le ventre dévasté de la terre, collé aux cadavres d’animaux. Il se souvient avoir été déterré puis adopté par un étranger. Pourquoi a-t-il survécu? Que faire des fragments éclatés de son histoire? Comment vivre sans connaître sa naissance, ses racines, ses origines ? Comment avancer quand même le cri dans le silence, les hurlements dans le vide ne soulagent plus ? Wahhch cherche des mots à ses maux, à ces silences qui le creusent et le torturent. Il se lance dans une poursuite effrénée pour tenter de rattraper une ombre comme on tente de se rattraper soi-même. Pour cela, il interroge son père adoptif sans relâche. 

«  Qui sont ceux qui ont fait ça, qui étaient mes frères, mes soeurs, leur nombre, leur nom, leur ombre, pourquoi j’ai été épargné, qui m’a épargné, qu’est-ce que tu faisais dans cette hécatombe, cette boucherie, cet abattoir? » 

C’est dans son rapport aux bêtes, à ce putois sur la route, à ce singe domestique, à ce chien sauvage qui le protège et ne le quitte plus que Wahhch aperçoit une lumière à suivre dans la nuit. Quand il s’adresse à ce chien qui est venu à lui, l’homme commence à marcher vers lui-même.

« Il y a un gouffre. Je ne le fuirai plus. Je te le promets. Je ne t’abandonnerai plus, je te le promets. Nous irons ensemble chercher les mots qui manquent. Nous les mettrons côte à côte et nous sortirons enfin de cette fosse dans laquelle on m’a jeté et de laquelle, je le comprends aujourd’hui, je l’ai compris et en te voyant te battre, je ne suis jamais sorti. »

Bookiners insomniaques, vous cherchez à vous occuper en attendant Morphée, ce livre est un cadeau tombé du ciel pour vous, vous ne le lâcherez pas. Peut-être que les plus écorchés d’entre se reconnaîtront, se réconforteront dans les rêves de Wahhch jetés à la flaque noire des insomnies, votre sommeil noyé dans l’eau des chagrins. Si jusqu’à l’aurore, jusqu’au soleil, vous ne trouvez que le vertige de vous-mêmes, sassant et ressassant les tourments et les inquiétudes au carrousel de votre âme, lisez. Lisez Anima. Déchargez l’angoisse qui vous englue, les peurs qui vous apeurent sur Wahhch. Il saura vous épauler, vous guider car il a tout vécu, il a tout souffert. Déplacez votre esprit sur ce guerrier de l’existence, cet archéologue de traumatismes, ce maître des cris et des silences, vous vous sentirez plus légers, je vous le promets. 

Avant de vous laisser partir, je ne peux pas résister à vous lire un passage somptueux d’Anima. 

 

Sachez, Bookiners, que Wajdi Mouawad a dédié 10 ans de sa vie à édifier ce chef-d’oeuvre absolu. Comme Wahhch, lui aussi a certainement dû écouter le silence pour éclore. Et vous apprendrez avec lui que les silences n’ont pas toujours la même texture. Chut. Lisez, écoutez. 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

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On ne voyait que le bonheur | Grégoire Delacourt

On ne voyait que le bonheur | Grégoire Delacourt

Jeudi 17 août 2017, 10h00

émoticône dialogue texto sms– Hi honeymoon, on déj ensemble ce midi, avec Bonnie ? Elle se fait toiletter dans 10 minutes, elle va être rayonnante ! D’ailleurs, elle le sent, j’en suis sure, car ça fait 1h qu’elle se pavane devant la glace. 

– #Mameilleureamieestpersuadéequesachiennepense. #Helpher. Ahahahah ! J’adorerais mon ange, mais je vais voir papa. Je dois enlever les épines de mon cœur, l’amertume qui serre ma gorge et nourrit ma colère. Je n’ai pas envie de me noyer, engluée, engloutie, dans mes non-dits, mes révoltes muettes et ma lâcheté. L’amertume est une prison moisie.

– Wow. D’accord. J’ai l’impression que tu te sens enfin prête. Je suis si fière de toi. Les larmes me montent aux yeux.

– Je crois. C’est grâce à Grégoire Delacourt tout ça. Même si à cause de lui j’ai fait fuir l’homme de ma vie, je vais peut-être retrouver mon père, et si ce n’est mon père, ma liberté, en me hissant hors de la fatalité des mal-aimants et des mal-aimés.

– Heu, rater l’homme de ta vie ? Fuck, Dieu, on avait dit qu’on devait la caser rapide ! 

– Oui ! J’étais dans l’Eurostar pour Londres. Un homme passe dans le couloir de ma voiture pour se diriger au bar. Je lisais On ne voyait que le bonheur de Grégoire. J’étais au milieu du roman. Retournement de situation monstrueux. Mon cœur saute. Pour respirer, je lève un peu les yeux. Et là, pendant 2 longues secondes nos regards se croisent. J’attends 5 minutes, il ne revient toujours pas du bar, alors moi aussi j’y vais pour prendre n’importe quoi, un mojito (si j’avais pu), un thé vert (pour faire bien), mon livre à la main. Il était avec un pote. Il m’observe. Ses yeux sont racés, perçants, intelligents. Grosse trentaine, mais tant pis ! Canon comme dans mes plus beaux rêves. Costard sexy et New Balance. Je fais mine de l’ignorer, happée de toute façon par la tragédie du roman. Il s’approche et m’avoue qu’il me trouve jolie, je lui souris à moitié, Juliette venait de se faire tirer dessus, alors j’avais la gorge nouée. Il m’examine avec douceur, et je balbutie, inconsciente, « je suis désolée, il se passe quelque chose de grave dans ce roman ». Dépité mais gentil, il s’en va avec un « je comprends, je ne vous dérange pas davantage, bon voyage ».  Ca fait 1 mois et 13 jours maintenant. Depuis, je n’en dors plus la nuit.

– Ahahahaha. Mais quelle horreur ! Il en valait la peine au moins ce roman? 

– Top 10 Hélo ! C’est officiellement l’un de mes romans préférés. Rappelle-toi que je t’en parle tous les jours depuis 1 mois. Je viens tout juste de le digérer. 

– Parfait, Bookiners, approchez-vous ! Nous t’écoutons honeymoon.

– D’accord, d’accord. Mais attendez Bookiners, ce roman est un des plus denses que j’ai lu car il embrasse toutes nos tragédies d’hommes et de femmes. Soyez indulgents et donnez-moi encore 3 jours pour vous en parler. 

Comptine d’un autre été – Yann Tiersen 

Il y a d’abord ce titre On ne voyait que le bonheur qui sonne comme une comptine. Enfantine. Une ritournelle guillerette. Puis cette première de couverture, cette photographie qui se présente comme un menuet adagio, paisible cette photo, gracieuse, mesurée, sur laquelle deux petites têtes blondes jouent tranquillement sous le regard distrait de leurs parents en pleine lecture. 

Sur cette photo, on ne voit pas les silences. « Les tonnes de silence ». On ne voit pas la lâcheté du père, le désamour de la mère, son impossibilité d’être mère, sa lassitude. On ne voit pas qu’ils sont passés à côté de leur vie comme on passe à côté de son cri d’existence, embourbés dans leur malheur étroit, couleur sépia, qui fait joli sur les photos. On ne voit pas leur désarroi sourd et muet. On ne voit pas ce fils, Antoine qui se cache de ses sœurs jumelles. On ne sait pas qu’ils ne sont pas une famille. 

Antoine, le protagoniste a grandi maintenant. Il est devenu expert en assurance. Il a une femme qu’il aime mais qui ne l’aimera plus, Nathalie, et deux enfants, Léon et Joséphine. Il compte, il scrute, il estime, il indemnise la vie des autres. Car il sait. Il sait que tout a une valeur et que tout a un prix : une bière, une pipe, des vacances au Mexique ou ailleurs, une dent cassée, une jambe cassée, un cœur, une vie. La mort. Mais combien vaut une vie sans amour, Antoine ? Sans les caresses d’une mère, la complicité d’un père. Combien ? Silence. Vertige. Abîme. 

Puis le silence d’Antoine se délie, sa parole s’emballe et il se confie, enfin, à son fils Léon d’abord, à son père mourant et mort ensuite, et à nous, Bookiners. La première partie d’On ne voyait que le bonheur nous, vous plonge dans cette intro-rétrospection-confession désordonnée d’Antoine. Chaque chapitre commence par un prix ou une valeur, avant d’esquisser une anecdote, une bribe du passé, un souvenir qui se termine par une chute implacable. Une sentence. Ne vous fiez pas à l’apparent désordre déroutant de cette confession Bookiners, la construction de ce roman est magistrale. Millimétrée. Orchestrale. Vertigineuse. 

Ce n’est pas une comptine que le narrateur nous livre, ce n’est pas un menuet. C’est un Réquisitoire, un peu – contre cette épopée des lâchetés, des non-dits dont il est l’héritier, un Requiem, ensuite, et une Renaissance, enfin. 

L’histoire est la suivante : 

Antoine a grandi sans amour. Enfin, plutôt, sans effusions d’amour :

« J’ai grandi dans le manque Léon. J’ai grandi dans des odeurs qui n’étaient pas celles de ma mère. Des bras qui n’étaient pas les siens ». 

« Ma mère m’a aimé en vrac. » 

Sa mère s’est mariée avec son père parce qu’il avait les yeux verts. Son père, qui se rêvait prix Nobel de chimie a oublié ses rêves lorsqu’il a embrassé les lèvres de sa future femme. Ils ont fait 3 enfants. Antoine, et les jumelles Anne et Anna. Puis ils ont fait chambre à part. Puis ils ont fait chemin à part. Et la mère est partie. Un soir de deuil et d’orage,

« Au milieu des flûtes vides et des cendriers pleins, des bouteilles de champagne et d’alcool, des boîtes à chaussures telles des petits cercueils de carton…»  

Du plus loin qu’il s’en souvienne, Antoine n’a jamais vu ses parents heureux, il ne les a jamais vu rire, vivre, oser le bonheur. Ses parents étaient de ceux qui se taisent et qui pleurent en silence les vies qu’ils n’ont pas eues. 

« Tristesse, chagrin, douleur, Lâcheté ».

Bookiners, venez avec moi faire une cure de sublime. Au bord de l’abîme, au bout des silences las et lâches, la beauté peut encore éclore. Au-delà de la justesse des mots de Grégoire Delacourt, au-delà de son verbe lapidaire, cru, à fleur de peau, rythmé, effréné et sans concession, il y a ce foisonnement de la douleur qui bouleverse. Ce bord du gouffre qui vous happe et vous hante. Qui vous dévoile que tous les sentiments humains, tous, même la lâcheté, ont ce quelque chose de sublime dans leur vulnérabilité. Dans leur finitude. Dans leur petitesse. Dans leur humanité. Lorsqu’ Antoine essaie d’expliquer à Léon et à nous ce que ça lui a fait, à lui petit, de grandir dans le manque d’amour, il écrit : 

« Je m’écorchais au vide. »

« S’écorcher au vide ». La beauté de cette phrase, sa détresse, son tragique, en pleine face. Station finale. Néant. Silence. Sublime. 

L’histoire est parsemée de phrases et de tirades coups de poings de génie, alors je ne vais pas vous écrire toutes celles que j’ai relevées car je vous gâcherai votre cure, et ce serait bien dommage. Continuons.

Un jour, quand il était petit, Antoine a couru vers sa maman avec un anxieux :

« Moi, tu m’aimes, Maman ? Tu m’aimes ? »

Dans sa fumée de cigarette menthol, sa maman a répondu :

« Sans doute. Sans doute mais à quoi ça sert. »

Un sans doute, plutôt qu’un « bien sûr, mon amour », ça traumatise. Pour toujours. 

La mort qui survient, comme ça, pour rien, sans prévenir, et des parents qui balaient cette tragédie vers le pallier des oubliettes, sans un mot de trop, sans un cri strident, sans une douleur qui déborde, qui envoie tout valser. Ca traumatise. Pour toujours. 

Avoir une mère qui s’en va, 

«Qui vous laisse, là, comme trop de vaisselle dans un évier ». 

Et un père qui sanglote, impuissant : 

Ca traumatise. Pour toujours. 

Bookiners traumatisés, je ne connais pas la nature de vos blessures, mais je sais que le silence encastre et que la parole libère. Sans la parole, sous n’importe quelle forme, c’est l’effroi qui l’emporte, les blessures qui triomphent. Et puis un jour, ça explose, tout explose. Mais parce que les maux sont devenus trop gros pour être confinés davantage, ça explose de travers. Antoine a explosé, un jour, d’un coup, comme ça. Et son esprit a déraillé vers les ténèbres. Bookiners traumatisés, Bookiners qui sentez votre esprit dérailler, confiez vous, livrez-vous à qui vous voulez, à une feuille, à un proche, à un psy, qui vous voulez mais parlez. Libérez votre parole afin de vous libérer vous-mêmes. Afin d’apaiser la douleur et d’amortir la chute. Votre courage sera salutaire. Promis. Juré. Craché. De toute façon je crois que la tragédie d’Antoine vous prendra tant aux trippes et au cœur que vous vous sentirez devenir lui, comme je l’ai senti aussi, et alors, au lieu de marcher à l’envers, sur ses pas, vous marcherez à l’endroit et vous ferez les bons choix qu’il n’a pas su faire.

Dans cette tragédie du silence, il y a cette tragédie familiale. Antoine enfant ne comprend pas ses parents, ne comprend pas leur malheur, leur lassitude, leur désamour. Il ne comprend pas pourquoi sa mère n’en est pas une et pourquoi son père est un lâche, pourquoi il n’est pas à la hauteur de sa paternité, pourquoi il ne lui explique pas le pourquoi de la pluie, la vie, les filles, l’amour. Pourquoi il ne lui apprend pas à devenir un homme. Alors Antoine s’imagine être l’héritier de ces déroutes, l’héritier de cette lâcheté sinueuse qui s’infiltre partout. Il pense son échec fatal. Parce qu’il croit son échec fatal, il échoue, là où il aurait pu réussir, couper le fil, et devenir son propre modèle de père pour son fils. Bookiners fatalistes, ce livre saura vous montrer que la fatalité est un leurre. Je ne peux pas vous en dire davantage à ce sujet, alors je passe au suivant. 

Bookiners que vos familles désemparent, vous comprendrez que souvent, l’origine des drames familiaux ce ne sont pas les actes ni les erreurs. L’origine du drame ce sont les silences qui s’amoncellent, le mutisme. Si Antoine s’était exprimé, s’il avait dit, crié ou gerbé son désarroi, sa colère, alors il se serait réconcilié avec la lâcheté de son père, il ne l’aurait pas reproduite, il aurait aimé pour de bon, ses peurs en moins, et il aurait vécu libre. 

« Mais sa colère est restée embusquée dans ses tripes »

Trop longtemps. 

La famille est une sacrée galère, je ne vous le fais pas dire, mais le silence obstrue les solutions car il nous confine dans une impasse. Et parler amorce le chemin de la compréhension, le chemin du pardon. C’est quand même mieux que l’amertume, non ? C’est ce que ce livre m’a donné envie de faire, de parler, à mon père, de lui expliquer pourquoi je l’aime de traviole, pourquoi je lui en veux de trop, et comment on peut avancer, ensemble, chacun  son rythme. Avant, devant sa folie, je restais muette, et le soir, je pleurais en silence le père que j’aurais du avoir. Désormais, même si j’accepte enfin qui il est et qui il n’est pas, j’épouse et j’embrasse mes ressentis, j’affirme et libère mes pensées, et chacun de nous, mon père et moi, trouvons la place qui nous convient dans cette relation qui nous appartient.  Essayez Bookiners, vous m’en direz des nouvelles ! 

Après les traumatismes et après la parole, s’amorce le temps du pardon. Se pardonner à soi-même d’être et de ne pas être, se pardonner d’exister, se pardonner d’avoir été et la victime et le bourreau. Dans ce roman magnifique Bookiners qui désirez pardonner, vous verrez comme le pardon s’esquisse et s’accepte sur deux générations d’écorchés dès que :

« Les silences ouvrent leur gueule » 

Alors les pères sont pardonnés. 

Dans la première partie, Antoine demande pardon à son fils Léon d’avoir été le père qu’il a été, sous la forme de sa confession. Et c’est cette même confession qui lui fait pardonner son père. Dans la troisième partie du roman, Joséphine pardonne à son père Antoine,  pour le père qu’il a été. Seul le pardon de Léon reste en suspens. Mais le chemin est amorcé, car le pardon est imploré. 

Bookiners infidèles et Bookiners qui ne croyez plus en l’amour, ce roman m’a fait pensé à vous, et même si je dois écourter ma revue car je me fais – encore et toujours – trop bavarde ! Je dois vous dire deux choses. 

La première, Antoine est tombé éperdument amoureux de Nathalie. C’est ce qu’il dit. J’imagine que Nathalie aussi, l’aimait, Antoine. Mais comment aimer lorsqu’on ne s’aime pas ? Comment garder l’autre près de soi lorsqu’on est persuadé qu’on est voué à l’abandon, à la lâcheté et au malheur ? Comment demander à l’amour de votre vie de vous aimer pour deux ? C’est à ce moment là qu’Antoine a perdu Nathalie, lorsque tous ses maux avaient rongé tout son cœur. Alors elle l’a trompé, alors elle l’a écorché de plus belle. Alors elle l’a tué. Bookiners infidèles, je ne blâme pas votre infidélité, je blâme vos silences et votre aveuglement. Tromper, c’est souvent oublier que l’autre existe, que l’autre souffrira pour de vrai, et pas seulement pour la société. Tromper ce n’est pas juste une transgression. On s’en fout de la transgression. Tromper c’est une condamnation. On condamne l’autre à se dénigrer, se dégrader, se détester, alors qu’on pourrait juste être honnête avec soi et avec l’autre et partir avant de déchirer d’un revers tout ce que vous avez vécu. Je crois. On ne voyait que le bonheur vous donnera un aperçu du tsunami que votre infidélité a/va provoqué(er) et peut-être alors que vous choisirez la parole libératrice, plutôt que l’action dévastatrice. Regardez : 

« Je ne l’ai pas su. Je l’ai senti. J’ai senti les mots nouveaux qui s’étaient insinués. J’ai senti le geste plus lourd pour remettre une mèche. J’ai senti les larmes. Les brulures. J’ai senti l’orage. Tous les orages. J’ai senti l’abime. Le sens du mot chagrin. J’ai senti les doigts qui sentaient le mensonge. Les griffes. Un dos. Des os. J’ai senti le froid. Le vent. L’orage, tous les orages. J’ai senti le monde s’écrouler quand Nathalie m’a trompé ». 

Après l’adultère, Antoine se fait licencier, c’est la descente aux enfers, et je vais enfin me taire. Je vous dirai simplement que c’est lorsqu’ Antoine a enfin trouvé la paix en lui même et qu’il a enfin fait la paix avec son passé, avec ses douleurs, avec ses erreurs et ses lâchetés qu’il retrouve enfin l’amour, qu’il choisit la lumière. Nathalie était sa béquille, Mathilda devient sa compagne, celle avec qui il avance main dans la main.

Le roman nous laisse en plein soleil, bouleversés mais sereins, sous l’astre bienveillant du Mexique, du pardon, et de la vie qui va, qui vient, et continue d’être un mystère à apprivoiser.

Asseyez-vous près de moi Bookiners, et regardons, tous ensemble, avec Antoine et sa famille, l’horizon du bonheur. Il s’est fait attendre, mais maintenant, il est là. Tout près. Attendez, plus à droite, non un peu au centre. Ah. Voilà. Là. Devant nous. Enfin. 

Doux baisers, du Mexique ou d’ailleurs, 

La cicatrice | Bruce Lowery

La cicatrice | Bruce Lowery

Lundi 7 août 2017, 10h30

émoticône dialogue texto sms – Hélo, tu crois qu’on pourra aller en classe avec nos enfants jusqu’à la 6ème, en catimini, juste pour être sûres qu’ils ne se font pas bizuter par les autres ? 

– Hmmm bébé, je ne crois que ce soit la meilleure idée de ta vie. C’est très mauvais de s’immiscer dans la vie de ses enfants.

– Oui mais imagine qu’ils soient gros, à cause de moi, parce que je vais adorer les nourrir et les voir manger ? Et du coup, imagine qu’ils se fassent insulter, brimer, maltraiter mes petits bébés ? 

– Mais pourquoi tu dis ça ? 

– Tu sais, quand j’étais petite, je changeais souvent d’école car on déménageait tout le temps. Le truc c’est que j’étais bouboule, et que maman me forçait à porter des robes bouffantes façon princesse d’Autriche qu’elle achetait chez Baby Dior. Pour couronner le tout, j’étais tout le temps la seule noire de mon école. Alors les moqueries des autres, j’en étais sujette, au début surtout. Ca ne me dérangeait pas vraiment car j’étais tellement irradiée d’amour à la maison que je savais d’avance que mes nouveaux camarades finiraient par m’aimer. Au bout d’une semaine, je finissais toujours par être la meilleure amie de tous les élèves, élue déléguée, jury de « Graine de Star » et fille de Cher et de Shakira. Mais les trois premiers jours étaient traumatisants: des regards étranges, des questions gênantes sur la blancheur de ma paume de main, la noirceur de ma peau, le volume de mes fesses rebondies, la musculature de mes cuissots. 

– Je comprends bébé, ça n’a pas du être facile, mais c’est ce qui fait que tu es la personne la plus socialement sereine que je connaisse car tu n’as pas peur de qui tu es et tu t’adaptes à tout le monde.

– Mais tu penses qu’avoir un bec de lièvre qui se voit beaucoup est un « handicap » pour un enfant ? 

– Oui honeymoon, mais tu n’as pas de bec de lièvre ! 

– Nan, mais Jeff en avait un. 

– Qui est Jeff ? 

– Le héros du livre que je viens de terminer, La Cicatrice. 

– Bookiners, asseyez-vous avec moi, je crois que Peanut Tatiana a des choses à nous raconter. 

Le monde est stone – Fabienne Thibeault 

Vous allez bientôt le découvrir Bookiners, j’ai une tendresse infinie pour les enfants et cette période de grâce qu’est l’enfance. Ils vivent au creux du monde avec une immense simplicité et une justesse déconcertante. Je crois vraiment que l’enfant qui est en nous sait, clairvoyant, les choses fondamentales que les adultes oublient lorsqu’ils deviennent adultes. Alors, parfois, lorsque je suis confrontée à des choses peu commodes de la vie, j’essaie de retrouver la sagesse de la petite Tatiana de 5 ans, plus mature et plus lucide que celle qui vous écrit ces mots.

C’est avec cette première envie que j’ai voulu relire La Cicatrice, le petit roman de Bruce Lowery qui m’avait bouleversée quand j’étais jeune. L’autre raison, c’est que je désirais vous décortiquer un roman sur le handicap. Et celui-ci, du plus loin de ma mémoire, me semblait pertinent. 

Jeff a 13 ans. Depuis sa naissance, une balafre pourfend un côté de sa lèvre, elle raye son visage. Son bec-de-lièvre, il l’appelle « sa cicatrice ». Le jour où ses parents, son petit frère Bubby et lui déménagent pour habiter à l’autre bout de la ville, Jeff doit s’intégrer dans une nouvelle classe. Il sera confronté à la cruauté des autres élèves qui l’appellent tout haut comme tout bas «grosse lèvre ». 

Pourtant, Bookiners en mal de tendresse, c’est à vous que j’ai pensé en premier lorsque j’ai relu les premières pages du roman. Car avant cette balafre que porte Jeff sur sa lèvre, avant cette cicatrice, il y a cette infinie tendresse qui émane de ce livre avec douceur. La tendresse dans l’écriture du Jeff adulte qui se remémore les épisodes douloureux de son enfance, la tendresse du petit frère Bubby, qui l’aime comme une évidence, avec son regard de tout petit, fier, émerveillé. Et puis enfin, vous éprouverez, j’en suis certaine, de la tendresse pour Jeff, de la tendresse pour ses mots et ses maux, de la tendresse pour ses moments d’osmose avec la nature, pour ses marchandages avec Dieu pour enlever sa cicatrice, pour recoudre ses bobos et ses mauvaises actions, de la tendresse pour l’enfant qui est en vous, et les enfants qui peut-être sont à vos côtés. Cette tendresse d’enfant vous donnera du baume au cœur dans vos étés seuls ou vos hivers froids, les métros bondés ou les rues esseulées. 

Attendez, je me tais, lisez :

« Le matin, je sentis, à travers mes paupières, une lumière douce. Je bondis de mon lit, m’enveloppant de la couverture et me précipitai à la fenêtre, vers la lumière. C’était l’aube. Le soleil apparaissait à peine. La ville dormait sous la neige. Etais-je le seul à voir ce merveilleux spectacle ? Il me semblait ressentir une sorte de complicité entre moi et cette lumière de l’aube. Je ne faisais pas de différence entre la beauté, l’amour et le bonheur. » 

Peut-être y a-t-il une telle conspiration entre la beauté, l’amour et le bonheur que ce sont en réalité les angles différents d’un même visage au halo rassérénant.  Il y a dans cette simplicité, dans cette spontanéité de l’écriture de Bruce Lowery et dans l’innocence de Jeff, la tendresse et la joie d’un enfant qui découvre les premiers matins du monde. C’est cette tendresse, et beaucoup d’autres que nous partage ce livre comme des moments de grâce et d’innocence. 

Et puis, il y a, évidemment, la cicatrice, cette « tare » qui prend tant de place dans la vie et dans la tête de Jeff, qu’elle en deviendrait presque un personnage éponyme, à part entière. 

« Une fois de plus, avant de me coucher, je restais longtemps dans la salle de bains. Une fois de plus j’examinais ma cicatrice dans la glace, que j’atteignis en grimpant sur un petit tabouret blanc et en mettant un genou sur le rebord du lavabo. Pourquoi Dieu, Pourquoi ». 

Après les demandes sans réponses à Dieu, Jeff essaie les exhortations, les marchandages avec ce même Dieu, roi du silence :

« Alors, c’est promis Dieu, demain je n’aurai plus ma cicatrice ? Demain je me réveillerai et ma lèvre sera comme celle de tout le monde? Même moi je ne le saurai pas, même moi j’aurai oublié. Telle était ma nouvelle proposition à Dieu. J’étais tellement heureux que mon pied glissa sur le tabouret et je faillis tomber sur le carreau. »

Bookiners qui vivez le handicap, un handicap, depuis peu, ou depuis trop longtemps, à coup de pourquoi et d’amertume, je crois qu’il n’y aura jamais de réponses convaincantes au pourquoi vous ? Pourquoi ça ? Pourquoi Jeff est né avec ce bec de lièvre? Pourquoi Cyrano avait ce nez trop long ? Pourquoi ma belle-cousine est trisomique et pourquoi Helen Keller est née sourde, muette et aveugle alors que d’autres naissent voyants et entendants? Les seules questions à se poser sont : comment s’accepter le mieux possible ?  Comment apprendre à s’aimer ? Tous les jours du reste de votre vie. La seule certitude à avoir c’est que si vous acceptez « ce handicap », « cette punition », « cette tare » ou plus justement, «cette différence » alors, il y aura de belles personnes sur cette terre, qui vous aimeront pour ce que vous êtes. Je vous le promets. Willy est devenu ami avec Jeff avec sa cicatrice, et non pas « malgré » sa cicatrice, Roxanne a aimé Cyrano deux fois, et Helen Keller s’est mariée à John Macy. See ? Avant, après et pendant le handicap, votre vie doit continuer Bookiners. Et c’est comme ça que vous vivrez ce bonheur que vous entrevoyez dans vos songes. 

Jeff trouve un grand ami en Willy donc, un garçon de sa classe. Je ne vous dis pas comment, mais c’est une jolie histoire d’amitié qui s’amorce entre les deux garçons, même si celle-ci se retrouve perturbée par une sombre histoire de vol. Je me tais, car sinon, vous n’aurez plus rien à lire. 

Simplement, vous Bookiners dont l’esprit déraille. Sachez qu’un esprit se nourrit de bonnes et de mauvaises graines, et que, lorsque les mauvaises graines sont disséminées en abondance par rapport aux bonnes graines, alors, c’est le drame. Vous n’êtes pas les seuls dont l’esprit déraille, si j’écoutais mon alter égo taré qui gesticule en moi, Takana, j’aurai déjà foutu le feu au restaurant dans lequel je travaille, je vous assure. Il suffirait d’un petit briquet, et d’une nappe bien placée. Et Hop. Restaurant en fumée ! Julia mon odieuse manageur, calcinée ! Et pourtant, c’est l’autre moi que j’ai décidé de nourrir. Et si par mégarde Takana prend trop de place, je l’affame en faisant la grève de la faim. C’est ce qu’aurait dû faire Jeff. Et même quand son alter ego maléfique avait déjà pris le dessus, il aurait dû écouter « le sage vieillard allemand » M.Sandt, qui lui rappelait, à lui, et à nous autres Bookiners addicts à la fatalité, qu’il n’est jamais trop tard pour dire la vérité, demander pardon, et enrayer ces autres versions de nous-mêmes, les maléfiques, qui prolifèrent sans notre permission. 

Et voilà Bookiners, vous savez presque tout. Il y a quelque chose de tragique dans ce livre. Mais j’arrête. Parfois, le silence est d’or. 

Respirez, aimez-vous et ceux qui vous aiment tant que vous êtes vivants,

Je vous embrasse tendrement, 

Des souris et des hommes | John Steinbeck

Des souris et des hommes | John Steinbeck

Mercredi 8 mars 2017, 18h15

– Hello mon chat, je te dérange?

– Hi sweety. Ecoute je travaille au piano depuis 4h, il faut absolument que j’arrive à m’accompagner sur ma chanson Nicolas, je ne suis toujours pas au point.

– Ah mais c’est ton texte que tu m’as chanté la semaine dernière, non ? Celui où tu parles de ton ami qui est mort l’année dernière?

– Oui exactement ! C’est terrible, il est mort en quelques semaines. Foudroyant. Cancer. De l’épaule. Comme ça, un rien, une douleur, un matin et 3 semaines après, c’était la fin. Je n’ai même pas pu lui dire au revoir. J’y pense tous les jours. Je pense aux rêves qu’il avait, à ses sourires, à cette optimisme qu’il avait. Je lui ai écrit une chanson, pour le faire revivre, pour le partager. 

– Ton texte est magnifique. Tu lui rends un bel hommage.

– Mais tu crois vraiment que je vais réussir à devenir chanteuse? Ca m’empêche de dormir la nuit tu sais. Parfois, je me réveille en sueur et en larmes. Mon rêve me crie bats toi encore. 

– C’est ton rêve, et tu te donnes les moyens de le réaliser. Tu sais bien que beaucoup de facteurs ne dépendront pas de toi, mais l’important c’est que tu y travailles, que tu y croies et que tu gardes espoir.

– C’est bien ça le problème: comment garder espoir quand tu démarres à zéro ? Et puis moi, tu sais, j’ai du mal avec l’espoir. Cette notion m’échappe, elle me semble un peu contemplative. C’est comme un passe droit pour attendre. Les bras croisés. Godot, Eurêka, la bonne idée, la chance. Ca me gonfle cette attitude, je la trouve à la fois belle, élancée, uplifting – et à la fois benête et sotte. C’est comme manger des carottes, c’est à la fois utile et ridicule. Bref. J’ai peur. Aahahaha, tout ça pour ça, on ne se refait pas! 

– C’est normal que tu aies peur. Mais ton espoir de faire carrière dans la chanson brille tant dans tes yeux. Depuis que tu assumes ton rêves ta peau scintille de bonheur. Je me dis que parfois, le but est finalement moins important que le voyage d’espérance.

– Oui mais qui dit que je ne vais pas le perdre cet espoir si je vois que ça ne marche pas?

– Tu sais bien que si on perd l’espoir, on est sans défense dans la vie. Attends. Il faut absolument que tu lises le cultissime Des souris et des hommes de John Steinbeck. C’est très court, mais le bouquin nous rappelle que l’espoir a le pouvoir magique d’insuffler du bonheur, au quotidien, même dans la vie la plus misérable du monde. Tu vas voir que si même un mec comme Lennie croit en son rêve, tu n’as pas du tout le droit de lâcher le tien.

– Ok, j’ai besoin qu’on me remette les pendules à l’heure. Et certains Bookiners aussi. Nous t’écoutons, attentivement. 

L’extase de l’or – Ennio Morricone 

Parce que la tendresse et la bienveillance n’habitent pas assez notre monde, j’aime qu’on me raconte de belles histoires d’amour et d’amitié. Les récits de jolies relations humaines me réconfortent, ils me sécurisent. Ils me poussent à aller vers l’autre, à tendre la main au monde. Des souris et des hommes nous raconte l’histoire d’une amitié touchante entre George et Lennie, deux travailleurs agricoles itinérants. Ils errent sur les routes de Californie, se baladent de ranch en ranch à la recherche de travail. Parce que Lennie est une âme d’enfant dans le corps d’un colosse, Georges veille à le protéger, mais aussi à le canaliser. Car Lennie est obsédé par la douceur du poil des souris et des chiots, mais sa maladresse et sa force sont incontrôlables. Même si George râle tout le temps, l’amitié qui lie les deux hommes est d’une tendresse infinie. Je suis peut-être un coeur d’artichaut, mais la bienveillance de Georges envers Lennie me réconforte immensément.  

« George continua:

– Pour nous, c’est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu’un à qui parler, qui s’intéresse à nous. On a pas besoin de s’asseoir dans un bar pour dépenser son pèze, parce qu’on n’a pas d’autre endroit où aller. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s’en fout. Mais pas nous.

Lennie intervint:

– Mais pas nous! Et pourquoi? Parce que… parce que moi, j’ai toi pour t’occuper de moi, et toi, t’as moi pour m’occuper de toi, et c’est pour ça. »

Quand je perds de vue le soleil, ce récit me redonne du courage, il vous rappellera à quel point la vie peut être vue, et donc vécue, différemment. Il suffit d’imaginer. Car ce qui lie ces deux hommes, c’est l’espoir d’un avenir meilleur. Un avenir rien que tout les deux, heureux. Cet espoir, Lennie en a fait son obsession. Même si le géant simplet inconscient de sa force crée du grabuge où qu’il aille, même si sa maladresse laisse poindre à l’horizon un drame sans égal, les amis s’accrochent à leur rêve. N’est-ce pas du fond de la caverne que naît l’espoir? Pour ne jamais le perdre de vue, pour le rendre toujours plus réel, Lennie demande sans cesse à Georges de lui décrire, avec tous les détails, le rêve qu’ils se sont construit.

« – Continue maintenant, Georges !

– Tu l’sais par coeur. Tu peux le faire toi-même.

– Non, toi. Y a toujours des choses que j’oublie. Dis-moi comment ça sera.

– Ben voilà. Un jour, on réunira tout not’ pèze, et on aura une petite maison et un ou deux hectares et une vache et des cochons et…

– On vivra comme des rentiers, hurla Lennie. Et on aura des lapins. Continue, Georges. Dis-moi ce qu’on aura dans le jardin, et les lapins dans les cages, et la pluie en hiver, et le poêle, et la crème sur le lait qui sera si épaisse qu’on pourra à peine la couper. Raconte-moi tout ça, George. »

Cet espoir tisse tout le récit, il est le fil qui se tend jusqu’à nous éclater au visage. Le style est lumineux, les personnages attachants mais surtout, ce court roman est d’une saisissante dramaturgie. Construit comme une tragédie en six actes, il est une allégorie intelligente.

Toi, moi, vous les peanut bookiners, nous avons tous un Lennie en nous qui veut qu’on lui parle de lapin de temps à autre. Personne ne peut vivre sans tendresse et sans lumière. Parce qu’il ne faut jamais sous-estimer l’importance de l’espoir. Vivre sans, c’est ne pas vivre. Tant que le soleil reste quotidiennement en ligne de mire, l’homme peut s’arranger de tout : de l’emprisonnement, d’une maladie grave, de la perte d’un proche. La survie réside dans l’idée que tout ira mieux un jour, que l’aliénation de la douleur, du doute, de la peur finira par s’envoler. Ce récit est important parce qu’il nous rappelle qu’il ne faut jamais oublier d’y croire.  

Et même quand notre esprit déraille, comme Lennie, qui reste malgré lui un éternel enfant; ou comme moi, quand ma tête a joué avec mes nerfs pendant plusieurs mois, notre cerveau finit toujours par nous obéir et par se configurer si on lui montre la voie à suivre. Ce n’est pas de la psychologie de comptoir ce que je vous raconte, le docteur américain Joseph Murphy l’a démontré dans les années 1960: la puissance du subconscient (et donc de l’autosuggestion) a déjà aidé des millions de personnes à accomplir leurs rêves. Plus on se répète les choses, plus on croit en notre avenir, et plus notre vie aura de chance de prendre le chemin que l’on espère. Ce récit magique peut se targuer de nous remettre les pendules à l’heure. N’est-ce pas la meilleure nouvelle de votre journée ?

Vous prendrez bien une lecture-apéritif avant de partir? 

Hauts les coeurs, mes bookiners !

 

 

 

 

 

 

 

L’autre qu’on adorait | Catherine Cusset

L’autre qu’on adorait | Catherine Cusset

Jeudi 1er juillet 2017, 18h23

`– Hello Tatoo, comment se sont passés tes exams de la Sorbonne ?

– Oh, tu sais, la Sorbonne et moi on ne s’entend pas très bien… J’ai mis trente minutes à trouver la salle de l’exam alors que j’étais arrivée en avance, et j’ai dû faire un commentaire linéaire de texte. Ma phobie.

– Tu dis toujours ça mais tu finis par avoir 18… Tu lis quoi en ce moment ?

– Ah, je viens de lire deux livres… qui n’ont absolument aucun intérêt. Ils m’ont tellement énervée, pourquoi écrire si ça sert à rien sérieux ? Je trouve ça tellement égoïste. C’est comme cuisiner mal. A partir du moment où l’art est à partager, il faut au moins que ce soit partageable. N’en parlons plus, j’ai encore les larmes aux yeux. Godsake. 

– Est-ce que tu crois que c’est important de lire des livres qui parlent de malheur ?

– Mmh ça dépend dans quel état tu es, mais de manière générale, bien sûr que c’est important. Je ne crois pas qu’on ait le droit de s’isoler dans une bulle hermétique toute sa vie, prétextant que le malheur des autres ne nous concerne pas. Ou que le malheur, tout court, n’existe pas. Car le malheur est toujours à côté du bonheur, de la vie. 

– Tu veux dire que le monde nous concerne tous, dans sa beauté et sa laideur ?

– Oui exactement, et puis peut-être que lire des livres sombres peuvent nous ouvrir les yeux sur ceux qui ont besoin d’aide autour de nous. Peut-être qu’ils peuvent nous ouvrir les yeux sur notre propre détresse aussi. Car on n’imagine pas à quel point les gens peuvent être malheureux sans pour autant se sentir malheureux. Tout ça parce qu’ils ne se regardent plus, ils s’accomodent avec le malheur, et se disent que c’est le prix à payer pour être vivant. Je te jure, que j’en ai rencontré des personnes comme ça. 

– Je te demandais ça car je viens de lire un livre terrible qui s’appelle L’autre qu’on adorait et il m’a retournée tant il est sombre. Du coup je ne sais pas s’il faut que j’en parle à nos Bookiners ou pas. 

– Ça dépend mon chat, tu penses qu’il peut aider certaines personnes?

– En fait, je pense que ce livre peut faire du bien car il nous rappelle que des gens vivent toujours des situations pires que la notre dans le monde. Il permet vraiment de relativiser. Mes malheurs m’ont paru ridicules à côté de ceux du personnage. Par ailleurs, je suis d’accord avec le fait qu’il peut nous rappeler que d’autres souffrent mais ne parlent pas, ne parlent plus. Voire que nous-mêmes souffrons sans nous entendre, nous écouter. Ceux-là ont besoin de nous tous, de vous tous pour leur rappeler combien la vie n’est pas statique, combien la tempête laisse toujours place au soleil.

– Alors oui, il faut que tu en parles, c’est important, Nous t’écoutons. 

Ce livre est dur, brutal. Un avant-goût de l’ambiance du roman ? Tenez, écoutez cette célèbre musique de Clint Mansell. Vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenu. 

Marion Barfs – Clint Mansell

Si la solitude vous guette, si la solitude vous gêne, si la solitude vous effraye, peut-être allez-vous revoir votre définition de la solitude avec ce roman et relativiser (un peu) la vôtre : c’est une solitude immense, tout au fond de lui que connaît le personnage du roman. L’autre qu’on adorait s’appelle Thomas. Thomas a réellement existé, il était l’amant puis l’ami de l’auteur qui nous raconte son histoire. Sa vie, il l’a vécue entourée d’amis et de femmes, mais profondément seul. Je crois qu’on peut parler de grande solitude quand son propre être ne peut plus rien pour soi-même. C’est l’histoire de Thomas : un homme qui s’est battu avant d’abdiquer. Le livre s’ouvre sur la découverte du corps de Thomas qui s’est donné la mort.

J’ai longtemps hésité avant de vous proposer d’ouvrir ce livre qui raconte le destin terrible d’un homme hanté par des démons qu’il ne mérite pas. Je me suis reconnue dans beaucoup de ses phases dépressives, mais l’issue de la vie de cette homme m’a totalement bouleversée. Si vous traversez actuellement une zone de turbulence musclée, je vous conseille d’attendre un peu de lumière avant de vous attaquer à cet ouvrage. Pour ceux qui commencent à sortir la tête de l’eau, ouvrez-le prudemment mais ouvrez-le. Peut-être vous fera-t-il relativiser sur votre propre condition, ça a été le cas pour moi. L’auteur nous parle de l’autre, pas de nous. Ce qui arrive à cet homme n’arrivera pas à nous, ni à vous, son destin nous renvoie à la brutalité de la mort telle qu’elle ne devrait jamais arriver.

Ce roman vaccinera les plus fatalistes d’entre vous. Car Thomas a fait de mauvais choix de vie, pris de mauvaises décisions, oui, mais il a rendu les armes, alors qu’il était encore vivant. Parce que Thomas s’est oublié trop longtemps. Qui que vous soyez Bookiner, vous êtes encore vivant(e). Et quoi que vous traversiez aujourd’hui, la vie vous réserve un lot de surprises, de petits et grands bonheurs dont vous n’avez pas idée. Parole de Bookiner (et de connaisseuse!). Ouvrez grand vos bras, embrassez les tous petits bonheurs qui s’offrent à vous, tendez l’oreille à l’enfant qui vous chuchote tout au fond de vous le chemin à emprunter pour vivre pleinement, et surtout, surtout, faites-vous confiance, faites confiance à ce tout petit enfant qui s’égosille. Au fil du récit, l’auteur énumère les parfaites imperfections de ce personnage infiniment attachant: Thomas est brillant, ambitieux, charmeur, mais instable. Le lecteur et l’auteur assistent, impuissants, au lent glissement de Thomas vers la mort. Après avoir loupé Sciencespo et Normal Sup, le jeune homme s’envole vers les Etats-Unis étudier puis enseigner la littérature du vingtième siècle. Pendant des années, le jeune homme s’embarque dans des déménagements, des postulations dans différentes universités, dans des amours aussi passionnelles que transitoires, d’alcool en déconvenues successives. Il soigne ses insomnies en lisant Proust (tiens tiens, un personnage qui lit pour se soigner… 😏)

« La lecture de Proust te réanimera. Proust, c’est le meilleur médicament qui soit, le sel de la vie, le seul à pouvoir t’extraire de la médiocrité. »

Tous ces changements sapent peu à peu la personnalité qu’on devine déjà fragile du personnage. Depuis des années, Thomas est en sursis.

« Tu es parfois sujet à des accès de dépression pendant lesquels ta vision du monde est d’un pessimisme absolu. (…) Tu as hésité à me parler de cette humeur qui envahit ta vie telle une marée noire et tue en toi tout désir, de ce vide qui t’engloutit comme des sables mouvants. »

Les femmes, Thomas sait les séduire mais ne les garde pas. Ana, Elisa, Olga, Nora: toutes ont été aimées, aucune n’est restée. Les ruptures successives et douloureuse entament peu à peu l’estime personnelle de l’homme. Thomas vit trop fort ses relations, il sombre doucement dans le lit de ses émotions qui le dépassent.

« Elle est le boulet de ciment qui t’entraîne vers le fond: vous allez vous noyer ensemble. Il n’y a qu’un moyen de sortir la tête hors de l’eau pour happer l’air qui te permettra de respirer. Rompre. Casser le lien qui vous unit. La laisser partir à la dérive. A six heures du matin tu finis par écrire les mots libérateurs ‘c’est fini’. »

De cette rupture et des autres, il ne s’en remettra jamais vraiment. Les refus de postes défilent eux aussi, Thomas ne trouve pas sa place, il s’oublie. Il abandonne ses projets de livre, de musique, il perd la force de devenir celui qu’il voudrait être. Il baisse les bras à mesure que sa confiance s’envole. Alors Thomas ne dort plus. Vous, bookiners insomniaques, vous reconnaîtrez certainement dans les nuits blanches de Thomas. Peut-être les crises dépressives en moins (si c’est le cas, c’est déjà une bonne nouvelle non?). Car l’esprit qui ne dort plus est un esprit tourmenté que vous ne laissez pas respirer. Pas grave, il y a les livres pour l’occuper. Lisez, lisez autant que vous pouvez, Bookiners, lisez deux livres par nuit si besoin, votre esprit finira par souffler un peu. Parole de…? Bookiner indeed! Thomas, lui, n’autorise plus son esprit à respirer, à se balader dans des campagnes lumineuses et joyeuses, à gambader dans des pays inconnus. Alors, sans que les autres ne s’en aperçoivent, ses tendances dépressives s’accentuent dangereusement. 

« Tu ne dors pas. Ta gaieté des jours précédents a fondu comme neige au soleil. Tu penses à l’échec de tes amours, à ton renvoi de Reed après ton erreur à Princeton, à tes projets qui n’ont pas aboutis: ton roman sur Elisa, ton disque autour de Proust, ton scénario avec Tony. »

Dans un style serré et un rythme rapide qui offre une belle intensité psychologique, l’auteur fouille, interroge et cerne les pensées, la sensibilité de plus en plus instable de son ami disparu. Plus la vie de Thomas avance, plus ses espoirs de devenir « quelqu’un » s’amenuisent. Entouré par ses amis Nicolas, Catherine, et ses amours qui le chérissent et lui pardonnent tout, Thomas ne parle pas, il sombre dans une solitude qu’il tente de gérer, étouffé par l’incertitude de son avenir. Et puis.

« Toute ta vie depuis ta naissance n’est qu’une ligne tendant à ce moment-là. Tu finis exactement comme tu devais finir, dans un petit appartement donnant sur les murs du campus de l’université qui te congédie comme un laquais. »

A 39 ans, cet homme qui oscille toute sa vie entre le soleil et l’obscurité choisit la nuit. Ce livre cherche à expliquer la mort en remontant la courbe d’une vie. Comme une archéologue, l’auteur analyse les échecs, les mauvais choix, les occasions manquées qui ont construit la mécanique implacable d’une descente aux enfers. Le récit décortique aussi un esprit qui déraille. Si, comme moi un jour, votre cerveau a connu ou connait actuellement un grand huit incontrôlable, si vous avez l’impression qu’un ciel bas et lourd obscurcit les couleurs de votre vie avec ou sans raison, alors sachez bien que la tempête finit toujours, toujours par laisser place au soleil. Je vous supplie de me croire, même s’il y a quelques mois je n’y croyais pas encore moi-même. Thomas, lui, a fait l’erreur d’abdiquer trop tôt. Son suicide est effrayant, mais ce récit m’a fait réfléchir sur mon propre destin, mes propres choix, il m’invite à vivre davantage l’instant présent, à revoir quelques unes de mes ambitions à la baisse pour être pleinement moi-même dans ce que je suis et non pas dans ce qu’on aimerait que je sois. Je crois que c’est ce décalage vertigineux qui a poussé Thomas à quitter le monde. Parce que Thomas n’est pas devenu ce « quelqu’un » qu’il aurait voulu être pour les autres. S’en apercevoir à travers l’histoire de l’autre, c’est déjà s’éloigner de son propre gouffre, avancer dans sa propre vie, en accord avec soi-même. Vivez pour vous, faites ce que vous aimez, c’est le plus important pour se préserver.

Une petite lecture pour vous convaincre ? C’est d’accord. Cliquez ici :

 

Bonne lecture mes Bookiners !