Rien ne s’oppose à la nuit | Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit | Delphine de Vigan

27 Mars 2018

15h55, sur un roof top madrilène, cramant de bonheur sous un soleil printanier 

émoticône dialogue texto sms– Honeymoon, je suis officiellement réalisatrice de mini vidéos pour My Little Paris ! Je n’en reviens pas, je suis en larmes de joie !

– Oh mon dieu mon ange, incroyable ! Je suis si fière de toi !! 

– Je suis à la maison là, je danse avec Bonnie ! Elle est si heureuse pour moi, c’est hallucinant comme les chiens sentent tout, je l’emmène au restau pour fêter ça ! 

– Oui, Bookiners, Bonnie est la chienne d’Hélo, et oui, elle l’emmène au restau, et oui, elle la considère comme sa première fille, et non, je ne m’en étonne plus car #petsarethenewkids ! ahahahah, rions, la vie est belle ! 

– Je ne commenterai pas ton cynisme my love ! 

– Ahahahahah ! D’ailleurs, mon ange, dis moi, tu as lu Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan ? 

– Oui, oui, mais il y a longtemps, plus ou moins au moment de sa sortie, je crois. 

– T’avais trouvé ça comment ? Je suis tout juste en train de le terminer, on m’en avait dit tant de bien que dépourvue d’idées de lecture, je m’y suis ruée comme sur une ruche ! 

– Je l’avais apprécié, mais sans davantage de remue ménage au ventre. 

– Mais la forme est étonnante, tu ne trouves pas ? Son roman est assez réflexif, comme une sorte de méta-fiction qui se rapproche de la micro-histoire. Ça m’a tranquillement déroutée. 

– Ah oui, je m’en rappelle ! Mais t’as aimé ? 

– Oui, pas mal du tout. Je vais en parler à nos Bookiners, car ce roman est important, assez vertigineux, je dois dire, mais primordial pour enclencher le processus du pardon envers ses proches, de la cicatrisation des secrets de famille, des fêlures d’enfant, des abysses dont la vie nous parsème.

– Ah, fou ! J’ai hâte de te lire. Bookiners, vous êtes prêts ? 

Lucile est morte hier. Lucile est morte, vivante, au bord de l’abîme qui la poursuivait sans relâche, et dont elle a essayé, le plus longtemps possible, de s’en tenir éloignée. Mais l’abîme abime. Jusqu’à reprendre le dessus sur la vie elle-même. 

Je vous offre, Bookiners, avant Lucile, avant son histoire, ses éclairs et ses fulgurances, avant son drame, le concerto pour clarinette de Mozart, d’une douceur infinie, avec ce quelque chose de bouleversant, cet sorte de souffle chaud que les personnes qu’on aime laissent dans leurs sillages quand la vie décide, sans nous avertir, qu’elles ont fait leur temps. 

Comme promis, voici : 

Concerto pour clarinette, Mozart 

Lucile est morte hier. Depuis des jours. Depuis longtemps. Elle se couchait souvent comme ça, la tête accrochée à son poste de radio, sur le côté, les bras hors des draps du lit. Mais cette fois-ci, différemment des autres fois, Lucile ne respirait plus. Son âme s’était éloignée de son corps, et son corps était bleu, les mains comme tâchées d’encre au dessus des phalanges. 

Lucile est la mère de Delphine, l’auteure et la narratrice. La mère de Delphine et de Manon.  Mère autant qu’elle l’a pu, entre ses affres, ses audaces imprévisibles, ses douleurs, ses errances et ses silences. Une mère autant qu’elle l’a pu, avec sa part d’ombre et ses éclats de lumière. Un mère qui est morte parce qu’elle s’est suicidée. Une mère qui, lors d’un long moment de démence, s’est délestée de ses habits, pour danser nue, le corps peint en blanc, sur le plancher du salon, en tentant, par tous les moyens, de crever les yeux de sa dernière fille Manon avec une aiguille d’acupuncture, afin de l’éloigner de son hallucination du mauvais œil. Nous sommes le 31 janvier 1980. Le précipice se précipite et tout s’effondre dans la vie de Lucile et des enfants qu’elle a mis au monde. 

Comment pardonner à tout ça ? Aux drames, aux traumatismes, à l’indicible, à ses parents pour ce dont ils sont responsables et ce dont ils ne sont pas ? Doux Bookiners, même s’il y a plusieurs réponses possibles à la même question, Delphine de Vigan, nous prête la sienne, le temps d’une lecture, le temps de son récit autobiographique. 

Approchez sur la pointe des pieds, vous Bookiners, pour qui pardonner semble insurmontable et impossible. Et détrompez-vous,  tranquillement. Rien n’est impossible, pour qui sait s’y prendre. Pardonner, c’est capituler face à son passé. C’est accepter ce qu’on ne peut pas changer : l’hier, les autres et les choses. Enfin, c’est embrasser son héritage, pour s’en libérer, le transcender. Mais mon Dieu, je parle trop. Bon, je me tais, Delphine a quelque chose à vous dire : 

« Pendant des années, j’avais eu honte de ma mère devant les autres. Et j’avais eu honte d’avoir honte. Pendant des années, j’avais tenté de fabriquer mes propres gestes, ma propre démarche, de m’éloigner du spectre qu’elle représentait à mes yeux … Je refusais de suivre ses traces… et puis j’ai fini par capituler. »

« Aujourd’hui, je suis capable d’admirer son courage. »

Pardonner, c’est accepter de regarder en face l’ombre et la part de lumière des gens qu’on aime et des blessures qu’ils nous causent. Et c’est ce qu’elle a fait Delphine, désormais votre, notre Delphine. Elle a tenté d’arracher le passé, l’horreur et la mère, aux silences de sa nuit éternelle. Et alors, elle s’est affairée à interroger la mémoire de la famille et des proches de Lucile afin d’ : 

« Approcher la douleur de ma mère, en explorer les contours »

Et : 

« Briser la forteresse du silence, et de l’incompréhension. »

Derrière cette tentative, au sein même de celle-ci, vous voyez Bookiners, le pardon affleure déjà. Ah ! Je vous sens méditer, c’est bien. En attendant que ça décante tout ça, ce flot de paroles et de belles intentions  – je sais, c’est plus facile à dire, qu’à faire, mais je suis en train, moi aussi, au moment où je vous parle, d’amorcer la pardon, « avec mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, oh oh, ce serait le bonheur ! » – j’appelle nos Bookiners traumatisés ! 

Bookiners aux traumatismes saillants, exubérants et/ou encombrants, dans « Rien ne s’oppose à la nuit », vous serez guidés, en catimini, en sobriété, par Delphine et Lucile deux âmes que la vie a refusé d’épargner. A travers leurs récits respectifs enchâssés, et surtout bouleversants, vous saurez qu’on ne guérit jamais tout à fait de ses blessures. On les panse, on les repense, on les porte en nous et on vit avec. Le but réel, c’est de les faire vivre ailleurs que totalement en soi afin de leur survivre. Lucile est devenue, bien après ses méandres, assistante sociale. Elle a dès lors dédiée une partie de ses douleurs, à panser et comprendre celle des autres. Delphine, en devenant écrivain, je crois, s’est hissée hors de l’eau, à la surface des mots et des maux, en esquissant leurs contours et les affres qu’ils lui ont causé, ses maux. S’engouffrer, le plus lentement possible, en glanant, along the way, le plus de moments de bonheur, peut-être qu’elle est là, la réponse à tout ça. Et alors, même si, comme Lucile, vous êtes/vous sentez : 

« Frêle, fragile et brisée »

Rappelez-vous Bookiners, que vous êtes vivants, et que l’air que vous respirez recèle de promesses et de possibilités plus belles, plus grandes, plus joyeuses, plus folles que ce qui a traumatisé une partie de votre existence. 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère, je ne vous oublie pas ! J’ai encore assez de mots pour guérir vos maux ! Ahahahahah ! Et je ne me lasserai jamais au grand jamais de ce joli jeu de mots ! 

C’est à travers l’histoire de Lucile, ou du moins, celle que retrace sa fille, au fil de son regard, de ses souvenirs et surtout de ceux des autres, que la famille de sa mère se dessine et se démêle. Lucile est la 3ème enfant d’une fratrie de 9 enfants, portée par Liane, mère solaire, énergique, souriante et folle amoureuse de George, le père, charismatique, exigeant, ténébreux, séducteur, incestueux, et un brin manipulateur. Cette famille, la famille de Lucile, Liane, George, Manon et Delphine, incarne, pour celle ci : 

« Ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts et le retentissement du désastre. »

Bref, une galère complexe et paradoxale me direz-vous. Et vous auriez raison. Et je vous répondrai aussi que les mots de « galère », « bordel », « gouffre » et « antithèse » – même s’ils sont constitutif de cette entité première et primaire qu’on appelle la famille – ne sont pas nécessairement accolés à ceux de « tragédie  récurrente », « non-dit » ou « catastrophe », si et seulement si, on retient, tant bien que mal, son identité, son individualité du collectif, et de la pression qu’il engendre. Si et seulement si, on utilise la parole comme une arme, une limite, un rempart pour faire savoir au collectif qui on est, qui on désire devenir, ce qu’on tolère, ce qu’on aime ou qu’on désavoue. Je suis, Bookiners, si vous ne l’avez pas encore tout à fait remarqué, une fervente partisane de la communication et de ses bienfaits libérateurs et fédérateurs. Et je pense, mais je ne suis pas sûre, que parler, en société, en famille – qui est d’ailleurs, sa première occurrence – ou ailleurs – s’il existe – permet de s’affirmer, de digérer, de donner, et surtout de ne pas se laisser aliéner par les volitions, les actes et les mots des autres. Je reviendrai sur ces points un jour, en début de revue, lorsque votre concentration sera encore à son maximum, car j’ai énormément de choses à vous dire à ce sujet – pour changer ! Mais je crois, je crois que si Lucile avait parlé plus tôt, de l’inceste, du viol, si George et Liane avait discuté avec leurs enfants de la mort accidentelle de leur frère Antonin, puis de leur frère Jean-Marc, alors, peut-être, je dis bien peut-être, que la vie aurait été plus clémente avec eux car la parole aurait expulsé les rancoeurs, les incompréhensions, les morceaux trop saillants et impulsifs de la douleur, les sentiments d’injustices et la malédiction. Je ne suis ni Dieu ni Déesse, mais je suis persuadée que si la parole est une arme à double-tranchant, c’est une arme salvatrice pour qui désire ne pas se dérober à elle. 

C’est peut-être, enfin, ce qu’a compris Delphine, et la ribambelle d’écrivains qui la précèdent, l’entourent et la succèdent. Alors imitons les, suivons leur trace et hissons-nous, comme eux, au dessus des brouillards afin d’ouvrir la voie des lendemains radieux. Ceux gorgés de soleil. Oui, ceux-là. Les seuls que nous méritons réellement de vivre. 

Je vous laisse mes amours de Bookiners, le soleil de Madrid m’attend pour se coucher, et il est déjà 19h30. Oui, oui, ca prend du temps de vous écrire. 

Parce que vous le valez bien ! 😉 

Doux baisers, 

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Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

 Dimanche 28 Janvier, 14h42  au bout du rouleau à la gare de Lyon Perrache. Train en direction de Barcelone raté. Deux valises, un sac à main et un clavier piano pour bagages. #nervousbreakdownbonjour

émoticône dialogue texto sms– Le tirage au sort pour « Les Déraisons » vient tout juste d’avoir lieu mon ange, et l’heureuse gagnante est une Bookineuse fan de mots ! Je suis trop heureuse ! J’ai hâte qu’elle jubile de plaisir en lisant ce roman que j’aime tant ! 

– Pause mon chat, je suis au bout de ma vie, je viens de rater mon changement pour Barcelone et les agents de la SNCF se foutent de ma gueule au lieu de m’aider à trouver une solution. Je crois que je suis au bord de la crise de nerfs et le mot est faible. Rien que de penser à comment je vais l’expliquer à mes parents j’ai envie de sauter sur les rails. 

– OK. Respire. 1, 2, 3. Écarte toi des rails surtout, pas de faux mouvements, et va au Relay te prendre des Dragibus, des popcorns et des Pépitos. Aujourd’hui, c’est permis. Tout est permis, sauf de mourir. 

– Non je ne peux pas mon chat, j’ai une grosse valise bleue de 1,50m de hauteur, une mini valise rose où j’ai tous mes livres à lire du mois, un sac à main avec mon ordi, mes cours, mes billets de train que j’ai raté, un sac de voyage et mon clavier piano. Je trimballe tout ça seule avec moi donc chaque déplacement est un voyage de guerre. Les gens, au lieu de me proposer de l’aide, me dévisagent comme si je m’étais teint les cheveux en bleu et que j’avais des crottes de nez à la place du visage. Les français me dépassent, je t’assure. L’homme de ma vie sera madrilène et s’appellera Javier. J’ai hâte de me marier ! 

– Que fait-on de Benji Biolay ? 

– Écoute mon ange, Benji Biolay est encore fou d’amour de Chiara Panzani Mastroianni et je t’avouerais que mon seul rêve c’est d’être chanteuse, pas d’être la 7ème roue du carrosse. À 24 ans, c’est trop tôt ! Regarde son nouveau clip « Encore » qui vient de sortir sur Youtube. Tu comprendras de quoi je parle. Le mec est carrément en train de mimer ses ébats amoureux avec son ex-femme. Je n’ai aucune chance. 

– Ahahahahah !  Va pour Javier ! Ça me convient ! Alors pour ton train, que vas- tu faire ? 

– À part que je viens de perdre 150euros et que j’ai envie de me pendre, ça va. Résultat des courses, je vais prendre un bus de Lyon à Barcelone et ensuite le train en direction de Madrid. J’en ai pour littéralement 15h donc c’est un peu l’angoisse mais ça aurait pu être pire. Ce qui me déprime vraiment c’est que j’ai beau prendre en âge, je fais encore et toujours les mêmes erreurs, et je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec mon étourderie et mon inconséquence toute une vie entière. Je ne me supporte plus. 

– Ok honeymoon, prends un livre sympa et ludique et respire. Ça va aller. 

– Okok, t’as raison, a tutti mon ange. Et Merci. 

Dimanche 28 Janvier, 19h30

Bonsoir doux Bookiners. J’espère que votre dimanche était plus relaxant que le mien. Les montagnes russes indésirables, ça a ce quelque chose de pénible tout de même. Je viens tout juste de finir un roman léger et agréable comme une série. Vous souligner qu’il m’a apaisée lorsque j’étais sur les rivages de la syncope n’est pas peu dire. Ce roman que je vous présente sous peu n’est pas un grand roman de littérature avec des phrases envolées qui côtoient le sublime. Cependant, il fait sourire, il ravive l’enfant qui est en nous, et allume quelques étoiles dans le ventre. De douceur. Un peu comme un soap opéra qu’on regarde goulûment avec des popcorns et de l’excitation. Voilà. Il est comme ça ce Comment papa est devenu danseuse étoile, pétillant et rocambolesque comme l’enfance!  Et pour moi qui ne veut pas grandir, c’est une aubaine !  Si vous désirez déjà faire voler ce roman jusqu’à chez vous cliquez sur la couverture du livre juste en-dessous et vous pourrez le commander aussi rapidement que l’éclair. 

Bon. Venons-en aux maux ! Mais avant, Tada :

Take the A Train – Duke Ellington

Bookiners qui vous sentez seuls et/ou en mal de tendresse direction les Minchielli ! Dans cette famille au caractère bien trempé, vous peuplerez votre solitude de visages et d’histoires dont vous vous sentirez proches, entre la belle adolescente de 15 ans, Sarah qui dialogue avec ses écouteurs, le petit Paul de 13 ans qui vous regardera avec curiosité et tendresse, et puis la mère, au bord des nerfs, et puis le père, au bord du gouffre, et puis la grand-mère bavarde, nostalgique, solaire et incisive, et puis la vie qui se déroulera devant vous comme un parchemin de jolies péripéties. Oui, vous ne serez plus seul(e) car vous trouverez chez les Minchielli, une famille adoptive. Celle qu’on aime de tout son cœur et qui nous excède parfois un peu, justement parce qu’on l’aime. Et dans cette famille franco-italo-russe dans laquelle ce roman vous fera atterrir, la tendresse, vous l’aurez à toutes les sauces, de toutes les couleurs et de chaque hémisphère. Profitez, cela durera 216 pages ! Bon, je vous les présente ?

Dans la famille Minchielli, voici le petit Paul, narrateur adorable et attendrissant de 13 ans. Il vous accompagnera dans les sillons de toute sa drôle de famille avec toute la bienveillance et l’esprit dont il sait faire preuve. Paul, c’est un garçon déroutant, il a trois passions saisissantes : il adore compter, les arrêts de métro, ses pas dans la rue, l’écart entre les passages piétons, les boutons de chemises ; il est fou d’échecs auxquels il joue seul ou accompagné, puis enfin, il note tout : les visages, les mouvements, les sentiments, la vie. Sinon, il adore sa grand-mère, Maria. Une ancienne danseuse étoile russe du Bolchoï qui a tout quitté par amour pour un danseur étoile italien, Luigi Minchielli. Luigi qui s’enfuira lorsqu’il apprendra qu’elle est enceinte de leur fils. Luigi qu’elle aimera à la folie. Luigi dont elle a conservé tous les souvenirs, tout le bonheur. Luigi dont elle parle sans arrêt pour tuer son absence, tuer son aigreur et ne garder que le soleil de leur amour et l’espoir de son retour. Et puis Lucien, le fils qui a grandi sans père, Lucien qui n’a pensé qu’à ça avoir un vrai père, qui s’endormait en priant qu’il revienne, qui s’endormait vite comme l’éclair pour se retrouver avec lui dans les sillages de ses rêves. Lucien dont la maman ressassait l’existence et l’amour d’un père absent. Lucien et sa béance, orphelin d’un père qui a choisi de partir. Je vous laisse lire les mots de Lucien à son père, je vous laisse sa parole exprimer sa douleur, et peut-être un peu de la vôtre : 

« Toute ma vie papa, toute ma vie j’ai rêvé de te retrouver. Je n’ai pensé qu’à ça. Jour et nuit. Et quand j’étais petit, maman me lisait une histoire le soir, et moi, je n’avais qu’une hâte, c’était de m’endormir vite, vite, vite, et d’être avec toi, dans mes rêves. Et puis le matin, je me réveillais et j’étais toujours seul. Seul.»

Il y en a d’autres des personnages, des caractères survoltés de votre nouvelle famille mais je vous laisse les découvrir patiemment. Et les chérir d’avance. 

Mais voilà, que fait-on quand sa famille est mutilée? Quand son père décide de partir en Argentine pour vivre un amour frivole sans penser à ceux qui restent désemparés et détruits ? 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère et un grand bordel, je vous laisse faire connaissance avec une autre famille qui vous ressemblera de près ou de loin, et qui vous fera comprendre, puis accepter les mystères, les silences et les mensonges de la vôtre. On ne sait jamais tout d’une personne. On ne sait jamais tout d’un départ, d’une pulsion, d’une tragédie. Et c’est peut-être pour ça, que votre étrange famille, il faut accepter de ne pas la comprendre intégralement, pour la comprendre enfin. Vous savez, c’est comme lorsque l’on se trouve face à un tableau désordonné, dont on accepte l’apparente inconsistance. Et que, par cette acceptation, au delà de la résignation et bien plus proche de la résilience, on finit enfin par comprendre ce tableau, son bordel, son trop-plein et ses non-dits car on les fait siens. Et c’est alors qu’on pardonne, car on accepte enfin l’inacceptable et l’inéluctable, l’inexplicable, le côté « tiens, prends ça dans ta gueule » de la vie. 

Alors, Bookiners pour qui pardonner est une drôle d’injonction, essayez d’accepter davantage de ne pas tout comprendre mais d’accepter quand même. Faites-le au moins pour vous seul. Il faut être égoïste parfois, pour avancer. 

Je ne vous dévoile pas tout alors je me tais bientôt, mais avant ça, je voulais vous dire que Lucien, vous savez le père de Paul et Sarah, et bien Lucien se retrouve au chômage du jour au lendemain. Licencié d’une société d’imprimerie dans laquelle il a gravi les échelons pas à pas. Et puis un jour, plus rien. Néant. Carton. Lettre d’Adieu. Silence. 1 an, 3 mois et 18 jours allongé devant la télé, avachi comme un coussin dégonflé, Lucien est immobile et apathique. Une larve paternelle. Et puis un jour, il décide, comme ça, pour rien – ou plutôt pour tout, mais je me tais – il décide de ressusciter et d’aller courir, tous les matins, comme un forcené. Puis il décide se mettre à la danse classique. Il décide de réaliser son rêve, celui de l’enfant qui a attendu toute sa vie, ou bien celui de l’adulte qui décide de reprendre les rennes de son héritage génétique et d’honorer enfin et son père et sa mère, en dansant comme une étoile. Vous savez enfin le pourquoi du comment de ce titre fantasque. 

Je m’en vais, en vous précisant enfin, Bookiners que ce roman vous fera sourire, oui, vous, Bookiners avares en contorsions buccales et en doux rires tendres, car il a ce quelque chose de cocasse et rocambolesque. Et j’ai souri comme une enfant, avec mes trois valises, mes Haribos, mes popcorns et mon piano, dans la gare de Lyon Perrache sur une chaise caca d’oie, en face des toilettes et des portes courant-d’air au froid indécent. Et j’ai souri et j’allais mieux. Et vous aussi, vous irez mieux. Et c’est comme ça, et c’est tant mieux. Et je m’en vais pour de bon. Mon bus pour Barcelone vient d’arriver, il est 21h15 piles et j’ai 15h de trajet qui m’attendent, mais je suis vivante, et vous aussi. 

Allez, dansons !

Doux baisers des étoiles, 

PS : si vous désirez commander ce joli roman feel good, go ahead, c’est juste en dessous ! Hourra ! 

 

« La poésie est l’amante de la vie » | Hélène

« La poésie est l’amante de la vie » | Hélène

Robert Desnos, Corps et bien 

Je me souviens de ce chagrin, ces pleurs comprimés pour ce bonhomme qui construisait des trains. Et de ce moment où j’ai ouvert un recueil de poésie pour trouver chez un autre le baiser d’un fantôme. 

« près des jardins où les roses oubliées

sont des amourettes déracinées » 

Non, je ne dis pas qu’un poème fait oublier le garçon qui passait. 

Non, je ne dis pas qu’un poème vaut le velours d’une nuit orangée, ou la bière blonde bue avec un brun sur l’oreiller blanc. Mais je veux la chanter parce qu’elle colore le présent vaporeux… La poésie est cocotte-minute, elle fait bomber du torse chaque instant. C’est une petite chérie qui murmure « ne regarde pas hier, ne regarde pas demain, je suis là ». 

« Les siècles de notre vie durent à peine des secondes.

A peine les secondes durent-elles quelques amours

A chaque tournant il y a un angle droit qui ressemble à un vieillard »

Quand on a le cœur comme un mouchoir, l’esprit qui vagabonde dans ses sourcils, ce mot qu’il a dit, celui qu’il n’a pas dit, la poésie est là. Elle ne fait pas grand bruit, la poésie. Ses mots sont plein de coussinets, et pour l’entendre bien, il ne faut pas pleurer fort… 

« J’ai perdu le regret du mal passé les ans.

J’ai gagné la sympathie des poissons.

Plein d’algues, le palais qui abrite mes rêves est un récif et aussi un territoire du ciel d’orage et non du ciel trop pâle de la mélancolique divinité. » 

Non, je ne dis pas que Robert Desnos m’a ouvert les bras de l’amoureux.

Non, je ne dis pas que bécoter les spasmes poétiques de Robert vaut le câlin fiévreux après la tasse de café. 

Dans le chagrin, on cherche à comprendre… La poésie enseigne que rien ne sert de comprendre… Que rien ne sert à rien là où la beauté brille ! Que rien ne sert à rien hormis de gagner la sympathie des poissons ! Qu’il vaudrait mieux s’enticher d’un brochet. Oublier le jeune premier et batifoler avec une carpe. Ou faire mumuse avec une sardine. Aimer n’importe quoi, en fait. Aimer ces choses, ces riens, ces petits miracles qui font la chantilly des jours. 

« Une neige de seins qu’entourait la maison 

et dans l’âtre un feu de baisers »

La poésie sait si bien soulever nos paupières… Elle nous dit, l’ami, garde l’œil ouvert à une pluie de tétons ! A une tempête de torses de miel ! Boit le présent à pleine tétine ! 

La poésie est l’amante de la vie. C’est une dame aux cheveux violets qui a du chagrin, parce qu’elle sait qu’on croit pouvoir vivre sans elle. C’est une dame qui vit sur la pointe des pieds, et qui se consume à écrire des lettres d’amour pour enchanter le roulis des jours. 

Hélène 

« Les livres s’ouvrent parfois comme des parapluies » | Frédéric Aribit

« Les livres s’ouvrent parfois comme des parapluies » | Frédéric Aribit

La nuit est encore jeune, par le collectif Catastrophe (Pauvert)

Jour après jour, les pluies de cendres continuent de tomber sur nos têtes. Ce sont les deuils, les séparations, les cataclysmes qui guettent, les explosions du monde, les scléroses du langage, les nécessités qui ont force de loi, les fadeurs convenues auxquelles on se résigne en guise de contact humain… Si bien que la vie finit parfois par ressembler à une gigantesque Pompéi en attente de pétrification dernière. On n’y échappera pas, le temps passe. C’est que, nous l’a-t-on assez répété, la partie est jouée d’avance, il faut bien grandir, mûrir, en terminer avec les élans de nos enfances, prendre enfin sa place dans l’ordre des choses et devenir l’adulte, statue de chiffres qui s’ignore. 

Mais sous cette averse ininterrompue de cendres où s’éteignent nos volcans, les livres s’ouvrent parfois comme des parapluies. La nuit est encore jeune : qui nous parlera à nouveau de tout ce qui bruissait en elle lorsque nous courions dans les forêts, ou nous jetions pour rire à pieds joints dans les flaques ?

La catastrophe : non pas celle où l’on s’abîme définitivement, mais au contraire, ce « bouleversement » étymologique qui retourne les tragédies quotidiennes jusqu’à y ouvrir un nouvel appel d’air. En soixante-six chapitres, qui sont autant de respirations salutaires avec le monde comme il ne va pas, l’essai du collectif Catastrophe (Blandine Rinkel, Pierre Jouan, Hadrien Bouvier, Arthur Navellou…) renoue avec l’inaccaparé, cette palpitation qui s’obstine à l’intérieur des cailloux. 

Essai du rebond, de la résilience même, essai qui inverse le regard pour abolir les murs qu’on croyait infranchissables, voilà un de ces livres qui font du bien, un de ces livres trop rares qui nous replacent

« au seuil de l’extraordinaire, dans l’attente des signes. »

Parce que tout n’est pas perdu, tout est éperdu…

Frédéric Aribit

 

« L’infime espoir de l’auteur sur le futur nous éclaire » | Olivier

« L’infime espoir de l’auteur sur le futur nous éclaire » | Olivier

Le futur m’a toujours intrigué, attiré, envoûté. Plutôt paradoxal pour un jeune homme passionné par les dinosaures et dont l’enfance, rythmée par les cris de velociraptor et autres carnassiers, ressemble plus à une quête du passé qu’à une course vers le futur. 

Je me tourne vers le futur, celui que l’on devine, qui nous attire, mais que l’on garde à distance pour ne pas trop y penser. Le roman qui a bercé mon plus beau voyage dans le temps est un trip futuriste dont l’absurdité et la folie paranoïaque du « pourquoi » contraste à merveille avec la crédibilité et l’efficacité du « comment ». Dans Silo, la Science et la Fiction s’entremêlent pour nous offrir un roman aussi sombre que jouissif.

La science et la fiction m’ont toujours fait voyager. C’est le mélange des deux, et en particulier dans cette fable souterraine, qui m’a permis de développer une curiosité de l’inconnu. Le futur représente l’avenir, or n’est-il pas capital de penser à l’avenir pour ne pas ressasser le passé ? 

A mi-chemin entre 1984 (G.Orwell) et La Route (Cormac McCarthy), Silo nous plonge in medias res dans un monde post apocalyptique au sein duquel des milliers de survivants vivent reclus sous terre, dans un immense silo inspiré de nos mégastructures contemporaines. Cette société souterraine, au sein de laquelle censure, classe sociale et contrôle des naissances sont les maitres mots, ne va pas tarder à subir le sort réservé par l’homme à toute les régimes répressifs et totalitaires depuis la nuit des temps : la révolte. Seul bémol ? L’air extérieur est irrespirable et sortir du silo est synonyme de mort…

Cette œuvre, qui se dévoile et se dénude au fil d’une trilogie haletante, est un ONVI littéraire tant par l’histoire qu’elle raconte que par la vision de son géniteur, tiraillé entre un pessimisme chaotique et une fine lueur d’espoir dont la flamme, matraquée pendant près de 2000 pages par les bourrasques du désespoir, continuera néanmoins de nous éclairer pendant tout notre périple littéraire.

Je le recommande à tous les férus de science-fiction (évidemment), aux « futurophiles » et autres insatiable du « et après… », mais également aux curieux comme aux néophytes qui aimeraient se tenter un voyage vers le futur sans pour autant tomber dans les clichés intergalactiques souvent pesants (suivez mon regard). Essayez le Silo pour une heure, une nuit et, croyez-moi, vous ne pourrez plus le quitter avant d’en avoir exploré les moindres recoins…

Olivier

« Ce roman m’a transformée » | Alix

« Ce roman m’a transformée » | Alix

Les yeux ronds, d’Alain Schifres (Robert Laffont, Jean-Jacques Pauvert)

Ce roman de la fin des années 80, pas très connu, m’a transformée et fait grandir, tant dans ma vie amoureuse que dans ma vie professionnelle : grâce à lui j’ai compris que j’avais rencontré l’homme de ma vie, et il a aussi ouvert une petite voie (voix, ça marche aussi) dans ma tête qui m’a poussée à écrire à mon tour. 

Lorsque je l’ai découvert, j’avais 22 ans, je finissais mes études, j’avais un amoureux depuis plus de trois ans… mais je venais de rencontrer un garçon bien plus âgé que moi (32 ans ! un Monsieur ! ). Tout casser pour l’inconnu dans tous les sens du terme ? Sauf qu’un soir, L. m’a invitée à dîner chez lui, et sur sa table basse, il y avait Les yeux ronds. Tétanisée de trac et voulant me donner une contenance pendant qu’il s’agitait dans la cuisine, j’ai commencé à lire la quatrième de couverture : 

Roman d’éducation mal élevée, un poème de l’émigration à lire dans le train qui vous reconduit à la frontière. Récit picaresque d’une enfance ahurie dans les années 50 et satire également de l’optimisme contemporain. Cri de haine contre le progrès des mœurs et la vogue des légumes frais. Un chant de l’inertie, au sujet de quoi le critique littéraire de Görnul Poku (bulletin trimestriel de l’immigration zorzove) a pu écrire « je suis sorti de ce livre plus bête qu’avant ». 

J’ai éclaté de rire et ouvert ce roman absurde et si singulier. L’histoire se passe en Zorzovie, pays des Balkans imaginaire, où sévit une secte consternante, celle des adorateurs du Vélo et où les habitants ne peuvent s’empêcher de voir une chemise sans la broder. Alain Schifres, l’auteur, également plume de l’Obs à l’époque, invente un univers foutraque et poétique, même une langue, le Zorzove, bien avant le Dothrati !

Lorsque L. est revenu de la cuisine, j’étais plongée dans ma lecture, secouée de rire, et il m’a alors regardée d’un autre œil. Personne, à part lui, n’était aussi fan de ce texte à la fois si bien écrit et si bizarre. De mon côté, je découvrais qu’on pouvait être salarié, très vieux ( !), avoir une voiture et aussi le sens de l’humour. Enfin, le même que moi ! Grâce à ce livre, nous sommes passés de la séduction un peu convenue à une intimité immédiate.

Aujourd’hui, nous avons trois enfants dont deux plus vieux que moi quand j’ai rencontré leur père… Les yeux ronds ont fait découvrir à l’étudiante en journalisme « sérieuse » que j’étais qu’on a le droit d’être drôle quand on écrit. Je me demande même dans quelle mesure ça n’est pas un devoir… 

Alix