Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

Comment papa est devenu une danseuse étoile | Gavin’s Clémente Ruiz

 Dimanche 28 Janvier, 14h42  au bout du rouleau à la gare de Lyon Perrache. Train en direction de Barcelone raté. Deux valises, un sac à main et un clavier piano pour bagages. #nervousbreakdownbonjour

émoticône dialogue texto sms– Le tirage au sort pour « Les Déraisons » vient tout juste d’avoir lieu mon ange, et l’heureuse gagnante est une Bookineuse fan de mots ! Je suis trop heureuse ! J’ai hâte qu’elle jubile de plaisir en lisant ce roman que j’aime tant ! 

– Pause mon chat, je suis au bout de ma vie, je viens de rater mon changement pour Barcelone et les agents de la SNCF se foutent de ma gueule au lieu de m’aider à trouver une solution. Je crois que je suis au bord de la crise de nerfs et le mot est faible. Rien que de penser à comment je vais l’expliquer à mes parents j’ai envie de sauter sur les rails. 

– OK. Respire. 1, 2, 3. Écarte toi des rails surtout, pas de faux mouvements, et va au Relay te prendre des Dragibus, des popcorns et des Pépitos. Aujourd’hui, c’est permis. Tout est permis, sauf de mourir. 

– Non je ne peux pas mon chat, j’ai une grosse valise bleue de 1,50m de hauteur, une mini valise rose où j’ai tous mes livres à lire du mois, un sac à main avec mon ordi, mes cours, mes billets de train que j’ai raté, un sac de voyage et mon clavier piano. Je trimballe tout ça seule avec moi donc chaque déplacement est un voyage de guerre. Les gens, au lieu de me proposer de l’aide, me dévisagent comme si je m’étais teint les cheveux en bleu et que j’avais des crottes de nez à la place du visage. Les français me dépassent, je t’assure. L’homme de ma vie sera madrilène et s’appellera Javier. J’ai hâte de me marier ! 

– Que fait-on de Benji Biolay ? 

– Écoute mon ange, Benji Biolay est encore fou d’amour de Chiara Panzani Mastroianni et je t’avouerais que mon seul rêve c’est d’être chanteuse, pas d’être la 7ème roue du carrosse. À 24 ans, c’est trop tôt ! Regarde son nouveau clip « Encore » qui vient de sortir sur Youtube. Tu comprendras de quoi je parle. Le mec est carrément en train de mimer ses ébats amoureux avec son ex-femme. Je n’ai aucune chance. 

– Ahahahahah !  Va pour Javier ! Ça me convient ! Alors pour ton train, que vas- tu faire ? 

– À part que je viens de perdre 150euros et que j’ai envie de me pendre, ça va. Résultat des courses, je vais prendre un bus de Lyon à Barcelone et ensuite le train en direction de Madrid. J’en ai pour littéralement 15h donc c’est un peu l’angoisse mais ça aurait pu être pire. Ce qui me déprime vraiment c’est que j’ai beau prendre en âge, je fais encore et toujours les mêmes erreurs, et je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec mon étourderie et mon inconséquence toute une vie entière. Je ne me supporte plus. 

– Ok honeymoon, prends un livre sympa et ludique et respire. Ça va aller. 

– Okok, t’as raison, a tutti mon ange. Et Merci. 

Dimanche 28 Janvier, 19h30

Bonsoir doux Bookiners. J’espère que votre dimanche était plus relaxant que le mien. Les montagnes russes indésirables, ça a ce quelque chose de pénible tout de même. Je viens tout juste de finir un roman léger et agréable comme une série. Vous souligner qu’il m’a apaisée lorsque j’étais sur les rivages de la syncope n’est pas peu dire. Ce roman que je vous présente sous peu n’est pas un grand roman de littérature avec des phrases envolées qui côtoient le sublime. Cependant, il fait sourire, il ravive l’enfant qui est en nous, et allume quelques étoiles dans le ventre. De douceur. Un peu comme un soap opéra qu’on regarde goulûment avec des popcorns et de l’excitation. Voilà. Il est comme ça ce Comment papa est devenu danseuse étoile, pétillant et rocambolesque comme l’enfance!  Et pour moi qui ne veut pas grandir, c’est une aubaine !  Si vous désirez déjà faire voler ce roman jusqu’à chez vous cliquez sur la couverture du livre juste en-dessous et vous pourrez le commander aussi rapidement que l’éclair. 

Bon. Venons-en aux maux ! Mais avant, Tada :

Take the A Train – Duke Ellington

Bookiners qui vous sentez seuls et/ou en mal de tendresse direction les Minchielli ! Dans cette famille au caractère bien trempé, vous peuplerez votre solitude de visages et d’histoires dont vous vous sentirez proches, entre la belle adolescente de 15 ans, Sarah qui dialogue avec ses écouteurs, le petit Paul de 13 ans qui vous regardera avec curiosité et tendresse, et puis la mère, au bord des nerfs, et puis le père, au bord du gouffre, et puis la grand-mère bavarde, nostalgique, solaire et incisive, et puis la vie qui se déroulera devant vous comme un parchemin de jolies péripéties. Oui, vous ne serez plus seul(e) car vous trouverez chez les Minchielli, une famille adoptive. Celle qu’on aime de tout son cœur et qui nous excède parfois un peu, justement parce qu’on l’aime. Et dans cette famille franco-italo-russe dans laquelle ce roman vous fera atterrir, la tendresse, vous l’aurez à toutes les sauces, de toutes les couleurs et de chaque hémisphère. Profitez, cela durera 216 pages ! Bon, je vous les présente ?

Dans la famille Minchielli, voici le petit Paul, narrateur adorable et attendrissant de 13 ans. Il vous accompagnera dans les sillons de toute sa drôle de famille avec toute la bienveillance et l’esprit dont il sait faire preuve. Paul, c’est un garçon déroutant, il a trois passions saisissantes : il adore compter, les arrêts de métro, ses pas dans la rue, l’écart entre les passages piétons, les boutons de chemises ; il est fou d’échecs auxquels il joue seul ou accompagné, puis enfin, il note tout : les visages, les mouvements, les sentiments, la vie. Sinon, il adore sa grand-mère, Maria. Une ancienne danseuse étoile russe du Bolchoï qui a tout quitté par amour pour un danseur étoile italien, Luigi Minchielli. Luigi qui s’enfuira lorsqu’il apprendra qu’elle est enceinte de leur fils. Luigi qu’elle aimera à la folie. Luigi dont elle a conservé tous les souvenirs, tout le bonheur. Luigi dont elle parle sans arrêt pour tuer son absence, tuer son aigreur et ne garder que le soleil de leur amour et l’espoir de son retour. Et puis Lucien, le fils qui a grandi sans père, Lucien qui n’a pensé qu’à ça avoir un vrai père, qui s’endormait en priant qu’il revienne, qui s’endormait vite comme l’éclair pour se retrouver avec lui dans les sillages de ses rêves. Lucien dont la maman ressassait l’existence et l’amour d’un père absent. Lucien et sa béance, orphelin d’un père qui a choisi de partir. Je vous laisse lire les mots de Lucien à son père, je vous laisse sa parole exprimer sa douleur, et peut-être un peu de la vôtre : 

« Toute ma vie papa, toute ma vie j’ai rêvé de te retrouver. Je n’ai pensé qu’à ça. Jour et nuit. Et quand j’étais petit, maman me lisait une histoire le soir, et moi, je n’avais qu’une hâte, c’était de m’endormir vite, vite, vite, et d’être avec toi, dans mes rêves. Et puis le matin, je me réveillais et j’étais toujours seul. Seul.»

Il y en a d’autres des personnages, des caractères survoltés de votre nouvelle famille mais je vous laisse les découvrir patiemment. Et les chérir d’avance. 

Mais voilà, que fait-on quand sa famille est mutilée? Quand son père décide de partir en Argentine pour vivre un amour frivole sans penser à ceux qui restent désemparés et détruits ? 

Bookiners pour qui la famille est une sacrée galère et un grand bordel, je vous laisse faire connaissance avec une autre famille qui vous ressemblera de près ou de loin, et qui vous fera comprendre, puis accepter les mystères, les silences et les mensonges de la vôtre. On ne sait jamais tout d’une personne. On ne sait jamais tout d’un départ, d’une pulsion, d’une tragédie. Et c’est peut-être pour ça, que votre étrange famille, il faut accepter de ne pas la comprendre intégralement, pour la comprendre enfin. Vous savez, c’est comme lorsque l’on se trouve face à un tableau désordonné, dont on accepte l’apparente inconsistance. Et que, par cette acceptation, au delà de la résignation et bien plus proche de la résilience, on finit enfin par comprendre ce tableau, son bordel, son trop-plein et ses non-dits car on les fait siens. Et c’est alors qu’on pardonne, car on accepte enfin l’inacceptable et l’inéluctable, l’inexplicable, le côté « tiens, prends ça dans ta gueule » de la vie. 

Alors, Bookiners pour qui pardonner est une drôle d’injonction, essayez d’accepter davantage de ne pas tout comprendre mais d’accepter quand même. Faites-le au moins pour vous seul. Il faut être égoïste parfois, pour avancer. 

Je ne vous dévoile pas tout alors je me tais bientôt, mais avant ça, je voulais vous dire que Lucien, vous savez le père de Paul et Sarah, et bien Lucien se retrouve au chômage du jour au lendemain. Licencié d’une société d’imprimerie dans laquelle il a gravi les échelons pas à pas. Et puis un jour, plus rien. Néant. Carton. Lettre d’Adieu. Silence. 1 an, 3 mois et 18 jours allongé devant la télé, avachi comme un coussin dégonflé, Lucien est immobile et apathique. Une larve paternelle. Et puis un jour, il décide, comme ça, pour rien – ou plutôt pour tout, mais je me tais – il décide de ressusciter et d’aller courir, tous les matins, comme un forcené. Puis il décide se mettre à la danse classique. Il décide de réaliser son rêve, celui de l’enfant qui a attendu toute sa vie, ou bien celui de l’adulte qui décide de reprendre les rennes de son héritage génétique et d’honorer enfin et son père et sa mère, en dansant comme une étoile. Vous savez enfin le pourquoi du comment de ce titre fantasque. 

Je m’en vais, en vous précisant enfin, Bookiners que ce roman vous fera sourire, oui, vous, Bookiners avares en contorsions buccales et en doux rires tendres, car il a ce quelque chose de cocasse et rocambolesque. Et j’ai souri comme une enfant, avec mes trois valises, mes Haribos, mes popcorns et mon piano, dans la gare de Lyon Perrache sur une chaise caca d’oie, en face des toilettes et des portes courant-d’air au froid indécent. Et j’ai souri et j’allais mieux. Et vous aussi, vous irez mieux. Et c’est comme ça, et c’est tant mieux. Et je m’en vais pour de bon. Mon bus pour Barcelone vient d’arriver, il est 21h15 piles et j’ai 15h de trajet qui m’attendent, mais je suis vivante, et vous aussi. 

Allez, dansons !

Doux baisers des étoiles, 

PS : si vous désirez commander ce joli roman feel good, go ahead, c’est juste en dessous ! Hourra ! 

 

Mistral perdu | Isabelle Monnin

Mistral perdu | Isabelle Monnin

 Lundi 2 Octobre, 2017, 10h00

émoticône dialogue texto sms– Comment se passe ta journée mon ange ? 

– Je suis en cours de finance, capitalisation boursière, valeur actuelle nette et Béta. Ça pourrait aller mieux, je pourrais écrire des chansons, je pourrais galoper vers mes rêves et me noyer dans notre amour. Mais ça va, en vrai, c’est intéressant. 

– Ah ouais ? 

– Oui, ça va, et puis mon prof est un golden boy. Il s’appelle Fahmi, jean Levi’s délavé, petites derbies serrées, veste blazer, teint hâlé, doré comme les soleils levants du Maghreb, les yeux sûrement aussi noirs que ceux de Solal de Belle du Seigneur. Ça passe mieux la valorisation boursière quand t’imagines ton prof dans ton lit. Ahahahah ! On-a-dore ! Evidemment je ne te parle pas des moments très gênants où il m’interroge et me sort de mes rêveries érotiques.  Et toi ? 

– J’aimerais prendre l’air, respirer ma jeunesse, retrouver mon ivresse et m’enivrer de vivre. Mais je n’y arrive pas. Je crois perdu la légèreté de l’enfance. Je la cherche partout sans succès. Mon visage a gagné des ridules d’adulte sous les yeux à force d’avoir peur de mes rêves.

– Ah. Mon ange, au risque de me répéter, ne fais pas de ta vie un sursis, une prison dans laquelle tu vois tes rêves te filer entre les doigts, à travers des barreaux créés de toute pièce par toi-même. Pense à Nicolas, pense à tous ceux qui sont partis si jeunes, et surtout, n’attends pas que ta vie commence, car l’attente peut durer longtemps. 

– Mais comment je fais, pour honorer les morts et faire partie des vivants ? 

– Vis. Sans retenue. Vis sans béquilles. Projette-toi plus grande que toi-même, imagine-toi au-delà de tes peurs, et ça ira mon ange, promis.

– Je te fais confiance. 

– On y arrivera ensemble. Pinky Promise. De toute façon, l’âge adulte n’est pas une sinécure. C’est une putain d’entourloupe, et Benjamin Button est une fiction. 

– Ahahahahah. Tellement vrai ! 

– Je lis Mistral Perdu en ce moment. C’est un livre hanté, enfin non, habité. Habité par nos peurs, hérité de nos rêves, irrigué des enfances de nos parents, de la notre qui se faufile, du monde d’hier, et d’une profondeur vertigineuse. Je le lis dans le métro, et ça apaise mes peurs qui tanguent de gauche à droite, et parfois ça berce mes rêves. Je ne sais pas vraiment comment t’expliquer, mais je vais te l’offrir.

– Incroyable. 

– Mais au début j’ai détesté. Je trouvais que le roman se regardait trop écrire, dans une sorte de contemplation de l’hier et de la nostalgie du bonheur. Il y a dans ce roman une langueur qu’il faut apprivoiser et une dimension réflexive qu’il faut prendre avec soi, sans juger. 

– Je comprends totalement ce que tu veux dire. Bookiners, il est tôt, je sais, mais Peanut Tat a fait une trouvaille qui risque de vous ravir. Venez tout près de moi, je crois que c’est important. 

Dimanche 21 Janvier 2018, 23h53

Si vous savez compter aussi bien que moi, Bookiners, vous saurez qu’il m’aura fallu plus de trois mois pour vous livrer ce roman. Le temps s’effiloche plus vite qu’on ne se l’accorde. Et puis les mots, pour dépeindre la douleur de la douleur, ça ne se presse pas. Mais mon cadeau est là, il vous attend. Au milieu des rires et des carillons de la Mélodie du Bonheur que ma mère et ma sœur regardent et re-regardent inlassablement, je pense à vous, et j’explore notre jeunesse qui se déploie, notre vie qui prend ses aises et le temps qui galope. Je vous écris. Et j’éprouve de la difficulté à retranscrire cette drôle d’intensité qu’esquisse en douceur Isabelle Monnin dans Mistral Perdu, ou les évènements. Si vous avez déjà succombé à son charme ou que vous faites confiance à mes goûts de Peanut, alors hop, vous pouvez commander Mistral Perdu, ou les évènements en cliquant sur le roman juste en dessous. 

 

Au risque de vous dérouter un peu, je vous offre un petit bijou musical signé Alicia Keys Distance and Time pour vous accompagner dans les décombres de ce roman-chronique aux vies qui vacillent. 

J’aurai pu choisir une chanson d’époque, puisque ce sont sur les années 80 qu’Isabelle Monnin s’épanche davantage, mais pour moi, Distance and time apaise l’effluve des tragédies qui parsèment son roman-héritage et ses mots incandescents. 

Avant les ruines d’un monde disparu, il y a la jeunesse insouciante des années 80, la chaleur du bitume sous le soleil paëlla des vacances de juillet. La Renault 5 jaune citron de maman, le break de papa, les convictions politiques des parents de gauche qui scandent les conversations du soir, les espoirs de la Gauche,  les victoires des Gauches, la voix de Michel Drucker, le son des 33 tours, et le génie Gainsbourg qui tonne son Comic Strip en rythme et désinvolture. Avant les ruines, il y a tout ça. Les années 80, une famille ordinaire de la classe moyenne à l’élan Mitterand, et deux sœurs qui sont la lune et le soleil, l’une pour l’autre, fusionnelles et gondolées de fous rires et d’amour. 

Il y a, en d’autres mots, une génération, 

« Un ailleurs tressé de souvenirs »

qui se dessine sous la plume d’Isabelle Monnin – peut-être le vôtre Bookiners ou peut-être, comme pour Héloïse et moi, l’ailleurs de nos parents. Il a ce côté lumineux des années d’insouciance, ce quelque chose qui habite et ranime. Alors, Bookiners pour qui la solitude dépeuple vos journées pour peupler votre petit cœur, lisez ce roman, il insuffle, égrène, rabiboche et ressuscite tout un monde, toute une génération qui vit en nous de près ou de loin, par ses mots mosaïques, dans un râle chaud et rassurant, qui, malgré l’amertume mélancolique qu’il distille, nous enveloppe d’un halo paisible. Vous serez habité par cette œuvre qui porte dans une densité souple, légère et tenace, la douleur, la joie, la chiale, les rires, les courses en retard, les compte à rebours, les rêves déchus, les trains loupés, les actes manqués, les morts et les vivants. Dans un même mouvement. Et être habité, c’est n’être plus jamais seul. Vous me remercierez plus tard Bookiners esseulés, mais maintenant, j’appelle ceux dont les rêves ont disparu avec leurs dents de lait. 

Bookiners qui ne rêvez plus, oui, c’est vous que j’appelle avec bienveillance parce que c’est votre jour de chance. Je vous demande de vous rappeler avec violence que rêver est un impératif catégorique. De ceux dont on ne se dérobe que par la mort sous peine de commettre un crime et un sacrilège. Lorsque vous lirez Mistral Perdu qui se tisse comme une épopée universelle et comme un journal intime, vous verrez, sur les limons de l’enfance de ces deux sœurs qui s’aiment à la folie, que rêver c’est marcher sans frontière, que rêver c’est déplacer les barrières du réel et lui redonner les lumières qu’il perd en chemin. Les filles avaient 

« Leur monde hérissé de rêves »

Jusqu’au jour où le soleil meurt, pour laisser à ceux qui restent 

« Des corps sanglots.»

Il n’y aura les perles de son rire que dans les souvenirs de la sœur qui reste. Et la sœur qui part a 26 ans. Et la sœur qui part voulait devenir actrice. Et la sœur qui reste s’endort avec des trous, et depuis ce jour 

« Même les nuits ne dorment plus. »

Et la sœur qui part aura eu le temps de rêver, mais pas le temps de réaliser les rêves de sa vie. Et la sœur qui reste devient journaliste et écrivain, comme dans ses rêves les plus fous, enjambant les peurs et les qu’en-dira-t-on, les « orientations Viactive »  et les chemins tous tracés. Et ça remet les pendules à l’heure et la procrastination là où elle devrait toujours être : au placard. Et ça fout la chaire de poule et la rage au ventre, parce que tout peut se déchirer plus vite que les rêves qui nous animent. Et c’est notre fardeau de vivant de rêver pour ceux qui sont partis, de vivre aussi pour ceux qui ne vivent plus. 

« A quelle idée s’accrocher si tout est si fragile ? »,

nous demande Isabelle Monnin. Je vous réponds Bookiners, qu’il faut s’accrocher à ses rêves et courir à leur trousse pour les attraper avant que le glas ne sonne, imprévisible et impitoyable. 

Dans cette chronique en 8 actes, vous comprendrez, Bookiners, le monde qui vous entoure en plongeant dans celui d’hier avec une lucidité existentielle, un quelque chose de philosophique et réflexif. Une vibration sépia comme un paysage qu’on reconstruit tout en dentelle. Vous vivrez la revanche des Gauches lors des élections Mitterand, vous apprendrez comme nos peurs se justifient dans les théories déterministes de l’après 30 Glorieuses, les espoirs et les désillusions de la France Méritocratie, vous témoignerez de l’arrivée du Minitel, vous oscillerez entre la création du revenu national minimum de Michel Rocard, les discours bien-pensants-pleins-d’espoir des parents de la classe moyenne qui persuadent leurs enfants que plus les études sont longues plus les CDI sont sécurisés et garants du bonheur, vous écouterez les chansons-chroniques-révoltes de Renaud. Vous comprendrez, le visage rivé sur notre/votre héritage que 

« Le monde n’est pas sagesse, il échoue à ne pas transformer le chagrin en haine »

Puis vous verrez la gauche qui vacille et les vacillants qui s’accrochent aux branches qui écument le sol, agonisants et frustrés, et alors vous comprendrez et le monde, et, que 

« Les convictions durent plus longtemps que la réalité »

C’est tout un monde qu’Isabelle Monnin convoque sous nos yeux, et c’est tout ce monde qu’elle nous donne à appréhender, par petites touches, jusqu’au notre, jusqu’à nos tragédies quotidiennes et imminentes, jusqu’à Michel Drucker, qui toujours, relie d’un seul trait ses années d’insouciance et nos années d’inquiétudes. C’est un roman qui s’épanche, sur le voile de notre passé, pas comme une posture mais comme une inclination de la mémoire et du cœur. Et alors, vous comprendrez davantage le monde qui vous entoure car vous en goûterez les saveurs qui en sont à l’origine. 

Ma revue est bientôt terminée Bookiners, mais avant, j’aimerais que nous fassions une grosse petite place chaleureuse aux Bookiners qui ont perdu un être cher. Isabelle Monnin est des vôtres, douloureusement. Et son écriture douce, aérienne et éthérée pansera vos plaies de ses murmures bienveillants. Le roman s’esquisse avec un leit motiv lancinant « nous sommes deux » qui, se déclinant tout au long du voyage évoque l’indéfectible relation fusionnelle d’Isabelle et de sa sœur, jusqu’à devenir un refrain estropié, déchu : 

« Nous est morte, vivre n’existe plus et le chagrin est une maladie longue »

C’est sa sœur qui disparaît dans un souffle, brutalement, à l’âge de 26 ans et qui laisse 

« Le silence bourdonner son absence. » 

Et la tristesse se déverse comme une pluie diluvienne, peuplant chaque endroit de sa vie, annexant tous les territoires : 

« Elle meurt. Et toute ma mémoire fait cendres avec les siennes. Et je n’ai rien compris, et je suis morte aussi. »

C’est la mort qui donnera ce roman Bookiners. La mort de l’âme-sœur et la mort du fils. C’est l’absence qui se transformera en une autre forme de présence à travers l’art, la commémoration et la mise en mot. Et comme si ce n’était pas assez, après la sœur, le nouveau-né de celle qui reste meurt à son tour, avant d’avoir goûté au printemps. 

« Nous sommes Novembre, toutes les dates sont des tombes et je meurs une deuxième fois »

Alors quand tout s’effondre, que tout le monde s’en va, on pleure au sol, on pleure sur les nuages et le cœur pèse trop lourd. Et puis, au milieu des décombres, on sent leur présence venue d’ailleurs, on devient la douleur, les silences, les souvenirs, et : 

« On devient tous nos absents » 

Car ils se glissent en nous sous une forme particulière pour nous insuffler la force que leur mort voudrait nous ravir. On devient tous nos absents parce qu’ils ne sont pas tout à fait morts, ils se réincarnent dans nos cœurs et dans nos mémoires pour nous habiter pour toujours. 

Isabelle est une rescapée, une balafrée de la vie qui porte sur ses joues les cercueils des aimés, et parce que la vie aime avoir le dernier mot comme elle l’entend, elle est toujours vivante. Elle n’est pas morte de chagrin, elle vit avec. Et dans cette vie qu’elle supporte, elle a écrit pour ceux qui l’ont quitté et ce même quand elle pensait que les mots n’existaient pas pour dire la béance. Et pourtant, dans ce roman, elle a noté :

« Le bruit que fait l’avenir quand il vous lâche »

Elle a écrit sa douleur jusqu’à la transcender, la rendre création, réceptacle et luciole dans l’obscurité. 

Puis, elle s’est laissée surprendre à sourire, encore, comme si la vie lui disait que la beauté l’attend pour les jours d’après :

« Dans ce décor d’apocalypse, j’invente des petites collines riantes, elles dansent au dessus du désastre. Attraper la joie dès que possible. Etre triste et joyeuse dans la même seconde, c’est une sorte d’entièreté retrouvée. Mon sourire tremble un peu, et ça dégouline sous mes paupières. »

Et alors, ce roman qui ne semblait que débris et décombres, devient ode et hommage à ceux qui partent et à ce qui reste. La vie est toujours là, droite dans ses bottes, à nous chuchoter que le bonheur revient toujours, et que le bonheur triste n’est pas un oxymore. Bookiners qui perdez espoir, ces deux derniers paragraphes sont pour vous. Oui le soleil parfois s’égare, c’est sa façon à lui de faire sa révolution.  Mistral Perdu sera, votre baume d’espoir dans vos parcours de combattants Bookiners. 

Vous savez désormais qu’après les ruines demeurent les vestiges que les cœurs gardent au chaud dans leurs souvenirs. 

Je vous embrasse avec tendresse, 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

 

Survivre | Frederika Amalia Finkelstein

Survivre | Frederika Amalia Finkelstein

Mercredi 4 octobre, 6h30

émoticône dialogue texto sms– Tat, t’es là ? 

– Maintenant oui, tu me sors d’un sommeil profond. C’est pas comme si j’en avais besoin en ce moment avec mes 120h de cours par semaine et l’enregistrement studio de mes chansons.  

– Je suis vraiment désolée mais je me sens trop trop mal. J’ai rêvé que notre blog devait fermer pour des raisons légales, j’en devenais folle. 

– Hahaha ton cerveau est vraiment détraqué

– Je pleurais toutes les larmes de mon cœur, je hurlais, comme une hystérique en répétant sans cesse : « l’histoire de ce blog est l’objectif de notre vie, on ne peut pas nous en priver, les gens ont besoin de nous, ils ont besoin de nous !! » 

– Hahahahaha ce cauchemar, mais quel calvaire mon chat. Ne t’inquiète pas, tout va bien, notre bébé est en pleine forme, et nos Bookiners nous resteront fidèles tant que nous leur feront du bien. Nous sommes en train de tisser une communauté d’amour et d’entraide littéraire, c’est si beau! 

– Oui, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ça fout le vertige. Je me sens totalement déprimée depuis que je suis réveillée, j’ai l’impression que le monde et la société ne nous laisseront pas aller là où on doit aller. Ça me mine. Je ne sais pas comment me dépêtrer de tous ces carcans, de toute cette violence. 

– Déprime du jour, bonjour ! Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans notre monde ?

– J’ai l’impression que les gens ne se comprennent pas entre eux. Et c’est très grave. C’est l’origine des guerres, et du malheur. Notre impossibilité à nous accepter. J’y pense tout le temps et ce qui me rend dingue, c’est que le monde a toujours tourné comme ça et ça ne changera jamais:  je crois que les humains et les cultures, par nature, ne sont pas faits pour s’entendre parce qu’il y aura toujours un homme plus jaloux qu’un autre.

– #ilfallaitqueçatombesurmoienpleinenuit

– C’est ça qui m’empêche d’avancer. Tout ça, cette terreur. La terreur générée par terroristes et la terreur de ces gamins radicalisés sans comprendre. C’est juste que personne ne leur a indiqué le chemin à part les gourous de la violence. Il y a une raison à tout ça Tat. Il y a une grosse couille dans le potage. Si ces gamins avaient eu des livres entre les mains dès leur plus jeune âge, il n’y aurait pas eu le Bataclan, il n’y aurait pas eu la promenade des Anglais, il n’y aurait pas eu les remblas de Barcelone, il n’y aurait pas eu tout ça. Mais le monde et la société manquent de recul pour éviter le pire. Le problème d’aujourd’hui est insolvable et ça m’empêche de dormir.

– Et du coup tu m’empêches de dormir aussi ! Ahahaha. En vrai je sais ce que tu ressens j’y pense souvent aussi, mais j’essaye de me concentrer sur ma vie que je peux changer et celle de mon entourage, que je peux influencer positivement aussi, car autrement je ne peux plus respirer. 

– Je viens de lire un bouquin d’une nana de notre âge qui expose tout ça assez brillamment.  Elle ne propose pas de solution (puisqu’il n’y en a pas), mais explique avec une plume divine comment des jeunes de notre âge essayent de s’en sortir dans cette société absurde. Enorme coup de coeur. 

– Ce livre est nécessaire ? 

– I swear. 

– Alors maintenant qu’on est tous réveillés, on t’écoute mon chat. 

Pâques – Rachmaninov 

Bookiners. Je ne sais pas quel âge vous avez, mais je suis certaine que vous êtes parfois, comme moi, sujets à des pensées obsédantes. Notamment sur notre monde qui part (et qui d’ailleurs est toujours parti) en peanut. Inégalités, violences, attentats, extrémismes : au secours. Une fois ce constat établi, que faire de ces pensées ? Le livre dont je vais vous parler m’a appris à les structurer. Et vous savez quoi ? C’est déjà énorme de faire le ménage dans sa tête. Ce bouquin m’a fait un bien fou, je vous le jure. J’appelle ici tous les Bookiners qui se sentent seuls avec leurs pensées, les Bookiners qui se retournent dans leur lit toute la nuit, à ruminer, ainsi que les Bookiners qui cherchent simplement à y voir un peu plus clair. Oui, rien que ça. Go ? 

Je ne suis pas particulièrement réac, pas particulièrement pessimiste, mais il y a un bon nombre de choses qui ne tournent pas rond dans notre monde tout de même. Pas besoin de vous faire un dessin, je suis sûre que vous serez d’accord avec moi. Certains supportent le monde plus que d’autres. Moi, je ne sais pas profiter de sa légèreté quand j’en connais ses méandres. Non, je ne suis pas une gothique sataniste pour autant – si tant est que le stéréotype est pertinent, rien n’est moins sûr. C’est juste que je ne suis jamais tranquille. Dans le métro j’ai peur des terroristes, devant le JT j’ai peur des mauvaises nouvelles, dans la rue j’ai peur des gens odieux, dans mon lit j’ai peur de ne pas dormir à force de penser à tout ça. Je ne sais pas si j’aurais eu moins de doutes et d’angoisses si j’étais née à une autre époque. Je ne sais plus ce qui dépend de moi ou de ce que le monde m’envoie. Mais voyez-vous, ce roman de Frederika Amalia m’aide (et vous aidera) à mieux penser. Il m’accompagne dans mes réflexions touffues, envahissantes, nécessaires et parasites. Par la construction de son récit, sa plume, son pessimisme, ses doutes, ses souffrances et ses zones d’ombres non expliquées, je crois que ce roman s’adressera à tous ceux qui interrogent leur monde et, encore mieux, à ceux qui trouvent refuge dans les livres

« Je peux dire, à ma façon, que je me suis radicalisée. Sans les livres, j’aurais peut-être succombé: je me serais laissée ravager par la peur de l’échec, par les supermarchés, leur odeur de plastique et leurs légumes sans goûts, par les mannequins sans forme et sans humanité, vendues aux jeunes filles comme modèles d’érotisme, par les jeux vidéo, par la télévision, et puis j’aurais succombé à la vengeance: sur moi-même ou sur les autres, qui sait, peut-être suffit-il d’une seule rencontre pour que tout change. Je crois que, si j’étais tombée à seize ans sur un discours de haine au lieu de tomber sur un recueil de poésie, ç’aurait été possible: j’aurais pu basculer»

Comme l’auteure, comme vous peut-être, je me « radicalise » avec les livres. Je suis une lectrice boulimique, compulsive, j’en dévore un à deux par jour. Sans eux, je crois que ma vie n’aurait aucun sens. Le sien redonne des mots à des vertiges infinis. C’est rare, si précieux. Je crois qu’il vous sera difficile de ne pas vous retrouver dans ce roman qui brasse tous les travers de notre société occidentale, toutes ces choses qui nous empêchent de penser par nous-mêmes, celles qui nous empêchent d’aimer, de respirer, de vivre sereinement. Ce qui est particulièrement intéressant dans cet essai, c’est que l’auteur s’efforce d’interroger la démarche de ceux qui ont renoncé à ce monde.

« Ce n’est pas le courage qui nous donne le culot de nous suicider au milieu d’une foule ou dans sa propre chambre, au milieu de vieux jouets. Ce n’est pas le courage. C’est la peur. La peur de la mort. La peur de l’amour. La peur de la joie. C’est cela même qui nous menace: la peur d’être vivant. » 

Cette jeune écrivaine analyse les pouvoirs de la littérature avec une justesse à couper le souffle. Je crois que ses mots sont ceux que Tatiana et moi aurions pu écrire pour vous expliquer le pourquoi de ce blog, la nécessité de Peanut Booker. Transmettre cette vision et cette nécessité de lire. Car non les livres ne sont pas, ils ne doivent pas être de simplement des passe-temps. Pourquoi, dès lors, prendre le risque de ne pas lire ? 

« Les livres sont des trous noirs capables d’annuler votre présence ici-bas, et ils sont autant de vies qui attendent de s’immiscer en vous et de vous modifier, de vous foudroyer, dirais-je, car qu’est-ce qu’un livre sans lumière et sans fureur, je n’en connais pas: un livre a le devoir de vous foudroyer, je dirais même que c’est tout ce que je lui demande, ouvre-moi, emmène-moi – réveille-moi – , qu’il fasse la guerre au monde, qu’il étreigne et détruise les douleurs et qu’il transfigure ma pensée est, je crois, toujours ce que j’exige. » 

Pardonnez-moi Bookiners, je vais encore parler de moi, mais j’aimerais que vous compreniez la rare puissance d’identification que vous offrira ce livre. Et puis quand je vous parle de moi, je compte bien parler de vous, et notamment des Bookiners qui cherchent à comprendre le monde qui les entoure. Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis journaliste. Plus j’avance dans ce métier, plus je suis mal à l’aise avec ce qu’il représente pour moi. Je me dis de plus en plus que je ne peux plus être la simple spectatrice d’un monde que je ne comprends pas, d’un monde qui ne se réfléchit pas assez. Je ne veux plus être le médium qui plongera d’autres gens comme nous dans des trous noirs. Je ne veux plus avoir autant le nez dans la merde car je ne respire plus. Dans ce livre, lorsqu’elle évoque les victimes d’attentats, les choses sont dites, ressenties telles que je les ressens, telles que, je crois, notre société devrait les ressentir pour mieux penser, pour mieux avancer : 

« Ma conduite a quelque chose d’inadmissible. Je me dis qu’il se peut que je profite d’eux pour donner un sens à ma vie; qu’il se peut que je profite de l’horreur qu’ils ont traversée pour échapper au vide de mon existence. Pouvoir me dire enfin : j’ai une cause à défendre.» 

Nous avons tous des causes à défendre parce que nous cherchons des réponses pour voiler nos vertiges. Les livres m’aident, il m’accompagnent. Ce livre a été pour moi une rencontre en tant que telle. Il m’a éclairé. Il vous éclairera, y compris la nuit. J’appelle donc les Bookiners insomniaques et les bookiners esseulés pour deux raisons: 1) une fois commencé, ce bouquin ne se lâche plus 2) si vos insomnies se nourrissent de vos ruminations, vous découvrirez à quel point vous n’êtes pas seuls avec vos pensées, c’est promis. C’est pour cela que nous avons créé Peanut Booker avec Tatiana, pour vous expliquer que la littérature existe pour vous aider à voir plus clair. Ce livre mettra des mots sur ce que vous ne parvenez pas toujours à expliquer. Pourquoi c’est important ? Parce que : 

« Le doute a failli me perdre: j’ai failli m’ensevelir dans la spirale de sa folie. Faites attention avec ça : le doute est un cancer, il se répand invisiblement dans votre corps jusqu’à exterminer vos rêves les plus modestes. »

Si la société actuelle, avec ses violences, ses inégalités, ses attentats est difficile à supporter, n’oubliez jamais que les livres seront toujours là. 

« Garder un lieu dans ma tête, si infime soit-il, un lieu dénué de bruit, d’agitation, un lieu dépourvu de haine. Pour l’instant, les livres me protègent. J’y ai placé ma foi. Mais cette tentation journalière de la haine, cette tentation de succomber à l’amertume et à la vengeance, elle existe, je le sens. Les livres, la pensée, la beauté stupide d’un ciel, le réconfort d’une famille sont tout ce que j’ai trouvé. » 

Autant d’éléments que les terroristes n’avaient pas, eux. Voilà pourquoi ce livre est essentiel. Voilà pourquoi l’Homme ne peut pas se passer de la littérature. C’est de la violence et des guerres qu’elle peut nous protéger, rien de moins. L’épitaphe de ce livre (vous savez, la citation en première page) est une phrase d’Arthur Rimbaud : 

« Je ne sais pas comment en sortir: j’en sortirai pourtant ». 

Je vous laisse méditer sur le sens que vous accorderez à ces mots. Soyez-en sûrs Bookiners, les livres feront de nous, de vous, un monde meilleur. 

Un autre extrait pour la route ? 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Venise n’est pas en Italie | Ivan Calbérac

Venise n’est pas en Italie | Ivan Calbérac

Dimanche 10 septembre 2017, 11h58

émoticône dialogue texto sms– Hello Tat, on se voit toujours tout à l’heure ? 

– Impossible bébé, il faut que je connaisse la fin de En attendant Bojangles. Je suis en larmes d’avance. Ce roman est un chef-d’oeuvre. Je pèse mes mots. 

– C’est drôle que tu dises ça car j’ai récemment créé un blog littéraire avec ma meilleure pote et un de mes premiers articles était sur ce livre regarde: https://peanutbooker.com/en-attendant-bojangles/

– Haha t’es bête. Je n’ai pas pu résister, j’ai dû l’acheter car j’avais besoin de comprendre pourquoi TOUT LE MONDE parlait de ce bouquin. Damn je ne suis pas déçue. Ah, et j’ai enfin trouvé l’homme de ma vie, le père de mes futurs enfants: Olivier Bourdeaut. En plus d’être un sex symbol le mec a une plume HA-LLU-CI-NANTE. Merci Dieu d’avoir mis ce livre et cet homme sur ma route.

– Non non c’est pas Dieu chaton c’est moi qui t’ai parlé de ce livre en premier. Et il y a fort à parier que Dieu ait déjà envoyé dans la vie d’Olivier Bourdeaut une autre femme que toi . 

– J’ai bien compris que tu voulais que je reste célibataire toute ma vie pour que je sois tout le temps disponible pour toi mais ça commence à devenir relou ta jalousie. Bref je retourne lire mon mec. 

– No ! Wait. Parce que ta meilleure amie t’aime, elle t’a déniché à toi et à nos Bookiners un autre roman du genre. Je pense que tu vas adorer.

– Très peu probable que ça me plaise autant que Bojangles honey mais raconte il parle de quoi ton livre ? 

– Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’avoir honte de ta maman quand tu étais petite ? 

– Mmmh je ne crois qu’être habillée en baby Dior de la tête aux pieds n’a pas favorisé mes rencontres et amitiés en primaire mais à part ça non je ne vois pas. 

– Parce que l’histoire que je vais te raconter concerne un jeune adolescent qui ne sait pas gérer l’amour (très, trop?) envahissant de sa famille. C’est à la fois à mourir de rire et infiniment tendre. 

– Yes yes yes j’ai bien besoin de rire en ce moment, je suis une boule de stress avec les exams de l’ESCP qui me tombent dessus. Les bookiners et moi t’écoutons jeune pousse. 

The Winner is – Mychael Danna

Ce roman est en fait le carnet intime d’Emile, quinze ans, timide, lucide, et secrètement fou amoureux de Pauline, lycéenne elle aussi. Emile a des parents aimants mais un peu spéciaux. Un exemple? Depuis son plus jeune âge, sa mère a décidé de teindre les cheveux de son fils en blond. Voilà.  Le jeune garçon nous raconte son quotidien, il couche sur le papier ses réflexions sur son univers où il peine à trouver sa place. 

«  Ce doit être comme le vin, l’amour entre deux êtres, ça évolue avec le temps, il y en a qui tournent au vinaigre, d’autres qui se bonifient. Et mes parents semblent toujours hésiter entre les deux options. »

Avec une plume à la Goscinny dans Le petit Nicolas, vous suivrez les pensées bordéliques d’un garçon encore neuf, d’un être qui sort de l’adolescence, d’un ado qui bouillonne d’amour, de colère, d’admiration et de révolte. Parce qu’Emile écrit comme il parle (et il parle très bien!) ce roman va à 100 à l’heure. Bookiners qui voulez rire, vous allez être servis ! Quand Emile évoque ses parents un peu fou-dingues mais infiniment attachants, il change d’avis à toutes les pages :

« Je sais pas comment vous expliquer, ils me tapent sévèrement sur le système, mais ils sont vivants. Vraiment vivants, je veux dire, plus que la plupart des gens endormis dans une pâle existence que vous croisez à chaque coin de rue, non, chez eux, il y a quelque chose qui vibre, qui jaillit vers le ciel, et pour ça, et pour ça seulement, je les aime de toute mon âme. Pour le reste, s’ils pouvaient juste faire un petit effort. »

Un jour, Emile est invité par son amoureuse Pauline à Venise, où elle donne un concert de violon. Contrairement à lui, Pauline est issue d’une milieu plutôt bourgeois plutôt aisé. L’histoire commence ici: Emile doit demander la permission et un billet à ses parents pour s’y rendre. Ses parents, pensant lui faire plaisir, décident de l’accompagner en Italie. Cette décision effraye l’adolescent tant il peine à assumer sa famille. Mais ce périple en caravane à la Little miss sunshine sera en fait un voyage initiatique pour le jeune garçon. Bookiners qui souffrez de solitude, Bookiners qui manquez de tendresse, préparez-vous à écarquiller vos yeux devant cette maman débordante d’amour mais susceptible comme un poux, ce papa extravagant friand de grandes phrases qui ne veulent rien dire, et ce frère obsédé par les filles. 

Bien sûr, je suis tentée de m’adresser aux Bookiners qui connaissent des galères familiales, même si dans ce livre, la relation respect/amour/révolte d’Emile avec ses parents est plutôt saine tant elle est pleine de contradictions. Le garçon souffre d’ailleurs lui-même de cet étrange sentiment d’attraction-répulsion, le poids du rejet de sa mère est lourd à porter pour lui-même : 

« J’ai si peur qu’elle comprenne que je la trouve pas toujours présentable. Le problème quand on a honte de sa famille, c’est qu’en plus on a honte d’avoir honte. C’est quelque chose entre la double peine et le triple cafard.» 

C’est durant les péripéties que connaîtra la petite famille sur la route qu’Emile développera de jolies réflexions philosophiques sur la vie, du haut de ses quinze ans. Emile a honte de ses parents qui vous feront penser aux Tuche, oui, mais il sait qu’ils se sacrifient pour lui offrir une meilleure vie que la leur. Ces moment de lucidité et de prise de conscience nous offrent des passages remplis de tendresse:

« J’arrivais plus à manger ma pizza à cause de toutes ces émotions. J’ai prétendu une envie pressante, je me suis enfermé dans les toilettes, me suis assis sur la cuvette et me suis mis à chialer comme une madeleine, parce que je me sentais aimé comme jamais, et c’était pas souvent. »

Tout le monde, tous les sujets, rien n’échappe à l’analyse de l’adolescent. Avec poésie, il fait preuve d’une étonnante clairvoyance pour son âge.

« Une vie, j’ai pensé, c’est un long cri, de joie ou de douleur, ça dépendait des jours, ou des vies, un cri parfois très intérieur, qui jaillit du cri primat du bébé à la naissance, déchirant l’infini, qui devient, quatre-vingts ans plus tard, un cri tout bas, un murmure, notre dernier souffle, et une vie c’est ça, un cri coincé entre deux dates. »

« Si c’est chercher un peu de vérité dans un monde rempli de faux-semblants, et même de faux-culs, désolé pour le gros mot, alors oui, je suis un peu philosophe. Mais si la philosophie ne vous aide pas à conquérir le coeur d’une fille qui vous plaît, franchement, elle sert à rien. »

Ce roman nous offre une réflexion neuve, fraîche et sans filtre ni pollution sociale ou normée sur l’amour, la vie, ses bonheurs et ses peines. Bookiners qui ne croyez plus en l’amour, je ne vous oublie pas, bien au contraire. Quoi de mieux qu’un adolescent poète et fou amoureux pour vous redonner foi en l’amour fougueux et sans borne? 

« Pour moi, le seul jour de gloire qui existe au monde, c’est celui où on embrasse la fille qu’on aime. Ça m’est pas encore arrivé, mais je le sais. Le reste, les victoires, les félicitations du jury, les gros billets pour l’argent de poche, l’achat de la console de jeu vidéo, tout cela, c’est bien loin derrière. »

Je ne peux pas tout vous raconter, je vous dirai simplement que ce qui rythme les pensée d’Emile, ce sont ces sentiments amoureux, ces sentiments de bonheur intense qui oscillent avec des peines momentanément démesurées d’un homme en devenir, d’un adolescent qui découvre le monde dans ses merveilles et ses horreurs. On porte avec lui (et avec plaisir) ses réflexions chaotiques et bipolaires. Je partage tout de même avec vous des passages qui devraient vous convaincre une bonne fois pour toutes d’ouvrir ce livre qui vous procurera une sacrée bouffée d’oxygène : 

« J’avais oublié que le bonheur, ça peut vous prendre par surprise, comme ça, sur des marches en pierre délicatement chauffées par le soleil, à regarder passer les touristes, à honorer le plus joli rendez-vous qu’on vous ait jamais donné. » 

« Le bonheur, quand on n’a pas l’habitude, c’est beaucoup plus compliqué qu’on ne croit. C’est comme les grands gagnants du loto, certains ne s’en remettent jamais. »

« A quoi ça servait de mourir si la fille que j’aime ne pleurait même pas sur ma tombe ? A rien du tout. J’ai repoussé mon suicide à une date ultérieure (…) Finalement, j’avais sans doute désespéré trop vite: vivre, ça en valait la peine, et parfois, dans des instants comme celui-ci, ça en valait aussi la joie. » 

C’est cette innocence, cette naïveté qui vous toucheront infiniment dans ce livre. Vous rirez aux larmes mais parfois, votre gorge se serrera. La richesse d’un livre ne réside-t-elle pas dans la diversité des sentiments qu’il procure à son lecteur ? Pour moi, aucune hésitation, la réponse est oui, definitly yes. Car c’est ce genre de roman (et celui-là en particulier) qui me fait lever les yeux du livre. Ce  récit a su nourrir et structurer mes pensées qui partent trop souvent dans tous les sens. Il nourrira les vôtres. Parce qu’Emile, c’est vous, c’est nous, vos enfants, vos frères, vos soeurs, vos neveux. Emile, c’est l’adolescent éternel, jamais en phase avec sa famille, avec sa vie, avec son univers. Emile, c’est l’adolescent qui sommeille en nous, en vous, derrière la façade de l’adule rempli de certitudes. Vous vous attacherez à Emile parce qu’il parlera, il titillera et il pansera ce jeune être au fond de votre coeur que vous oubliez trop souvent d’écouter.  

Tenez, écoutez-le un peu pour mieux comprendre :

 

Bonne lecture Bookiners ! 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Mémé dans les orties | Aurélie Valognes

Mémé dans les orties | Aurélie Valognes

Mercredi 9 août, 15h00

émoticône dialogue texto sms– Hélooo ! Tu ne devineras jamais ce qui vient de m’arriver !

– Je te parie que je n’aurai pas le temps de deviner car tu m’auras déjà tout révélé dans trois… deux… un ….  (Bookiners, venez, je sens que ça va être Juicy !)  

– Depuis que j’ai commencé le best-seller d’Aurélie Valogne Mémé dans les orties, je me fais klaxonner par tous les pépés de Fontainebleau et de Paris, ce n’est pas une blague ! 

– 😂😂

– Dieu se fout de ma gueule, j’en peux plus. Entre les chacals de Tinder et les pépés en Twingo rouge, je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter ça. Je les adore hein les octogénaires, mais enfin, un peu de tenue ! Tu ne devineras pas comment Pépé Carlos m’a abordée quand je me dirigeais vers la gare de Fontainebleau. 

– Raconte !

– Je marche, tranquille, sereine, et là, le mec ouvre sa fenêtre pour me faire un clin d’œil. Il perdait ses cheveux blancs en roulant. Je lui fais un sourire poli, sans les dents, pensant qu’il comprendrait que ça voudrait dire, « merci, mais non merci, bonne journée, bye ». Penses-tu. Pépé s’arrête. Sur le coin du trottoir, pour m’attendre. La main dans les cheveux qui lui restaient, et la vitre ouverte. 

– Oh, l’angoisse. 

– Je passe sans rien dire, des pépitos à la bouche, et là il m’apostrophe en criant «Hé ma mignoonne ! je voulé té dire qué tou é bwelle»

– Mais attend il venait d’où ton pépé ? Personne ne parle comme ça dans la vraie vie ! 

– C’était un portugais, mais je ne suis pas très douée pour les accents à l’écrit 😬

– Tu n’as jamais su imiter les accents, même à l’oral Tat 😌

– Passons. Je lui réponds, « merci, monsieur, bonne journée, au revoir. » Prenant mon « merci » pour une invitation à en dire davantage, pépé se fait moulin à parole, il ne s’arrête plus : « depouis qué jté vu, j’été ébloui com un souleil. Jé com rajouni de dix ans. Je cherche oune femme de couleur pourrr mé dibertir, et pour rajouni. ».

– Je ne te crois pas. 

– Du coup je lui ai gentiment raconté que j’étais lesbienne et bientôt mariée. Enfin bon. Si je n’écris pas un roman sur mes aventures avant la morgue, c’est que j’ai attrapé Parki à 25 ans, c’est moi qui te le dis. 

– Ahahahah #mameilleureamieestfolleàlier

– #tameilleureamieasurtouttouslesmalheursdumonde surtout que bon, en plus de ce portugais de Carlos, l’octogénaire aux prétentions Don Juanesques, Mémé dans les orties c’est plutôt à s’étouffer dans de la semoule. Interminable le truc. J’en suis à la page 25, je ne vois plus la lumière du jour. 

– Ahahahah ! Moi j’avais déjà essayé Aurélie Valogne, je ne suis pas fan, je trouve ça un peu ras les pâquerettes, mais bon, si ça plait, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison, essaye de lire jusqu’au bout pour voir.

– Ras les orties, oui ! Bah, écoute, soit la France me fait une blague, soit je m’appelle Josiane. En même temps, nous sommes le 9. Les anglais débarquent, comme tous les mois. J’imagine que mon désarroi et mon humeur révoltée n’aide pas Mémé dans les orties à trouver une critique favorable. 

– Mais alors, que que tu vas faire, tu vas le commenter ?

– Je ne sais pas chaton, pour l’instant, je ne pense pas car je lui mettrai la note de 4/10 et on a dit qu’on commentait les romans à partir de 6/10 non? 

– Yes, donc, si tu n’y trouves aucun intérêt pour nos Bookiners, ouste ! 

– Ok ! Deal ! 

6h plus tard 

– Alors ? t’en es où ? fini ? 

– Page 170, encore il me reste 80 pages environ.  

– Note ? 

– 6/10

– Ah bon ?! Bookiners vous êtes là ? C’est bon ? Bon vas-y raconte !

 

Ok, je vais être assez franche Bookiners. J’ai tout le respect du monde pour Aurélie Valognes, pour tous ceux qui écrivent, ceux qui vont jusqu’au bout, car pour avoir déjà essayé d’écrire 45 fois sans terminer, c’est un travail de longue haleine éreintant, enivrant aussi. On se demande tout le temps si on file le bon coton, si les lecteurs vont se retrouver, rire, aimer, apprécier, comprendre… Ce livre, je ne vous le recommande pas parce que c’est une pépite, ou parce que je l’ai adoré. J’ai commencé à apprécier le roman à la 80ème page, j’ai écarquillé mes yeux de joie à la page 177 et j’ai réellement été éprise de la plus grande tendresse à la page 222. Je vous le commente et vous le recommande, comme une sorte de plaisir coupable, vous savez, celui qu’on éprouve sur fond de culpabilité lorsqu’on regarde des épisodes de Plus belle la vie, Les Marseillais, ou Les Feux de l’Amour. Ah, je le sens, vous me comprenez. Aussi, je pense qu’il ouvrira les yeux à certains d’entre vous, avec soupçon de tendresse, une goutte d’espoir et quelques graines d’amour.  J’appelle, les Bookiners esseulés, en manque de compagnie et en mal de divertissement. Vous allez être servis !

Sidney Bechet – Si tu vois ma mère

Mémé dans les orties vous catapulte dans une résidence des années 50, au 8 rue Bonaparte, chapeautée par Mme Suarez, la concierge, une maniaque à lhygiène buccodentaire irréprochable. Dans cette résidence, donc, vous serez accueillis par les lèvres pincées et les sourcils froncés de cette petite dame d’une cinquantaine d’années. Elle vous précisera dès qu’elle le pourra et en caressant Rocco son chihuahua d’amour, qu’elle n’est PAS portugaise pour un sou, malgré son nom de famille matrimoniale. Puis vous croiserez mesdames Joly, Berger, et Jean-Jean, des septuagénaires serviles qui obéissent au doigt et à l’œil à Mme Suarez. Vous côtoierez ensuite, pour votre plus grand plaisir, la So Chic Madame Claudel, bavarde, subtile et aimante ; l’attachante et déroutante petite Juliette, drôle, vive, intelligente, prévoyante et sacrément décapante ! Elle déboulera chez vous comme si c’était chez elle, avec quelques gourmandises en échange d’un plat de coquillettes et de cornichons ! Et enfin, le personnage principal, Monsieur Ferdinand le fâché, qu’un rien agace : le bruit, le téléphone, la vie, l’amour, les autres, sauf Daisy son dogue allemand qu’il semble aimer plus que sa propre fille. N’ayez crainte, Mr Ferdinand a le cœur doux et fondant comme une guimauve, il suffit de l’apprivoiser, je vous assure! Ces personnages attachants, leurs lubies, leurs manies, leurs mimiques vous feront sourire, comme on sourit des défauts farfelus des gens qu’on aime. Lorsqu’ils déambuleront sous vos yeux, vous ne vous sentirez plus seuls. Mieux, vous vous sentirez aimés.  Vous vous en doutez, j’appelle maintenant les Bookiners en quête de tendresse ! Même s’ils ont tous l’air un peu brutes de décoffrage, un peu maladroits et un chouia hostiles, les personnages de Mémé dans les orties ont de la tendresse à revendre et de la tendresse à recevoir. Eux aussi, attendaient avec impatience votre visite ! Je crois qu’être en manque de tendresse c’est être en manque d’humanité, en mal d’échanges et de partage. Dans la résidence, tous les personnages cherchent un compagnon de route, même si elle ne semble plus si longue: un compagnon de déjeuner, de discussions, de bridge ou de sourires. Une main chaude, chaleureuse et des attentions qui donnent du baume au cœur. Tous cherchent cette douceur à partager, mais comment la dire, l’exprimer? Il faudra tendre l’oreille, Bookiners, et faire preuve de bienveillance, afin de comprendre que tous ceux qui s’agitent, qui rouspètent n’ont besoin que d’une main tendue, la votre, afin de partager la tendresse qui dort en eux : 

« Si au début Ferdinand n’avait pas fait exprès de contrarier ses voisines, désormais, il prépare ses coups et se fait un malin plaisir à leur mener une vie impossible. Il fait tout pour se rendre désagréable (…) Il grogne ou répond sèchement les phrases les plus désobligeantes et impolies qui soient. Ou pire, il fait le sourd, ignorant de toute sa hauteur la vile petite chose qui ose s’adresser à lui. »

Jusqu’au jour où ? Madame Claudel prend le contrepied de l’antipathie feinte de Ferdinand et l’invite à prendre le thé, tandis que la petite Juliette s’invite chez lui et le force à lui préparer des coquillettes. Les deux ont su entrevoir la brèche d’amour qui se cachait en Ferdinand, et alors, vous qui lirez les aventures de ce joli trio, vous serez imbibé de tendresse, de sympathie pour vos nouveaux amis, si bien que vous vous imaginerez leur faire de longs câlins amicaux ! Vous savez Bookiners, la rubrique « L’amour j’ai donné » renvoie à une sorte de sentence fatale. De destin inexorable qui vous condamnerait à écouler les dernières années de votre vie sous l’arbre de la solitude et les nuages de malheur. Ferdinand, il est un peu comme vous Bookiners fatalistes et Bookiners qui ne croient plus en l’amour. Non seulement il pense qu’il ne sera jamais une personne aimable, gentil et bienveillant, mais en plus, il pense qu’à son âge, il est impossible d’aimer à nouveau, impossible d’être heureux. Si vous lui demandez la raison, il vous répondra : 

« On ne change pas à mon âge. Et encore moins en bien ». 

Ferdinand a 80 ans. Et la force du roman d’Aurélie Valogne, c’est nous montrer qu’il n’est jamais trop tard pour changer, jamais trop tard pour aimer, et encore moins pour être heureux. Tant qu’on est vivant.  Avec Ferdinand, Bookiners désabusés par l’amour, et Bookiners fatalistes, vous en ferez l’expérience. Vous verrez que changer, qu’être aimable avec les autres et heureux dans sa vie n’est pas une question d’âge mais de choix. Même devenir un bon père est possible si on se décide enfin à prendre les bonnes décisions, non plus avec son ego mais avec son cœur.  Je ne peux pas tout vous dire, ce serait dommage. Je vous dirai simplement que toute sa vie, Ferdinand s’est senti condamné, maudit. Il a en fait créé sa propre malédiction. Il s’est pensé odieux, parce qu’il avait peur d’aimer et d’être aimable, il a donc joué à celui qui pense à l’envers, à celui aux mots de travers, au cynique, au blasé, et il est devenu cet homme odieux qu’il n’était pas. Il pensait que l’amour n’était pas pour lui, il l’a donc fait fuir, l’amour, et elle est partie avec le postier italien, l’amour.  Allez, je vous laisse. Ce roman est plein de rebondissements assez jouissifs qu’il me tarde de voir vos yeux écarquillés de surprise et de joie.  Parfois, il suffit de laisser une nouvelle chance à la vie pour qu’elle nous sourie. Allez, souriez, changez, aimez, puisque vous êtes vivants. 

Doux baisers,

L’Illusion Comique | Corneille

L’Illusion Comique | Corneille

Mercredi 10 mai 2017, dans un café, Hélo et moi, plongées dans nos re-lectures respectives

– Hélo, écoute la beauté de ces vers :

PRIDAMANT :

J’ai de l’impatience et je manque d’espoir

Ce fils, ce cher objet de mes inquiétudes

Qu’ont éloigné de moi des traitements trop rudes

Et que depuis dix ans je cherche en tant de lieux

A caché à jamais sa présence à mes yeux.

– Effectivement, c’est canon.

– Tiens, lis-le à voix haute. Déclame ! Corneille, c’est quand même la perfection métrique, la beauté millimétrée ! Attends, je termine, c’est de mieux en mieux !

PRIDAMANT :

Enfin au désespoir de perdre tant de peine

En n’attendant plus rien de la prudence humaine

Pour trouver quelque borne à tant de maux soufferts,

J’ai déjà sur ce point consulté les enfers

Mais l’enfer devient muet quand il faut me répondre

Ou ne me répond rien qu’afin de me confondre.

– La punchline du 17ème siècle! Ahahaha, il est génial ce Corneille!

– C’est vrai que c’est beau. Mais ce qui est dingue, c’est ton énergie et ta fascination pour le théâtre classique, pour les alexandrins. C’est curieux nan ? C’est un peu comme les fourmis et moi, tu ne penses pas ?

– Non non, rien à voir avec tes satanées fourmis ! ahaha ! Pour te dire toute la vérité, quand je lis Racine ou Corneille, j’ai l’impression d’avoir le privilège de toucher à la beauté dans ce qu’elle signifie d’harmonieux, d’équilibré.

Oui. Je comprends totalement. Attends, j’appelle nos Bookiners en mal d’espoir – soleil pour les intimes -, en mal de rire, de compagnie et en cure de sublime! C’est bon ? Tout le monde est là ? Nous t’écoutons. 

Georges Bizet – Carmen Habanera Instrumental 

Je ne sais pas vous Bookiners, mais parfois, je perds foi en l’humanité. Je me dis que la vie est dure et que c’est ce qui rend les hommes méchants. Je me dis qu’il n’y a plus d’espoir et que je vais terminer ma vie sous un pont, avec un chat borgne et vorace, qui me volera le reste de mes Pépitos, et qu’il n’y aura même plus de maïs pour que je puisse me goinfrer de pop corn à volonté. Dans ces moments de réelle détresse – cela m’arrive tous les 9 du mois pendant 4 jours, jours de gala où j’ai le droit de manger tout ce que je désire à n’importe quelle heure -, j’essaye de lire un livre qui redessine sur mon visage de jeune adulte les sourires émerveillés de ma jeunesse. Hier, Jean d’Ormesson m’a proposé de lire L’Illusion Comique. Vous vous doutiez bien que je n’allais pas le contredire 😂

Tout d’abord, je pense à vous qui êtes en mal de beauté et d’espoir. Lire Corneille, c’est avoir le privilège de côtoyer un tel aboutissement du fond et de la forme que cela vous redonne une sorte d’espérance en l’humanité. C’est comme si, par la perfection, l’équilibre, la rondeur de ses vers, il démontrait à chaque instant, que les hommes sont capables des plus belles choses. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me rend heureuse d’être vivante. C’est vrai non? On a tout de même beaucoup de chance de batifoler avec la perfection, de s’élever jusqu’à elle. 

Cette comédie, que Corneille appelle son « étrange monstre » – le mec écrit un chef-d’oeuvre, tout tranquille, mais le qualifie de monstre. Tout va bien. – met en scène le pauvre Pridamant, qui cherche à tout prix à avoir des nouvelles de son fils Clindor, qu’il a chassé parce qu’il était un peu trop agité. Cependant, Clindor ne lui donne aucune nouvelle. Le dernier recours de ce pauvre père est de demander au voyant Alcandre de lui montrer dans sa boule de cristal ce que devient son fils. Hop Hop Hop, petite mise en abîme comme il faut. Et là, c’est la folie, déferlement de personnages et d’aventures saugrenues à pleurer de rire !

Si vous vous sentez seul(e)(s), Bookiners, laissez-vous peupler par ces personnages burlesques, comiques, attachants et drôles qui se tissent sous vos yeux. Leur énergie est communicative, et leurs aventures deviendront les vôtres. Parole de solitaire! 

Enfin, si vous ne riez plus, mais que l’envie est là, croyez-moi, j’ai ri à tu-tête pendant une belle demie-heure. Vous savez, tous les 9 du mois, pour les raisons que vous avez dû deviner, j’ai souvent des larmes aux yeux. Héloïse vous dirait que j’ai toujours, vraiment toujours, les larmes aux yeux, mais ce n’est pas vraiment vrai. Vous me témoignerez quand on se verra! Mais enfin, là où je désire en venir, c’est que, hier, moi aussi je n’allais pas bien, et L’Illusion m’a fait crouler de rire jusqu’au pipi. Surtout le personnage de Matamore. C’est un fou ambulant.  Matamore, en fait, c’est une expérience, un concept à lui tout seul. Je l’imagine petit avec un ventre proéminent, 3 graines de cheveux sur un crâne dégarni, quelques pustules, un pantalon ample resserré par une ceinture bling bling et une chemise bouffante qui le gonfle n’importe comment, comme une gougère ratée. Et pourtant, Matamore a une inébranlable confiance en lui. Inébranlable, je vous dis. Ce personnage enfle d’orgueil et de vanité sous nos yeux en racontant ses exploits fictifs à son suivant, Clindor – le fils de Pridamant, et à qui veut l’entendre. Comme Clindor a compris que son maître n’accepte et n’entend que les flatteries, il s’en donne à coeur joie. Il faut le lire Matamore pour le croire, regardez: 

CLINDOR :

Oh dieux ! En un moment tout vous est possible

Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible !

MATAMORE :

Je te le dis encore, ne sois plus en alarme

Quand je veux j’épouvante, et quand je veux, je charme

Et, selon qu’il me plait, je remplis tour à tour

Les hommes de terreur, et les femmes d’amour

Du temps que ma beauté m’était inséparable,

Leurs persécutions (des femmes) me rendaient misérable

Je ne pouvais sortir sans les faire pâmer

Mille mourraient par jour à force de m’aimer

J’avais des rendez vous de toutes les princesses

Celles d’Ethiopie et celles du Japon

Dans leurs soupirs d’amour ne mêlaient que mon nom. 

Après c’est de mal en pis, le mec ne s’arrête plus. Il est persuadé d’être à la fois Hercule, Zeus, et Dyonisus. Je ne vous gâcherai pas le moment où Matamore vous explique comment il a dragué le Soleil. Je me suis étouffée de rire dans le train en allant chez moi, à Fontainebleau. Mais le pire dans tout ça? C’est que ce Matamore qui vante sa beauté autant que ses exploits, est en fait un peureux qui a peur des hommes et même peur de son ombre. C’est d’ailleurs la signification du mot « matamore » – le batteur de Maures qui ne n’abat rien du tout! Je ne vous dis pas tout, mais ce personnage est génial, on dirait un caractère de La Bruyère. D’ailleurs Corneille m’a avoué qu’il l’a créé spécialement pour nous faire rire. Bin-go !

Un dernier sourire pour la route? Allez, je suis magnanime aujourd’hui 😂 Le couple Isabelle et Adraste est aussi à se rouler de rire. Rapidement, Adraste est fou d’Isabelle, mais Isabelle s’en moque car, elle aime Clindor. Sauf qu’Adraste fait du forcing. Et là, c’est le drame. Vous êtes prêts Bookiners? 

ADRASTE :

Hélas ! S’il en est ainsi, quel malheur est le mien !

Je soupire, j’endure et je n’avance rien ;

Et malgré les transports de mon amour extrême,

Vous ne voulez pas croire enfin que je vous aime.

ISABELLE :

Je ne sais pas, monsieur, de quoi vous me blâmez

Je me connais aimable et crois que vous m’aimez

Pour peu qu’un honnête homme ait vers moi de crédit,

Je lui fais la faveur de croire ce qu’il dit

Rendez-moi la pareille et puisqu’à votre flamme

Je ne déguise rien de ce que j’ai dans l’âme

Faites-moi la faveur de croire sur ce point

Que, bien que vous m’aimiez, je ne vous aime point !

PUNCH-LINE ! Echec et mat. Quelle femme! Quelle répartie! Vous allez rire, je le sens, je le sais. Je vous laisse Bookiners.

Tiens, Corneille me donne envie de m’essayer aux alexandrins pour vous dire au revoir. Tadam: 

Si vous ne riez nulle part, qu’il est tard comme le soir

Venez mes Bookiners avec quelques mouchoirs

De rire vous pleurerez, et vous remercierez

Corneille, car le sourire il vous aura donné.

Allons, plus de tristesse et plus aucune panique

Et donnez une chance à L’Illusion Comique !

Alors, qu’en dites-vous? La catastrophe de mes vers aura au moins eu le mérite de vous faire esquisser un sourire! Ne vous cachez pas, je vous vois.

Besos mes Bookiners !