La cicatrice | Bruce Lowery

La cicatrice | Bruce Lowery

Lundi 7 août 2017, 10h30

émoticône dialogue texto sms – Hélo, tu crois qu’on pourra aller en classe avec nos enfants jusqu’à la 6ème, en catimini, juste pour être sûres qu’ils ne se font pas bizuter par les autres ? 

– Hmmm bébé, je ne crois que ce soit la meilleure idée de ta vie. C’est très mauvais de s’immiscer dans la vie de ses enfants.

– Oui mais imagine qu’ils soient gros, à cause de moi, parce que je vais adorer les nourrir et les voir manger ? Et du coup, imagine qu’ils se fassent insulter, brimer, maltraiter mes petits bébés ? 

– Mais pourquoi tu dis ça ? 

– Tu sais, quand j’étais petite, je changeais souvent d’école car on déménageait tout le temps. Le truc c’est que j’étais bouboule, et que maman me forçait à porter des robes bouffantes façon princesse d’Autriche qu’elle achetait chez Baby Dior. Pour couronner le tout, j’étais tout le temps la seule noire de mon école. Alors les moqueries des autres, j’en étais sujette, au début surtout. Ca ne me dérangeait pas vraiment car j’étais tellement irradiée d’amour à la maison que je savais d’avance que mes nouveaux camarades finiraient par m’aimer. Au bout d’une semaine, je finissais toujours par être la meilleure amie de tous les élèves, élue déléguée, jury de « Graine de Star » et fille de Cher et de Shakira. Mais les trois premiers jours étaient traumatisants: des regards étranges, des questions gênantes sur la blancheur de ma paume de main, la noirceur de ma peau, le volume de mes fesses rebondies, la musculature de mes cuissots. 

– Je comprends bébé, ça n’a pas du être facile, mais c’est ce qui fait que tu es la personne la plus socialement sereine que je connaisse car tu n’as pas peur de qui tu es et tu t’adaptes à tout le monde.

– Mais tu penses qu’avoir un bec de lièvre qui se voit beaucoup est un « handicap » pour un enfant ? 

– Oui honeymoon, mais tu n’as pas de bec de lièvre ! 

– Nan, mais Jeff en avait un. 

– Qui est Jeff ? 

– Le héros du livre que je viens de terminer, La Cicatrice. 

– Bookiners, asseyez-vous avec moi, je crois que Peanut Tatiana a des choses à nous raconter. 

Le monde est stone – Fabienne Thibeault 

Vous allez bientôt le découvrir Bookiners, j’ai une tendresse infinie pour les enfants et cette période de grâce qu’est l’enfance. Ils vivent au creux du monde avec une immense simplicité et une justesse déconcertante. Je crois vraiment que l’enfant qui est en nous sait, clairvoyant, les choses fondamentales que les adultes oublient lorsqu’ils deviennent adultes. Alors, parfois, lorsque je suis confrontée à des choses peu commodes de la vie, j’essaie de retrouver la sagesse de la petite Tatiana de 5 ans, plus mature et plus lucide que celle qui vous écrit ces mots.

C’est avec cette première envie que j’ai voulu relire La Cicatrice, le petit roman de Bruce Lowery qui m’avait bouleversée quand j’étais jeune. L’autre raison, c’est que je désirais vous décortiquer un roman sur le handicap. Et celui-ci, du plus loin de ma mémoire, me semblait pertinent. 

Jeff a 13 ans. Depuis sa naissance, une balafre pourfend un côté de sa lèvre, elle raye son visage. Son bec-de-lièvre, il l’appelle « sa cicatrice ». Le jour où ses parents, son petit frère Bubby et lui déménagent pour habiter à l’autre bout de la ville, Jeff doit s’intégrer dans une nouvelle classe. Il sera confronté à la cruauté des autres élèves qui l’appellent tout haut comme tout bas «grosse lèvre ». 

Pourtant, Bookiners en mal de tendresse, c’est à vous que j’ai pensé en premier lorsque j’ai relu les premières pages du roman. Car avant cette balafre que porte Jeff sur sa lèvre, avant cette cicatrice, il y a cette infinie tendresse qui émane de ce livre avec douceur. La tendresse dans l’écriture du Jeff adulte qui se remémore les épisodes douloureux de son enfance, la tendresse du petit frère Bubby, qui l’aime comme une évidence, avec son regard de tout petit, fier, émerveillé. Et puis enfin, vous éprouverez, j’en suis certaine, de la tendresse pour Jeff, de la tendresse pour ses mots et ses maux, de la tendresse pour ses moments d’osmose avec la nature, pour ses marchandages avec Dieu pour enlever sa cicatrice, pour recoudre ses bobos et ses mauvaises actions, de la tendresse pour l’enfant qui est en vous, et les enfants qui peut-être sont à vos côtés. Cette tendresse d’enfant vous donnera du baume au cœur dans vos étés seuls ou vos hivers froids, les métros bondés ou les rues esseulées. 

Attendez, je me tais, lisez :

« Le matin, je sentis, à travers mes paupières, une lumière douce. Je bondis de mon lit, m’enveloppant de la couverture et me précipitai à la fenêtre, vers la lumière. C’était l’aube. Le soleil apparaissait à peine. La ville dormait sous la neige. Etais-je le seul à voir ce merveilleux spectacle ? Il me semblait ressentir une sorte de complicité entre moi et cette lumière de l’aube. Je ne faisais pas de différence entre la beauté, l’amour et le bonheur. » 

Peut-être y a-t-il une telle conspiration entre la beauté, l’amour et le bonheur que ce sont en réalité les angles différents d’un même visage au halo rassérénant.  Il y a dans cette simplicité, dans cette spontanéité de l’écriture de Bruce Lowery et dans l’innocence de Jeff, la tendresse et la joie d’un enfant qui découvre les premiers matins du monde. C’est cette tendresse, et beaucoup d’autres que nous partage ce livre comme des moments de grâce et d’innocence. 

Et puis, il y a, évidemment, la cicatrice, cette « tare » qui prend tant de place dans la vie et dans la tête de Jeff, qu’elle en deviendrait presque un personnage éponyme, à part entière. 

« Une fois de plus, avant de me coucher, je restais longtemps dans la salle de bains. Une fois de plus j’examinais ma cicatrice dans la glace, que j’atteignis en grimpant sur un petit tabouret blanc et en mettant un genou sur le rebord du lavabo. Pourquoi Dieu, Pourquoi ». 

Après les demandes sans réponses à Dieu, Jeff essaie les exhortations, les marchandages avec ce même Dieu, roi du silence :

« Alors, c’est promis Dieu, demain je n’aurai plus ma cicatrice ? Demain je me réveillerai et ma lèvre sera comme celle de tout le monde? Même moi je ne le saurai pas, même moi j’aurai oublié. Telle était ma nouvelle proposition à Dieu. J’étais tellement heureux que mon pied glissa sur le tabouret et je faillis tomber sur le carreau. »

Bookiners qui vivez le handicap, un handicap, depuis peu, ou depuis trop longtemps, à coup de pourquoi et d’amertume, je crois qu’il n’y aura jamais de réponses convaincantes au pourquoi vous ? Pourquoi ça ? Pourquoi Jeff est né avec ce bec de lièvre? Pourquoi Cyrano avait ce nez trop long ? Pourquoi ma belle-cousine est trisomique et pourquoi Helen Keller est née sourde, muette et aveugle alors que d’autres naissent voyants et entendants? Les seules questions à se poser sont : comment s’accepter le mieux possible ?  Comment apprendre à s’aimer ? Tous les jours du reste de votre vie. La seule certitude à avoir c’est que si vous acceptez « ce handicap », « cette punition », « cette tare » ou plus justement, «cette différence » alors, il y aura de belles personnes sur cette terre, qui vous aimeront pour ce que vous êtes. Je vous le promets. Willy est devenu ami avec Jeff avec sa cicatrice, et non pas « malgré » sa cicatrice, Roxanne a aimé Cyrano deux fois, et Helen Keller s’est mariée à John Macy. See ? Avant, après et pendant le handicap, votre vie doit continuer Bookiners. Et c’est comme ça que vous vivrez ce bonheur que vous entrevoyez dans vos songes. 

Jeff trouve un grand ami en Willy donc, un garçon de sa classe. Je ne vous dis pas comment, mais c’est une jolie histoire d’amitié qui s’amorce entre les deux garçons, même si celle-ci se retrouve perturbée par une sombre histoire de vol. Je me tais, car sinon, vous n’aurez plus rien à lire. 

Simplement, vous Bookiners dont l’esprit déraille. Sachez qu’un esprit se nourrit de bonnes et de mauvaises graines, et que, lorsque les mauvaises graines sont disséminées en abondance par rapport aux bonnes graines, alors, c’est le drame. Vous n’êtes pas les seuls dont l’esprit déraille, si j’écoutais mon alter égo taré qui gesticule en moi, Takana, j’aurai déjà foutu le feu au restaurant dans lequel je travaille, je vous assure. Il suffirait d’un petit briquet, et d’une nappe bien placée. Et Hop. Restaurant en fumée ! Julia mon odieuse manageur, calcinée ! Et pourtant, c’est l’autre moi que j’ai décidé de nourrir. Et si par mégarde Takana prend trop de place, je l’affame en faisant la grève de la faim. C’est ce qu’aurait dû faire Jeff. Et même quand son alter ego maléfique avait déjà pris le dessus, il aurait dû écouter « le sage vieillard allemand » M.Sandt, qui lui rappelait, à lui, et à nous autres Bookiners addicts à la fatalité, qu’il n’est jamais trop tard pour dire la vérité, demander pardon, et enrayer ces autres versions de nous-mêmes, les maléfiques, qui prolifèrent sans notre permission. 

Et voilà Bookiners, vous savez presque tout. Il y a quelque chose de tragique dans ce livre. Mais j’arrête. Parfois, le silence est d’or. 

Respirez, aimez-vous et ceux qui vous aiment tant que vous êtes vivants,

Je vous embrasse tendrement, 

Des souris et des hommes | John Steinbeck

Des souris et des hommes | John Steinbeck

Mercredi 8 mars 2017, 18h15

– Hello mon chat, je te dérange?

– Hi sweety. Ecoute je travaille au piano depuis 4h, il faut absolument que j’arrive à m’accompagner sur ma chanson Nicolas, je ne suis toujours pas au point.

– Ah mais c’est ton texte que tu m’as chanté la semaine dernière, non ? Celui où tu parles de ton ami qui est mort l’année dernière?

– Oui exactement ! C’est terrible, il est mort en quelques semaines. Foudroyant. Cancer. De l’épaule. Comme ça, un rien, une douleur, un matin et 3 semaines après, c’était la fin. Je n’ai même pas pu lui dire au revoir. J’y pense tous les jours. Je pense aux rêves qu’il avait, à ses sourires, à cette optimisme qu’il avait. Je lui ai écrit une chanson, pour le faire revivre, pour le partager. 

– Ton texte est magnifique. Tu lui rends un bel hommage.

– Mais tu crois vraiment que je vais réussir à devenir chanteuse? Ca m’empêche de dormir la nuit tu sais. Parfois, je me réveille en sueur et en larmes. Mon rêve me crie bats toi encore. 

– C’est ton rêve, et tu te donnes les moyens de le réaliser. Tu sais bien que beaucoup de facteurs ne dépendront pas de toi, mais l’important c’est que tu y travailles, que tu y croies et que tu gardes espoir.

– C’est bien ça le problème: comment garder espoir quand tu démarres à zéro ? Et puis moi, tu sais, j’ai du mal avec l’espoir. Cette notion m’échappe, elle me semble un peu contemplative. C’est comme un passe droit pour attendre. Les bras croisés. Godot, Eurêka, la bonne idée, la chance. Ca me gonfle cette attitude, je la trouve à la fois belle, élancée, uplifting – et à la fois benête et sotte. C’est comme manger des carottes, c’est à la fois utile et ridicule. Bref. J’ai peur. Aahahaha, tout ça pour ça, on ne se refait pas! 

– C’est normal que tu aies peur. Mais ton espoir de faire carrière dans la chanson brille tant dans tes yeux. Depuis que tu assumes ton rêves ta peau scintille de bonheur. Je me dis que parfois, le but est finalement moins important que le voyage d’espérance.

– Oui mais qui dit que je ne vais pas le perdre cet espoir si je vois que ça ne marche pas?

– Tu sais bien que si on perd l’espoir, on est sans défense dans la vie. Attends. Il faut absolument que tu lises le cultissime Des souris et des hommes de John Steinbeck. C’est très court, mais le bouquin nous rappelle que l’espoir a le pouvoir magique d’insuffler du bonheur, au quotidien, même dans la vie la plus misérable du monde. Tu vas voir que si même un mec comme Lennie croit en son rêve, tu n’as pas du tout le droit de lâcher le tien.

– Ok, j’ai besoin qu’on me remette les pendules à l’heure. Et certains Bookiners aussi. Nous t’écoutons, attentivement. 

L’extase de l’or – Ennio Morricone 

Parce que la tendresse et la bienveillance n’habitent pas assez notre monde, j’aime qu’on me raconte de belles histoires d’amour et d’amitié. Les récits de jolies relations humaines me réconfortent, ils me sécurisent. Ils me poussent à aller vers l’autre, à tendre la main au monde. Des souris et des hommes nous raconte l’histoire d’une amitié touchante entre George et Lennie, deux travailleurs agricoles itinérants. Ils errent sur les routes de Californie, se baladent de ranch en ranch à la recherche de travail. Parce que Lennie est une âme d’enfant dans le corps d’un colosse, Georges veille à le protéger, mais aussi à le canaliser. Car Lennie est obsédé par la douceur du poil des souris et des chiots, mais sa maladresse et sa force sont incontrôlables. Même si George râle tout le temps, l’amitié qui lie les deux hommes est d’une tendresse infinie. Je suis peut-être un coeur d’artichaut, mais la bienveillance de Georges envers Lennie me réconforte immensément.  

« George continua:

– Pour nous, c’est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu’un à qui parler, qui s’intéresse à nous. On a pas besoin de s’asseoir dans un bar pour dépenser son pèze, parce qu’on n’a pas d’autre endroit où aller. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s’en fout. Mais pas nous.

Lennie intervint:

– Mais pas nous! Et pourquoi? Parce que… parce que moi, j’ai toi pour t’occuper de moi, et toi, t’as moi pour m’occuper de toi, et c’est pour ça. »

Quand je perds de vue le soleil, ce récit me redonne du courage, il vous rappellera à quel point la vie peut être vue, et donc vécue, différemment. Il suffit d’imaginer. Car ce qui lie ces deux hommes, c’est l’espoir d’un avenir meilleur. Un avenir rien que tout les deux, heureux. Cet espoir, Lennie en a fait son obsession. Même si le géant simplet inconscient de sa force crée du grabuge où qu’il aille, même si sa maladresse laisse poindre à l’horizon un drame sans égal, les amis s’accrochent à leur rêve. N’est-ce pas du fond de la caverne que naît l’espoir? Pour ne jamais le perdre de vue, pour le rendre toujours plus réel, Lennie demande sans cesse à Georges de lui décrire, avec tous les détails, le rêve qu’ils se sont construit.

« – Continue maintenant, Georges !

– Tu l’sais par coeur. Tu peux le faire toi-même.

– Non, toi. Y a toujours des choses que j’oublie. Dis-moi comment ça sera.

– Ben voilà. Un jour, on réunira tout not’ pèze, et on aura une petite maison et un ou deux hectares et une vache et des cochons et…

– On vivra comme des rentiers, hurla Lennie. Et on aura des lapins. Continue, Georges. Dis-moi ce qu’on aura dans le jardin, et les lapins dans les cages, et la pluie en hiver, et le poêle, et la crème sur le lait qui sera si épaisse qu’on pourra à peine la couper. Raconte-moi tout ça, George. »

Cet espoir tisse tout le récit, il est le fil qui se tend jusqu’à nous éclater au visage. Le style est lumineux, les personnages attachants mais surtout, ce court roman est d’une saisissante dramaturgie. Construit comme une tragédie en six actes, il est une allégorie intelligente.

Toi, moi, vous les peanut bookiners, nous avons tous un Lennie en nous qui veut qu’on lui parle de lapin de temps à autre. Personne ne peut vivre sans tendresse et sans lumière. Parce qu’il ne faut jamais sous-estimer l’importance de l’espoir. Vivre sans, c’est ne pas vivre. Tant que le soleil reste quotidiennement en ligne de mire, l’homme peut s’arranger de tout : de l’emprisonnement, d’une maladie grave, de la perte d’un proche. La survie réside dans l’idée que tout ira mieux un jour, que l’aliénation de la douleur, du doute, de la peur finira par s’envoler. Ce récit est important parce qu’il nous rappelle qu’il ne faut jamais oublier d’y croire.  

Et même quand notre esprit déraille, comme Lennie, qui reste malgré lui un éternel enfant; ou comme moi, quand ma tête a joué avec mes nerfs pendant plusieurs mois, notre cerveau finit toujours par nous obéir et par se configurer si on lui montre la voie à suivre. Ce n’est pas de la psychologie de comptoir ce que je vous raconte, le docteur américain Joseph Murphy l’a démontré dans les années 1960: la puissance du subconscient (et donc de l’autosuggestion) a déjà aidé des millions de personnes à accomplir leurs rêves. Plus on se répète les choses, plus on croit en notre avenir, et plus notre vie aura de chance de prendre le chemin que l’on espère. Ce récit magique peut se targuer de nous remettre les pendules à l’heure. N’est-ce pas la meilleure nouvelle de votre journée ?

Vous prendrez bien une lecture-apéritif avant de partir? 

Hauts les coeurs, mes bookiners !

 

 

 

 

 

 

 

Où on va papa ? | Jean-Louis Fournier

Où on va papa ? | Jean-Louis Fournier

Dimanche 29 janvier 2017, 13h45

– Papa, tu crois que ta soeur Sandrine a déjà été heureuse?

– Elle souffrait beaucoup, mais je crois qu’elle a connu des petits moments de bonheur, oui.

– Mais lesquels ? Tu me dis qu’elle ne pouvait rien faire toute seule, qu’elle ne pouvait même pas bouger…

– Oui, mais je sais qu’elle aimait me voir par exemple. Quand je rentrais dans la pièce, ses grands yeux bleus me cherchaient. Parfois, je faisais le pitre, je lui sifflais des chansons, et elle riait aux éclats. Elle aimait la musique aussi.

– Ah tu entendais le son de sa voix ?

– La plupart du temps, je l’entendais gémir. Elle était déformée, ses muscles étaient atrophiés, elle avait mal ma Sandrine. Mais parfois, oui, elle riait.

– Quand elle s’est envolée, tu étais triste ou soulagé ?

– Un peu des deux. Je ne crois pas qu’on puisse être soulagé de perdre sa soeur. Mais je ne crois pas non plus qu’un être humain mérite une vie sans ses grands bonheurs…

– Et toi, comment tu as vécu son handicap?

– Ce n’était pas facile bien sûr. A 13 ans, elle était encore un bébé. Mais c’était ma toute petite soeur. Qu’elle était belle ! J’aimais m’occuper d’elle. Je savais la calmer, l’apaiser. J’étais jeune, et elle m’a fait grandir. Elle m’a appris la sagesse. Elle m’a appris à relativiser les petits malheurs de la vie. Elle m’a fait du bien.

– Et pour Mia, c’était comment ?

– Pour maman, c’était un travail à temps plein. Elle veillait sur elle jour et nuit. Elle ne la lâchait pas une seconde. Le plus dur, c’était le regard des autres. Des gens se permettaient de lui dire « quand on a un enfant comme ça, on ne le sort pas. » Elle n’a jamais oublié.

– Est-ce que c’est possible de rester joyeux avec un enfant handicapé dans la famille? Est-ce qu’on peut continuer à rire?

– On riait un peu moins, mais la vie ne s’est pas arrêtée à sa naissance. Malgré son physique de petit oiseau, ma Titi avait une présence immense. Elle ne nous laissait pas le temps de pleurer.

– Je viens de lire un livre qui pourrait vous faire du bien à Mia et toi. L’écrivain raconte le quotidien de ses deux fils lourdement handicapés. Et figure-toi que c’est très drôle! Même si Sandrine n’est plus là pour rire avec vous, elle serait sûrement contente de savoir qu’elle a semé un peu de gaieté dans votre jardin.

– C’est bien qu’un écrivain s’attaque au sujet, je n’ai jamais compris pourquoi les gens refusaient de rire avec des handicapés.

– Et pourtant ce livre a fait polémique à sa sortie… L’opinion le trouvait « too much ».

– Etrange, car il me semble que l’auteur était bien placé pour parler du handicap de ses enfants non ? Raconte-moi ce bouquin. Moi aussi je suis bien placé pour savoir.

Equinox – John Coltrane 

Dans Où on va papa? Jean-Louis Fournier ne dédramatise pas le handicap qui s’est invité dans sa vie. C’est au contraire pour exorciser sa douleur qu’il choisit l’humour. Parce que oui, on rit presque de la première à la dernière page de ce livre. Bon, vous le savez bien, le rire est la politesse du désespoir.

L’annonce du handicap de son premier fils Thomas est un tremblement de terre. L’annonce du handicap de son deuxième fils Mathieu deux ans plus tard est un tsunami.

« Que ceux qui n’ont jamais eu peur d’avoir un enfant anormal lèvent la main. Tout le monde y pense, comme on pense à la fin du monde, quelque chose qui n’arrive qu’une fois. J’ai eu deux fins du monde. »

Jean-Louis Fournier a attendu avant d’écrire sur ses fils. Il a mis beaucoup de temps à assumer Thomas et Mathieu. Comme s’il était coupable, comme s’il ne méritait pas d’exprimer sa douleur, comme s’il ne méritait pas d’avoir des enfants. Oh, il n’est pas du genre à se plaindre. N’empêche que c’était dur. Alors quand il se décide enfin à écrire, Jean-Louis Fournier dit tout. Même ce qu’on ne dit pas.

« Parfois il me vient dans la tête des idées terribles, j’ai envie de jeter Thomas par la fenêtre, mais nous sommes au rez-de-chaussée, ça ne servirait à rien, on continuerait à l’entendre. »

Je vous ai dit que c’était drôle et infiniment tendre. Parce que malgré tout, la vie continue. Parce que c’est le sang d’un papa qui coule dans les veines des petits garçons. Parce que même s’ils ont la tête pleine de paille, un papa aime ses « petits oiseaux ». Cette immense tendresse qui colore les pages du livre a gonflé mon coeur de reconnaissance. Quelle chance de recevoir ces mots qui calment nos maux, qui apaisent nos blessures ouvertes par le regard des autres. 

« Un père d’enfant handicapé doit avoir une tête d’enterrement (…) Quand on n’a pas eu de chance, il faut avoir le physique de l’emploi, prendre l’air malheureux, c’est une question de savoir-vivre. »

Sauf que Jean-Louis Fournier s’en fout du savoir-vivre. C’est pour ça qu’il nous soigne tous. Il préfère nous faire rire aux éclatsça n’empêche pas les sentiments.

« Il y a ceux qui disent : ‘l’enfant handicapé est un cadeau du Ciel.’ Et ils ne le disent pas pour rire. Ce sont rarement des gens qui ont des enfants handicapés. Quand on reçoit ce cadeau on a envie de dire au Ciel : ‘Oh! Fallait pas…’ »

Les activités et les petites joies des garçons se limitent à un ballon, des petites voitures et quelques dessins. Forcément, les gribouillis de Thomas n’évoluent pas beaucoup. Pas grave, son style « reste proche de Polock« .

Bien sûr le quotidien, lui, n’est pas toujours drôle. Pour ce papa, pas de cours de vélo sans petites roues, pas de devoirs le soir avec ses enfants, pas de jolis cadeaux pour la fête des pères. 

« Thomas et Mathieu ne regardent pas le paysage. Ils s’en foutent. On ne pourra jamais rien admirer ensemble. »

Alors Jean-Louis Fournier s’excuse. Même s’il n’y est pour rien, même s’il a fait de son mieux.

« Quand je pense que je suis l’auteur de ses jours, des jours terribles qu’il a passés sur Terre, que c’est moi qui l’ai fait venir, j’ai envie de lui demander pardon. »

Après avoir lu ce livre, après avoir un aperçu de la réalité brute et brutale du handicap au sein d’une famille, je crois ne pas me tromper en disant que la vie de mon père et celle de ma grand-mère n’aurait pas été la même sans leur soeur, leur fille. Peut-être que sans elle, mon père n’aurait pas ce sens de l’humour qui le caractérise tant. Peut-être que sans elle, ma grand-mère n’aurait pas cette force dans ses yeux et dans son coeur. Sans elle, ils auraient certainement été moins attentifs aux bonheurs qu’offre la vie. 

Ce livre apaise les blessures causées par le destin, par le regard des autres. Avec son humour, Jean-Louis Fournier s’adresse à tous. A ceux qui jugent, à ceux qui balancent leurs bons sentiments à la figure des parents qui n’ont pas choisi, à ceux qui se battent tous les jours pour rendre la vie des petits oiseaux supportable. Et aux autres. Qu’elle est précieuse, cette pommade qui efface le voile de tristesse et de pudeur qui tartine les sujets dont on n’ose pas parler.

Hop Hop Hop, une petite lecture pour la route ? 

Baisers doux mes bookiners !

Un roman français | Frédéric Beigbeder

Un roman français | Frédéric Beigbeder

 

Samedi 20 Février, 20h55 

– Honeymoon, qu’est ce que je pourrais lire ce week-end de pas mal, avec de la verve, de l’élan ? 

– Hhmmm, je réfléchis.

– ☺️

– J’ai une idée mais ça risque de te déplaire. Depuis qu’il s’est marié avec une nana de notre âge, il a décidé de se laisser pousser les cheveux jusqu’aux épaules ! Devine! 

– Bon alors, ça ne risque pas d’être Bedos ! Merci Seigneur.

– Non, ce n’est pas Bedos mais c’est son meilleur pote ! Allez devine, B comme Bagou. B comme Biscayen, – B comme Blasé, B comme ?

– Oh, nan, tu ne vas pas me faire lire du Beigbeder ?! Il me fatigue beaucoup cet homme, tu le sais. Je n’arrive pas à sympathiser avec son personnage de désabusé qui tire une tronche condescendante à toute l’humanité. Ca me soule rien que d’en parler.

– 😎

– 😐

Amazone Un roman français. C’est un beau livre, ce n’est pas une blague. Une sorte d’élégie dandy, un hymne à la France, à son héritage et à ses héritiers. Et puis, un Beigbeder sincère, sensible, qui se dévoile et se dénude, ça ne se refuse pas.

– Je t’avouerais que Beigbeder à poil ça me tente encore moins que de chanter avec Cindy Sanders en Thierry Mugler 😩. Réellement honeymoon, je ne suis pas sûre de faire confiance à ce dandy exubérant pour soigner mes bobos qui s’accumulent. S’il s’écoute parler ou écrire, non merci.

– Bon, attends mon ange, je descends chercher de la Ben & Jerry et 45 Pepitos, et je vous explique, à toi et à nos doux Bookiners, pourquoi ce livre va vous faire du bien. Vous le trouverez fin, subtil, beau, nécessaire. Si après la lecture, vous n’en êtes toujours pas convaincus, je vous paie une restau! 

– Ok, vamos! Ecoutons le plaidoyer !

Benjamin Biolay – Ton héritage:

Soignez les maux des autres en s’épenchant, en s’apitoyant sur les siens? Really? pour reprendre les murmures d’Héloïse, je vous répondrais que oui, c’est possible, parce que la biographie pousse nécessairement à la comparaison, à la confrontation de la vie de l’écrivain à la sienne. Et dès lors, l’autobiographie ramène à soi. Et puis de toute façon, vous allez voir,  Un roman français est une autobiographie particulière mes Bookiners. Avant de vous la décortiquer, je vous offre une jolie chanson de Pierre Lapointe intitulée Nos joies répétitives: cliquez juste ici!Si Beigbeder avait été compositeur-interprète, je suis sûre qu’il aurait écrit comme Pierre Lapointe et chanté avec la même nonchalence rassérénante de Benji Biolay, la voix haut-perchée en plus. Ce soir, je l’appelle et je lui propose un deal musical. Mais d’abord, décortiquons!

Cela faisait un petit moment que je ne riais plusOui, oui, ça m’arrive aussi, parfois. A cette époque – c’était il y a six mois mais dans le sud, les mois se comptent en années! – Londres et l’Amitié me menaient la vie dure. Ma colloc et moi n’étions pas au beau fixe. Alors j’ai décidé de lui voler un livre. On se venge comme on peut 😂 . 

Je me baladais, donc, sur l’étagère de ma colloc, lorsque mes yeux se sont arrêtés sur les tons bleus pastels et gris de la couverture. Zéro provoc’ et c’est écrit par BeigBeig? Je prends! 

Et là. C’est le drame. D’abord, je m’étrangle de rire devant l’épisode de l’arrestation de Beigbeder et de son ami le poète désargenté, héritier inconnu de Rimbaud, au tout début du roman. Imaginez-vous ce poète qui sniffe de la poudre blanche sur le capot d’une voiture. Qui se fait arrêter. Et qui, violenté pour la première fois de sa vie, pris en flagrant délit, les mains derrière le dos, et le nez enneigé, réussit tout de même à crier, au bout de sa survie, certain d’être seul le détenteur de la vérité:

« Mais la vie est un CAUCHEMAR et la liberté IMPOSSIBLE!» 

L’épisode est si bien raconté qu’on se croirait dans une scène de film. Ce pouvoir d’évocation cinématographique, et ce sens de la formule sont ce qui rendent jubilatoire la lecture de Beigbeder en général, et cette autobiographie n’est pas une exception à la règle.  

C’est à partir de cette arrestation que le récit autobiographique de Beigbeder s’amorce. Du huis clos de sa cellule de prison, au trou noir de sa mémoire – il se retrouve face à un constat cinglant qui sonne comme un glas, une sentence sans appel- : 

« Je ne me souviens pas de mon enfance. »

 

 

« Je fouille dans ma vie comme dans une malle vide sans rien y trouver. » 

« Je suis désert. »

Je compte sur votre bonne foi pour relire cette dernière citation et apprécier sa beauté, sa vulnérabilité. « Je suis désert. » Ce quelque chose de fatal, d’inexorable, de catégorique et de pathétique. Oh Bookiners, vous ne me direz pas qu’il n’y a pas une étincelle de sublime dans cette formule. Vous êtes d’accord? Vous m’en voyez ravie!  Bon, alors je crois que ce n’est pas exagéré de dire qu’avec ce roman, si vous le débarrassez un peu de ses excès de dandysme et de drama queen (que j’adore!), vous y ferez une petite cure de sublime, d’au moins quelques heures. 

Tenez, lisez comme c’est beau, vraiment beau: 

« C’est toi que j’ai cherchée tout ce temps, dans ces sous-sols vrombissants, sur ces pistes où je ne dansais pas… Je te cherchais parmi les étoiles brisées et les parfums violets, dans les mains gelées et les baisers liquoreux, en bas des escaliers branlants, en haut des ascenseurs lumineux, dans les bonheurs blêmes, les mains serrées trop fort, sous les voûtes noires et sur les bateaux blancs, dans les échancrures veloutées et les hôtels éteints, dans les matins mauves et les ciels d’ivoire, parmi les aurores marécageuses, mon enfance évanouie.»

C’est dans ce paradoxe – celui d’écrire une autobiographie sur l’oubli et non sur des souvenirs, que toute l’entreprise de Beigbeder semble vouée à l’échec. Condamnée. Fatale. Et pourtant, sous les néons qui grésillent de sa cellule, la recherche du temps perdu se solde par le temps, la tendresse et l’espoir retrouvés. C’est par l’écriture, réelle ou fictive – dans sa cellule, le narrateur n’a aucun stylo – que Beigbeder va retrouver des bribes de son enfance, de ses échecs, de ses peines originelles, jusqu’à comprendre que s’il n’a pas choisi son enfance, il peut choisir sa vie d’adulte; s’il n’a pas choisi sa famille, ses parents, il peut ajuster son rôle de père pour en être à la hauteur.

Si vous êtes en mal de tendresseles maux et les mots de Beig vont vous bercer. Ils fredonnent une chanson paisible qui vient du plus loin de nos coeurs à tous. L’écriture se fait simple, épurée, douce, jolie. Et même les souvenirs douloureux du narrateur adulte lucide – et un peu cynique – sont ravivés avec tendresse et authenticité.

« Maman, ou «la vie merveilleuse de femme enchainée : elle trimait jour et nuit pour que le frigo soit plein et que nous ne manquions de rien. Réveil 7h du matin, préparer le petit-déjeuner des enfants, vérifier leur cartable, travailler jusqu’a 18h pour un patron con et antipathique. A 19h, aller chercher les enfants a l’étude, préparer leur escalope de veau et leur marron suisse, vérifier que les devoirs sont faits, les empêcher de se disputer, faire en sorte qu’ils ne se couchent pas trop tard.

Nous ne roulions pas sur l’or.

Pour mon anniversaire, je recevais les tommes de A à F de ma BD préférée, puis j’ai dû attendre Noël pour avoir les tomes de F à M. L’année suivante, j’ai eu de M à Z. Je suis sans doute ridicule mais cela me fend le cœur de me souvenir du visage désolé de ma mère s’excusant de ne pas avoir les moyens de m’offrir toute l’encyclopédie en une seule fois. »

Lire ce passage, lire ces mots, m’ont donné envie de serrer fort l’enfant qui sommeille en moi, peiné d’avoir réalisé que ses parents ne sont plus des super-héros. J’ai aussi eu envie de faire un câlin au Beigbeder du haut de ses 10 ans. Et voilà que vous me pensez déjantée. Mais lisez en vous, je suis sûre que vous aussi, de lire cet extrait, ça vous donne des élans de tendresse, ça vous enveloppe d’un halo chaud et rassurant qui vous dit: « regarde moi aussi, j’ai les mêmes bobos d’enfant, donc tu n’es plus seul(e)« .

J’entends déjà Hélo qui rouspète qu’il n’est pas à plaindre le dandy, mais je trouve qu’il est courageux de s’éloigner du rideau à paillettes de sa bourgeoisie et de sa notoriété pour dévoiler pendant quelques instants l’envers de son décor. Cela le rend plus humain. Et ça nous rend plus unis. Moins seuls. Pour la tendresse, ce n’est pas fini. Il y a de jolis passages que Beigbeder dédie à sa fille. Ce sont les préférés de Houellebecq, et je suis sûre qu’ils vous enlaceront de bienveillance, vous aussi. 

Olala, ça sent les mouchoirs. Qui l’eut cru? Un Beigbeder sans posture, à coeur ouvert qui ne donne pas envie de s’apitoyer mais de s’attendrir? Ne me remerciez pas, décortiquer, c’est mon métier! D’ailleurs, mes chers Bookiners, je vous sentais fatalistes avant de me lire: « oh, Beigbeder, on connait, c’est peine perdue. Son narcissisme ne peut soigner personne ». Et maintenant? Vous allez déjà mieux! Et bien ce n’est pas fini!

Pour mes Bookiners fatalistesce livre est incontournable pour plusieurs raisons. La première: comme vous Beigbeder était le roi des fatalistes. Lisez 99 Francs – que j’aime beaucoup – ça suinte la fatalité. Beigbeder (ou son double fictif, Octave). 39 ans. Publiciste. Cynique. Coké. Camé. Détraqué. A jamais. Prenez Un Roman Français, et là, on retrouve Beigbeder sur le chemin de la rédemption. Vous voyez, tout n’est pas écrit. Il aurait dû finir comme Octave. Il finira heureux, et presque équilibré.

Un Roman français, c’est le combat d’un homme contre sa fatalité, contre la réalisation de ses cauchemars. Alors il dépose tout sur la table pêle-mêle. La réussite de son grand-frère et l’angoisse d’être toujours relégué au rôle de loser défiguré. Le divorce de ses parents, et sa désillusion envers l’amour. L’abandon de son père, et la peur d’être incapable d’aimer en amour ou en paternité. Bref,

«Mon seul cauchemar, c’est de sombrer dans les mêmes ornières que celles de tous mes cauchemars.»

Et pourtant, vers la fin du roman, c’est un père heureux et aimant qui se dessine. Déjouer la fatalité, c’est un choix. Je crois. Et puis d’ailleurs, pourquoi je m’égosille, Beigbeder a une formule pour tout! Tenez: 

« L’héritage c’est un peu comme le soleil qui se dissout dans les branches d’un cyprès, comme une pépite d’or dans la main d’un géant »

Si Beigbeder l’a déjouée, la fatalité, trust me, YOU CAN.

Pour finir mon plaidoyer, parce que ce « roman » en vaut la peine, Beigbeder, c’est peut-être vous, nous et d’autres encore. Dans la modestie et la simplicité du titre, il y a la banalité – ou plutôt l’ordinaire assumé – et surtout, l’universalité de l’histoire de la bourgeoisie française du XXème siècle qu’il nous offre. Ce livre est un roman parmi d’autres, une histoire française qui aurait pû être la notre. Alors, si son histoire est notre histoire, alors sa rédemption est notre rédemption future. Pour ce cas là et lui seul, je veux bien être fataliste!

Je crois qu’il est inutile de vous faire un paragraphe sur pourquoi vous allez retrouver l’espoir et le soleil, non? Car cette histoire, cette trajectoire est pleine d’espoir. Partout, tout le temps. C’est une ascension vers la liberté – physique et psychologique. 

Samedi 27 Février, 20h55 

– Alors ?

– Je savais bien qu’il y avait du bon dans ce bazar. Je valide! Mais tu peux quand même me payer un restau, non? J’ai faim et j’ai très envie de fromage.

– Bon, d’accord, mais c’est seulement pour récompenser ta bonne foi! Bookiners, la prochaine fois, ce sera vous! 

Tendres baisers,

 

 

Ma mère du nord | Jean-Louis Fournier

Ma mère du nord | Jean-Louis Fournier

Samedi 20 Mai 2017, 16h28

– Tatoo, ça fait combien de temps que tu as dit à ta mère que tu l’aimais?

– Oh, ça doit faire un quart d’heure pourquoi ? Tu dis ça parce que c’est la fête des mères la semaine pro?

– Tu sais que tu as de la chance de savoir lui exprimer ton amour tous les jours?

– Oui mais avec une mère qui t’appelle 16 fois par jour, disons que…tu as plus d’opportunités 😂. Comment va Catherine?

– Elle va bien, elle connaît un tournant gigantesque dans sa vie professionnelle. Elle a peur, mais elle est rayonnante sous le soleil provençal.

– Ah génial! Tu es dans ta maison en Provence là ? Tu sais que j’ai toujours trouvé ta maman magnifique?

– Elle l’est. Mais tu sais, quand je regarde ses yeux, je vois bien qu’elle est triste. Je crois que c’est sa maman. Elle s’en va doucement. Et je crois qu’on ne se remet jamais de la perte des siens.

– Mais elle est proche de sa mère?

– Non, mais ce n’est pas ça qui compte, c’est sa maman. Je vais lui faire lire un livre qui pourrait lui faire du bien, j’aimerais que toi et nos bookiners le lisiez aussi. Parce que c’est important de dire les choses à ceux qu’on aime. Parce qu’il n’est jamais trop tard, mais le plus tôt est parfois préférable. Pour l’autre, mais aussi pour soi.

– Je ne crois pas avoir trop de mal à exprimer mes sentiments 😂. Mais je t’écoute. Tu me connais souvent mieux que moi-même.

– C’est un livre de Jean-Louis Fournier. On le connaît car il a déjà écrit sur tous les membres de sa famille (son père, sa femme, ses fils, sa fille). Mais là, le livre s’appelle Ma mère du nord

Una mattina – Ludovico Einaudi 

Pourquoi écrire maintenant sur sa mère?  Parce que Jean-Louis Fournier a 78 ans. Parce que « c’est toujours chez leur mère que se réfugient les gangsters après leur dernier coup. »  Parce que sa maman n’aimait pas qu’on parle d’elle, mais sa maman n’est plus là. Pour vous, bookiners qui avez perdu un être cher, ce bel hommage saura sûrement raviver la mémoire de ceux qui se sont envolés, peut-être vous poussera-t-il à exprimer vos sentiments à ceux qui sont encore de ce monde. 

A son habitude, l’auteur est drôle et infiniment touchant. Il couche sur le papier les mots qu’il n’a pas sur dire à sa mère lorsqu’elle était encore en face de lui. Jamais il ne lui a dit je t’aime,

« sauf dans les compliments de la fête des Mères dictés par la maîtresse. »

Ce livre est une grande déclaration d’amour. Il emplira de tendresse le coeur des bookiners un peu esseulés. 

« Quitte à me brûler les doigts, je t’aurais écrit avec un tison de braises une lettre enflammée. »

Ce livre est un portrait aussi. Au fil des pages, l’auteur dessine et semble découvrir le vrai visage de sa mère. En enquêteur, il sonde le coeur de sa maman, bêche le sol durci de son passé, rassemble ses souvenirs, les interprète avec ses yeux d’adulte. Surnommée Gla Gla par ses petits enfants, la mère, comme la mer, était froide. Mais pas seulement. L’écriture sincère, grinçante et poétique nous présente une femme discrète et courageuse. Mariée à un médecin alcoolique, atteinte d’une hypocondrie maladive, Marie-Thérèse a porté à ses enfants un amour capable de dépasser les malheurs de sa vie. En témoigne le mot qu’elle a laissé à ses enfants dans ses dernières volontés:

« Je veux vous dire en vous quittant que vous avez été l’essentiel de ma vie et que les joies ont dominé les peines. »

Sur ce rapport de force, Jean-Louis Fournier nous laisse le bénéfice du doute. Tandis que son père s’éloigne de la mer pour s’enfoncer dans les terres (et dans les Byrrh) , Marie-Thérèse pare à l’essentiel :

« A l’école, les parents, c’était ma mère. Notre père avait dû oublier qu’il avait des enfants. Elle était veuve en pire. »

Son fils l’a souvent entendue pleurer en secret dans leur maison à Arras. Cette femme s’était trompé de mari, trompé de vie.

« Dans cette maison, elle a dû entendre l’écho des sanglots longs des violons de l’automne, et elle a attrapé la mélancolie. »

Jean-Louis Fournier lui rend un magnifique hommage ici, peut-être l’hommage que n’importe qu’un enfant devrait offrir à sa mère. 

« Elle ignorait qu’elle avait été la plus grande chance de ma vie. Je n’ai pas osé le lui dire, elle m’avait appris à taire mes sentiments. »

En lisant ces lignes, j’ai envie de mieux connaître ma propre mère. Ce roman vous poussera certainement à parler, beaux bookiners, à exprimer ce que vous ressentez, ce qui est là mais qui n’arrive pas à sortir. Car en lisant ce livre, un élan d’amour et de sincérité me pousse à parler à ma mère, à l’écouter, à lui dire que je l’aime et que je l’admire. Parce que c’est infiniment vrai. Parce que notre quotidien, nos habitudes, notre vie nous fait peut-être oublier l’essentiel. Parce que, comme l’écrivait Nancy Huston, « nous ne tombons pas du ciel mais poussons sur un arbre généalogique. » Parce qu’elle est une immense partie de moi.

Parce qu’aussi je vois maman en train de perdre sa maman. Elle semble aujourd’hui voir filer entre ses doigts le temps, peut-être perdu parfois. Je crois qu’elle aimerait encore lui dire, lui écrire ce qu’elle n’a pas eu le temps ou le courage de lui exprimer. Lui pardonner aussi avant qu’il ne soit trop tardBookiners. Ne reculez pas devant le pardon de l’autre, de l’humanité. Car quand il sera trop tard, quand l’autre s’en ira, la rancoeur moisira au fond de vous et déposera des champignons nauséabonds. Qui veut des champignons dans les recoins de son petit coeur ? Personne. Alors même si en tirant sur ses racines, ça saigne parfois, le silence, c’est comme l’obscurité. Les fleurs s’épanouissent à la lumière. Je crois qu’il faut parler, oui, il faut parler et faire de la lumière partout, dans toutes les enfances. C’est ce que ce livre m’a appris. Il ne faut pas laisser la nuit ni l’inquiétude gagner. Malgré les obstacles de la vie, les erreurs, les disputes, les remords, les secrets, il faut appeler les mots à son propre secours. Car le regret est pire que la mort. 

Prenez-en de la graine mes bookiners, vous n’en ressortirez que plus fort(e)!

PS: si vous n’êtes pas encore convaincu, je vous invite à écouter un de mes extraits préférés de ce roman, enregistré spécialement pour vous !

Le collier rouge | Jean-Christophe Rufin

Le collier rouge | Jean-Christophe Rufin

Vendredi 19 mai 2017, 23h12

 – Tatoo, tu as déjà été infidèle ?

– Tu veux dire, dans la vie ou avec les mecs ?

– Les deux.

– Mmmmh, attends, je réfléchis. Je pense que certaines de mes amies te diront que oui, j’ai été infidèle. Parce que je suis partie, je les ai sorties de ma vie. Je ne me suis pas battue pour un « nous » qui n’existait plus. En fait voilà, en amitié, je deviens infidèle quand on me trahit – pour me protéger des trop pleins de souffrance.

– Et avec les mecs?

– Oui oui, dans ma tête! Mais ça ne compte pas d’aimer Roland Barthes et Beyoncé plus que son mec, si?

😂

– Autrement, « dans les actes », je n’ai jamais été infidèle, car l’amour pour moi c’est une rafale de sentiments. Une effusion. J’aime avec mon corps et mon âme, tu le sais. Alors imagine que je devais aimer deux mecs, à la fois, je n’aurais plus de place pour respirer! Je crois que c’est trop important « aimer » pour se diversifier. Enfin je ne sais pas, peut-être que je n’ai pas la même énergie que mon padre (thank God!). En revanche, on m’a déjà trompée une fois.

– Ah oui celui de Londres ! Pourquoi il t’a trompée tu crois?

– Il a toujours trompé ses nanas. C’était un infidèle né. Il me l’a avoué après. Je crois même que j’aurais pu l’accepter pendant longtemps. C’est fou quand même, l’humain s’habitue à tout. Mais il avait un rapport étrange à la tromperie, tu sais. Je crois qu’il aimait s’assurer qu’il plaisait. Aussi, il avait peur de mourir. De mourir sans avoir vécu, alors il baisait. Et pour lui, vivre, c’était collectionner les nanas comme on collectionne les expériences.  

– Et toi comment tu as réagi quand tu l’as appris ?

– Au début, j’avais un peu envie de vomir, un peu envie de pleurer. Et puis j’ai essayé de comprendre ce que ça voulait dire tromper. Et à qui ça s’adressait – à mon égo ou à moi? A lui? ou à la société monogame? Et puis, aussi, je voulais savoir si ça condamnait ma relation avec lui ou bien si j’acceptais qu’il couche avec d’autres personnes indépendamment de l’affection qu’il avait pour moi. Le truc, c’est que je savais qu’il m’aimait beaucoup. Il avait simplement un « mode » d’aimer différent. Un soir, en voiture, en rentrant du restau, le mec, m’avoue, tranquillement que la veille, une femme l’avait dragué et qu’il l’avait ramenée chez lui. Littéralement, il me dit: « elle était jolie. Fine comme Kate Moss (merci pour moi!). Alors, j’ai voulu la tenter, je l’ai amenée chez moi, et quand elle a voulu m’embrasser je lui ai précisé que j’avais des sentiments pour toi et que du coup ça ne serait jamais sérieux entre elle et moi. Ceci dit, je voulais bien coucher avec elle, pour voir, mais je lui ai laissé le choix de partir ou de rester, je n’avais déjà plus autant envie d’elle. » 😐

– Oh mon dieu. 

– NO JOKES. J’ai du dire « what the fuck » à peu près 45 fois en 1 minute, dans ma tête. Et après, je me suis dit qu’il fallait que j’accepte sa confidence, que j’accepte qu’on en parle pour comprendre. J’ai dit à mon égo de fermer sa grande gueule, tout doux, et de me laisser gérer cette affaire 😂  La seule précaution que je voulais prendre: protéger mon intégrité, ma façon de m’appréhender, de me juger. Alors je l’ai prise dans les mains l’infidélité, je l’ai regardée en face. J’ai essayé d’en rire avec lui, de le déstabiliser en ayant une réaction complètement contraire aux réactions qu’il aurait pu attendre de moi, ou d’autres nanas. J’ai essayé de le comprendre, d’aller sur son terrain. Et j’ai fini par gagner. Ca fait déjà 6 mois qu’on n’est plus ensemble, mais il continue à m’envoyer des messages où il me dit qu’il n’est plus infidèle, que je suis sûrement la femme de sa vie, et qu’il est prêt à apprendre à aimer. Je lui réponds « Brace up and Champagne Shower baby! » 😂 #latestostéronerendmaboule.

– C’est fou que tu en sois ressortie indemne. C’est rare je crois. L’infidélité doit détruire beaucoup de personnes.

–  Oui, je crois que tu as raison. Mais j’ai compris que tout dépend du rapport que tu as à toi-même, et du lien que tu tisses entre l’infidélité et ta propre personne. Si tu les distingues, que tu ne les amalgames pas, alors tu peux en ressortir « presque » indemne. Autrement, ça te foudroie.

– Ca t’intéresserait de lire un livre sur l’infidélité?

– Of course! Ca pourrait même me faire du bien… si c’est en accord avec mes principes 😂

– En fait, j’aimerais te faire lire un roman qui parle de la fidélité d’un chien à son maître.

– 😂😂 Je viens de m’étouffer. Merci pour la comparaison!

– J’étais sûre que tu allais dire ça. Mais en vrai c’est très beau. Déjà, c’est un bouquin qui te redonne foi en l’humanité et en l’amour inconditionnel parce qu’il nous prouve qu’il existe. Il montre aussi que la fidélité peut faire des merveilles, mais aussi que l’infidélité se gère avec les mots.

– Ah! Nos Bookiners se réveillent, je les entends se dandiner! Go ahead! Nous sommes tout ouïe! 

Now we are free – Hans Zimmer & Lisa Gerrard

    Ce livre s’appelle Le Collier Rouge. Bon, j’entends Tatiana qui marmonne dans la sa barbe, en me disant obsédée par les textes historiques car ce roman nous renvoie au lendemain de la guerre 14-18, et les souvenirs de cette guerre sont au coeur de l’histoire. Mais ce cadre contextuel donne toute sa force au récit, parce qu’il nous permet de comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure, le monde d’hier et d’aujourd’hui.    On commence par visiter une prison déserte. Seul Jacques Morlac, un héros de guerre décoré de la Légion d’Honneur, y est détenu prisonnier. Même si le juge Lantier lui rend visite tous les jours pour tenter de le disculper, difficile de savoir avant les dernières pages pourquoi cet homme est emprisonné. Ce que l’on sait, c’est que Morlac n’aime pas la guerre et qu’il ne regrette en rien l’acte qui l’a mené en prison.

« Je ne lui ai que trop sacrifié, à la Nation. ça me donne le droit de lui dire certaines vérités. »

Ce que l’on sait aussi, c’est que pendant toute la guerre, dans toutes les batailles, Morlac a été suivi par son chien Guillaume. Depuis la fin des combats, ce chien tout cabossé campe en bas de la prison où réside son maître. Cette gueule cassée aboie jour et nuit, sans relâche jusqu’à s’en rendre malade. Bookiners en manque de tendresse, ouvrez grand vos yeux, préparez vos sourires, vous allez être servis. Car la tendresse et l’attachement de ce chien pour son maître dépassent tout l’amour du monde.

« Il a toujours compris qu’il était mon chien. Il se couchait à mes pieds, dormait à côté de moi, et si quelqu’un m’approchait avec un air mauvais, il grognait. »

C’est ce chien qui détient la clé du drame. C’est en fait lui, pour défendre son maître, qui a un rôle héroïque lors d’une bataille. Ce qui est intéressant, c’est que le héros de guerre tel qu’aime le fabriquer la société pose le problème de la part animal. Le combattant est un animal. C’est d’ailleurs ce qu’on lui demande, d’être une bête, de faire preuve d’une cruauté terrible à l’égard de ses ennemis. Or ce qui va différencier l’animal de l’être humain, c’est la fidélité. Amis bookiners infidèles, ouvrez grands les oreilles, prenez-en de la graine. Nous y sommes. Le chien défend ses amis jusqu’à la mort. Là, je vous parle de la fidélité inconditionnelle qui existe bel et bien dans ce monde.

« Guillaume lui a sauté à la gorge. Il l’avait déjà fait au moment de l’escarmouche à la baïonnette et on l’avait félicité, n’est-ce pas? Pour lui, un ennemi c’est un ennemi. C’est un bon chien fidèle. »

Mais le fait d’être humain, c’est aller au-delà de cette fidélité. Etre humain, c’est ne pas seulement défendre ses amis, mais être aussi capable de voir l’être humain dans l’ennemi. C’est pour ça que Morlac, pendant la guerre, cherche à fraterniser avec ceux qu’on lui demande de combattre, les russes et les bulgares. Il a dépassé sa part animale. Si ça, ça ne te redonne pas foi en l’humanité, je m’appelle Monique.

« Le signal, c’était l’Internationale. On devait chanter côté bulgare et nous, les français, on reprendrait en coeur. A quatre heures, on a entendu l’hymne qui montait d’en face. Vous ne pouvez pas imaginer l’effet que ça nous a fait. »

Parallèlement, le roman nous raconte l’histoire d’amour et d’infidélité qui lie, ou plutôt délie, Morlac à Valentine. Amis bookiners infidèles, revenez-voir par ici ! Avant la guerre, Morlac et Valentine sont amoureux. Pendant la guerre, Valentine se retrouve seule dans sa ferme. Pourtant, en rentrant du front, Morlac ne cherche pas à retrouver son amour et son fils, Jules, conçu lors d’une de ses permissions. Il préfère encore se faire envoyer en prison, seul, que d’être un homme trompé. En voyant sa femme avec un autre, Morlac n’a pas cherché d’explication. Il n’a rien dit, il est parti. Et pourtant, quand Valentine s’adresse au juge pour faire passer un message à Morlac, on apprend que le silence est parfois pire que la trahison. Morlac s’est tu. Il est parti. Il a baissé les armes, sans croire que Valentine avait pu lui être fidèle. C’est dans son silence qu’il l’a trahie. C’est dans son silence qu’il a brisé le lien qui les unissait: l’amour. 

« Dites-lui que quand il est revenu, il s’est trompé. C’était un camarade. »

Valentine est elle aussi restée fidèle jusqu’au bout. Je répète, Valentine est elle aussi restée fidèle jusqu’au bout. Cela veut dire que la fidélité est possible, et ce, même si Morlac ne croyait qu’en celle de son chien. Pour se protéger, peut-être, pour rester lui-même, sûrement. Alors bookiners, par pitié, parlez, parlez, pour ne pas rompre ce lien sacré de la confiance avec les gens qui comptent. Rien n’est irrémédiable, surtout dans les relations humaines. Des erreurs d’interprétation, des silences trop longs peuvent briser des relations voire parfois des vies. Pourquoi ne pas s’empêcher de souffrir quand des mots peuvent agir d’un coup de baguette magique?    Nourrissez-vous de mots, lisez, lisez mes bookiners.

Une petite lecture pour la route ? Voilà pour vous !

 

Doux baisers,