Mistral perdu | Isabelle Monnin

Mistral perdu | Isabelle Monnin

 Lundi 2 Octobre, 2017, 10h00

émoticône dialogue texto sms– Comment se passe ta journée mon ange ? 

– Je suis en cours de finance, capitalisation boursière, valeur actuelle nette et Béta. Ça pourrait aller mieux, je pourrais écrire des chansons, je pourrais galoper vers mes rêves et me noyer dans notre amour. Mais ça va, en vrai, c’est intéressant. 

– Ah ouais ? 

– Oui, ça va, et puis mon prof est un golden boy. Il s’appelle Fahmi, jean Levi’s délavé, petites derbies serrées, veste blazer, teint hâlé, doré comme les soleils levants du Maghreb, les yeux sûrement aussi noirs que ceux de Solal de Belle du Seigneur. Ça passe mieux la valorisation boursière quand t’imagines ton prof dans ton lit. Ahahahah ! On-a-dore ! Evidemment je ne te parle pas des moments très gênants où il m’interroge et me sort de mes rêveries érotiques.  Et toi ? 

– J’aimerais prendre l’air, respirer ma jeunesse, retrouver mon ivresse et m’enivrer de vivre. Mais je n’y arrive pas. Je crois perdu la légèreté de l’enfance. Je la cherche partout sans succès. Mon visage a gagné des ridules d’adulte sous les yeux à force d’avoir peur de mes rêves.

– Ah. Mon ange, au risque de me répéter, ne fais pas de ta vie un sursis, une prison dans laquelle tu vois tes rêves te filer entre les doigts, à travers des barreaux créés de toute pièce par toi-même. Pense à Nicolas, pense à tous ceux qui sont partis si jeunes, et surtout, n’attends pas que ta vie commence, car l’attente peut durer longtemps. 

– Mais comment je fais, pour honorer les morts et faire partie des vivants ? 

– Vis. Sans retenue. Vis sans béquilles. Projette-toi plus grande que toi-même, imagine-toi au-delà de tes peurs, et ça ira mon ange, promis.

– Je te fais confiance. 

– On y arrivera ensemble. Pinky Promise. De toute façon, l’âge adulte n’est pas une sinécure. C’est une putain d’entourloupe, et Benjamin Button est une fiction. 

– Ahahahahah. Tellement vrai ! 

– Je lis Mistral Perdu en ce moment. C’est un livre hanté, enfin non, habité. Habité par nos peurs, hérité de nos rêves, irrigué des enfances de nos parents, de la notre qui se faufile, du monde d’hier, et d’une profondeur vertigineuse. Je le lis dans le métro, et ça apaise mes peurs qui tanguent de gauche à droite, et parfois ça berce mes rêves. Je ne sais pas vraiment comment t’expliquer, mais je vais te l’offrir.

– Incroyable. 

– Mais au début j’ai détesté. Je trouvais que le roman se regardait trop écrire, dans une sorte de contemplation de l’hier et de la nostalgie du bonheur. Il y a dans ce roman une langueur qu’il faut apprivoiser et une dimension réflexive qu’il faut prendre avec soi, sans juger. 

– Je comprends totalement ce que tu veux dire. Bookiners, il est tôt, je sais, mais Peanut Tat a fait une trouvaille qui risque de vous ravir. Venez tout près de moi, je crois que c’est important. 

Dimanche 21 Janvier 2018, 23h53

Si vous savez compter aussi bien que moi, Bookiners, vous saurez qu’il m’aura fallu plus de trois mois pour vous livrer ce roman. Le temps s’effiloche plus vite qu’on ne se l’accorde. Et puis les mots, pour dépeindre la douleur de la douleur, ça ne se presse pas. Mais mon cadeau est là, il vous attend. Au milieu des rires et des carillons de la Mélodie du Bonheur que ma mère et ma sœur regardent et re-regardent inlassablement, je pense à vous, et j’explore notre jeunesse qui se déploie, notre vie qui prend ses aises et le temps qui galope. Je vous écris. Et j’éprouve de la difficulté à retranscrire cette drôle d’intensité qu’esquisse en douceur Isabelle Monnin dans Mistral Perdu, ou les évènements. Si vous avez déjà succombé à son charme ou que vous faites confiance à mes goûts de Peanut, alors hop, vous pouvez commander Mistral Perdu, ou les évènements en cliquant sur le roman juste en dessous. 

 

Au risque de vous dérouter un peu, je vous offre un petit bijou musical signé Alicia Keys Distance and Time pour vous accompagner dans les décombres de ce roman-chronique aux vies qui vacillent. 

J’aurai pu choisir une chanson d’époque, puisque ce sont sur les années 80 qu’Isabelle Monnin s’épanche davantage, mais pour moi, Distance and time apaise l’effluve des tragédies qui parsèment son roman-héritage et ses mots incandescents. 

Avant les ruines d’un monde disparu, il y a la jeunesse insouciante des années 80, la chaleur du bitume sous le soleil paëlla des vacances de juillet. La Renault 5 jaune citron de maman, le break de papa, les convictions politiques des parents de gauche qui scandent les conversations du soir, les espoirs de la Gauche,  les victoires des Gauches, la voix de Michel Drucker, le son des 33 tours, et le génie Gainsbourg qui tonne son Comic Strip en rythme et désinvolture. Avant les ruines, il y a tout ça. Les années 80, une famille ordinaire de la classe moyenne à l’élan Mitterand, et deux sœurs qui sont la lune et le soleil, l’une pour l’autre, fusionnelles et gondolées de fous rires et d’amour. 

Il y a, en d’autres mots, une génération, 

« Un ailleurs tressé de souvenirs »

qui se dessine sous la plume d’Isabelle Monnin – peut-être le vôtre Bookiners ou peut-être, comme pour Héloïse et moi, l’ailleurs de nos parents. Il a ce côté lumineux des années d’insouciance, ce quelque chose qui habite et ranime. Alors, Bookiners pour qui la solitude dépeuple vos journées pour peupler votre petit cœur, lisez ce roman, il insuffle, égrène, rabiboche et ressuscite tout un monde, toute une génération qui vit en nous de près ou de loin, par ses mots mosaïques, dans un râle chaud et rassurant, qui, malgré l’amertume mélancolique qu’il distille, nous enveloppe d’un halo paisible. Vous serez habité par cette œuvre qui porte dans une densité souple, légère et tenace, la douleur, la joie, la chiale, les rires, les courses en retard, les compte à rebours, les rêves déchus, les trains loupés, les actes manqués, les morts et les vivants. Dans un même mouvement. Et être habité, c’est n’être plus jamais seul. Vous me remercierez plus tard Bookiners esseulés, mais maintenant, j’appelle ceux dont les rêves ont disparu avec leurs dents de lait. 

Bookiners qui ne rêvez plus, oui, c’est vous que j’appelle avec bienveillance parce que c’est votre jour de chance. Je vous demande de vous rappeler avec violence que rêver est un impératif catégorique. De ceux dont on ne se dérobe que par la mort sous peine de commettre un crime et un sacrilège. Lorsque vous lirez Mistral Perdu qui se tisse comme une épopée universelle et comme un journal intime, vous verrez, sur les limons de l’enfance de ces deux sœurs qui s’aiment à la folie, que rêver c’est marcher sans frontière, que rêver c’est déplacer les barrières du réel et lui redonner les lumières qu’il perd en chemin. Les filles avaient 

« Leur monde hérissé de rêves »

Jusqu’au jour où le soleil meurt, pour laisser à ceux qui restent 

« Des corps sanglots.»

Il n’y aura les perles de son rire que dans les souvenirs de la sœur qui reste. Et la sœur qui part a 26 ans. Et la sœur qui part voulait devenir actrice. Et la sœur qui reste s’endort avec des trous, et depuis ce jour 

« Même les nuits ne dorment plus. »

Et la sœur qui part aura eu le temps de rêver, mais pas le temps de réaliser les rêves de sa vie. Et la sœur qui reste devient journaliste et écrivain, comme dans ses rêves les plus fous, enjambant les peurs et les qu’en-dira-t-on, les « orientations Viactive »  et les chemins tous tracés. Et ça remet les pendules à l’heure et la procrastination là où elle devrait toujours être : au placard. Et ça fout la chaire de poule et la rage au ventre, parce que tout peut se déchirer plus vite que les rêves qui nous animent. Et c’est notre fardeau de vivant de rêver pour ceux qui sont partis, de vivre aussi pour ceux qui ne vivent plus. 

« A quelle idée s’accrocher si tout est si fragile ? »,

nous demande Isabelle Monnin. Je vous réponds Bookiners, qu’il faut s’accrocher à ses rêves et courir à leur trousse pour les attraper avant que le glas ne sonne, imprévisible et impitoyable. 

Dans cette chronique en 8 actes, vous comprendrez, Bookiners, le monde qui vous entoure en plongeant dans celui d’hier avec une lucidité existentielle, un quelque chose de philosophique et réflexif. Une vibration sépia comme un paysage qu’on reconstruit tout en dentelle. Vous vivrez la revanche des Gauches lors des élections Mitterand, vous apprendrez comme nos peurs se justifient dans les théories déterministes de l’après 30 Glorieuses, les espoirs et les désillusions de la France Méritocratie, vous témoignerez de l’arrivée du Minitel, vous oscillerez entre la création du revenu national minimum de Michel Rocard, les discours bien-pensants-pleins-d’espoir des parents de la classe moyenne qui persuadent leurs enfants que plus les études sont longues plus les CDI sont sécurisés et garants du bonheur, vous écouterez les chansons-chroniques-révoltes de Renaud. Vous comprendrez, le visage rivé sur notre/votre héritage que 

« Le monde n’est pas sagesse, il échoue à ne pas transformer le chagrin en haine »

Puis vous verrez la gauche qui vacille et les vacillants qui s’accrochent aux branches qui écument le sol, agonisants et frustrés, et alors vous comprendrez et le monde, et, que 

« Les convictions durent plus longtemps que la réalité »

C’est tout un monde qu’Isabelle Monnin convoque sous nos yeux, et c’est tout ce monde qu’elle nous donne à appréhender, par petites touches, jusqu’au notre, jusqu’à nos tragédies quotidiennes et imminentes, jusqu’à Michel Drucker, qui toujours, relie d’un seul trait ses années d’insouciance et nos années d’inquiétudes. C’est un roman qui s’épanche, sur le voile de notre passé, pas comme une posture mais comme une inclination de la mémoire et du cœur. Et alors, vous comprendrez davantage le monde qui vous entoure car vous en goûterez les saveurs qui en sont à l’origine. 

Ma revue est bientôt terminée Bookiners, mais avant, j’aimerais que nous fassions une grosse petite place chaleureuse aux Bookiners qui ont perdu un être cher. Isabelle Monnin est des vôtres, douloureusement. Et son écriture douce, aérienne et éthérée pansera vos plaies de ses murmures bienveillants. Le roman s’esquisse avec un leit motiv lancinant « nous sommes deux » qui, se déclinant tout au long du voyage évoque l’indéfectible relation fusionnelle d’Isabelle et de sa sœur, jusqu’à devenir un refrain estropié, déchu : 

« Nous est morte, vivre n’existe plus et le chagrin est une maladie longue »

C’est sa sœur qui disparaît dans un souffle, brutalement, à l’âge de 26 ans et qui laisse 

« Le silence bourdonner son absence. » 

Et la tristesse se déverse comme une pluie diluvienne, peuplant chaque endroit de sa vie, annexant tous les territoires : 

« Elle meurt. Et toute ma mémoire fait cendres avec les siennes. Et je n’ai rien compris, et je suis morte aussi. »

C’est la mort qui donnera ce roman Bookiners. La mort de l’âme-sœur et la mort du fils. C’est l’absence qui se transformera en une autre forme de présence à travers l’art, la commémoration et la mise en mot. Et comme si ce n’était pas assez, après la sœur, le nouveau-né de celle qui reste meurt à son tour, avant d’avoir goûté au printemps. 

« Nous sommes Novembre, toutes les dates sont des tombes et je meurs une deuxième fois »

Alors quand tout s’effondre, que tout le monde s’en va, on pleure au sol, on pleure sur les nuages et le cœur pèse trop lourd. Et puis, au milieu des décombres, on sent leur présence venue d’ailleurs, on devient la douleur, les silences, les souvenirs, et : 

« On devient tous nos absents » 

Car ils se glissent en nous sous une forme particulière pour nous insuffler la force que leur mort voudrait nous ravir. On devient tous nos absents parce qu’ils ne sont pas tout à fait morts, ils se réincarnent dans nos cœurs et dans nos mémoires pour nous habiter pour toujours. 

Isabelle est une rescapée, une balafrée de la vie qui porte sur ses joues les cercueils des aimés, et parce que la vie aime avoir le dernier mot comme elle l’entend, elle est toujours vivante. Elle n’est pas morte de chagrin, elle vit avec. Et dans cette vie qu’elle supporte, elle a écrit pour ceux qui l’ont quitté et ce même quand elle pensait que les mots n’existaient pas pour dire la béance. Et pourtant, dans ce roman, elle a noté :

« Le bruit que fait l’avenir quand il vous lâche »

Elle a écrit sa douleur jusqu’à la transcender, la rendre création, réceptacle et luciole dans l’obscurité. 

Puis, elle s’est laissée surprendre à sourire, encore, comme si la vie lui disait que la beauté l’attend pour les jours d’après :

« Dans ce décor d’apocalypse, j’invente des petites collines riantes, elles dansent au dessus du désastre. Attraper la joie dès que possible. Etre triste et joyeuse dans la même seconde, c’est une sorte d’entièreté retrouvée. Mon sourire tremble un peu, et ça dégouline sous mes paupières. »

Et alors, ce roman qui ne semblait que débris et décombres, devient ode et hommage à ceux qui partent et à ce qui reste. La vie est toujours là, droite dans ses bottes, à nous chuchoter que le bonheur revient toujours, et que le bonheur triste n’est pas un oxymore. Bookiners qui perdez espoir, ces deux derniers paragraphes sont pour vous. Oui le soleil parfois s’égare, c’est sa façon à lui de faire sa révolution.  Mistral Perdu sera, votre baume d’espoir dans vos parcours de combattants Bookiners. 

Vous savez désormais qu’après les ruines demeurent les vestiges que les cœurs gardent au chaud dans leurs souvenirs. 

Je vous embrasse avec tendresse, 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

 

Les déraisons | Odile d’Oultremont

Les déraisons | Odile d’Oultremont

Mercredi 17 janvier 2018, 17h29

émoticône dialogue texto sms– Bébé !! On se voit toujours demain ? 

– Hi my love, au moment même où je te parle, je suis en train de me sculpter un corps de rêve, les anges de Victoria Secret pourront aller se rhabiller. J’ai commencé le meilleur programme sportif ever. 

– Tout doux bijou, tu sais que je fais du yoga et du renforcement musculaire tous les jours depuis six mois, et mes cuisses ne ressemblent toujours pas à celles d’Adriana Lima. 

– D’accord d’accord mais… que manges-tu à côté ? 

– …

– Hahahahahah je meurs !!! Ton silence m’inquiète et m’exalte !! Tu sais qu’en vrai je t’aimerais peut-être un peu moins si tu étais aussi sculpturale qu’ Heidi Klum !  D’ailleurs, je suis sûre que tu ne serais pas la même nana. Déjà si tu n’aimais pas le fromage tu ne serais pas aussi drôle !

– Je te rappelle que ce n’est pas moi qui aime le fromage mais le fromage qui est amoureux de moi et qui se retrouve toujours pas mégarde dans mon assiette en quantité industrielle. 

– Aahahahahahah, oui oui bien sûr, sorry honey (Bookiners, acquiescez sagement et tout se passera bien). By the way I’m so excited je viens de voir que mon amoureux Olivier Bourdeaut venait de sortir un nouveau bouquin !!!!!!

– Hahaha incroyable que tu me dises ça, je l’ai justement acheté pour te l’offrir mais… entre temps on m’a demandé d’en faire un papier donc je dois le lire avant. Promis je te le file dès que j’ai fini !!

– …

– Non mais attends tu vas être trop trop heureuse. 

– Je vois pas comment je pourrais être heureuse sans Olivier dans ma vie, là, maintenant. Mais parle, je t’écoute.

– Figure-toi que j’ai découvert la version féminine d’Olivier Bourdeaut !! Même poésie, même teinte de folie furieusement joyeuse, même air de Boris Vian et son Écume des jours, même histoire délirante et bouleversante.

– Whaaat ?? Qui est cette escroc ? Qui ose pomper le génie d’Olivier ? Comment s’appelle-t-elle ? Olivia Bourde ? Attends je vais voir sur Google.

– Hahahaha calm down honey. De un, ce n’est pas une escroc mais, comme Olivier Bourdeaut, une amoureuse de la langue française qui fait parler son génie créatif. Si tu me lisais mieux, tu verrais que ce n’est en rien une copie de Bojangles (mais alors vraiment en rien), mais qu’elle et lui partagent simplement le même talent de faire rêver, sourire et pleurer ses lecteurs. De deux, elle ne s’appelle pas Olivia Bourde mais … Odile d’Oultremont. Ne rie pas, petit démon. J’ai aussi cru qu’elle sortait tout droit du début du XXème siècle, qu’elle était la grand-mère de ma grand-mère, avec un pull over à la couleur douteuse en laine qui pique. Sauf qu’en lisant ses lignes, j’ai vite compris que l’auteur de ces mots ne pouvait pas dépasser l’âge de ma mère. J’ai donc naturellement googlé son nom pour voir le visage de cet être diabolique qui me privait de toute vie sociale et qui méprisait l’équilibre de mon couple et là… Choc sensationnel. Odile d’Oultremont est tout simplement la plus belle femme que cette terre n’ait jamais porté. Tu ries encore ? Tu ne me crois pas ? Alors tape « Odile d’Oultremont » dans ton Google Image et reviens vers moi. Vas-y, je t’attends. 

– Holly fuckin shit !!!!!! You’re right !! Le délire de la beauté !! Mieux que les anges de Victoria Secret !! 

– I knooooow c’est crazy !! Bon ben tu vois, cet avion de chasse, c’est un peu la nana que tout le monde rêverait d’être, tu sais le même délire qu’Alicia Keys : la meuf est sublime et bourrée de talents presque divins. 

– Arrête. 

– Je te jure !! J’ai lu plus d’une vingtaine de bouquins de la rentrée littéraire de janvier pour le boulot là,  et personne (je répète personne) ne lui arrive à la cheville. Énorme coup de coeur. Je crois que ce bouquin est le signe que 2018 va être une année formidable. 

– En même temps ça ne pourra pas être pire que ton année 2017 hahahaha #sorrynotsorry. Non en vrai raconte ? J’ai déjà envie de le lire, je le commande ? So excited !! Bookiners vous êtes prêts ? Vous sautillez d’impatience comme lorsque vous avez envie de faire pipi ? Okay lets go !

Bon déjà, pour les impatients comme Tat, pour ceux qui me font déjà confiance sur le caractère pépitiesque de ce livre, vous pouvez déjà commander Les déraisons en cliquant sur ce lien: 

Les Déraisons

Pour les autres, cliquez sur cette musique de Debussy et lisez tranquillement l’article pour vous convaincre que vous avez besoin de ce livre dans votre vie. 

Petit nègre – Debussy 

Il est de ces livres qui vous rendent baba. Vous savez, ce livre que vous auriez pu écrire, mais en fait non parce que le talent de l’écrivain vous dépasse d’à peu près 35 000 km. Vous voyez, ce livre qui raisonne tellement en vous que vous avez presque l’impression de l’avoir déjà lu, comme si le roman s’adressait au petit enfant qui sommeille en vous. Bon, eh ben ce livre pour moi (il résonnera de la même manière chez vous j’en suis sûre), c’est le premier roman d’Odile d’Oultremont, Les Déraisons. Déraisonnablement joyeux, déraisonnablement inventif, déraisonnablement bouleversant aussi. 

J’appelle les Bookiners qui ne croient plus en amour et en la tendresse. Préparez-vous à être éblouis. Vous allez découvrir ou renouer avec l’amour fou, littéral, sans limite et extraordinaire, d’Adrien, employé d’une grosse entreprise, pour sa femme Louise, étourdissante de gaieté. Un exemple ? 

« Tant qu’elle se trouvait aux commandes de son bateau ivre, il pouvait s’abreuver à sa folie, se l’injecter par shoot quotidien : Adrien Bergen était le junkie de sa femme. » 

Ah oui car il faut que vous sachiez que Louise est délicieusement folle. 

« Ouvrière qualifiée de l’imaginaire, elle avait des mains dans son cerveau, de l’esprit dans ses mains, elle travaillait à plusieurs, on aurait dit un orchestre-labeur, quelque chose comme un quatuor artistique. » 

Ne vous méprenez pas Bookiners, je crois que la folie n’est désignée que par ceux qui s’ennuient dans ce bas monde. Autrement dit, je préfère être folle comme Louise et m’inventer des histoires pour chaque molécule de ma vie plutôt que de donner des leçons de vie à ceux qui n’ont rien demandé. Vous savez ce que disait Simone de Beauvoir? (Je le sais car c’est l’épigraphe du livre):

« J’accepte la grande aventure d’être moi. »

Voilà. C’est le sublime pari de Louise que vous aurez envie de relever à la lecture de ce livre. Pourquoi ? Parce que vous allez adorer Louise qui : 

«  désaxe la réalité pour illuminer l’ordinaire ». 

Vous avez bien lu Bookiners ? Désaxer la réalité. Whaou. Rien que ça. Ce livre est la promesse d’un ailleurs, d’un autrement. Pourquoi est-ce magistral ? Parce que le temps d’un peu plus de 200 pages, vous laisserez vous-mêmes échapper le monde qui vous échappe. Et rien n’a égal à mes yeux que la littérature qui vous défie de vous extraire puissamment de votre quotidien. Avec ses mots en dentelle, Odile réussit le pari haut la main. 

L’amour fou d’Adrien et Louise se décuple encore lorsqu’on découvre une tumeur dans le poumon de la jeune femme. Adrien, placardisé au bureau par sa hiérarchie, décide de tout plaquer pour s’occuper de celle qui donne du sens à sa vie. Comme des enfants heureux, main dans la main dans leur univers fou de joie, un sourire indélébile collés aux lèvres, ils en sont sûrs : la mort ne passera pas par eux. 

« Adrien était le mécène de la planète Louise, grasse et vitale, il la polissait, la coiffait, lui injectait des vitamines, la labourait et la désinfectait, et, pour la protéger, il avait constitué une armée robuste, dont il était le seul soldat. » 

Alors même quand Louise doit subir des traitements lourds, même quand elle perd ses cheveux, Louise sourit à la vie. Parce que la seule raison de vivre est d’être heureux. Parce que ça ne sert à rien d’être triste. Parce qu’il vaut mieux être amoureux, même si on est parfois incompris. 

« C’est pour Adrien que je peins. Parfois, il ne comprend rien mais c’est normal, vous me direz, l’amour est la langue secrète d’une minuscule communauté où l’on réside seul la plupart du temps. » 

Je vous laisse apprécier la poésie de la prose d’Odile d’Oultremont, et je continue à vous raconter le livre. Bookiners qui ne croyez plus en l’amour et en la tendresse, vous êtes toujours là ? Parfait. J’appelle en plus les Bookiners qui ne rient plus mais qui aimeraient se tordre à avoir mal au ventre. Ne faites pas la tronche, souriez d’avance, faites-moi confiance. Tout le monde est là ? Ah non ! Vous au fond, Bookiners qui avez perdu un être cher, venez ici aussi, ne vous inquiétez pas ça va aller. Voilà, tout doux. Let’s go ! 

Il faut que je vous dise que plusieurs chapitres (y compris le premier donc je ne vous prive d’aucune surprise) concernent un Adrien seul qui assiste à son propre procès. Souvent, il regarde sa Louise montée au ciel et rit en imaginant ses réactions. Adrien est accusé de ne pas s’être présenté au travail pendant… un an (oui rappelez-vous, il a déserté pour s’occuper de son amour). Le problème, c’est que personne ne s’est aperçu de son absence pendant tout ce temps. Avec un juge bien frappé et un Adrien plein de celle qui l’a quitté, les scènes du procès vous emmènent dans un délicieux voyage en absurdie. Non, ne sortez pas vos mouchoirs, souriez et réjouissez-vous de voir un couple si lié même après le grand voyage :

« – Qu’avez-vous fait pendant un an si vous n’alliez plus au bureau, monsieur Bergen? 

– Oh.

Cette question met Adrien en joie.

– Nous dansions, ma femme et moi, monsieur le juge.

– Vous dansiez? Vous avez dansé pendant un an?!

– Quand elle en avait la force physique, acquiesce Adrien.

– Et c’est pour cette raison que vous avez renoncé à aller travailler? 

– Vous en connaissez une meilleure? » 

Eh oui, ne me dites pas que je ne vous avais pas prévenu ! Dans ce couple où le chat s’appelle… Le Chat, dans leur monde joyeusement renversé, chamboulé, inversé, la joie et le rire s’infiltrent partout, méfiez-vous ils vous infiltreront aussi : même dans les drames, même dans les souffrances, même dans la maladie, vous apprendrez grâce à Louise que la flamme, l’âme qui vous a quitté et qui sourit au fond de vous ne s’éteint jamais vraiment, il suffit de la regarder de plus près, de la titiller, de jouer un peu avec elle, regardez, elle est là : 

« Adrien se prit à croire aux miracles et à tous ses synonymes. Mais, en reprenant contact avec la lumière, lui vient en conscience la plus véhémente des réalités. Elle était là, répandue, sous ses yeux : Louise, profusément inanimée, qui lui hurlait l’éternité.

– Tu dors ? 

– Non, c’est la mort.

– Ah, d’accord. »  

Oui Bookiners, ce roman est bouleversant de poésie, de justesse, et d’infini. Il vous transcendera car il vous autorisera à faire la nique à la réalité d’un monde qui vous ennuie. Odile d’Oultremont aborde la maladie et la mort avec des kilos de tendresse, une pincée d’humour, et des poignées de joie. Elle saupoudre le tragique de fantaisie, et le résultat est magistral. Ce livre vous enverra dire bonjour aux étoiles, aux vôtres ou aux autres. Vous passerez aussi saluer votre coeur qui n’ose pas, qui n’ose plus mais qui voudrait. Vous embrasserez le petit enfant qui sommeille en vous et qui vous prie de l’écouter un peu plus. Ce livre vous fera vivre mieux, plus grand, plus vous. 

Je vous laisse sur ces mots, et vous envoie des baisers cosmiques. 

« Il observa sa Louise, rassérénée par l’air pur de la bonbonne. Il avait le vertige. Il se vit perché, avec elle, au sommet d’un sommet, au bord de la première vue du monde qui n’est rien d’autre que la dernière et, alors, en une preuve d’amour absolu, lui offrit de la laisser s’en aller, seule face à l’immensité, de la rendre à son état premier, la solitude. Et de lui signifier ainsi sa confiance infinie. » 

 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'HéloïsePsssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

Danser au bord de l’abîme | Grégoire Delacourt

sMardi 26 décembre, 2h00 du matin 

émoticône dialogue texto sms– Hiiiii mon Hélo. I miss you. How is Chicago ?

– Honeymoon ! (I miss you more, mais chuuuut, c’est un secret 😉 ). Chicago se porte comme un charme. Elle arbore d’élégantes jambes télescopiques et nues sous l’hiver audacieux. Grattes ciel à perte d’horizon. Et toi ? ton Noël ?

– Nous étions 35 à la maison. Je t’avouerai que même radieux, c’est quand même long Noël en famille. Il faut tenir chaque membre de ta famille au courant de toutes tes turpitudes de l’année et répondre 45 fois aux questions leit-motiv « comment se passe ton master ? » « et plus tard alors, des idées ? » « Toujours pas de copain? » « Ne me dis pas que tu vas finir comme ta cousine Christelle, un appareil dentaire à 30 ans, et le célibat pour robe du soir, c’est pas une vie Tatiana » « L’ESCP est une très bonne école, mais pour faire quoi après ? C’est vaste le Management. » « Pourquoi ne m’appelles-tu pas plus souvent ? » « Téléphone à ton père, c’est Noël quand même » « tes 30 ans approchent, il va falloir nous faire de beaux métisses aux cheveux crépus. » « Pourquoi as tu arrêté le piano, c’est dommage, tu as tout perdu ». « Fais attention à ce que tu manges chérie, les bourrelets ne préviennent qu’après s’être installés ».  Je te passe la litanie entière mon ange, ça prendrait tout un livre.

– Olala l’angoisse. Je t’avouerai que moi aussi je commence à saturer tranquillement. C’est assez fou comme des êtres du même sang peuvent être à ce point aux antipodes, arythmés, syncopés. Sur des planètes opposées dans des directions paradoxales. Je le ressens tous les jours avec ma famille, et les aimer ne fait pas l’affaire. C’est ce qui m’effraie davantage, car je me rends compte que l’amour, parfois ne suffit pas… à combler nos vides et nos différences. C’est fou. Vertigineux.

 – Quelle idée des hommes de faire naître Jésus tous les ans putain. PAIN IN THE ASS

– Hahahaha t’es complètement maboule !

– Je comprends totalement ce que tu dis, et en grandissant, mes intuitions de distance par rapport à ma famille deviennent des certitudes, et je ne sais pas comment m’en dépêtrer. Rester indépendante peut-être et ne rien exiger d’eux, les laisser, et les aimer comme ils sont et établir quand même en pointillés, les limites de notre conformité. Parce que je te jure, à les entendre, on devrait tous penser de la même façon. Ça me tue.

– #Preach !

– Ahahahah ! J’adore quand tu parles en #. Bon. Passons aux choses vitales et sérieuses. J’ai commencé Danser au bord de l’abîme, allongée sur mon nouveau lit, un sommier à ressorts (famille nombreuse, si tu m’entends).

– Ah ! Dingo. Alors ? Heureuse ?

– Dubitative. Ça fait seulement 100 pages que je côtoie Emmanuelle. Son mari, un peu aussi, Olivier. Et puis ce mec à la bouche en cœur, au sex appeal affriolant, Alexandre. Je ne sais pas trop quoi en penser pour l’instant. Langueur, vertige, un soupçon d’ennui, avec quelques relans de sublime, et toujours cette même plume emprunte d’une humanité sans appel, troublante. La vraie. La nôtre. Dans toute sa splendeur et ses contradictions. PAUSE. On en parle de la beauté du titre, s’il te plait. Vertige.

– De 0 à 10 ?

– 7.

– Pas mal ! De 0 à 10 sur l’échelle du roman guérisseur?

– 7 !

– You go girl !

– Je m’endors. Enjoy Chicago chica !

– Jeux de mots douteux.

– Passons.

– Ahahahaha

Mardi 26 Décembre, 10h00

– Bon c’est officiel, j’ai gagné 39 bourrelets, et 20 kilos. Jpp.

– Ahahahah honeymoon, moi j’ai pas le temps de me peser, c’est risqué de se foutre à poil sous – 25°C. Ce n’est pas une blague.

– OMG. Stop.

– Je te jure !

– C’est bien parce que tu risques d’avoir bonne mine en rentrant. Ahahahahah !

– #mameilleurepoteestuneconnassebutwhocares

Mercredi 27 Décembre, 3h00 du matin

– Vertige. Larmes incandescentes. Mon sommier de matelas est creusé par la douleur. Je pleure à n’en plus finir. Magnifique mon dieu, magnifique.

– De quoi me parles-tu mon ange ?

– De Grégoire. De son écriture. Il a un don pour les tumultes. C’est la vie qui jaillit comme une gifle devant tes yeux et dans ton cœur. Je suis bouleversée. J’ai peur de continuer ma lecture. I am overwhelmed. As heck.

– Ok, respire Tat. Les Bookiners et moi t’attendons, prends ton temps.

Ludovico Einaudi – Nuvole Bianche 

Mes chers Bookiners, mes mots sont encore chauds de ceux écrits par Grégoire Delacourt. Je crois que mon cœur est apaisé, même s’il tangue beaucoup. Je dois vous raconter ce qu’est Danser au bord de l’abîme. Je dois vous faire découvrir ou redécouvrir ce roman-tornade, ce roman-turpitudes. Cette vie-tempête. Cette écriture magistrale. Qui soigne et qui apaise. Je vous le dis sans fausse modestie, je ne serai pas à la hauteur. Mais je porte des talons. Qui sait, ils délieront peut-être mon verbe jusqu’à une certaine justesse.

Il va sans dire, doux Bookiners, que publier notre revue en cette période de début d’année n’est pas un hasard. Et si vous preniez la résolution de vous écouter, de soigner vos méandres et de vivre au présent pour 2018 ? C’est vrai, ce n’est pas une sinécure, mais je crois qu’Emma vous montrera comme il est nécessaire de faire de son bonheur un souffle ardent de tous les jours car :

« La vie est la courte distance entre deux vides. On ne cesse de vivre au futur…mais le passé est déjà là. »

Elle s’appelle Emmanuelle. Mais tout le monde l’appelle Emma. Sauf sa maman. On pourrait dire, alors, qu’elle s’appelle, comme la signification étymologique de son nom, «Bonne Nouvelle », Emmanuelle. Mais tout le monde pressent déjà ses vertiges-Bovary. Ses vides et ses ivresses assassines. Alors ils l’appellent Emma. Inconsciemment pourtant. Sauf sa mère-morale et moralisatrice.

Tout se passe comme si nous, lecteurs, nous Bookiners, nous étions réquisitionnés, au tribunal, assis devant Emma. Elle tenterait d’expliquer l’inexplicable. Un décompte vers le déluge. De donner des raison à l’irrationnelle. De nommer ses vertiges, et parvenir, enfin, à justifier la mécanique du désastre, à justifier pourquoi, pour un inconnu qui essuyait ses lèvres roses au hasard d’une Brasserie, elle a décidé de quitter son mari qu’elle aime, ses enfants qu’elle adore, sa vie heureuse et paisible pour vivre des aubes nouvelles et des matins brûlants. Ailleurs.

Nous la regarderions dubitatifs. Nous la regarderions avec ces jugements durs et sévères que nous, hommes et femmes faillibles nous sommes prompts à porter envers les failles de d’autres hommes, et surtout de d’autres femmes. Nous invoquerions la morale, et autres lâchetés pour ne pas agir et vivre las, malheureux et frustrés. Nous tendrions une oreille curieuse mais distraite devant ses désastres en pensant qu’elle l’a bien cherché la colère de ses enfants, la maladie de son mari, la culpabilité qui pousse au cœur et au corps, comme des ronces enracinées, qui viennent de loin pour déchirer ses nuits  et ses silences. Puis elle nous raconterait tout, sa vie, ses vides et ses songes. Son insatiable envie d’aimer jusqu’à trébucher. Ses désirs existentiels. Ses nécessités de femme. Alors, nous pleurerions avec elle, nous partagerions ses larmes, nous deviendrions frères et sœurs de sa quête. De ses ténèbres. De sa chute. Et de sa rédemption.

Bookiners dont l’esprit déraille. Vous n’êtes pas seuls. Il y a vous, il y a Emma, et il y a toutes les versions potentielles de nous-mêmes. Car rien n’est assez immuable pour ne pas dérailler. Même l’amour qu’on porte à ses enfants. Même la morale qu’on porte en nous.

La vie d’Emma pouvait se regarder comme une vie bien ordonnée. Il n’y avait pas de tumultes à Bondues. Il y avait une vaste maison blanche sur le Golf, sans grillages, à côtés d’autres maisons blanches. Il y avait des cendriers Hermès blancs prostrés sur la table basse, avec de petits chevaux dessinés, polis, rouges ou bleus. Il y avait des gros bouquins d’art à côté des cendriers que personne n’ouvrait jamais. Il y avait la sérénité. La tendresse. Il y avait trois enfants, Louis, Manon, Léa. Il y avait un mari aimant, Olivier, depuis 18 ans. Il y a cette famille heureuse, la sienne. Et pourtant, une matinée du 20 Avril, Emma décide de tout quitter, son mari, ses enfants. Pour un inconnu qu’elle a observé longtemps dans la Brasserie André. Pour un inconnu, dont elle ne connaît que la bouche, le désir, et le prénom : Alexandre. En d’autres mots, Emma décide :

« D’inciser à jamais le cœur de ceux qu’elle aimait. »

Emma décide : de danser au bord de l’abîme. Elle décide de renaître.

Après 39 ans de vie sur les rails, la vie d’Emma déraille. Bookiners qui perdez pied, regardez Emma. Vivez Emma. Devenez Emma. Aimez Emma. Et vous réussirez peut-être à sonder les pourquoi, à comprendre les comment on en arrive à ça. Comment on en arrive à quitter tout ce qu’on a construit, tout ceux qu’on aime infiniment, pour le désir, pour le présent, pour le fugace. Pour une possibilité d’infini. Et comprendre, c’est déjà guérir.

Bookiners qui perdez un peu la boule, quelque part entre ciel et terre, regardez Emma, vivez Emma, devenez Emma et aimez Emma, et vous saurez déceler chez vous les premiers symptômes du déluge. Les premiers sons de l’alarme en vous qui vous conjurent de vous écouter, de vous réaliser aussi pour vous même – pas seulement à travers et pour les autres. Écoutez ces sons qui vous assurent avec raison que Vivre pour soi, n’est pas immoral. C’est une injonction. Pour vivre sainement avec les autres et pour aimer à la hauteur, ceux qui vous aiment. Ecoutez vos souffrances, soignez vos vides et vos méandres avant qu’ils ne torpillent votre bonheur car :

« Nos souffrances ne sont jamais profondément enfouies, nos corps jamais assez vastes pour y enterrer toutes nos douleurs. »

La souffrance d’Emma venait de loin, du profond de ses entrailles, elle venait de ses faims, de ses quêtes et de son feu non consumé. Elle venait de sa mère et de son austérité, de la société et de sa médiocrité. Et de toutes ses lâchetés accumulées, puisque :

« Les mères nous apprennent la patience, cette cousine polie du renoncement, parce qu’elles savent qu’entre le désir et l’amour, il y a les mensonges et la capitulation. »

Ne jugez pas Emma, prenez là comme elle est, humaine, trop humaine, et c’est ce qui fait son sublime et la beauté du livre, qui est la vie elle-même, les hommes eux-mêmes. En aimant Emma, qui aima jusqu’à sa perte, vous entamerez avec elle le chemin de la guérison.

Bookiners qui n’aimez pas vos part d’ombres et vos ténèbres, apprenez à vous regarder, à vous apprécier, à vous embellir. Avant d’écourter cette partie, je voulais vous dire que je crois que beaucoup des turpitudes d’Emma résident dans le fait qu’elle attendait quelqu’un d’autre pour l’embellir, pour la faire renaître, pour la faire éclore. Je crois qu’Emma avait honte de ses envies, honte de ses élans de femme, qu’elle faisait taire pour accomplir ses devoirs de mère et d’épouse. Alors elle sommeillait en elle, elle se vidait d’elle. Pourtant,

« Souffrir en silence est un désaveu de soi-même ». 

Alors, pour cette nouvelle année, apprenez à vous aimer Bookiners, apprenez à aimer toutes les composantes de votre être même les plus sombres, pour ne plus jamais vous oublier, et donc, pour ne plus jamais vous perdre.

Bookiners dont un être cher s’est envolé, approchez que je vous borde de tendresse. Approchez, qu’Emma vous rappelle que l’être que vous aimez est partout en vous et autour de vous, des corolles des fleurs aux particules du vent. L’être qui vous a quitté est présent. Je m’explique.

Emma Aime. Et aimer ne se conjugue qu’au présent. Jour après jour. Aimer est une urgence, un impératif. Un impératif ne laisse pas place au doute. Alors c’est dans cette certitude qu’Emma part rejoindre Alexandre. L’homme de la Brasserie. Un 20 avril.

Alexandre ne viendra jamais.

C’est la fin de l’ivresse et le début de l’hiver. Endeuillé.

Faire le deuil du futur au présent.

Deux pages de Grégoire ont suffit à la fin de la première partie « Brasserie André » pour me faire basculer entièrement dans le roman, dans la douleur sourde de tout le livre. A partir de ce moment, tout s’est décuplé en moi et tout s’est déchainé contre Emma. Elle a perdu beaucoup de larmes, elle a perdu beaucoup de mots, puis elle a fini par accepter, par pardonner l’abandon d’Alexandre, le rire méchant de dieu et le pied de nez de la fatalité. Et puis il y a ce père aussi, qu’Emma a perdu très jeune, et dont il semble qu’elle en a seulement fait un semi-deuil, une semi-guérison. Je dois me taire Bookiners, mais je vous dirais qu’il y a ceux qui s’en vont, et il y a ceux qui restent. Un peu honteux d’être encore vivants. Un peu frustrés aussi, de rester là quand les autres sont partis. C’est un fardeau et un cadeau de rester vivant, mais c’est aussi une promesse. Alors Emma entame avec nous, main dans la main, le long chemin vers l’acceptation de l’absence, du vide et de la béance afin d’arriver à la compréhension que l’abandon n’est pas une lâcheté, mais une impossibilité, et que la mort est une autre forme de présence. Je vous propose de la suivre vers ce chemin Bookiners pour marcher à nouveau vers la vie, retrouver les cimes et devenir le vent.

Je dois abréger, ma revue se fait longue. Je vous dirai enfin Bookiners au pardon difficile que vous serez tour à tour dans la peau des lésés et dans la peau des fautifs, vous serez Emma qui apprend à pardonner à sa mère de ne pas être celle qu’elle aurait voulu qu’elle soit, vous deviendrez les enfants d’Emma, qui, par la colère, puis par un aveu infime d’amour caché au creux d’un sourire, comprendrons que même si les actes de leur mère est au delà du dicible, il y a entre eux ce lien d’amour qui persiste et survit à jamais, envers et contre toutes les offenses. Ensuite vous serez Olivier, puis Emma, puis Olivier, puis Emma, puis les deux, et vous verrez comment les mots et l’amour apaisent les trahisons les plus profondes. Pardonner commence par concevoir l’impossible. 

Et le pardon est là, droit sur ses dix orteils pour étreindre les rescapés :

« Je ne suis pas retourné me baigner dans l’eau glacée. Je n’ai pas essayé de te noyer. De noyer ton absence. J’ai pardonné ton absence ».  

Bookiners qui n’avez plus d’espoir, je vous rassure, le printemps revient toujours, et avec lui ses promesses. Et avec elle la lueur. Et les tempête s’apaisent. Là encore, c’est un retournement de situation magistral que Grégoire Delacourt opère, il devient frère et peintre de la vie-même pour en percer ses mystères.

Je vous dirai surtout qu’après le tumulte des vagues,

« La mer se fond toujours dans le ciel, à l’approche du soir, pour dessiner un tableau sur lequel toutes les histoires peuvent encore s’écrire. »

Je vous laisse Bookiners avec ce roman dans les mains, et cette rédemption en chemin.

2018 est là, et: 

« Le présent est immense (…) il est notre terre, et le seul lieu de bonheur possible.»

Alors, alors, dansons, au bout des étoiles et au bord de l’abime, tant que nous sommes vivants.

Doux baisers tendres,

 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

Réparer les vivants | Maylis de Kerangal

Réparer les vivants | Maylis de Kerangal

Mardi 1er août 10h30

émoticône dialogue texto sms– Tu sais mon ange, avant je pensais que mon cœur n’était pas comme celui des autres. 

– Mais pourquoi tu dis ça, honeymoon ? C’est tellement étrange. 

– C’est vrai que c’est bizarre, mais je ne pleure jamais pour les choses graves. Quand ma grand-mère est morte, je n’ai pas pleuré. Quand Nicolas est parti là-haut, danser avec les anges, je n’ai pas pleuré. J’ai juste écrit deux chansons pour les faire revivre plus longtemps. Pourtant, j’en étais amoureuse, de ma grand-mère et de Nicolas. 

– C’est vrai, ça. 

– En revanche, quand George ne répondait pas à mes messages je pouvais en pleurer des nuits entières. Et puis, avant, quand j’avais le malheur d’avoir des notes en dessous de 18/20, je sortais de la classe en pleurs, et je courais partout dans la cour de récré, comme une folle habitée. 

– Ahah c’est pas vrai ?! Mais elle est géniale cette histoire !  Devant les films tristes, tu pleures, non ? 

– Bien sûr que non. Je n’ai pleuré que devant Mulan, A la Recherche du Bonheur, Sister Act 1&2 et High School Musical 1,2 & 3. Seuls la musique et les livres peuvent me faire pleurer des kilomètres. Et encore, les livres, c’est rare. 

– Le dernier en date, c’est lequel ? 

– Réparer les Vivants, de Maylis de Kerangal. J’ai encore la gorge qui se serre rien que d’y penser. Ce livre est dans mon Top 5, je ne plaisante pas.

– Oh, mais c’est vrai, tu m’en avais parlé cet hiver.

– Je vais le relire aujourd’hui pour toi et nos Bookiners. Car je dois vous en parler, c’est une nécessité. Il m’aura fallu 6 mois pour le digérer. C’est un livre magnifique, et je pèse mon amour. 

– D’accord, prends ton temps, nous t’attendons. 

 

Mercredi 2 août 14h01

– Honeymoon, on se voit toujours tout à l’heure vers 16h00 ? 

– Non mon ange, je suis en larmes. Je ne peux vraiment pas là. 

– Mais que se passe-t-il, tout va bien ? 

– Oui, oui, tout va très bien, je suis vraiment heureuse. C’est comme si je venais de toucher l’indicible. J’ai nagé vers des rivages célestes. J’avais des ailes. J’étais libérée de mes peurs et de mes hivers.

– Mais de quoi tu parles ? 

– De Réparer les Vivants.  

– Ah oui d’accord. Bon, nous t’écoutons. 

 

Pachelbel’s Canon in D

Simon Limbres est mort.  Un accident de route, après une session de surf. Quelque chose de débile, mais quelque chose de fatal. Entre la vie, le surf et les limbes, il a choisi la mort. Sans prévenir. Il devait avoir 20 ans. Il devait devenir un homme. Un vrai. Un grand. Mais il a laissé sa petite sœur, Lou, face au vide et ses parents, Sean et Marianne, face à l’effroi. Au néant indicible. Il y a cette histoire qui renverse, qui bouleverse. Car mourir avant ses parents, c’est mourir mal. C’est la nature qui s’emballe, s’emmêle et se méprend.  

Et puis, il y a l’écriture de Maylis de Karengal. Une écriture qui s’étire, s’effile, flotte au-delà des mots. Comme si les phrases exploraient, effleuraient leur extrémité, jusqu’à atteindre leur propre impossibilité. Ecriture pulsation, écriture aérienne, Maylis de Kerangal défie les espaces clos, distille l’air et apprivoise la vie, et ses vides. Depuis les vagues de la mer jusqu’à l’intérieur des corps*, échoués, dézingués par le destin. Une écriture magistrale. 

Je vous prie de me croire Bookiners. Cette écriture vous soignera, car elle panse toutes les plaies, avec son murmure libre et léger. A l’heure où je vous écris, 6 mois après avoir été frappée par la foudre de ces mots, j’en pleure encore. Mes muscles se tendent, mon cœur se serre, mais mon âme est libre. Je vole. 

Bookiners en quête de sublime, look no more, Réparer les Vivants vous emmènera sur des contrées inexplorées, sur des rivages inespérés : 

« Sean et Marianne parlent à Simon comme s’il pouvait les entendre, ils semblent se débattre pour se maintenir dans la langue, quand les phrases se désarticulent, les mots s’entrechoquent, se fragmentent, quand les caresses se heurtent, se changent en souffles…comme s’ils étaient désormais expulsés de tout langage, et que leurs actes ne trouvent plus ni temps, ni lieu où s’inscrire. »

Le héros est mort et les vivants sont sans visages. Sans repères. Ils s’agrippent au vide car la vie n’a plus aucun sens. Et pourtant, de tout ça, malgré tout et grâce à cela, le sublime est là, comme une offrande.

« Et alors, perdus dans les crevasses du réel, égarés dans ses failles, eux-mêmes faillés, brisés, désunis, Sean et Marianne trouvent la force de se hisser l’un et l’autre sur le lit (d’hôpital de Simon) afin d’approcher au plus près le corps de leur enfant… et les parents ferment les yeux ensemble et se taisent. Comme s’ils dormaient eux aussi, et la nuit est tombée, et ils sont dans le noir. » 

Bookiners, peut-être me lisez-vous aujourd’hui parce que vous avez perdu un être cher. Trop cher pour être parti si vite. Respirez, prenez vos larmes dans vos mains, et fermez les yeux, cet être cher est encore là. Il n’est pas parti pour disparaître, il est parti pour vivre ailleurs, autre chose. Il est là, différemment. 

Vous savez, quand Simon Limbres est mort, son cœur battait encore, comme s’il était vivant. Et dans tout le roman, de la première phrase au point d’orgue, c’est cette pulsation du cœur de Simon et du cœur des vivants qui valse, s’élève, s’évade, se gonfle et se dilate comme si la mort n’était qu’une illusion d’optique. Comme si la vie était plus forte que tout. Dans ce roman, vous serez confrontés au deuil des parents de Simon, à leur désarroi, à leur néant. Dans ce roman, vous partagerez avec les personnages, des sentiments communs et revivrez peut-être vos drames à vous, mais vous ne serez pas seuls. Vous serez compris. 

« Les murs valsent, le sol roule, Marianne et Sean sont assommés. Ce silence qui s’écoule, épais, noir, vertigineux. Un vide s’est ouvert là, devant eux. »

Puis vous allez pleurer, sûrement. Et vous libérerez votre haine, votre colère, votre amertume contre cette mort qui impose ses lois comme un despote. Contre cette mort qui prend les vivants sans notre accord à nous, ceux qui restent. Et sentirez le souffle chaud de cet être cher qui sèchera vos larmes, en vous implorant de lui pardonner pour de bon, pour de vrai, et de faire la paix avec la vie et avec la mort car elles ne sont qu’une. 

L’enfant est mort, oui, mais son cœur est vivant. Ses autres organes aussi. Face à ce paradoxe inconcevable les Sean et Marianne vont être confrontés au dilemme du don d’organes, et nous, confronté à sa réalité. Je ne peux pas tout vous dire, alors j’écrirai seulement que ce roman nous donne à voir le monde hospitalier dans tous ses recoins, dans toutes son humanité, de l’ombre à la lumière. Thomas Rémiges, Révol, Virgilio Breva, les Harfang : tous appartiennent à cette fresque, à cette symphonie d’hommes et de femmes cachés qui tissent méticuleusement les liens entre la vie et la mort, entre les morts et les vivants. Réparer les vivants, est un magnifique hommage aux médecins et à la discipline de la médecine. Vous plongerez dans son Histoire, dans son milieu, dans sa tension et dans son art. Et ça, Bookiners, c’est comprendre une parcelle du monde qui nous, qui vous entoure. Ce roman vous emplira de gratitude envers nos médecins, nos infirmières, nos aides-soignantes, toutes ces petites mains aux doigts d’argent à qui on doit la vie. 

Simon Limbres est mort et les vivants vacillent. Alors, où se trouve l’espoir ? Où se trouve le soleil dans l’obscurité ? Qu’est-ce que la vie laisse derrière elle quand elle s’est retirée ? Des « corps outragés sur un champ de bataille », d’abord. Et puis des caresses, venues d’une autre vie, venues d’un autre lieu, mais des caresses quand même. Chaudes, vivantes. Des caresses qui brillent dans la nuit noire, comme des éclats d’étoiles. L’espoir, il est là, en eux et en nous. 

Je vous laisse prendre votre envol doux Bookiners, je nage encore un peu dans mes larmes, Céline Dion aux oreilles et Maylis au cœur. Je vous envoie quelques kilos d’espoir, et trois quintals de courage.

Regardez vers le ciel, regardez vers le cœur, ceux qui sont partis, sont encore là. Car ils sont toujours vivants. 

Doux baisers, 

*Merci à Mme Marine Landrot de m’avoir libérée de ma page blanche et prêté deux formules d’une grande justesse –> http://www.telerama.fr/livres/reparer-les-vivants,106986.php

Le sommeil le plus doux | Anne Goscinny

Le sommeil le plus doux | Anne Goscinny

Mardi 1er août 2017, 04h48

émoticône dialogue texto sms  –  Bébé t’es là ? 

– Mmmh maintenant oui. Qu’est-ce qui t’amène en plein milieu de la nuit ?

– Je viens de faire un cauchemar horrible j’arrive pas à m’en remettre.

– Descends dans ta cuisine et prends des Oreos avec du lait chaud mon ange. Je me rendors, c’est important, car dans mon rêve, Nicolas Bedos était en train de me draguer à une station essence. 

– Mais j’arrive pas à me rendormir j’ai le coeur qui bat à 1000 à l’heure et Gus m’engueule dans son sommeil.

– Ahahahah ! T’es relou chaton, je venais de rencontrer l’homme de ma vie ! Il a intérêt à être sordide ton cauchemar, raconte ! 

– Ben j’ai rêvé que je prenais l’avion avec maman pour aller à New Dehli, que l’avion se crashait et que j’étais la seule survivante. Le corps de maman était intact mais sans vie, et moi je lui caressais le visage en pleurant.

– Oh fuck. Mon ange, je t’assure, ce n’est pas grave. Il paraît que c’est fréquent de rêver de la mort de ses proches tu sais, c’est juste que ton cerveau évacue ses peurs dans ses cauchemars. 

– Oui mais ça me donne la chair de poule car ça me fait penser au fait que quand maman partira, je ne pourrai plus continuer à vivre. I mean, really. J’ai failli la perdre deux fois, j’ai trop entamé ma résistance, je ne vois pas à quoi pourrait ressembler ma vie quand elle disparaîtra. 

– Bon mon coeur. Plusieurs choses. De un, ta maman va très bien aujourd’hui, tu as juste fait un mauvais rêve. De deux, il vaut mieux que tu perdes ta maman que ta maman te perde, car pour le coup, une maman qui perd son enfant, c’est tragique. Alors que le contraire, même si c’est infiniment triste, c’est dans l’ordre des choses, dans la courbe du temps. Et puis si les gens ne survivaient pas à la disparition de leur maman, il n’y aurait plus beaucoup de monde sur terre 😂. Je te dis ça, et pourtant je suis l’être vivant le plus attaché à sa mère. Mais il faut respirer, et se dire qu’une personne ne meurt jamais entièrement, car les souvenirs font revivre. 

– Mais en vrai je me demande: comment font les jeunes qui perdent leur maman ? I mean, je veux bien que partir après sa mère soit naturel, mais allo comment tu vis quand tu perds ta mère à 20 ans? 

– Oui, nan, je sais, ça, c’est atroce. C’est tellement atroce que je n’arrive pas à respirer. Jusqu’à mes 20 ans, je priais Dieu tous les jours pour que maman ne meure pas. Maintenant, je le remercie tous les jours car elle est encore là, vivante et chiante. Mais, hmm, pourquoi es-tu obsédée par la mort de Cathoche depuis 10 jours ?

– Et bien en fait, je viens de finir un livre qui raconte une jeune femme en train de perdre sa maman d’un cancer du sein. 

– Tout s’éclaire! Tu crois vraiment que c’est une bonne idée de lire ce genre de bouquins après avoir vécu les cancers de ta maman ? 

– Franchement ? Ouais. Et tu sais pourquoi ? Parce que tout n’est pas affreusement triste dans ce bouquin d’Anne Goscinny, parce qu’il y a quand même de belles étincelles dans le brouillard injuste de la vie, parce que Jeanne, la jeune fille qui perd sa maman, reste en vie. Du coup, je sens que ce roman saura apaiser nos Bookiners qui ont perdu un être cher, ceux qui pensent que la vie n’aura plus jamais de saveur. 

– Génial, c’est important et rare ce genre de livre. Si tu n’arrives toujours pas à dormir, décortique-nous ce bouquin ! Je me rendors, mais les Bookiners et moi te lirons demain matin mon ange. 

Gymnopedie No. 1 – Erik Satie 

Bookiners, je ne vais pas vous raconter d’histoire, Le sommeil le plus doux est un roman dur, il sonde et décortique le chagrin brutal d’une jeune fille qui perd sa maman. Je vous en parle néanmoins car j’ai appris que les livres bouleversants ont aussi l’immense pouvoir de nous consoler, de redessiner un sourire sur nos visages attristés, d’illuminer nos esprits obscurcis. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’un livre comme celui-ci qui raconte les vagues de la vie nous apprend que rien n’est jamais tout noir. Et c’est déjà énorme. 

Pour vous, bookiners qui venez de perdre un être proche, vous qui êtes confrontés à la maladie, à l’extinction de l’un des vôtres, lisez ce livre. Vous sourirez en lisant la joie de vivre indestructible de la maman malade, vous serez attendris en lisant les mots de la grand-mère paternelle déjà partie dans un autre monde. En prime, ce roman est magnifiquement écrit, la plume d’Anne Goscinny nous berce, nous borde, nous rassure, ses mots apaisent doucement nos traumatismes. 

Pour Noël, sous un soleil d’hiver, les trois femmes (Jeanne, la maman et la grand-mère paternelle) partent à Nice pour un dernier voyage. Sur les traces de la jeunesse d’Hélène, sa mère, Jeanne veille jour et nuit sur celle qui se sait condamnée, celle qui, trop faible pour sortir de l’hôtel, « n’aura vu de Nice que les silhouettes des palmiers dans la nuit. Elle n’aura entendu la mer qu’à travers les fenêtres de sa chambre. » Jeanne s’occupe de sa mère comme si elle était sa fille. Hélène est amoindrie mais encore bel et bien vivante. Ses mots souvent joyeux témoignent de l’incroyable force d’une mère face à sa fille. 

« On ne va pas en rester là! Jeanne! Fais-nous monter une bouteille de champagne… Je veux boire à cette année qui s’achève, à la suivante qui se passera de moi, à tous ces palmiers qui me survivront, à mon enfance et à ta vie de femme qui se fait désirer! »

Hélène ne pleure jamais devant sa fille. Elle s’accorde parfois des moments de révolte face au sort qui lui est réservé. Les mots sont dits, crachés, parce qu’ils ne peuvent plus rester dans son coeur. 

« Je vais te dire ce qui me rend dingue. C’est que je ne te verrai plus. Je ne t’entendrai plus. Et mes petits-enfants? (…) Tu vois ce n’est pas moi que je pleure. C’est la grand-mère que je ne serai pas. »

Ces lignes sont bouleversantes, elles vous bouleverseront aussi, et pourtant, elles valent mieux que le silence. Cette mère qui pleure davantage sa fille que sa propre mort m’émeut particulièrement tant elle me rappelle ma maman. Comme elle quand elle était malade, ma mère souffrait plus de ma souffrance que de la sienne. Et le dire, et l’écrire, c’est déjà s’alléger d’un poids. Les mots sont souvent plus légers dans l’air que dans le coeur. 

Dans ce récit de la perte, il y a aussi le doux soutien de la grand-mère, déjà un peu partie elle aussi. Son regard serein sur la mémoire de l’être disparu vous apaisera, il saura sécher vos larmes.

« Là… Pleure mon Trésor. Cette histoire là est bientôt terminée. Le voyage touche à sa fin. Elle vivra autrement, ailleurs. Il t’appartiendra donc d’être forte. Tu te laisseras aimer. Tu as le droit enfin de commencer ta vie de femme. (…) Tu apprivoiseras sa mémoire, tu décoderas certains signes et tu sauras qu’elle est là, près de toi. Il est temps maintenant que tu deviennes celle que tu es. Va, mon Trésor. »

Ne faites pas cette tête Bookiners, vous attendez l’étincelle qui illuminera la vie de Jeanne? Elle arrive. Vous qui ne croyez plus en l’amour, ouvrez grands vos yeux. Car c’est toujours dans les moments les moins attendus que ce coquin frappe à la porte. C’est donc dans cette atmosphère alourdie par le chagrin que Jeanne rencontre l’amour de sa vie. Peut-être ne l’aurait-elle jamais rencontré si sa maman n’était pas en train de s’envoler. Là, dans un jardin, sur un banc, Gabriel fait son entrée dans la vie de Jeanne. Ils s’aiment d’un coup d’oeil, d’un amour simple mais vital. 

«  J’ai une intuition en forme de certitude: après ce rendez-vous je serai une autre. Une Jeanne inconnue de moi et qui ne demande qu’à venir au monde. »

Pour la première fois, Jeanne parle. Elle dit tout à Gabriel, tout de suite. Sa mère, son père déjà disparu, sa détresse, sa colère contre la vie. Car Jeanne doit parler, enfin, elle doit écrire pour survivre. C’est dans cet amour que la jeune femme presque orpheline accepte de vivre, pour voir. 

« Dans ma musette il y a aussi la mort de mon père, les hurlements de ma mère. Mais il y a surtout mon silence. Pas une larme, pas un cri. Un chagrin-fantôme qui n’enlève son masque qu’à l’abri, quand il est certain de ne pas être découvert. De ce silence là, il faudra qu’un jour je parle. Je suis un soldat moi aussi. J’ai fait la guerre. (…) Et Gabriel m’offrait une nouvelle tranchée où j’allais pouvoir m’abriter quelques heures. »

Cette rencontre vous enverra une immense étole d’espoir frais. Oui la vie est dure. Elle est souvent injuste. Mais sachez que rien, absolument rien n’est immuable. Soyez sûr(e) que la vie vous réserve des surprises que vous n’oseriez même pas imaginer dans vos rêves les plus fous. Il suffit d’y croire et surtout de ne pas baisser les bras. Ce roman est là pour nous le rappeler avec la force de ses mots. 

Il faut bien que je vous en laisse un peu. Je ne vous parlerai donc pas de la structure étonnante et brillante de ce roman. Ni de la fin formidable. Sachez juste que même si ce voyage bref, initiatique, originel a fait de Jeanne une orpheline, il a surtout fait d’elle une femme, balafrée mais vivante. Prête à aimer et prête à vivre. Vous sortirez de cette lecture grandi(e), je vous le garantis !

En attendant d’ouvrir ce bijou, je vous propose de vous laisser bercer par les si jolis mots de la grand-mère à sa petite fille. Fermez les yeux, écoutez: 

 

Baisers doux Bookiners,

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Où on va papa ? | Jean-Louis Fournier

Où on va papa ? | Jean-Louis Fournier

Dimanche 29 janvier 2017, 13h45

– Papa, tu crois que ta soeur Sandrine a déjà été heureuse?

– Elle souffrait beaucoup, mais je crois qu’elle a connu des petits moments de bonheur, oui.

– Mais lesquels ? Tu me dis qu’elle ne pouvait rien faire toute seule, qu’elle ne pouvait même pas bouger…

– Oui, mais je sais qu’elle aimait me voir par exemple. Quand je rentrais dans la pièce, ses grands yeux bleus me cherchaient. Parfois, je faisais le pitre, je lui sifflais des chansons, et elle riait aux éclats. Elle aimait la musique aussi.

– Ah tu entendais le son de sa voix ?

– La plupart du temps, je l’entendais gémir. Elle était déformée, ses muscles étaient atrophiés, elle avait mal ma Sandrine. Mais parfois, oui, elle riait.

– Quand elle s’est envolée, tu étais triste ou soulagé ?

– Un peu des deux. Je ne crois pas qu’on puisse être soulagé de perdre sa soeur. Mais je ne crois pas non plus qu’un être humain mérite une vie sans ses grands bonheurs…

– Et toi, comment tu as vécu son handicap?

– Ce n’était pas facile bien sûr. A 13 ans, elle était encore un bébé. Mais c’était ma toute petite soeur. Qu’elle était belle ! J’aimais m’occuper d’elle. Je savais la calmer, l’apaiser. J’étais jeune, et elle m’a fait grandir. Elle m’a appris la sagesse. Elle m’a appris à relativiser les petits malheurs de la vie. Elle m’a fait du bien.

– Et pour Mia, c’était comment ?

– Pour maman, c’était un travail à temps plein. Elle veillait sur elle jour et nuit. Elle ne la lâchait pas une seconde. Le plus dur, c’était le regard des autres. Des gens se permettaient de lui dire « quand on a un enfant comme ça, on ne le sort pas. » Elle n’a jamais oublié.

– Est-ce que c’est possible de rester joyeux avec un enfant handicapé dans la famille? Est-ce qu’on peut continuer à rire?

– On riait un peu moins, mais la vie ne s’est pas arrêtée à sa naissance. Malgré son physique de petit oiseau, ma Titi avait une présence immense. Elle ne nous laissait pas le temps de pleurer.

– Je viens de lire un livre qui pourrait vous faire du bien à Mia et toi. L’écrivain raconte le quotidien de ses deux fils lourdement handicapés. Et figure-toi que c’est très drôle! Même si Sandrine n’est plus là pour rire avec vous, elle serait sûrement contente de savoir qu’elle a semé un peu de gaieté dans votre jardin.

– C’est bien qu’un écrivain s’attaque au sujet, je n’ai jamais compris pourquoi les gens refusaient de rire avec des handicapés.

– Et pourtant ce livre a fait polémique à sa sortie… L’opinion le trouvait « too much ».

– Etrange, car il me semble que l’auteur était bien placé pour parler du handicap de ses enfants non ? Raconte-moi ce bouquin. Moi aussi je suis bien placé pour savoir.

Equinox – John Coltrane 

Dans Où on va papa? Jean-Louis Fournier ne dédramatise pas le handicap qui s’est invité dans sa vie. C’est au contraire pour exorciser sa douleur qu’il choisit l’humour. Parce que oui, on rit presque de la première à la dernière page de ce livre. Bon, vous le savez bien, le rire est la politesse du désespoir.

L’annonce du handicap de son premier fils Thomas est un tremblement de terre. L’annonce du handicap de son deuxième fils Mathieu deux ans plus tard est un tsunami.

« Que ceux qui n’ont jamais eu peur d’avoir un enfant anormal lèvent la main. Tout le monde y pense, comme on pense à la fin du monde, quelque chose qui n’arrive qu’une fois. J’ai eu deux fins du monde. »

Jean-Louis Fournier a attendu avant d’écrire sur ses fils. Il a mis beaucoup de temps à assumer Thomas et Mathieu. Comme s’il était coupable, comme s’il ne méritait pas d’exprimer sa douleur, comme s’il ne méritait pas d’avoir des enfants. Oh, il n’est pas du genre à se plaindre. N’empêche que c’était dur. Alors quand il se décide enfin à écrire, Jean-Louis Fournier dit tout. Même ce qu’on ne dit pas.

« Parfois il me vient dans la tête des idées terribles, j’ai envie de jeter Thomas par la fenêtre, mais nous sommes au rez-de-chaussée, ça ne servirait à rien, on continuerait à l’entendre. »

Je vous ai dit que c’était drôle et infiniment tendre. Parce que malgré tout, la vie continue. Parce que c’est le sang d’un papa qui coule dans les veines des petits garçons. Parce que même s’ils ont la tête pleine de paille, un papa aime ses « petits oiseaux ». Cette immense tendresse qui colore les pages du livre a gonflé mon coeur de reconnaissance. Quelle chance de recevoir ces mots qui calment nos maux, qui apaisent nos blessures ouvertes par le regard des autres. 

« Un père d’enfant handicapé doit avoir une tête d’enterrement (…) Quand on n’a pas eu de chance, il faut avoir le physique de l’emploi, prendre l’air malheureux, c’est une question de savoir-vivre. »

Sauf que Jean-Louis Fournier s’en fout du savoir-vivre. C’est pour ça qu’il nous soigne tous. Il préfère nous faire rire aux éclatsça n’empêche pas les sentiments.

« Il y a ceux qui disent : ‘l’enfant handicapé est un cadeau du Ciel.’ Et ils ne le disent pas pour rire. Ce sont rarement des gens qui ont des enfants handicapés. Quand on reçoit ce cadeau on a envie de dire au Ciel : ‘Oh! Fallait pas…’ »

Les activités et les petites joies des garçons se limitent à un ballon, des petites voitures et quelques dessins. Forcément, les gribouillis de Thomas n’évoluent pas beaucoup. Pas grave, son style « reste proche de Polock« .

Bien sûr le quotidien, lui, n’est pas toujours drôle. Pour ce papa, pas de cours de vélo sans petites roues, pas de devoirs le soir avec ses enfants, pas de jolis cadeaux pour la fête des pères. 

« Thomas et Mathieu ne regardent pas le paysage. Ils s’en foutent. On ne pourra jamais rien admirer ensemble. »

Alors Jean-Louis Fournier s’excuse. Même s’il n’y est pour rien, même s’il a fait de son mieux.

« Quand je pense que je suis l’auteur de ses jours, des jours terribles qu’il a passés sur Terre, que c’est moi qui l’ai fait venir, j’ai envie de lui demander pardon. »

Après avoir lu ce livre, après avoir un aperçu de la réalité brute et brutale du handicap au sein d’une famille, je crois ne pas me tromper en disant que la vie de mon père et celle de ma grand-mère n’aurait pas été la même sans leur soeur, leur fille. Peut-être que sans elle, mon père n’aurait pas ce sens de l’humour qui le caractérise tant. Peut-être que sans elle, ma grand-mère n’aurait pas cette force dans ses yeux et dans son coeur. Sans elle, ils auraient certainement été moins attentifs aux bonheurs qu’offre la vie. 

Ce livre apaise les blessures causées par le destin, par le regard des autres. Avec son humour, Jean-Louis Fournier s’adresse à tous. A ceux qui jugent, à ceux qui balancent leurs bons sentiments à la figure des parents qui n’ont pas choisi, à ceux qui se battent tous les jours pour rendre la vie des petits oiseaux supportable. Et aux autres. Qu’elle est précieuse, cette pommade qui efface le voile de tristesse et de pudeur qui tartine les sujets dont on n’ose pas parler.

Hop Hop Hop, une petite lecture pour la route ? 

Baisers doux mes bookiners !