Paris Venise | Florent Oiseau

Paris Venise | Florent Oiseau

Jeudi 21 Juin 14h30, chez East Mamma avec Louis, un ami dont j’ai été folle amoureuse pendant nos années prépa. Nous discutons d’amours, les siens et de CDI, celui qu’il vient de décrocher ; quand Peanut Héloïse, en voyage pour la Russie, m’assaille des sms les plus drôles du weekend ! 

émoticône dialogue texto sms– BB envoie moi un #RIP je perds la boule et la sérénité – mon voyage en Russie s’annonce comme une sombre histoire 

– Oh mon dieu, j’hésite entre l’angoisse et les rires aux éclats.

– Tu-vas-chia-ler. 

– Raconte ! 

– Après que Vueling, cette agence de merde pas fiable pour un sous, nous ait annulé notre vol la veille de notre départ, ils ont fini par accepter de nous replacer sur un autre vol avec correspondance, sans frais, parce que je les ai menacés avec ma carte de presse donc ils ont un peu flippé. Et là, devine ? 

– Votre vol est parti en retard ? 

– Oui putain. Notre vol est parti 2h30 en retard. Donc je t’explique, ça veut dire qu’on avait déjà raté notre correspondance avant même d’être installés dans l’avion. Je suis en crise de nerfs rien qu’en en reparlant putain. 

– Ok. Inhale. Exhale. Et continue ton histoire. 

– Donc là, stp, je suis au bord d’un gouffre sibérien qui n’en finit pas de se creuser. Ecoute bien, on est dans un hôtel qui a oublié qu’hôtel et dépotoir n’ont jamais été synonymes. Il y a des sacs poubelles qui déambulent à la réception, et la peinture sur les murs est complètement écaillée. Evidemment, les photos du site racontent une toute autre histoire. Mais on appelle ça du storytelling n’est-ce pas ? 

– Mais bébé, change d’hôtel ! 

– Ah nan mais j’ai pas fini. Y a mieux ! On est censé avoir un air’b’n’b pour ce soir, mais figure-toi que l’hôte ne nous répond pas. Et là, on ne peut pas bouger d’hôtel car sinon, on perd la wifi, et avec elle, toutes nos chances d’air’b’n’b. 

– Oh fuck. Mon ange, je suis désolée. Bon, mange un kinder bueno. Dans une telle situation, tu as le droit à tous les écarts culinaires, je te le jure.  

– Je ne m’attendais pas à un pays aussi hard. Vraiment pas. Ils ne parlent pas un mot d’anglais et dès qu’on pose une question, on se fait agresser. J’ai jamais vu ça. 

– Bon mon amour, mets toi dans un coin sans déchets et fais un peu de sophro. Ensuite prends un roman doux qui te fait voyager loin. Et respire. Snapchat-moi dès qu’air’b’n’b  vous reloge. 

– D’accord mon amour. Merci. Ça va toi ? 

– Oui moi très bien, je suis avec Louis là. On se marre comme des fous chez East Mamma. Je lui lis des passages de Paris Venise : mon roman préféré de l’été 2018 !

– Ahahahahah, si tu le classes par saison, c’est pas bon signe ! 

– Nan nan, nan, hors-saison ça compte aussi ! Je l’ai A-DO-RÉ ! Coup de cœur estival ET hivernal ! Peinture sociale en catimini, légèreté profonde et des milliers de rires ! Des rires jusqu’à la belle étoile. C’est la folie cette humour désabusé, incisif et toujours tendre. Roman, le personnage principal complètement malmené par la vie. Au BDR le dude. Il est si drôle. Tout à l’heure, dans le métro, je me suis esclaffée en continu ! On dirait un film burlesque.

– Bon, toi au moins, tu voyages en sécurité, et tu te marres. C’est déjà pas mal. Moi je vais essayer de me calmer et je t’envoie une vidéo de notre flat tout à l’heure. 

– Ok mon ange. Courage. Et n’oppresse pas Gus avec tes humeurs, hein ? Ça va aller ! 

 

Bookiners, asseyez-vous comme vous le pouvez, serrez vous et déballez votre casse croûte, je vous emmène à bord de mon coup-de-cœur-quatre-saisons et à bord du train le plus en retard d’Europe : le Paris-Venise ! Ça tombe bien, l’été, on est moins pressé que d’habitude. Pour composter votre ticket de train, cliquez ici ! Vous l’aurez compris, Héloïse aurait mille fois préféré être avec nous qu’au Royaume de Poutine. Entre deux crises de nerfs, elle vous embrasse. 

Si vous ne le savez pas encore Bookiners, durant l’été, nos revues vont se faire plus courtes, plus intense et plus POP. Car même si nous avons plus de temps à tuer qu’en hiver, vous ne pensez qu’à vous dorer la pilule, et moi, je ne pense plus qu’à aller nager pour drainer mes gambettes. Alors, Peanut Booker, Héloïse et moi avons imaginé les Pépites de l’Eté sous 3 P : Pitch, Prescription et (Sneak) Peek ! Mais d’abord : musique !

Ed Sheeran – Bibia Be Ye Ye 

PITCH

Je vous présente Roman. Il est « hôtesse de terre ». Enfin, c’est sa tentative glamour à lui de vous expliquer qu’il bosse sur le train-couchette Paris-Venise. Entre deux gares et deux possibilités «celle d’un départ et celle d’une fuite ».  Et en plein dans le mille de toute la misère du monde, de ses petites combines et de ses grands destins. Roman, c’est un mec droit, simple, romantique et terriblement drôle malgré lui. Parce qu’il dit tout avec une objectivité déconcertante, qu’il monte en neige par une pointe de sarcasme qui frise toujours la désinvolture, Roman vous attrape d’abord par le rire, puis par le cœur. 

Il vient tout juste de décrocher son nouveau job d’hôtesse. Alors, il est plutôt content, surtout que sa dernière aventure professionnelle ne s’est pas terminée sous les meilleurs hospices. Lui, il vous dira dans le plus grand des calmes, qu’elle s’est terminée : 

« Comme une histoire d’amour : avec des regrets et quelques jolis souvenirs »

Mais en fait, il s’est fait virer. Il travaillait dans un hôtel et puis parfois, ses amis logeaient les dernières chambres vides quand ils avaient envie de conclure un rencard affriolant. Il pensait bien faire, Roman, en soi. Car il ne refuse jamais d’aider son prochain.  

Et puis l’heure du nouveau boulot arrive, et avec elle, commencent les voyages d’une gare à l’autre et les voyages initiatiques ceux qui défient nos idées fixes, nos préjugés, nos idéaux, ceux qui rendent amoureux aussi, et ceux qui font grandir. Ah oui car il y a Juliette. Belle comme l’avenir. Au regard aurore-boréale. Je ne peux pas tout vous dire, pour vous laisser découvrir. 

Mais voilà, sachez que Roman, notre picaro moderne, nous décrit les paysages ferroviaires et les réalités du monde, avec ses phrases-constats qui n’ont l’air de rien mais qui témoignent de tout, de l’absurdité un peu risible du monde, de la contradiction des français et des hommes, des inégalités un peu sournoises ici et là, et partout, et puis de nous, de nos vanités, de nos petits arrangements et de nos étranges travers. Ensuite vous agitez le shaker. Du haut vers le bas, de la gauche vers la droite. 

Et vous obtenez le cocktail ferroviaire le plus décapant de l’été ! Prochain stop, la libraire du coin ou Amazon ! GO GO GO READ IT !

PRESCRIPTION

Paris Venise est un roman ferroviaire et picaresque parmi tant d’autres choses, alors vous ne m’en voudrez pas si j’appelle en premier, puis en deuxième, les Bookiners qui ne voyagent pas vraiment cet été et ceux qui désirent comprendre le monde qui nous entoure. Bon, il faut que je  vous dise la vérité, vous allez visitez beaucoup de gares, vagabonder entre l’appartement de Roman et celui de son voisin Didier à Bondy – l’ami indésiré de Roman, mais aussi le personnage le plus boursoufflé jamais rencontré dans un roman, aussi drôle et attachant qu’éreintant ! Vous savez, votre grand oncle relou persuadé qu’il sait tout plus que vous parce qu’il a tout lu, vu et vécu, celui qui ne vous laisse en placer une qu’avec une tape un peu condescendante qui vous arrache l’épaule et la bonne humeur pour la semaine. Voilà, celui là. Bref, vous allez voyager, et si ce voyage ne rime pas avec plages, cocotiers et vahinés trémoussées, il rime avec regard. Ouvrir son regard et le poser sur une surface du monde inexplorée juste à côté de soi. Ouvrir son regard pour voir les destins malmenés, un peu ordinaires, un peu tristes et parfois drôles et rocambolesques d’une humanité qui vaut autant que la nôtre et ce même si elle travaille en train couchette, sert du proseco comme du champagne et des tablettes de Toblerone à cinq euros. Ouvrir le regard vers ceux qui galèrent mais qui sourient encore. Oui, Bookiners, vous allez voyager vers : 

« Ces bouts de campagnes qu’on ignore, ces endroits du monde entier où avoir des croissants chauds le dimanche et du porno en haut débit n’est pas une évidence absolue. Ces foyers éloignés des pantalons à pinces et de l’intolérance au gluten» 

Vous allez voyager et ouvrir votre regard vers les arrangements douteux de la petite misère, les grandes personnes qui galèrent et leurs petits destins, les aventures de terres et les mésaventures du cœur et avec ça, vous comprendrez une partie du monde qui vous entoure. Et parce que vous l’aurez compris, vous jugerez moins et passez une partie de son été avec un maillot de bain en plus et la camisole du juge en moins, c’est comme perdre 3 kilos en dévorant du chocolat : c’est la FO-LIE ! 

Je suis mignonne avec mes histoires de regard, mais ça n’aide pas les Bookiners qui ne rient plus ! Sauf si ? Sauf si je ne vous ai pas tout dit ! Whoop Whoop ! Parce que Paris Venise c’est le roman qui m’a fait le plus rire ces 6 derniers mois, et pourtant, je ne suis pas des plus difficiles ! Tout commence avec Roman, cet adulescent à la petite trentaine à la fois désabusé, dépité et super-lucide face au comique de sa propre existence et de l’absurdité qui l’entoure et le poursuit vous rendra hilare jusqu’aux Maldives. Je le laisse vous parler, vous allez chialer… de rire ! 

Lorsque son futur employeur lui demande comment s’est terminée sa dernière aventure professionnelle, Roman répond : 

« Comme une histoire d’amour monsieur. Avec des regrets et quelques jolis souvenirs. »

« En clair vous vous êtes fait virer ? »

« Oui. » 

Attendez, Bookiners, il y a mieux, je laisse roman vous présenter Didier… et Shirley. Prêts ?

« Didier, il savait des trucs. Il ne disait pas toujours d’où il les savait, mais le gars maitrisait ses sujets. Didier, ce n’était pas la peine de lui parler de poissons. Il en avait forcément chopé un plus lourd que toi. Si tu évoquais le moteur de ta bagnole, c’était pareil, le sien faisait le double, au bas mot. Mais en réalité, la seule chose que Didier avait de plus gros que les autres, c’était sa femme, Shirley. Une commode. Une commode, sans les tiroirs, ce qui permettait de ne pas se tromper au moment de ranger son chéquier. Shirley, ce n’était pas une marrante, mais elle avait au moins le mérite de rassembler les gens en faisant l’unanimité contre elle.»

Voilà. Net. Précis. Elimé comme une lame de rasoir. Incisif et percutant. De l’humour à l’Oiseau. Et moi, en le relisant, je chiale de rire. Encore ? Vous en voulez encore ? Ok, mais alors dernière complainte désabusée et hilarante que je vous offre ! Sinon vous n’achèterez pas le livre et vous feriez une erreur ! 

« En bas de chez moi, des femmes hurlaient en lingala, mais impossible de définir s’il s’agissait d’une dispute ou du récit d’un détartrage chez le dentiste ». 

Et l’amour dans tout ça ? Bookiners en panne d’un cœur qui bat chamade, et en panne de l’espoir qu’il batte encore, les péripéties de Roman vous dévoilera que tout n’est que question de regard, et d’audace. Parfois, on aime à côté de la plaque, et notre cœur s’emballe pour la mauvaise personne. Elle s’appelait Juliette, la sienne. 

« Et Juliette, elle était belle comme l’avenir. »

Et vous savez quoi ? L’essentiel après une déception c’est de laisser son regard et son cœur ouverts, et d’oser le découvrir, encore un peu, à l’imprévisible. 

Je vous laisse sur ces mots, sur ce suspense et sur ce conseil, car l’amour n’abandonne jamais tout à fait celui qui le tien par la main avec audace et sincérité. (Là, Bookiners, je vous imagine ouvrir vos grands yeux doux pour comprendre comment tenir quelque chose par la main avec audace et sincérité : tout est dans le toucher ! ahahahah !)

Magnanime, je vous donne quelques mots d’un texto de Roman à sa future dulcinée, et la réponse de celle-ci : 

«  Je m’étais promis de laisser passer au moins 48h avant de vous contacter, histoire d’avoir l’air occupé, mais je ne le suis pas, alors je me suis dit qu’on pourrait peut-être s’occuper à deux. Je voulais attendre 48h avant de vous répondre, mais le programme télévisé ne me dit trop rien ce soir. Je serai là dans une heure. »

Alors maintenant Bookiners, 

Osez !

Doux baisers, 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

 

Ma mère avait raison | Alexandre Jardin

Ma mère avait raison | Alexandre Jardin

Lundi 8 Janvier 2018, 10h du matin 

émoticône dialogue texto sms– Honey, j’ai rêvé de toi cette nuit !! T’étais radieuse et amoureuse !

– Ah ouais ? Mais de qui ? D’Alex Jard, de Benjamin Biolay ou de Grégoire Delacourt ? 

– Un peu des trois ! Ahaha ! Non, je plaisante ! Je ne suis plus certaine de mon rêve mais tu étais heureuse comme une étoile. Peut-être que t’étais enfin chanteuse. Oui, c’est ça, tu vendais pleins de disques ! 

– OMG. Stop ! Best dream EVER. Bon pour tout te dire, hier soir, j’ai passé ma soirée à faire des chocapics ! C’était dingo, Pénélope est ravie, je te jure, c’est limite si elle ne ferait pas une virée shopping pour l’occasion. Chop chop ! Body Minute, je reviens !

– Hahahah ! Tu me tues ! Bookiners, en langage décrypté ça veut dire que Tatiana s’est adonné au sport de chambre. Je les sens d’ici tes hormones. #serotonineetoestrogènes, enchantée ! D’ailleurs, Bookiners, pour ceux qui ne sont pas encore aux faits des nombreuses lubies de Tat, « Pénélope » est le nom de baptême de son vagin. N’en parlons plus. J’ajouterai simplement que j’ai participé à ce baptême haut en couleurs et qu’il y a avait même une cérémonie avec du Nutella et d’autres sucreries faibles en calories. C’était davantage un baptème culinaire qu’un baptème religieux, mais on a quand même remercié Dieu à la fin. Car sans lui, je n’aurais peut-être pas eu la même meilleure amie. Et alors j’aurais moins ri ! 

– Hélo, tu serais gentille de ne pas me faire passer pour une détraquée devant nos Bookiners, ou du moins, pas si vite! Après, ils ne suivront plus mes conseils. Bookiners, je vous jure que tout est presque faux.  

– Ah pardon. Oui oui, t’as raison. Solennellement, je vous avoue, Bookiners, que j’ai menti. Enfin, non, pas vraiment, mais tout ne s’est pas exactement passé comme ça. Enfin pas dans cet ordre. Enfin j’en sais rien, c’est de la faute à Cardinal Seroplex, mon antidépresseur, il me joue souvent des tours, peut-être. 

– Vite fait le camouflage, mais enfin bon, ça ira pour aujourd’hui. 

– En parlant d’Alexandre Jardin (Tat l’appelle Alex Jar. En ce moment, je vous préviens, elle coupe tous les mots) tu écris quand la revue de son doux bijou d’audace « Ma mère avait raison » ? 

– Hmm, comment te dire. Pour MMAR, je ne suis pas sereine. Ça fait 25 jours que je retarde l’échéance, mais je m’étais dit que TODAY was the day, parce que nos Bookiners doivent avoir ce roman-caractère, ce roman-vital entre leurs mains pour démarrer 2018 avec Panache, à cœurs ouverts, à cœurs brûlants ! 

– Mais alors GO !! Qu’attends-tu ? 

– Toucher le soleil du bout des doigts, ça brûle mon ange, c’est comme se confronter à la vérité : ça fout le bordel dans notre nid douillet d’ignorance et de semi-sommeil. 

–  ? 

– Ce que je voulais dire autour de mon analogie douteuse, c’est qu’il est bien mignon Alex Jar avec sa gueule d’ange mal réveillé de nous emmener sur les cimes de la vie, par delà les peurs, par dessus les marées, par dedans les abîmes, dans tous leurs recoins et sur tous leurs sillons ; sans nous prévenir que c’est un aller sans retour vers l’imprudence et l’impossible : vers la vie vertige qui vibre et brûle comme un soleil. Lire Fanou Sauvage c’est ne plus jamais se rassasier de vivre et d’aimer. Comme un impératif moral et catégorique. Déjà que j’ai toujours faim… ça ne va pas s’arranger cette histoire.  Et puis, si tu veux que je te dise la vérité vraie, Fanou ressemble étrangement à maman, et de la même façon, je me sens assez proche de la personnalité d’Alexandre. Tu sais sa joie d’enfant, son côté émerveillé voire illuminé. Et puis ce vorace de vivre, de tout vivre, de tout palper. C’est très troublant cette histoire. Attends, je te montre : « Fanou, ta passion pour moi ne s’est jamais traduite par une affection inconditionnelle mais a pris la forme la plus élevée, celle de l’exigence ».  

– Ahahahahaha ! Ah oui. Je comprends. C’est vrai qu’on dirait Yvette, Fanou. Et puis t’as raison, avec MMAR, j’ai eu les mêmes effrois. Vivre plus grand que soi ce n’est pas rassurant. 

– Mais en même temps, ne pas vivre fou et ne pas aimer follement, c’est comme un outrage. Une faute impardonnable. C’est bien là le pire, c’est que ce qu’il dit est tellement vrai, l’Alexandre, il a raison ! Enfin, pas lui, sa mère, Fanou Sauvage. Enfin, les deux !

– #PREACH

– Ça me donne envie de prendre des lances et de crier à tue-tête jusqu’à la nuit des temps, « j’irai au bout de mes Rêves, vivrai au bout de ma Vie, aimerai plus loin que l’Amour. »  Oh mon dieu, vertiges encore. 

– Ahahahaha ! Ma schizo d’amour. Ok. J’arrive avec les lances. En avant, marche ! On ne se dérobe plus. Fini les excuses. Prenons la vie d’assaut avec Fanou Sauvage, je te suis ! 

– Bookiners, Venez ! Prenons la vie par ses cornes et le cœur par son pouls. Tadam Tadam. Ready ? Steady ? Go.

Jeudi 11 Janvier, 2018, 15h30

Avant de vous assaillir avec ma logorrhée enivrée sur « MMAR », tenez, cadeau musical !  

Bolero – Maurice Ravel 

Je trouve qu’il ressemble à Fanou ce morceau de Ravel, il est enlevé, précis, impétueux comme une marche nuptiale et militaire, et il virevolte, il virevolte au dessus de la vie, parce qu’il la prend dans ses bras. Comme Fanou je crois. 

Si vous savez compter Bookiners, vous calculerez que cela fait 29 jours exactement que je retarde l’écriture de la revue de ce roman-d’amour-et-d’audace d’Alexandre Jardin. On se dérobe souvent face à l’impossible. Mais j’ai décidé de grandir, je viens de faire les soldes de sous-vêtements étoiles et de chaussettes à paillettes : je me sens comme neuve. Prête à vous décortiquer Fanou, la muse incisive exigeante et polyhandre et la mère-mentor qu’Alex Jard nous prête le temps d’un roman, et, dès lors, le temps de notre vie à tous. Il va sûrement falloir que vous en fassiez votre livre de chevet, car il –le roman- et elle –notre Fanou- vaccinent contre la peur de vivre, dès la première page. 

J’appelle nos Bookiners en mal de voyage et en manque de sous, chaussez les souliers qui vous font du bien, et mettez vous tout nus, nous partons en vadrouille ! Ah. Je vous entends déjà penser tout bas « nous sommes le 11 Janvier, Noël a dilapidé votre compte en banque, les soldes vous font la danse du ventre pour que vous leur succombiez et les vacances au ski s’annoncent à grands pas, pistes bleues, rouges, noires et quelques bières-frites en haut des pistes, mais vous n’avez plus d’argent. Et moi, gentille comme une fleur, je vous propose de vous foutre à poil, et de partir en voyage.» Et ? Frileux comme vous êtes vous me répondez que si c’est trop cher, on ne pourra pas faire affaire. Et là je m’exalte de rire. Doux Bookiners, vous êtes mignons. Dans ce voyage, il n’y aura rien à débourser, si ce n’est, le prix d’un beau roman. Mais c’est tout. Pas de fausses surprises.

Oui, je vous emmène au bout de vous-mêmes, sur l’autre versant de votre être, celui qui ose grand, celui qui vit bruyant dans les vacarmes du vent et s’initie à l’impossible. Je vous invite à voyager au cœur de vos entrailles, afin de vous éclore et vous déployer comme les fleurs extraordinaires que vous êtes. Voilà, c’est dit ! 

Ce séjour en vous-même sera l’opportunité de vous connaître, d’identifier qui vous êtes, dans vos contradictions et vos discordances. Dans vos failles et vos fêlures. Vous êtes, nous sommes, des êtres pluriels et polymorphes, et Fanou, relayée par Alexandre, nous le rappellent et le répètent pour mieux nous le faire entendre car : 

« On ne trouve son âme qu’en ne fréquentant assidûment ses failles » 

 Et vous verrez, vous saurez après cette introspection qu’

« Il est déraisonnable de ne pas être soi, sinon l’existence n’est plus qu’un rendez-vous raté avec soi.»

Oui, vous verrez, vous saurez après ce voyage détonnant que 

« Vivre ce n’est pas finir de naître. »

« Ce n’est pas bégayer sans cesse qui l’on croit être, c’est devenir qui l’on est. » 

Je crois qu’avant de voyager en d’autres et vers d’autres contrées, il faut d’abord voyager en soi, s’explorer pour s’assumer, et devenir qui l’on est. S’explorer pour : 

« Ne plus jamais être apeurés d’être. »

Tous ces mantras d’une impitoyable exigence et d’une implacable justesse, Alexandre les a hérité de sa mère-mentor Fanou, et s’il nous la prête, c’est qu’il nous aime assez pour nous la partager. S’il nous la prête, c’est qu’il l’a assez écoutée et comprise pour appliquer l’une de ses convictions les plus intimes qu’aimer n’est pas posséder. 

Alors voilà Bookiners, vous venez tout juste de gagner un Mentor de choc, allumée de beauté, chatoyante, solaire et folle comme on aime. « Une affamée de vertiges » et de questions, impétueuse, tempêtueuse, impérieuse et silencieuse. Et quand elle ne vous sonde pas du regard, elle effrite vos certitudes, avec des mots justes et lapidaires, et quelques actes qui prennent un sens inouï pour ceux qui se mettent à son diapason.

Parler de Fanou me donne la boule au cœur et les larmes au ventre. Alexandre vous transmettra son amour immense pour sa mère et son admiration sans bornes, légitime. Vous aimerez Fanou comme si c’était la vôtre, et vous rendrez grâce au ciel d’avoir eu la chance de croiser sa route à l’ombre de ces pages écrites par son fils. 

Avec Fanou, vous rirez, avec Fanou, vous apprendrez à 

« Ne plus vivotez sur un demi-poumon. »

Elle vous demandera d’être plus haut que vous mêmes, de transcender vos petites existences et votre petitesse pour vous initier à l’impossible. Et vous l’écouterez palpitant d’admiration et transi de vertiges. Et ensuite, vous la remercierez chaleureusement, car avec elle, vous aurez toujours à cœur d’être :

« Au maximum de votre possibilité d’être. »

Oui, oui, je suis bien en train de dire ce que je vous dis, vous risquez tranquillement de devenir un zèbre Jardin ou un zèbre Sauvage. 

Fanou vous apprendra aussi, dans le plus grand des calmes, à vous faufiler d’entre les mains de violeurs fous. Elle vous expliquera

« qu’un jour, dans un parking parisien, un homme a surgi pour la violer avec entrain. Elle l’a arrêté d’une phrase sèche en disant : – Nous n’allons pas faire ça ici, debout, dans le froid. Nous serons mieux chez moi dans un lit. Allez, venez. Puis le violeur s’est laissé emmené en pleine rue, avant que Fanou ne hurle à tue-tête et que le violeur ne décampe.»

Elle brûlera peut-être vos manuscrits si elle pense qu’ils n’émanent pas de vous-même, de votre essence propre. Enfin, elle balancera à la poubelle vos réticences, vos peurs, votre idée de la mesure, votre tendance à la médiocrité, votre sagesse, la frousse et les jugements, afin de vous donner accès à vos abîmes et de prendre vos folies autour de votre cou le temps d’une valse éternelle avec la vie et l’amour.

« Il faut aimer à tout prix, vous dira-t-elle, car c’est la seule chose belle et véritable.» 

Alors vous aimerez. A la folie. Passionnément. 

Il va sans dire qu’avoir Fanou comme Mentor, c’est quelque chose, mais alors, l’avoir en mère, ça déménage. Et si, exister intégralement était se passer de justifications ? Et si, se passer de justifications était une invitation impérieuse à aimer sans concession, à accepter l’autre sans questions ? 

Bookiners pour qui la famille est une galère sans fin, je crois qu’Alexandre a trouvé la solution à vos turpitudes familiales. L’entière acceptation. Fanou est comme ça, et c’est « comme ça » que son fils l’accepte, avec ses failles et ses fêlures, ses folies et son fiel, ses multiples vies et sa violence. Parce que par delà tout-ça, il y a l’amour indélébile, celui qui accepte totalement. Comme diraient nos amis insulaires de l’autre côté de la Manche : JUST EMBRACE IT. En lisant cette Ode à Fanou vous verrez qu’on survit de la folie de ses parents. Pire : on en redemande ! Alors vivez-les, acceptez-les, aimez-les tant qu’ils sont vivants. 

Si je vous disais que c’est l’un des romans d’amour les plus touchants et les plus tendres que j’ai lu, Bookiners, vous ne me croirez pas. Alors lisez-le, lisez-le et vous surprendrez la tendresse se glisser sous vos draps, et vos cœurs, sanglotant d’amour. Dans ce roman, Alexandre redevient l’enfant qui ne l’a jamais quitté. Il caresse de ses petites mains les souvenirs qui l’habitent, les douleurs qui l’ont remué, et les moments multicolores passés aux côtés de Fanou. C’est une lettre d’amour et une lettre d’adieu, comme si célébrer sa maman avant qu’elle ne s’éteigne signifiait la raviver à jamais dans son cœur, et celui de tous les autres, nous autres. J’espère que vous êtes prêts à vaciller, Alex Jar a surpassé Jacques Brel en une phrase :  

« Puisque tu pars, je ne te quitte pas. »

Ça, c’est fait. 

De toute façon Fanou restera vivante pour toujours car il « y a quelque chose de l’éternité dans son présent » dans ses conseils, dans sa sagesse. Et puis, et ce n’est pas moi qui le dit, 

« Les existences qui ont fait grand bruit ne s’éteignent pas dans le silence des cimetières. » 

Je m’en vais pleurer un coup car je suis encore un peu bouleversée par ce roman alors que je l’ai lu il y a 2 mois, et  je vous assure que je ne suis pas une madeleine. Je n’ai presque pas pleuré devant « Titanic ». Parole de Peanut !

Avant de m’en aller sur les cimes de mon être – car oui, je suis les conseils que je vous donne Bookiners, surtout en Janvier je voulais simplement dire au Bookiners qui ne croient plus en l’amour qu’il va falloir vous arranger pour y croire encore. Ceux qui vous ont déçu sont ceux qui étaient indignes de votre amour, ce n’est pas l’Amour qui est indigne d’être vécu, car il n’y a rien de plus beau, de plus fou, de plus vivant que l’Amour. Et comme ce qui est beau, fou et vivant, il n’y a rien de plus méconnu, simplifié, galvaudé que l’Amour. Fanou en bonne mentore qu’elle est, vous remettra les pendules à l’heure sur ce qu’est l’Amour en capitales. 

Je reste au chaud dans mes larmes et je vous encourage à prendre un vol vers votre moi intérieur avec dans votre poche Ma mère avait raison, ce bijou de tendresse, de justesse, d’audace et d’amour ; ce compagnon de vie. 

Vivons grands, Soyons Grandioses, et Aimons à bout de souffle car la vie ne mérite rien de moins. Attention, Fanou vous, nous regarde en silence. Allez, Oust, « Fini les temps timides » ! 

Baisers brûlants, 

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !

La tresse | Laeticia Colombani

La tresse | Laeticia Colombani

Dimanche 27 août, 10h00

émoticône dialogue texto sms

– Je crois que je vais me marier avec Olivier Bourdeaut bébé, c’est décidé ! 

– Ahahaha mais qu’est ce qu’on fait de Biolay et Bedos ? Et puis ce pauvre Bourdeaut, je suis sûre qu’il est déjà amoureux.

– Biolay et Bedos, terminé ! En Attendant Bojangles m’a complètement retournée, ça fait 3h25 que je pleure, – je me suis chronométrée – c’est l’un des plus beaux livres que j’ai lu cette année. Extravagant, grave, pétillant, valsant, burlesque, chantant : EN-I-VRANT ! Je n’ai jamais ressenti une telle effusion de sentiments pêle-mêle ! 

– Je t’avais dit, ce livre est une pépite, je suis trop heureuse que tu l’aies aimé !

– Je l’ai adoré mon ange ! Top 5 ! No jokes. Ah d’ailleurs, en parlant de livre, shotgun La Tresse !

– Mais non ! Tu ne l’as même pas lu ! Alors que moi, si, donc c’est moi qui fais la revue. 

– Je ne l’ai pas lu, certes, mais je l’ai acheté et je me fais des tresses dans les cheveux depuis que je suis née. Je suis sûre que c’est le destin ! 

– Ahahah ! Bon, d’accord, si tu y tiens honeymoon. C’est vraiment parce que t’as pas de mec que je te fais cette fleur.

– #tepu.fr 😂 Alors je m’y mets. A ce soir mon ange. 

 

Dimanche 27 août, 14h00

– Mais pourquoi tu ne m’as pas dit que ce n’était pas la littérature ? 

– Pardon, j’ai oublié honeymoon. 

– « Giulia ne dit pas la vérité, si le deux roues est intact : son cœur vient de chavirer. » Nan mais PLEASE.  Ahahahah. On dirait un extrait de scénario des Feux de l’amour. En plus, Leila Colombiani a le même usage –très douteux- des oxymores que Macron : « Smita s’éveille avec une urgence douce…dans le ventre ». #HELP.

– 😂 Nan mais je sais… Attends, y a mieux: « le sol alors, se déroba sous ses pieds ». 

– 😂😂 Mais sauvez-moi ! Mais tu penses que c’est fait exprès ? En mode « tension dramatique » palpable? C’est tellement dommage. Les histoires sont poignantes, le travail de recherche vraiment conséquent. Je ne voudrais pas minimiser l’impact et la force de ce roman, tout ça parce qu’il est écrit comme un scénario, ou comme un premier jet. Il y a autre chose aussi. Je ne sais pas, je ne me sens pas vibrer pour de vrai, je ne me sens pas bouleversée dans toute l’intensité que ce mot comporte, et ce malgré la puissance et l’espoir que libèrent ces trois vies enchâssées.                                                                                                                                                                                                                                                                                                        

– C’est drôle, j’ai eu exactement le même problème. 

– Bon, tu le commentes alors ! Car je crois réellement qu’il est très important à commenter malgré tout.  

– Non, non tu m’as dit « shotgun », tu assumes ! 

– Bon, j’ai encore eu les yeux plus gros que le ventre, alright ! Bookiners, je suis à la moitié du roman, je reviens dans 3 heures et je vous raconte tout ! A tutti ! 

– A tutti honey ! 

When you believe – Mariah Carey & Whitney Houston 

J’ai désiré lire ce roman, Bookiners, parce qu’il suit le combat de trois femmes à genou, avec l’audace en héritage, le désir de défier la fatalité, et la rage de vaincre. La rage de vaincre, c’est déjà une victoire, je crois. Et je voulais goûter à cette victoire. Je voulais goûter au répit après l’épreuve, tout en haut de la montagne, parce que je m’en sentais tout en bas. Ça donne du courage de lire des femmes qui ont réussi l’impossible quand tout prédisait que les dés étaient joués d’avance et leur destin condamné. 

J’ai commencé une école de commerce. J’en ai pour deux ans, et rien que de vous le dire, je m’évanouis dans l’éternité. Angoisse. Deux ans de compta saupoudré de bullshit présomptueux, c’est long quand on veut être chanteuse. Alors, du courage, il m’en faut et m’en faudra. Du courage pour arrêter ou du courage pour continuer, mais du courage quand même. Dans la vie, il faut du courage de toutes façons, parce qu’il faut du cœur. Alors lire ce roman sonnait comme une évidence. Pour moi, pour nous, qui manquons de mentors et d’espoir, trop crédules et croyants face à cette fatalité qui nous dirait tout et son contraire. 

C’est un joli roman que nous, vous, offre Laeticia Colombani, de ceux qu’il est toujours bon de lire, parce qu’il insuffle le courage qu’on croyait perdu, parce qu’il nous prête des mentors bienveillants. Même s’il y manque un peu cette force qui bouleverse et ces sentiments qui étreignent, sans prévenir, Bookiners en mal de soleil et d’espoir, trop fatalistes, trop peu guidés, trop dépensiers pour voyager et un peu déboussolés par le monde qui nous, vous entoure, La tresse, vous dira que rien n’est jamais perdu tant que notre cœur tambourine encore, même s’il tangue un peu trop, parfois. 

La Tresse est tout d’abord un voyage. Nous sommes à Badlapur, en Inde. Nous marchons dans la merde des autres, et ramassons leurs excréments à main nue, un panier de jonc tressé dans l’autre. Nous sommes Smita. Nous sommes maudits. Nous sommes Intouchables. Nous vidons les latrines des 20 maisons qui nous méprisent d’être nées qui nous sommes. Nous courbons l’échine d’être nées qui nous sommes. La liberté nous a été arrachée à la naissance, et vivre, procréer, c’est tresser sa propre malédiction à celle de nos enfants. Et c’est injuste, et c’est comme ça, et c’est tant pis. 

« A Badlapur, comme ailleurs, on défèque à ciel ouvert. Partout le sol est souillé, les rivières, les fleuves, les champs, pollués par des tonnes de déjections. » 

Ces déjections sont notre pain quotidien. On porte cette odeur, comme d’autres portent la liberté. Cette odeur, l’odeur de la merde des autres. 

« Alors, tous les soirs, avant de passer le seuil de la maison, Smita frotte de toutes ses forces, ses mains, ses pieds, son corps, son visage, elle frotte à s’en arracher la peau. »

Frotter, pour conserver notre reste de dignité. 

Nous, Smita, avons une fille, Lalita. Elle n’ira pas à l’école puisqu’elle est née Dalit. Elle ne saura pas lire, elle ne sera pas libre. Elle ne pourra pas vivre, collée à la merde des autres. Sauf. Si on défie le destin et déjoue ses ornières. C’est l’épopée que dessine Smita. Pour sa fille. L’épopée contre les « c’est comme ça », les « à quoi à bon, c’est ton héritage ». Une promesse : 

« Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. »

C’est une prophétie qui se dessine, un combat. C’est ce combat que nous menons dans ce livre, le combat pour la liberté, le combat pour la dignité, dans cette Inde violente et violentée qui méprise les femmes et surtout les Dalits. Bookiners qui cherchez un mentor, une figure de proue qui vous aidera à vous battre pour vous mêmes, Smita est l’héroïne qu’il vous faut. Je ne peux pas tout vous dire, mais son chemin, même tortueux et jalonné d’obstacles, est peuplé de petites victoires qui vous rappelleront que tout est possible, et que votre situation, sûrement meilleure que la sienne, est loin d’être sans issue si vous gardez en vous la rage de vaincre. Il faut garder cette rage, la préserver comme une relique primordiale. Elle vous relèvera quand vous serez à terre.

Aussi, et maintenant je m’adresse aux Bookiners qui cherchent à appréhender la complexité de notre joli monde parfois très laid, en voyageant en Inde, j’ai appris des choses. J’ai appris la condition des femmes, révoltante et statique, j’ai appréhendé la religion hindoue et sa trinité déïque entre Vishnou – que Smita glorifie envers et contre tout – Brahma et Shiva, qui m’était totalement inconnue. Bref, j’ai ouvert mes yeux fermés et j’ai observé un autre coin du monde. Un nouvel horizon culturel. Et ça fout le vertige aux lèvres. Je ne peux pas tout vous dire, alors je passe à autre chose.

Après Smita et après l’Inde, nous devenons Giulia, la belle sicilienne romantique, atypique et sauvage. Son histoire est jolie, mais ça ne changera pas votre vie si je passe la sienne sous silence. Vous la découvrirez plus tard. Maintenant, nous devenons Sarah. J’espère que vous êtes prêts. Direction le Canada. Cette histoire m’a fait vaciller peut-être même un peu plus que celle de Smita, parce que Sarah, ça aurait pu être ma mère, ou moi, bientôt, la votre de mère ou la mère d’un des nôtres. Cette histoire m’a fait vaciller de la même façon que lorsque j’ai appris le cancer de Catherine, la maman d’Héloïse. Je ne vais pas faire dans l’intime, car cette intimité dont je vous parle, n’est pas la mienne, alors parfois, le silence est d’or. Revenons à Sarah. 

Nous sommes Sarah. Grande, belle, brune, griffée de la tête aux pieds dans des tailleurs couture. Tout nous réussit. Mais nous vivons en apnée, à notre insu, chronométrée par l’ambition et la soif de succès factice. Nous sommes associés en equity dans l’un des plus prestigieux cabinets d’avocats d’affaire de Montréal. Etre associée, c’est notre curseur de réussite, notre prénom social, l’étalonnage de notre bonheur, un voile sur notre solitude et notre malheur invisible. Il y a les 3 enfants qu’on élève seule, sans un jour de pause ou de répit, et puis au centre, le boulot, les nuits blanches et la possibilité de devenir Managing Partner à tout prix. Le graal. La consécration de toute une vie qui n’en est pas une, à courir les rendez-vous, à dormir debout, à vivre dans la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être la meilleure, de ne plus être aussi jeune. La peur d’être. Pourtant, on se croirait heureuse. C’est fou comme on peut être à ce point aveugle de notre propre malheur. 

« Sarah ne dit pas que depuis un mois, elle se lève épuisée. Sarah ne dit pas cette douleur dans la poitrine, du côté gauche»

Nous sommes Sarah et nous venons d’apprendre que cette douleur, notre douleur du côté gauche s’appelle tumeur. Elle ressemble à une mandarine. Elle suinte le malheur, elle sent déjà la mort et sonne le glas, cette mandarine. 

Lorsque le cabinet apprend notre maladie, nous devenons la victime, l’ennemie, la tumeur et l’estropiée tout à la fois. Nous devenons invisible. 

« Ça commence d’une manière insidieuse. C’est d’abord une réunion à laquelle on oublie de la convier. C’est ensuite un dossier dont on évite de lui parler. C’est l’exclusion qui va de pair avec la maladie. » 

Nous sommes un stigmate. Nous sommes le cancer. 

Et nous comprenons avec Sarah, la réalité de la maladie, celle qui ronge tout à l’intérieur et sépare et catégorise socialement, les gens sains des gens malades, celle qui s’insinue dans le regard des autres, les compassions feintes, les tons de voix mielleux et orchestrés. Les anecdotes qui fatiguent et qui commencent par « je connais quelqu‘un qui a eu un cancer et qui est toujours vivant. »

« Et toutes ces guérisons qu’on nous jette au visage comme des os à ronger.» 

«Mais il ne sait pas ce que c’est d’avoir des aphtes dans la bouche au point de ne pouvoir manger… Derrière ses faux airs de pitié, il se moque de savoir que dans quelques semaines vous n’aurez plus de cheveux, que votre corps est tellement maigre que dans la glace il vous effraie, que vous avez peur de tout, peur de souffrir, peur de mourir, que la nuit vous ne dormez plus, que vous vomissez trois fois par jour, et que certains matins, vous doutez de pouvoir seulement tenir debout ».

Le cancer, c’est la double peine : l’ostracisme et la maladie. Et c’est important d’aborder le cancer dans un roman, car cette maladie est le fléau de notre humanité, elle touche tout notre entourage, tout le temps, partout, comme une ritournelle de la modernité qui atteste que nous sommes rongés de l’intérieur. 

Ce cancer, je crois, vous remettra les pendules à l’heure, vous Bookiners surmenés qui passez peut-être votre vie à courir après les profits d’une entreprise qui ne vous attendra certainement pas pour fleurir, sans plus jamais vous écouter. Parce qu’il est là le drame. Sarah s’est tuée pour cette société, et pour des rêves qui n’étaient que des miroirs à vanités, que des murmures de l’égo. Elle s’est oubliée jusqu’au jour où son corps a décidé de lui punir son entêtement. Feins d’être aveugle et je te ferai borgne, lui a dit son corps, et il n’avait pas tort. Je crois que d’un mentor, on apprend les réussites, mais aussi, et surtout les erreurs. Sarah est un mentor de choc, et je l’entends me conjurer de vous dire « ne vous négligez pas Bookiners, car s’écouter est le début du bonheur. » 

Ça commence en Inde, ça s’envole en Sicile en passant par Montréal avant d’atterrir dans les sillons de vos petits cœurs Bookiners, afin de tisser avec vous, avec nous la tresse du courage. La tresse de la victoire. 

Je vous laisse avec un cœur tout neuf. 

Doux baisers, 

Helena Rubinstein | Michèle Fitoussi

Helena Rubinstein | Michèle Fitoussi

Dimanche 13 août 2017, 11h00 

émoticône dialogue texto sms– Départ pour le Pays Basque chez avec Gus et son papa ! 9h de train dans ma tronche, devine qui j’emporte avec moi ? 

– Anima de Wadjiii ! 

– Bingo ! Et quoi d’autre ? 

– 45 kilos de fromage de chèvre, 350g de comté, et une botte de Cousteron. Même sans te voir, je sais aussi que tu as caché des bouts de pain dans toutes les poches de ton sac à dos Dora l’exploratrice, juste pour être sûre de ne manquer de rien ! 

– Ce n’est pas parce que mon sac à dos a eu le malheur d’être jaune que c’est un Dora !

– Le vrai problème, on en a déjà discuté, c’est pourquoi tu oses porter un sac à dos ? Dear Santa Claus, can you send me loads of money for Christmas so that I buy a brand new bag to my bestfriend please ?

– #dictator.com – T’es pas censée être au boulot déjà toi déjà? 

– Non, je commence à midi. Du coup avant mon shift, je discute un peu avec ma nouvelle mentore. Je prends note de son courage, de ses moments de désarroi et des bouts de sa vie. Comme des remèdes contre mes jours en détresse, lorsque l’envie de baisser les bras est plus lourde que le désir de réussir. 

– Mais tu l’as trouvée où cette nana, au resto? 

– J’aurais pu ! Je te présente Héléna Rubinstein ! Je connaissais déjà de nom ses cosmétiques, mais sa vie est un autre délire. C’est un manuel de courage, une trajectoire hors-norme anti-fatalité, un guide pour tous ceux qui, comme moi, cherchent désespérément de LinkedIn à Tinder en passant par Facebook, un ou une mentore qui vous apprendra à vous battre et à forcer les portes du destin sans relâche, lorsque tout semble indiquer qu’elles seront fermées à jamais.

– Oh lala ! Tu me parles là ! Pssst pssst, Bookiners, je crois que Peanut Tatiana a une pépite à nous partager et une mentore à nous prêter. Nous t’écoutons honeymoon !

Mes jolis Bookiners fatalistes, Bookiners qui manquez de confiance en vous et enfin Bookiners qui cherchez un mentor, venez ! Oui oui venez tout près de moi, non, pas si près, oui, voilà, comme ça. Respirez. Ready ? Go ! 

Polonaise – Chopin

25 décembre 1872. Pologne. Cracovie. Kazimierz. Bourg juif, orthodoxe et misérable, dans lequel l’antisémitisme sévit encore, parfois. Les rues sont jonchées de débris, d’ordures et d’odeurs. L’hiver, « le froid vous saisit le corps et l’âme, les murs s’effritent sous l’humidité, la grisaille enveloppe la ville d’un halo triste ». C’est là que Chaja Rubinstein naît. Précédant ses huit sœurs cadettes. Elle naît là, dans une famille juive aimante mais pauvre et austère. Ses parents très croyants et pratiquants sont persuadés que le destin d’une femme s’accomplit dans le mariage et la maternité.  Si elle avait cru en la fatalité, Chaja ne serait jamais partie à la conquête de son empire, de sa légende, seule à 24 ans, en direction du Nouveau Monde : l’Australie. Elle aurait croupi là, à Kazimierz, à marmonner que les dés étaient lancés, que de toute façon elle n’était pas bien née. Et pourtant, la fatalité, même son prénom l’a déjouée. Direction l’Australie, Chaja décide de se rebaptiser Helena, Juliet, Rubinstein. 20 ans. L’ascension est en marche.

Bookiners, Helena Rubinstein sera votre mentore, comme elle est devenue la mienne car lire sa biographie, c’est apprendre de ses réussites, de ses erreurs et de son courage. Lire sa vie, c’est y puiser les préceptes de la persévérance. Michèle Fitoussi nous fait part de tout ce qu’elle sait, tout ce qu’elle a cherché, trouvé sur cette femme au destin hors du commun. Et de son destin, et de ses trouvailles, on en apprend sur tout: sur la vie, l’industrie de la beauté, le story-telling, la publicité, les médias, la ténacité, la réussite et l’envers de son décors. 

Je vous vois, Bookiners fatalistes et Bookiners sans confiance, rouler vos yeux, incrédules, en rouspétant dans votre barbe qu’elle a eu de la chance, que ça n’arrive qu’à une personne sur un million, qu’elle était exceptionnelle et que vous ne l’êtes pas… Je vous répondrai fermement mais avec bienveillance que seule une personne sur un million trouve le courage, la confiance et l’audace d’aller côtoyer l’impossible. Seule une personne sur un million décide, sans un sou, de tout quitter: sa famille et sa sécurité psychologique, émotionnelle et géographique afin de saisir son destin à deux mains. Faites le choix du courage et vous serez vous aussi cette personne, j’en suis sûre. Je vous dirai ensuite qu’Helena n’a pas attendu que la chance se présente à elle, un soir, dans son lit, elle a cru en sa chance toutes les fois où celle-ci lui faisait faux bond. Puis elle l’a saisie en regardant le destin droit dans les yeux. Ah, vous faites déjà moins la moue. 

En fait, Bookiners, c’est simple, je crois. La fatalité a le pouvoir qu’on lui donne. 

Bon, reprenons dès le début. Helena naît donc dans ce bourg pauvre de Kazimierz. Elle a soif d’autre chose, mais ne sait pas encore la forme qu’elle prendra. Elle se sent différente. Elle étouffe dans ce monde qui la désespère. Alors elle part. Pour Vienne d’abord, chez sa tante, où elle vendra des manteaux de fourrure. Elle y reste deux ans, mais elle sait. Elle sait que vendre des fourrures n’est pas son destin – il n’est pas celui qu’elle s’est choisi. Alors elle se décide à partir pour l’Australie rejoindre une cousine et un oncle pour quelques temps, avant de reprendre le chemin de sa légende. 107 Whyte Street. C’est l’adresse de cette maison de briques australienne dans laquelle elle habitera et travaillera dans le bazar de son oncle. Son paysage ? « Des moutons, à perte de vue ». Coleraine, c’est l’enfer sur terre. 

« A bientôt 27 ans, elle a tout raté se dit-elle, parfois quand le désespoir la submerge. Elle n’a pas suivi d’études, elle ne s’est pas mariée, elle travaille comme une brute pour gagner le moindre shilling. Son existence est vouée à l’échec. Voilà. Pour autant, pas question de retourner en arrière. Être taxée de lebish, de perdante. Jamais ». 

Echouer n’est pas une option.  Alors, Helena décide de se battre, jusqu’au bout. Vous voyez, elle aussi doutait. D’elle-même, de son destin, de tout. Souvent lorsque l’on manque de confiance en soi, on pense être né avec. On pense qu’il y a ceux remplis de confiance en eux, et les autres. Mais la confiance se cultive. C’est un combat de tous les jours. Se rappeler qu’on vaut quelque chose, se rappeler que la vie ne nous décevra pas, c’est la moitié du chemin, la moitié de la bataille. 

Un soir, Helena a une idée. Sa peau diaphane et laiteuse, toutes les femmes de Coleraine l’apprécient et l’envient. Cette peau, elle la tient de sa famille, bien sûr, mais surtout, elle l’entretient tous les jours avec les pots de crème que sa mère lui a donné avant son départ. Et si ? Et si elle fabriquait elle-même cette crème magique ? Elle décide de quitter le bazar de son oncle pour travailler pour le pharmacien de l’autre bout de la ville, à Sandford. Le jour, elle vend des produits pharmaceutiques, le soir, elle lit les traités scientifiques que lui conseille le pharmacien et prépare des mélanges de crème afin de reproduire celle de sa mère.  

Ah ! Exceptionnelle vous disiez ? Oui, c’est vrai.  Exceptionnelle parce qu’elle ne s’est pas laissé le choix d’être moins que ça. Alors elle travaille. Sans relâche. Et chaque fois qu’elle baisse les bras, qu’elle pense avoir tout raté, elle se rappelle que se battre, c’est le début de la victoire. Alors elle recommence, jour après jour. 

Je sens que vous misez davantage sur l’exception d’Helena que sur sa persévérance. Si je vous disais que ma maman, à 23 ans s’est mise à rêver de devenir notaire ? Et qu’elle n’avait pas le bac? Et qu’elle vivait au Cameroun? Et qu’elle était mannequin? Et qu’on lui riait au nez lorsqu’elle esquissait ses ambitions? Si je terminais cette histoire en vous expliquant qu’à 28 ans elle est arrivée en France, avec les économies que son grand frère lui avait données, et qu’elle a repris ses études? Le bac. Puis la Licence. Puis elle m’a eue. Alors elle a arrêté. Puis à 40 ans, ses trois enfants dans les pattes. Elle a recommencé. Master 1. Puis 2. Et à 45 ans, elle est enfin devenue celle qu’elle s’était rêvée d’être. 

Ah, je vous sens plus attentifs ☺️. Maintenant, Bookiners, je vous demande de miser sur vous, non plus sur cette fatalité qui n’existe que dans votre tête. Et quand parfois vous perdez le sens du pourquoi, l’espoir et l’envie, relisez la biographie d’Helena, elle vous dira à nouveau que rien n’est jamais perdu tant qu’on est encore vivant. 

Bookiners qui voyagez peu, Bookiners qui désirez comprendre ce monde qui vous échappe, je sens que vous vous sentez laissés de côté ! Mais non pas du tout ! Je suis là. Avec cette biographie, vous voyagerez au cœur de la vie fascinante, palpitante et fastueuse de « Madame », de ses 24 ans jusqu’à sa mort, à 93 ans. Ce n’est pas tout, vous partirez de la Pologne jusqu’aux contrées australiennes sauvages et rustiques, en passant par l’éclatante Brisbane, la cosmopolite Sydney dans les années de la libération des femmes dès 1902, lorsqu’elles obtiennent le droit de vote. Ensuite, vous traverserez Londres, l’euphorique, émancipée de ses années d’austérité Victorienne où « le maquillage, les talons hauts, les hanches rembourrées et toutes sortes d’artifices étaient punis par la loi pour sorcellerie ». Ah, et Paris. Le Paris des années folles, les années graves, les années de guerre, entre Coco Chanel, Cocteau, Balmain, Poiret et Schiaparelli. Et enfin, New York, New York ! Le début du 20ème siècle est un siècle bouillonnant dans lequel s’édifient les fondements de notre siècle à nous : la mode devient un pied de nez à l’adversité, la consommation s’envole, la publicité explose, les femmes commencent à s’imposer, en 1909 le pantalon n’est plus illicite en France pour les femmes, Judith Gauthier devient la première femme à l’Académie Goncourt, 35 ans plus tard Hélène Lazaroff lance le magazine ELLE. Bref, avec ce livre vous traverserez les époques et les modes, vous comprendrez davantage sur quoi repose notre culture du beau, notre industrie du luxe, et notre féminisme. 

Je me tais pour de bon. La biographie orchestrée par Michèle Fitoussi est millimétrée, documentée, riche et magistrale. On voit tout, on apprend de tout, on comprend beaucoup de choses. Même les destins extraordinaires ont leur part de tragédie, leur cortège de malheurs et rien ne vous sera épargné, là n’est pas la question. Car si on ne peut pas tout contrôler, tout orchestrer de son destin, il y a bien une chose qui ne tient qu’à nous : se battre jusqu’au bout. 

En avant, marche ! 

Doux baisers doux Bookiners, 

 

 

Le grand marin | Catherine Poulain

Le grand marin | Catherine Poulain

Dimanche 28 mai 2017, 19h18

– Chat ?

– Oui bb, je n’ai pas beaucoup de temps pour t’écrire je dois réviser mes oraux de demain.

– Tu n’as jamais rêvé de tout plaquer, de partir au bout du monde, seule, loin de tout?

– Mmmh là je suis seule à Madrid pour passer mes exams, j’en ai déjà marre.

– Non Tatoo, je te parle vraiment de partir loin, très loin de chez toi, pendant longtemps, peut-être même toute ta vie. Tout laisser derrière toi et repartir à zéro. Renaître.

– Tu es en train de m’annoncer quelque chose là? Oh my God tu m’emmènes avec toi j’espère ? On va faire un énorme pot de départ yeay!!

– Mais non, tu sais bien qu’aujourd’hui je suis incapable de partir à plus d’un kilomètre de chez moi 😐. Mais j’y pense quand même parfois. Je me demande si je ne serais pas plus heureuse ailleurs, loin de tout, loin de ma vie. Je me demande quelle personne je serais si j’étais au bout du monde, à complètement changer ma vie, avec des gens, une culture, que je ne connais pas.

– Let me guess : tu viens de lire un bouquin inspirant?

– ☺️ Tu me connais si bien. Je viens de lire Le grand marin de Catherine Poulain, et c’est vrai qu’il m’a pas mal fait réfléchir.

– Ah j’ai entendu parler de ce bouquin je voulais le lire! Il va me plaire tu crois ?

– Mmmh il faut que je t’explique. En fait j’ai un peu peur de te parler du thème du livre, je sais que tu vas pouffer de rire tellement ça n’a aucun rapport avec ce que tu aimes.

– Oula, c’est moi qui ai peur là, vas-y fais-moi rire, ça parle de quoi, d’aviation ? de football? de figurines ? 😂

– En fait, c’est l’histoire de l’auteur qui, à vingt ans, décide de plaquer sa vie en France pour aller vivre en Alaska.

– Jusque là tout va bien…

– C’est là que ça se corse. Elle a décidé de partir en Alaska pour… pêcher la morue noire, le crabe, et le flétan. Le livre parle essentiellement de ses jours et de ses nuits sur le bateau de pêche 😂

– Hahahahahahahahaa hélo j’arrive plus à respirer 😂Mais pourquoi tu as lu ça ? Et surtout pourquoi tu m’en parles ?

– Déjà, parce que la narratrice mange tout le temps du pop corn comme toi. Ensuite, si je dois bien avouer que les techniques de pêche et la découpe du flétan ne m’ont pas transcendée, la force et la philosophie de la narratrice m’ont impressionnée. Je pense surtout que ce livre peut faire voyager et rêver nos bookiners. Je crois que ce bouquin est important pour ceux qui n’osent pas vivre la vie qu’ils veulent.

– Ah alors tu peux m’en parler, ça m’intéresse. Mais tu as intérêt à bien me le vendre pour que les bookiners et moi le lisions 😂. Comment tu sais que je suis en train de manger des pop corn d’ailleurs?! Je me remets à bosser, je te lis après si je ne m’endors pas sur mes fiches 😘

Conquest of Paradise – Vangelis 

Si vous voulez voyager, partir tout au bout du monde là où personne ne viendra vous déranger avec le dossier à rendre demain ou le dîner à préparer, Le Grand Marin a été écrit pour vous. Ce livre, c’est l’histoire d’un élan vital, d’un amour pour l’océan, et d’un amour pour un homme. La narratrice Lili ne nous raconte pas pourquoi elle décide de plaquer sa vie en France. Ce que l’on sait, c’est qu’elle ne peut plus vivre là-bas. Elle ne peut plus vivre de malheur. Alors elle part. Peut-être pour toujours. Ce qu’elle veut, ce qu’elle doit faire, c’est vivre pleinement. Atteindre la frontière du monde. Elle choisit l’Alaska.

« C’est le bout. Après y a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais bien y aller. M’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai. Je saurai bien que je ne peux pas aller plus loin parce que la terre est finie. (…) Après je sauterai, ou je redescendrai pêcher. »

La philosophie du roman est très belle. C’est dans la pêche et dans l’effort que Lili se découvre, qu’elle se dépasse, qu’elle se surpasse, qu’elle vit. La pêche en Alaska est un monde brutal, sans sommeil, sans confort. Mais l’auteur tombe amoureuse de l’océan, du bateau le Rebel sur lequel elle embarque, de son équipage pourtant rustre. Pour la première fois de sa vie, elle se sent à sa place. Ce nouveau monde est le sien.

« On m’avait donné un bateau pour que je me donne à lui. J’étais du voyage et l’on m’avait jetée en route. J’étais revenue d’un monde de rien où tout s’éparpille et s’épuise en vain. (…) Ils étaient vivants, eux, et le sentait à chaque instant. Ils étaient dans la vie magnifique, luttant corps à corps avec l’épuisement, avec leur propre fatigue et la violence de l’au-dehors. »

Si votre confiance s’est égarée, si vous n’assumez qu’à moitié votre existence sur cette terre, alors apprenez à vous connaître et à vous montrer tel que vous êtes, où que vous soyez. C’est une des nombreuses leçons livrées par Catherine Poulain dans son roman. Car Le grand marin, c’est aussi l’histoire d’une femme dans un monde d’homme. Un monde rude, violent, plein d’alcool et de blessures. Seule face à tous, Lili fait preuve d’une force immense. Malgré les railleries, les bizutages, les remarques désobligeantes, c’est là qu’elle est le mieux, en accord total avec ce qu’elle est. Lili ne s’excuse pas d’être une femme, elle ne s’excuse pas d’être là. Quand, après s’être gravement blessée sur le bateau, la femme retourne sur terre, son esprit reste en mer. C’est là qu’est sa vie.

« J’avais trouvé mon bateau, plus noir que la nuit la plus sombre. Les hommes à bord y étaient rudes et larges, ils m’avaient pris ma couchette, jeté mon sac et mon duvet à terre, il criaient, j’avais peur, ils étaient rudes et forts, ils étaient bons, si bons pour moi, ils m’étaient tous le bon Dieu quand je levais les yeux sur eux. J’avais marié un bateau, je lui avais donné la vie. »

Si vous êtes fatalistes, si vous pensez que votre vie est écrite d’avance, inspirez-vous de l’expérience de l’auteur et respirez. Sa vie, Lili la dirige d’une main ferme, mais elle la vit comme une grande histoire d’amour. Ses mots nous poussent à réfléchir à notre propre existence. Où est mon Alaska? Où est ma place? Suis-je en train de passer à côté de ma liberté ? Cette femme est partie, elle a trouvé, elle ne reviendra plus.

Comme nous, comme vous peut-être, Lili avait perdu de vue ses rêves avant l’Alaska, mais elle a la chance de savoir tendre l’oreille au monde qui l’appelait. Elle n’a pas reculé. Depuis, elle chante la splendeur brûlante de sa vie. Elle va jusqu’au bout, tout au bout d’elle-même. La mort n’a désormais plus d’importance, puisqu’elle aura vécu. Par ses lignes, Catherine Poulain sème en nous des leçons de courage, de respect de soi. Sommes-nous aussi libres que nous le pensons ? Sommes-nous assez clairvoyant pour protéger notre individualité d’autrui? Ne sont-ce pas les clés pour rester en vie?

« Les contours fixes de ce monde nous les avons laissés à terre. Nous sommes dans le souffle, qui jamais ne s’arrête. La bouche du monde s’est refermée sur nous. Et l’on va donner nos forces jusqu’à en tomber morts peut-être. Pour nous la volupté de l’exténuement. »

C’est bien sûr dans cette volupté que l’auteur est disposée à rencontrer un autre amour : celui d’un homme. Avec Jude, avec Le grand marin, elle vit un amour maladroit, déséquilibré, intense. Car cette femme ne se perd jamais de vue, même lorsqu’elle est amoureuse. Elle ne disparaît pas derrière son couple. Elle est libre, jusqu’au bout. Mais si Lili s’arrête de courir, Lili meurt. 

« – Tu me laisseras partir? J’aime juste être libre d’aller où je veux. Je veux juste qu’on me laisse courir.

– Oui, bien sûr

– J’suis pas une fille qui court après les hommes, c’est ça que jveux dire, les hommes je m’en fous, mais il faut me laisser libre autrement je m’en vais… De toute façon je m’en vais toujours. Je peux pas m’en empêcher. Ca me rend folle quand on m’oblige à rester, dans un lit, dans une maison. Ca me rend mauvaise. Je suis pas vivable. Etre une petite femelle c’est pas pour moi. Je veux qu’on me laisse courir. »

Ce roman se lit comme une fable philosophique. Il m’a apaisée par sa poésie, sa justesse. Je ressors de cette lecture un peu différente, un peu plus sage, un peu plus souple. Je crois que ce roman doit être lu par vous tous, bookiners en soif de voyage, de rêve, de confiance.  Je vous laisse avec ces quelques lignes mes bookiners, peut-être vous mettront-elle sur la bonne voie de votre propre cheminement : 

« – Mais Joey, pourquoi vous courez tous, pourquoi on court ?

– Tout court Lili, tout avance. L’océan, les montagnes, la Terre quand tu marches… Quand tu la parcours, elle semble avancer avec toi et le monde se déroule d’une vallée à l’autre, les montagnes, puis les ravins où l’eau déboule et s’en va vers le fleuve qui court vers la mer. Tout est dans la course Lili. Les étoiles aussi, la nuit et le jour, la lumière, tout court et nous on fait pareil. Autrement on est morts. »

Une lecture musicale avant de partir ? 

Riz noir | Anna Moï

Riz noir | Anna Moï

Jeudi 8 Juin 2017, 18h30

– Honeymoon, on se voit demain ? Faut vraiment qu’on bosse sur Peanut Booker, le logo, les articles. J’aimerais qu’on se fasse un point sur le nombre d’articles qu’on aimerait poster pour le 15 Juillet, c’est dans 1 mois, et je veux vraiment qu’on ait de la matière.

– Je suis au Vietnam.

– Quoi ? Mais comment c’est possible ? T’as des examens de la Sorbonne dès lundi, je comprends pas !

– Moi non plus, mais je suis vraiment pas là quoi.

– Mais je pensais que t’avais plus d’argent !!

– Je crois que le billet m’a couté moins de 10 euros sur Amazon. Je sais plus, dans ces eaux là !

– En vrai, je pense que tu perds la boule. Je vais demander à ma sophrologue de trouver une façon pour t’aider.

– 😂 Tu ne jures plus que par ta sophrologue ! Figure-toi, très chère sceptique, que ça fait 3 jours que je lis Riz noir, le premier roman d’Anna Moï ! Je me suis d’abord trouvée dans un espace enclavé dans les ténèbres, au Vietnam, dans la prison de l’île de Poulo Condor. Puis d’errance en réminiscences, je me suis retrouvée avec Van, la mère de la narratrice, dans les bras du Mekong, entre des rizières, des ateliers de soie, des murs de chaux blanches, dévalés par la lumière, des hurlements de singes. Bref, dehors et dedans la Maison du Bonheur. Nous sommes dans les années 60. Tantôt en 1963 – le temps des souvenirs, tantôt en 1969, le temps du récit et de l’emprisonnement.

– Je ne comprends rien bébé. Et je suis sûre que nos bookiners non plus. C’est odieux de ne parler que pour soi, et tu partages mon avis, alors sois explicite.

– Bonsoir mes bookiners, je vous présente Héloïse, ma meilleure amie sophrophile qui n’est ni du matin, ni du soir ! 😂 Allez, je vous raconte ! Donnez-moi la main, nous partons sur les rives du Mekong !

Perfect Places (instrumental cover) – Lorde 

Si vous désirez voyager mes bookiners, je crois que vous allez être servis !

Bon, pour vous dire toute la vérité le voyage dont je vous parle n’est pas que rizières et bougainvilliers. Il est encré dans la cellule de Tao et Tan, dans le silence du vide qui parfois, donne à entendre un bruissement, celui:

« du vent sur les cimes des noyers de cajou. »

En 1968, la vie du Vietnam bascule dans la guerre. Présumées résistantes communistes, deux sœurs : Tao et Tan, se retrouvent enfermées dans les cages à tigres du bagne de Poulo Condor. C’est Tan, la jeune fille de 15 ans qui nous raconte son histoire, l’histoire de sa mère Van, et un bout de l’histoire du Vietnam. C’est à travers ses réminiscences que s’amorce notre voyage dans un Vietnam en paix et un Vietnam en guerre, de la cellule de Malheur à la maison du Bonheur, des souvenirs d’enfance à la séquestration de l’enfance. Dans la cellule de prison, nous, vous, serons 4, deux sur le bloc et deux par terre, avec moins d’un mètre carré par personne. La narratrice, Tao, décrit tout, avec distance, précision. La veille, nous, vous, avant d’arriver à la prison de Poulo Condor, aurons passé une nuit en bateau, en fond de cale.

« Personne n’aura dormi, imbibés par les projections d’eau, projetés les uns contre les autres, à la jonction des flots de la baie de Vung Tau. »

Dans notre cellule, nous aurons la lumière de l’obscurité éclairée par une raie de lune,

« à l’endroit des charnières, sur le côté gauche ».

Le temps sera long, indiscernable, étourdissant. Il faudra chercher à le tromper, le temps qui passe, à l’embobiner, le rembobiner peut-être. Dans ces moments là, Tan convoquera et invoquera son passé et son enfance, dans les creux de son sommeil disloqué. A travers ses souvenirs, Tan évoque aussi l’histoire de ses parents subsistant en vendant des bols fumants de soupe hu tieu dans les marchés flottants du Mékong. Vous effleurerez tout du regard, son regard : les premiers pas de la confection de la soie laquée de Van, en passant par les pagodes bouddhistes de Cholon, jusqu’à l’année du singe, l’offensive du Têt et les cages à Tigres. Notre, votre voyage s’effectuera en va et vient entre un présent d’outre-tombe et un passé illuminé par la détresse solitaire de Tao, qui attend éveillée, pendant 18 mois, sa libération. Voyager je crois, c’est ouvrir les yeux sur une réalité autre que la sienne, dans tous ses recoins. La réalité que nous livre Tan est une réalité pluridimensionnelle, avec ses émois et ses misères. Et parfois, même dans cette misère, le sublime intervient comme un éclair de lune :

« Les nuits de pleine lune, de ma cellule, j’ai surpris, dans le clair-obscur du faisceau de lune encadré par le vasistas, l’étincelle vacillante des regards anonymes. » 

Il y a quelque chose de majestueux dans notre voyage de captifs, c’est l’éveil décuplé de tous les sens, l’ouïe, l’odorat, la vue, le toucher. Tout, une entaille dans le mur, un bruissement sourd, une respiration anonyme, tout est propice à l’évocation, l’initiation au voyage, à l’expérience. Et je crois que c’est cela aussi, voyager. Ouvrir grands ses yeux qu’on gardait fermés par habitude, par lassitude, et écarter grand ses oreilles comme si c’était la dernière fois qu’on pouvait voir, entendre, goûter, toucher les douceurs et les malheurs de la vie.

Je vais encore être honnête. Je dois vous dire qu’au début, au milieu, et même un peu à la fin de ce roman, je ne savais pas si j’allais vous commenter Riz Noir. J’étais happée par la lecture, de temps à autre, mais je n’en étais pas bouleversée. C’est peut-être que le style minimaliste, épuré et pudique a dérouté la drama queen qui m’anime. Et puis, à la toute fin du roman, à partir du chapitre 27 quelques tournures m’ont fait penser à vous,

Bookiners, qui avez peut-être été victimes de traumatismes, et qui cherchez à en apaiser les cris, les relans, les souvenirs. Quand j’écris des revues, j’écris pour vous avant tout, alors je me suis mise à votre place – à mon niveau, avec ce que j’avais de douleurs et de mini bobos, puis j’ai réfléchi : est-ce que ça peut aider ? Ma réponse a été la suivante : je sais que oui.


Je crois que lire Tan apaisera vos traumatismes. Elle écrit dans sa douleur. Elle apaise le silence, le vide, par ses mots, par son témoignage, et même à terre, même lasse, elle est debout. Elle est vivante. Si vous me lisez aussi, c’est que vous êtes vivant, même si une partie de vous s’en est allée avec le passé, avec la douleur, avec le traumatisme. Alors parlez. Je crois que la parole, qu’elle passe par l’écriture ou par la voix, permet d’entendre sa douleur, de la regarder dans les yeux, de lui faire face, pour enfin lui tenir tête. Et après ? Après, c’est plus facile d’accepter un traumatisme en face de soi, qu’en soi. Apaiser un traumatisme, votre traumatisme c’est peut-être faire la paix avec lui. Oui, il a existé, oui, il est toujours là, et pourtant, vous respirez encore. Vous êtes toujours là. Malgré tout.

« Tant de gens meurent, ai-je le droit de vivre ? Quand les canons se taisent, les chiens hurlent et ces hurlements sont les premières balises de la nuit… dans le balbutiement des choses. »

Toutes ces femmes que vous allez croiser, dans la prison de Poulo Condor, sont des survivantes. Comme vous peut-être, elles ont eu à voir ce qu’on ne devrait pas voir, à vivre ce qu’on ne devrait pas vivre, et comme vous elles regardent leur passé dans les yeux afin de réconcilier le dicible et l’indicible, le vivable et l’invivable.

« Des parcelles de mon cerveau se sont déchiquetées. Je ne sais plus quoi faire de mes rêves. Je n’ai nul endroit ou panser mes plaies, me coucher et fermer les paupières. Il me semble, que mon âme s’est envolée de mon corps. Aujourd’hui il me reste à récupérer mon âme errante. »

Et si son âme, votre âme, n’était pas en errance, mais là à côté de vous, comme à côté de Tan, à chuchoter, le plus fort qu’elle peut, qu’elle vous attend, qu’elle attend que vous compreniez que même si vous pensez être défiguré(e), difforme, informe, la teneur de votre âme, sa beauté, et la vôtre est intacte. Elle vous attend et vous attendra, le temps qu’il faut. Hier, vous rêviez de la lune, demain, vous verrez le soleil. Car il est toujours là, en vous, dans vous.

Parler, c’est encore espérer. Alors ne perdez plus espoir.

Des baisers mes bookiners.