Vendredi 7 juillet, 15h30

– Hélo, je ne sais pas plus quoi lire, je viens de lire des bouquins pour la fac qui m’ont ennuyée à mourir, j’ai l’impression que je n’aimerais plus jamais aucun livre de ma vie entière. #dramaisunderrated

– Hahaha! C’est drôle car tu m’as déjà dit ça il y a 1 mois pour les mecs, jusqu’à ce que tu rencontres le nouvel homme de ta vie dans une warehouse à Shoreditch, alors bon. Je ne me fais pas trop de souci, les livres, comme les hommes, tu les aimeras à perpetuité! Parole de soeur! Blague à part honey, tu sais que tu n’auras pas assez d’une vie entière pour lire ne serait-ce que les meilleurs livres du monde? 

– Oui mais justement j’ai l’impression de passer à côté des bouquins qui méritent vraiment d’être lus, ça me stresse. Du coup, je mange des pépitos.

– Non mais de toute façon tu seras bien obligée de lire des livres chiants pour en trouver des bons. Euh…je croyais que tu n’aimais plus le sucre?

– N’en parlons plus. Alors tu me conseilles quoi? J’ai envie de quelque chose de grandiose qui me fasse rire, pleurer, quelque chose qui donne du sens à ma vie, ou du moins.. qui m’en indique le sens 😐 ! En vrai, je veux juste un mentor bordel, c’est pas trop demander si? 

– Rien que ça ! Non en vrai c’est marrant car je crois que j’ai ce qu’il te faut. Tu ne partiras pas en courant si je te dis que c’est une BD?

– Je viens de tomber dans les pommes. Une BD? Ok. Je breathe. Tout va bien se passer, mais elle a intérêt à être à la hauteur, sinon, j’arrête le sucre pour de vrai, et je vais devenir tellement mince que je ne me plaindrai plus avec toi des tailles 40 de Sandro qui sont en fait des tailles 0, car je nagerai dedans! 

– 😂 Tu sais bien que je ne lis pas de BD d’habitude. Mais là j’avais envie de m’ouvrir pour nos bookiners, et maman m’a conseillée une BD génialissime, j’ai été totalement conquise. Un bijou.

– Là tu m’intéresses. Pour que tu qualifies de « bijou » une bande dessinée, c’est qu’il y a du level. Bookiners et moi, nous frétillons de joie. TELL US! 

– Elle s’appelle Culottées, elle est géniale (enfin elles sont géniales parce que du coup je me suis acheté les deux tomes) car elles racontent des destins incroyables de femmes dans le monde de toutes les époques. Tu connais mon côté un tantinet féministe, alors des histoires de femmes qui ont surmonté les codes de leurs sociétés envers et contre tout, ça me parle. Ce qui est vraiment super, c’est que toutes ces femmes ont existé, j’ai appris vraiment beaucoup de choses, et j’ai ri, j’ai tellement ri !

– Oh génial, maybe c’est avec cette BD que je vais trouver mon mentor? Celui que je cherche depuis des années pour qu’il m’aide à devenir quelqu’un haha !! 

My baby just cares for me – Nina Simone 

Si vous cherchez un mentor, cette BD est faite pour vous: elle vous présentera une multitude d’exemples inspirants. Les culottées, c’est l’histoire de femmes « qui ne font que ce qu’elles veulent ». Des femmes qui ont osé, parfois au péril de leur vie. Dans ses deux ouvrages, Pénélope Bagieu nous raconte la vie incroyable de trente femmes. Leur destin sont tous plus extravagants les uns que les autres, mais tous redonnent confiance en l’idée que rien n’est jamais impossible. Alors vous, bookiners qui manquez de confiance, vous qui n’osez pas vous lancer dans ce qui vous correspond parce que « de toute façon ça ne marchera jamais », je vous en prie, sortez de chez vous, courez à la librairie du coin et ouvrez ces ouvrages.

Certaines femmes de la BD sont célèbres : Peggy Guggenheim, Hedy Lamarr (même si personnellement je ne connaissais que leur métier: mécène et actrice), mais la plupart sont anonymes ou inconnues du grand public. Qui connaît ou se souvient de Temple Grandin, l’interprète des animaux, de la nageuse Annette Kellermann, de l’astronaute Mae Jemison ou de « la reine des bandits », Phulan Devi ? Les recherches de l’auteur sont fouillées, les faits datés et précis, les dessins prenants et très ressemblants (je n’ai pas résisté au plaisir de taper sur Google les noms de tous les personnages).

Tous les portraits commencent par présenter les femmes dès leur plus jeune âge. Penelope Bagieu enquête sur les racines de leur destin exceptionnel: comment l’américaine France Glessner Lee, née en 1878, est-elle devenue une miniaturiste du crime dont les maquettes sont encore utilisées aujourd’hui par les criminologues? C’est en se libérant de son mari que cette femme passionnée de miniature et de l’analyse de crime, qui n’a pas pu étudier en sortant de l’école justement parce qu’elle était femme, peut enfin s’écouter et faire ce dont elle rêve depuis toujours : réformer la médecine légale.

Sur une dizaines de pages, les histoires m’ont fait parfois rire à gorge déployée. Les portraits sont ramassés mais efficaces. Issues de pays, de cultures et d’époques différentes, ces femmes ont un point commun: elles n’en font qu’à leur tête. Avec beaucoup de travail et de sacrifices, souvent contre tous, elles ont surmonté les a priori et les interdits liés au « deuxième sexe ».

Et puis si vous n’avez pas les sous pour partir en vacances, pratique, cette BD vous fera voyager aux quatre coins du monde. Pénélope Bagieu nous emmène par exemple au Moyen Orient à la rencontre de la rappeuse afghane Sonita Alizadeh. Cette jeune fille née en 1996 milite contre le mariage forcé avec ses chansons. Dès seize ans, sa voix défie la charia appliquée dans son pays. Au péril de sa vie, Sonita décide d’écrire et de rapper l’injustice de toutes les jeunes filles afghanes. Sa route croise celle d’une réalisatrice iranienne, les deux femmes réalisent un clip qu’elles postent sur youtube (le voici). Bingo, une association tombe dessus et propose à Sonita d’étudier et de travailler sa musique aux Etats-Unis. Sonita doit mentir à son entourage pour se se faire délivrer un passeport. Aujourd’hui, Sonita continue à rapper dans l’Utah, elle veut aussi étudier le droit et devenir avocate pour le droit des femmes. Quel exemple de courage et d’engagement ! Je précise qu’elle-même était destinée à se marier… à neuf ans…

J’aimerais vous raconter tout ce que j’ai appris dans ces ouvrages, mais je refuse de vous priver du plaisir de lire ces pages, de regarder ces dessins. Grâce à ces BD, Pénélope Bagieu sort des femmes de l’ombre, répare les injustices et affirme haut et fort ses convictions féministes. Ce petit bijou dont la forme sertit brillamment le propos saura (si besoin) vous réconcilier avec la bande dessinée.