Mercredi 8 mars 2017, 18h15

– Hello mon chat, je te dérange?

– Hi sweety. Ecoute je travaille au piano depuis 4h, il faut absolument que j’arrive à m’accompagner sur ma chanson Nicolas, je ne suis toujours pas au point.

– Ah mais c’est ton texte que tu m’as chanté la semaine dernière, non ? Celui où tu parles de ton ami qui est mort l’année dernière?

– Oui exactement ! C’est terrible, il est mort en quelques semaines. Foudroyant. Cancer. De l’épaule. Comme ça, un rien, une douleur, un matin et 3 semaines après, c’était la fin. Je n’ai même pas pu lui dire au revoir. J’y pense tous les jours. Je pense aux rêves qu’il avait, à ses sourires, à cette optimisme qu’il avait. Je lui ai écrit une chanson, pour le faire revivre, pour le partager. 

– Ton texte est magnifique. Tu lui rends un bel hommage.

– Mais tu crois vraiment que je vais réussir à devenir chanteuse? Ca m’empêche de dormir la nuit tu sais. Parfois, je me réveille en sueur et en larmes. Mon rêve me crie bats toi encore. 

– C’est ton rêve, et tu te donnes les moyens de le réaliser. Tu sais bien que beaucoup de facteurs ne dépendront pas de toi, mais l’important c’est que tu y travailles, que tu y croies et que tu gardes espoir.

– C’est bien ça le problème: comment garder espoir quand tu démarres à zéro ? Et puis moi, tu sais, j’ai du mal avec l’espoir. Cette notion m’échappe, elle me semble un peu contemplative. C’est comme un passe droit pour attendre. Les bras croisés. Godot, Eurêka, la bonne idée, la chance. Ca me gonfle cette attitude, je la trouve à la fois belle, élancée, uplifting – et à la fois benête et sotte. C’est comme manger des carottes, c’est à la fois utile et ridicule. Bref. J’ai peur. Aahahaha, tout ça pour ça, on ne se refait pas! 

– C’est normal que tu aies peur. Mais ton espoir de faire carrière dans la chanson brille tant dans tes yeux. Depuis que tu assumes ton rêves ta peau scintille de bonheur. Je me dis que parfois, le but est finalement moins important que le voyage d’espérance.

– Oui mais qui dit que je ne vais pas le perdre cet espoir si je vois que ça ne marche pas?

– Tu sais bien que si on perd l’espoir, on est sans défense dans la vie. Attends. Il faut absolument que tu lises le cultissime Des souris et des hommes de John Steinbeck. C’est très court, mais le bouquin nous rappelle que l’espoir a le pouvoir magique d’insuffler du bonheur, au quotidien, même dans la vie la plus misérable du monde. Tu vas voir que si même un mec comme Lennie croit en son rêve, tu n’as pas du tout le droit de lâcher le tien.

– Ok, j’ai besoin qu’on me remette les pendules à l’heure. Et certains Bookiners aussi. Nous t’écoutons, attentivement. 

L’extase de l’or – Ennio Morricone 

Parce que la tendresse et la bienveillance n’habitent pas assez notre monde, j’aime qu’on me raconte de belles histoires d’amour et d’amitié. Les récits de jolies relations humaines me réconfortent, ils me sécurisent. Ils me poussent à aller vers l’autre, à tendre la main au monde. Des souris et des hommes nous raconte l’histoire d’une amitié touchante entre George et Lennie, deux travailleurs agricoles itinérants. Ils errent sur les routes de Californie, se baladent de ranch en ranch à la recherche de travail. Parce que Lennie est une âme d’enfant dans le corps d’un colosse, Georges veille à le protéger, mais aussi à le canaliser. Car Lennie est obsédé par la douceur du poil des souris et des chiots, mais sa maladresse et sa force sont incontrôlables. Même si George râle tout le temps, l’amitié qui lie les deux hommes est d’une tendresse infinie. Je suis peut-être un coeur d’artichaut, mais la bienveillance de Georges envers Lennie me réconforte immensément.  

« George continua:

– Pour nous, c’est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu’un à qui parler, qui s’intéresse à nous. On a pas besoin de s’asseoir dans un bar pour dépenser son pèze, parce qu’on n’a pas d’autre endroit où aller. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s’en fout. Mais pas nous.

Lennie intervint:

– Mais pas nous! Et pourquoi? Parce que… parce que moi, j’ai toi pour t’occuper de moi, et toi, t’as moi pour m’occuper de toi, et c’est pour ça. »

Quand je perds de vue le soleil, ce récit me redonne du courage, il vous rappellera à quel point la vie peut être vue, et donc vécue, différemment. Il suffit d’imaginer. Car ce qui lie ces deux hommes, c’est l’espoir d’un avenir meilleur. Un avenir rien que tout les deux, heureux. Cet espoir, Lennie en a fait son obsession. Même si le géant simplet inconscient de sa force crée du grabuge où qu’il aille, même si sa maladresse laisse poindre à l’horizon un drame sans égal, les amis s’accrochent à leur rêve. N’est-ce pas du fond de la caverne que naît l’espoir? Pour ne jamais le perdre de vue, pour le rendre toujours plus réel, Lennie demande sans cesse à Georges de lui décrire, avec tous les détails, le rêve qu’ils se sont construit.

« – Continue maintenant, Georges !

– Tu l’sais par coeur. Tu peux le faire toi-même.

– Non, toi. Y a toujours des choses que j’oublie. Dis-moi comment ça sera.

– Ben voilà. Un jour, on réunira tout not’ pèze, et on aura une petite maison et un ou deux hectares et une vache et des cochons et…

– On vivra comme des rentiers, hurla Lennie. Et on aura des lapins. Continue, Georges. Dis-moi ce qu’on aura dans le jardin, et les lapins dans les cages, et la pluie en hiver, et le poêle, et la crème sur le lait qui sera si épaisse qu’on pourra à peine la couper. Raconte-moi tout ça, George. »

Cet espoir tisse tout le récit, il est le fil qui se tend jusqu’à nous éclater au visage. Le style est lumineux, les personnages attachants mais surtout, ce court roman est d’une saisissante dramaturgie. Construit comme une tragédie en six actes, il est une allégorie intelligente.

Toi, moi, vous les peanut bookiners, nous avons tous un Lennie en nous qui veut qu’on lui parle de lapin de temps à autre. Personne ne peut vivre sans tendresse et sans lumière. Parce qu’il ne faut jamais sous-estimer l’importance de l’espoir. Vivre sans, c’est ne pas vivre. Tant que le soleil reste quotidiennement en ligne de mire, l’homme peut s’arranger de tout : de l’emprisonnement, d’une maladie grave, de la perte d’un proche. La survie réside dans l’idée que tout ira mieux un jour, que l’aliénation de la douleur, du doute, de la peur finira par s’envoler. Ce récit est important parce qu’il nous rappelle qu’il ne faut jamais oublier d’y croire.  

Et même quand notre esprit déraille, comme Lennie, qui reste malgré lui un éternel enfant; ou comme moi, quand ma tête a joué avec mes nerfs pendant plusieurs mois, notre cerveau finit toujours par nous obéir et par se configurer si on lui montre la voie à suivre. Ce n’est pas de la psychologie de comptoir ce que je vous raconte, le docteur américain Joseph Murphy l’a démontré dans les années 1960: la puissance du subconscient (et donc de l’autosuggestion) a déjà aidé des millions de personnes à accomplir leurs rêves. Plus on se répète les choses, plus on croit en notre avenir, et plus notre vie aura de chance de prendre le chemin que l’on espère. Ce récit magique peut se targuer de nous remettre les pendules à l’heure. N’est-ce pas la meilleure nouvelle de votre journée ?

Vous prendrez bien une lecture-apéritif avant de partir? 

Hauts les coeurs, mes bookiners !