Lundi 24 juillet 2017, 12h20

– Alors bébé c’était comment ton premier jour au resto le Mini palais ? 

– Le Mini Palais, mon ange, c’est l’armée. Lorsque j’ai le malheur de marcher un  peu plus lentement qu’il ne faut, le directeur me prend par le tablier, table du poing jusqu’à en perdre ses lunettes, et ensuite, il me donne un avertissement. Au bout de 3, mes jours de repos de la semaine sautent. Ce n’est pas une blague. Aujourd’hui, j’ai bossé de 9h à 19h30 avec 25 minutes de pause. Mes Repetto sont déchirées, je ne sens plus mes orteils et mes plantes de pieds crient « à l’aide ». Pour me détendre, j’ai installé Tinder. Depuis, j’ai les larmes aux yeux. C’est comme si on avait regroupé sur la même plateforme tous les chacals en chaleur de l’humanité. Je me sens pas bien, je t’assure, ça me fout le cafard. 

– 😂  En même temps tu t’attends à quoi en allant sur Tinder ? A trouver un mec inspirant qui te fasse vibrer, frémir, pétiller, aimer? 

– Bah, en réalité, oui, c’est ce que je pensais. Si ça continue, à ce rythme je n’aurais jamais d’enfant avant 35 ans. Alors que moi, je fais une joie d’être maman, quoi. Mais là, time is running out, mes hormones vont décrépir avant que je leur en donne mon autorisation, et mes futurs bébés ne vont pas être jojos. Un oeil en trop, 7 doigts, 3 paires de fesse et le sourire de travers, t’imagines? Olala, je me sens pas bien. 

– Tu sais que si tu as un enfant moche, tu ne t’en rendras pas compte. 

– Bullshit. Je suis sure qu’un parent sait. Maman par exemple, quand je m’enlaidis, elle me prévient. Donc trust me, les parents savent. 

– Mais, si tu as un bébé moche tu l’aimeras quand même non ? 

– Oui, oui, bien sûr, mais c’est pas moi le problème, c’est les autres. Moi je lui donnerai tout mon amour à mon baby, pour sûr. Mais les autres? Bon, il va s’en dire que si quelqu’un me supplie de prendre mon bébé moche, je le lui donnerai, hein? Ahahaha! Non, non, je plaisante! 

– Tu es monstrueuse 😂 !!! Non mais sérieusement, ce qui me fait vraiment peur à moi, c’est d’avoir un enfant handicapé. Je vois ma tante avec mon cousin de 15 ans qui a un léger retard mental, c’est un boulot à plein temps on ne se rend pas compte. Le plus terrible, c’est qu’elle est tout le temps inquiète pour lui: est-ce qu’il saura vivre seul un jour ? Est-ce qu’il connaîtra l’amour? Est-ce qu’il pourra être heureux ? 

– Ne m’en parle pas, j’y pense très souvent, ça me donne la chair de poule. Comment peux-tu continuer à mener ta vie lorsque celle de ton enfant, celui ou celle à qui tu as donné la vie est tendue sur un fil, vulnérable et fragile? 

– C’est sûr que ta vie bascule, forcément. Tu sais qu’il y a encore des handicaps méconnus ou peu reconnus en France, je te raconte pas le combat que les personnes concernées doivent mener pour se faire accepter. 

– Ah ouais, genre quoi ? 

– Ben genre des handicaps (presque) invisibles : je viens de lire une super BD écrite par une jeune fille atteinte du syndrome d’Asperger, c’est une forme d’autisme, et elle n’a été diagnostiquée qu’à seulement 27 ans !! 

– Ah bon ? Mais attends c’est quoi le syndrome d’Asperger ? Si elle a été diagnostiquée si tard c’est qu’elle ne devait pas vraiment en souffrir, si ? 

– Si justement. Le mieux c’est que je vous raconte cette BD, à toi et à nos Bookiners. Elle m’a aidée à comprendre certains esprits meurtris, fatigués de devoir s’adapter à ce que la société impose comme une vérité absolue, un comportement à adopter. Ca ouvre les yeux, à nous tous, et ça vaut pour tout le monde.

– Les Bookiners et moi t’écoutons mon ange.

Pour découvrir cet ouvrage, je vous propose d’écouter ce morceau de Jon Brion. La douceur de ses notes est à l’image du cocon dans lequel Marguerite ne peut s’empêcher de se réfugier pour échapper au monde qui l’effraie. 

Theme – Jon Brion 

Au premier abord, rien ne distingue Marguerite des autres. Mieux : elle a tout pour elle : jolie, embauchée, maquée, elle ne manque de rien. Pourtant, Marguerite se sent depuis toujours différente, décalée du monde qu’elle observe sans s’y sentir à sa place. Ses gestes sont répétitifs, proches de la manie, les bruits du quotidien l’agressent, les discussions ou les rencontrent l’angoisse intensément. Pour tenir, Marguerite a besoin de repères, d’habitudes. Elle ne respire que lorsqu’elle est chez elle, dans son cocon, en compagnie de son chat, son chien et de ses livres (tiens tiens, alors comme ça, les livres réconfortent?!). 

Parce qu’elle pense ne pas avoir le choix, Marguerite ne s’écoute pas. Pendant 27 ans, elle s’efforce d’être celle qu’elle n’est pas vraiment. Pour faire comme les autres, la jeune femme se force à sortir pour faire plaisir à son copain, à travailler dans la souffrance, à faire comme si de rien n’était. Pour rentrer dans le rang, elle met de côté ses aspirations profondes, ses vrais désirs, ses grandes envies. Sauf que Marguerite s’épuise. Son coeur est en mille morceaux. Bookiners qui perdez de vue vos rêves, vous qui repoussez d’un revers de la main le chemin que vous indique votre coeur, vous qui faites taire le petit enfant au fond de vous qui s’égosille pour vous rappeler qui vous êtes, lisez vite cette BD. Elle vous aidera à ouvrir les yeux, elle vous apprendra à être en accord avec vous-même. Sachez que personne ne peut être en résistance avec soi-même éternellement. Nul n’est censé l’ignorer, et pourtant combien de gens se trompent de vie ? Combien de personnes vivent la vie que l’entourage lui a voulu ? Combien d’individus connaissent des craquages existentiels ? J’en ai connu un bookiners, je ne le souhaite à personne, mais j’ai eu la chance de connaître cette dépression à 24 ans. Comme un rappel à l’ordre, mon corps, ma tête, m’ont remis sur les bons rails de la vie avec la littérature. 

Marguerite consulte plusieurs médecins pour tenter de comprendre ce qu’essaie de lui dire son coeur. Elle découvre que le handicap s’est invité à sa table. Marguerite est diagnostiquée autiste Asperger. Les symptômes de ce handicap correspondent à tous les facteurs qui rendaient la jeune fille absente et différente de son monde. Non, ce diagnostic n’est pas un drame. Au contraire, cette nouvelle est un grand soulagement pour Marguerite, elle est le x qui manquait à l’équation, elle est l’autorisation (tant attendue) d’être enfin elle-même. 

Bookiners handicapés, bookiners confrontés au handicap. Comprenez grâce à cette BD que loin de n’être qu’un facteur de marginalisation, l’autisme Asperger (et peut-être d’autres formes de handicaps) peut être bien vécu par celui ou celle qui l’accepte. Accepter son handicap signifie, dans le cas de Marguerite, avancer avec ses forces et ses faiblesses, ne plus se plier aux normes sociales qui la torturent, l’humilient, et la consomment à petit feu. Pour apprendre à s’écouter et à se préserver, Marguerite doit se battre. Car en France (contrairement aux pays scandinaves par exemple), il est encore très difficile d’être autiste: ses amis, son copain, son boulot n’y comprennent rien et ne cherchent pas à comprendre : si Marguerite a deux bras deux jambes, qu’elle sait parler, travailler et faire les tâches du quotidien, c’est que tout va bien. 

Marguerite ne baisse pas les bras, s’informe autant qu’elle peut sur l’autisme, elle se reconnaît chez d’autres gens comme elle, elle rencontre d’autres personnes plus ouvertes (comme la libraire qui lui a dessiné cette BD); elle se reconstruit pas à pas, apprend à se plaire à elle-même, et entreprend même de raconter son histoire à tous.

Pour vous, Bookiners en manque de confiance, cette BD saura vous parler et vous réconcilier avec vous-mêmes. J’ai été très émue par ce témoignage de courage, d’acceptation de soi, d’une identité propre. Cette BD est un vibrant plaidoyer pour toutes ces personnes, vous, nous, enfants, ados, adultes, considérés comme « différents » aux yeux d’un monde froid et plat. Qui que vous soyez Bookiners, vous avez toujours le choix de vivre la vie qui vous convient et de vous réconcilier avec toutes vos particularités. Ces particularités, cultivez-les, savourez-les, elles sont votre richesse, le monde serait bien triste sans elles ! 

Bonne lecture mes Bookiners,