Lundi 13 mars 2017, 9h18

– Hello mon ange, bien dormi ?

– Pas ouf je bosse mes exams, je dois lire le livre le plus chiant de la terre, en anglais. C’est Benito Cereno d’Herman Mellville. Je me tire une balle. #Help 😐🔫

– Oh damn je l’avais aussi étudié quand j’étais en lettres. Courage.

– Haha merci pour le réconfort. Foutage de gueule ce livre. J’ai l’impression qu’il me veut du mal. 

– Je viens de finir un roman très joli que tu peux lire rapidement pour te faire voyager.

– Voyager, le mot ?

– T’emmener dans un monde loin du tien, oui.

– Okay raconte, je peux peut-être m’accorder une pause.

– Bon alors déjà je te préviens : ne pars pas en courant en voyant la couverture couleur vomi.

– 😂😂 ça commence bien!

– Non mais l’habit ne fait pas le moine, même quand le moine est vraiment vraiment mal sapé 😂.

– Ok ok. Mais j’ai peur.

– De toute façon je crois qu’il vient de sortir en poche. Bref, fais-moi confiance. C’est un livre qui te fera rire, pleurer, chanter, rêver, t’échapper.

–  Les bookiners et moi t’écoutons mon ange.

 

Déjà, Tatoo, tu vas me bénir de te faire lire ce roman car tu n’es pas sans savoir que Bojangles fait référence à la chanson de l’immense… Nina Simone ! Cette musique berce toute l’histoire. Ecoutez-là tous avant de lire ce livre, bookiners, histoire de bien vous mettre dans le mood, car cette mélodie revient comme un refrain à presque tous les chapitres. Tenez, cadeau :

 

 

C’est bon ? Vous l’avez dans l’oreille? Vous avez bien rencontré Mr Bojangles? Great. Allons-y.

Ce roman raconte d’abord et surtout un amour fou, sans limite, sans code, sans frontière. Je vous vois lever les yeux au ciel, vous, petits bookiners qui avez perdu foi en l’amour. Laissez-moi vous expliquer, car cette histoire d’amour est à la fois sublime et improbable, pour la simple et bonne raison que Louise a le cerveau qui déraille sérieusement. Pourtant, l’amour que lui porte son mari Georges dépasse tout. Cette histoire vous apprendra que si même une femme comme Louise peut trouver l’amour de sa vie, alors vous risquez sérieusement de trouver votre âme soeur aujourd’hui, demain, à l’épicerie du coin.

A la manière du Petit Nicolas qui a coloré toute mon enfance, c’est le petit garçon de ce couple qui nous raconte l’amour démentiel de ses parents. Il découvre son monde sans chercher à le décrypter. Si ses parents irradient de bonheur, c’est que le monde doit être beau, bon. Louise et Georges sont apparemment les plus heureux de la terre – voire de l’univers. Ensemble, ils déplacent des montagnes dans le monde qu’ils ont créé. D’ailleurs, le petit garçon s’interroge sur le reste de l’humanité :

« Comment font les autres enfants pour vivre sans mes parents? »

C’est justement cet amour qui vous fera voyager mes bookiners. Avec Louise et Georges, vous vous baladerez dans un monde magique et éclatant, vous serez invité(e) dans le formidable huis clos de leur nid fantasque. Jour et nuit, le duo danse dans son immense appartement devant les yeux incrédules de Mlle Superfétatoire, le grand oiseau exotique (une grue de Numibie) adopté par Louise. Ici, tout le monde boit aussi (beaucoup) de cocktails multicolores. Les amis défilent par dizaines à n’importe quelle heure de la journée. Le courrier, jamais ouvert, s’accumule partout dans l’appartement. Pas le temps pour le monde extérieur, pour la banalité des contraintes sociales. Jamais de contrainte. Louise et Georges vivent comme des enfants.

« Ils volaient mes parents, ils volaient l’un autour de l’autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l’air, ils volaient vraiment, ils atterrissaient tout doucement puis redécollaient comme des tourbillons impatients et recommençaient à voler avec passion dans la folie des mouvements incandescents. »

Ah, Louise ne s’appelle pas vraiment Louise. Comme ses robes, elle change de prénom tous les jours. Comme elle, sa vie danse, tout le temps. Ses journées ne sont jamais les mêmes. Elle est une femme-enfant, une femme-dansant. Elle n’embrasse pas son fils, elle le « picore ». 

Bon. Il faut quand même dire que le bonheur autarcique a un coût, un goût amer. Parfois, les pages ne transcrivent plus la voix du petit garçon admiratif mais celle de Georges qui écrit son journal. Là, le ton est plus inquiet, moins guilleret. On sent, tout doucement, que dans cette fable qui pétille comme des bulles de champagne, l’univers n’est pas aussi léger qu’on aimerait (tellement) le croire.

« La raison aurait dû m’inciter à fuir, à la fuir. D’ailleurs, je n’aurais jamais dû la rencontrer. (…) Le temps d’un cocktail, d’une danse, une femme folle et chapeautée d’ailes, m’avait rendu fou d’elle en m’invitant à partager sa démence. »

Le récit prend un tournant décisif lorsqu’il commence à effleurer ce thème de la folie. Car oui, je vous avais prévenu, En attendant Bojangles, c’est aussi l’histoire d’un cerveau qui déraille. Mais, bookiners instables, sachez que c’est justement la folie de Louise qui rend sa vie et sa famille si joyeuse. Alors n’ayez pas peur, vivez la joie qui vous habite tant qu’elle vous fait vivre, vous illuminerez votre entourage de vos rires et sourires. L’épigraphe de Charles Bukowski vous confortera dans cette idée dès la première page du livre:

« Certains ne deviennent jamais fous… Leurs vies doivent être bien ennuyeuses. »

C’est d’ailleurs cet esprit dansant et instable qui vous fera rire une très grande partie du roman. Car même quand Louise se retrouve à l’hôpital psychiatrique, ses relations avec ses nouveaux amis sont tordantes et infiniment joyeuses. Georges, fou amoureux de sa femme, ne s’ennuie ô combien jamais, il s’efforce d’entrer dans la logique illogique de sa femme, pour notre plus grand plaisir.

« Et Maman lui lançait :

– Georges, n’oubliez pas votre bêtise, on en a toujours besoin ! 

Et mon père répondait :

– Ne vous en faites pas, Hortense, j’ai toujours un double sur moi ! »

Mais Georges garde les yeux ouverts car il sait. Se méfie.

« J’étais conscient que sa folie pouvait un jour dérailler, ce n’était pas certain mais, avec un enfant, mon devoir était de m’y préparer, il ne s’agissait plus désormais de mon seul destin, un bambin y serait mêlé , le compte à rebours était peut-être lancé. »

Vous l’aurez compris, ce roman est à la fois léger et pesant, mais la joie qui s’en dégage prend le pas sur tout le reste. Olivier Bourdeaut nous offre une ode à la vie et à l’amour. Ce conte explosif et nostalgique est un petit bijou d’espoirJ’ai lu ce court récit d’une traite, je n’ai pas su le poser une seule fois. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué dans mes articles, mais j’ai toujours été fascinée par le thème de la folie. C’est vraiment rare, mais j’avoue avoir pleuré en lisant ce roman. Ttt ttt ttt, je vous vois venir, non je ne vous dirai pas pourquoi. C’est tout l’intérêt de ce premier roman. Cet auteur qui vous fera danser et chanter. Vous verrez que la folie peut être merveilleusement pétillante et joyeuse. Ce livre nous donnerait presque envie de devenir fou, histoire d’être sûrs de ne rien louper à la vie.

Si vous n’avez pas encore lu ce roman, de beaux moments et de grands sourires se présentent à vous. Tenez, écoutez : 

 

Bonne lecture mes Bookiners !