Dimanche 13 août 2017, 11h00 

émoticône dialogue texto sms– Départ pour le Pays Basque chez avec Gus et son papa ! 9h de train dans ma tronche, devine qui j’emporte avec moi ? 

– Anima de Wadjiii ! 

– Bingo ! Et quoi d’autre ? 

– 45 kilos de fromage de chèvre, 350g de comté, et une botte de Cousteron. Même sans te voir, je sais aussi que tu as caché des bouts de pain dans toutes les poches de ton sac à dos Dora l’exploratrice, juste pour être sûre de ne manquer de rien ! 

– Ce n’est pas parce que mon sac à dos a eu le malheur d’être jaune que c’est un Dora !

– Le vrai problème, on en a déjà discuté, c’est pourquoi tu oses porter un sac à dos ? Dear Santa Claus, can you send me loads of money for Christmas so that I buy a brand new bag to my bestfriend please ?

– #dictator.com – T’es pas censée être au boulot déjà toi déjà? 

– Non, je commence à midi. Du coup avant mon shift, je discute un peu avec ma nouvelle mentore. Je prends note de son courage, de ses moments de désarroi et des bouts de sa vie. Comme des remèdes contre mes jours en détresse, lorsque l’envie de baisser les bras est plus lourde que le désir de réussir. 

– Mais tu l’as trouvée où cette nana, au resto? 

– J’aurais pu ! Je te présente Héléna Rubinstein ! Je connaissais déjà de nom ses cosmétiques, mais sa vie est un autre délire. C’est un manuel de courage, une trajectoire hors-norme anti-fatalité, un guide pour tous ceux qui, comme moi, cherchent désespérément de LinkedIn à Tinder en passant par Facebook, un ou une mentore qui vous apprendra à vous battre et à forcer les portes du destin sans relâche, lorsque tout semble indiquer qu’elles seront fermées à jamais.

– Oh lala ! Tu me parles là ! Pssst pssst, Bookiners, je crois que Peanut Tatiana a une pépite à nous partager et une mentore à nous prêter. Nous t’écoutons honeymoon !

Mes jolis Bookiners fatalistes, Bookiners qui manquez de confiance en vous et enfin Bookiners qui cherchez un mentor, venez ! Oui oui venez tout près de moi, non, pas si près, oui, voilà, comme ça. Respirez. Ready ? Go ! 

Polonaise – Chopin

25 décembre 1872. Pologne. Cracovie. Kazimierz. Bourg juif, orthodoxe et misérable, dans lequel l’antisémitisme sévit encore, parfois. Les rues sont jonchées de débris, d’ordures et d’odeurs. L’hiver, « le froid vous saisit le corps et l’âme, les murs s’effritent sous l’humidité, la grisaille enveloppe la ville d’un halo triste ». C’est là que Chaja Rubinstein naît. Précédant ses huit sœurs cadettes. Elle naît là, dans une famille juive aimante mais pauvre et austère. Ses parents très croyants et pratiquants sont persuadés que le destin d’une femme s’accomplit dans le mariage et la maternité.  Si elle avait cru en la fatalité, Chaja ne serait jamais partie à la conquête de son empire, de sa légende, seule à 24 ans, en direction du Nouveau Monde : l’Australie. Elle aurait croupi là, à Kazimierz, à marmonner que les dés étaient lancés, que de toute façon elle n’était pas bien née. Et pourtant, la fatalité, même son prénom l’a déjouée. Direction l’Australie, Chaja décide de se rebaptiser Helena, Juliet, Rubinstein. 20 ans. L’ascension est en marche.

Bookiners, Helena Rubinstein sera votre mentore, comme elle est devenue la mienne car lire sa biographie, c’est apprendre de ses réussites, de ses erreurs et de son courage. Lire sa vie, c’est y puiser les préceptes de la persévérance. Michèle Fitoussi nous fait part de tout ce qu’elle sait, tout ce qu’elle a cherché, trouvé sur cette femme au destin hors du commun. Et de son destin, et de ses trouvailles, on en apprend sur tout: sur la vie, l’industrie de la beauté, le story-telling, la publicité, les médias, la ténacité, la réussite et l’envers de son décors. 

Je vous vois, Bookiners fatalistes et Bookiners sans confiance, rouler vos yeux, incrédules, en rouspétant dans votre barbe qu’elle a eu de la chance, que ça n’arrive qu’à une personne sur un million, qu’elle était exceptionnelle et que vous ne l’êtes pas… Je vous répondrai fermement mais avec bienveillance que seule une personne sur un million trouve le courage, la confiance et l’audace d’aller côtoyer l’impossible. Seule une personne sur un million décide, sans un sou, de tout quitter: sa famille et sa sécurité psychologique, émotionnelle et géographique afin de saisir son destin à deux mains. Faites le choix du courage et vous serez vous aussi cette personne, j’en suis sûre. Je vous dirai ensuite qu’Helena n’a pas attendu que la chance se présente à elle, un soir, dans son lit, elle a cru en sa chance toutes les fois où celle-ci lui faisait faux bond. Puis elle l’a saisie en regardant le destin droit dans les yeux. Ah, vous faites déjà moins la moue. 

En fait, Bookiners, c’est simple, je crois. La fatalité a le pouvoir qu’on lui donne. 

Bon, reprenons dès le début. Helena naît donc dans ce bourg pauvre de Kazimierz. Elle a soif d’autre chose, mais ne sait pas encore la forme qu’elle prendra. Elle se sent différente. Elle étouffe dans ce monde qui la désespère. Alors elle part. Pour Vienne d’abord, chez sa tante, où elle vendra des manteaux de fourrure. Elle y reste deux ans, mais elle sait. Elle sait que vendre des fourrures n’est pas son destin – il n’est pas celui qu’elle s’est choisi. Alors elle se décide à partir pour l’Australie rejoindre une cousine et un oncle pour quelques temps, avant de reprendre le chemin de sa légende. 107 Whyte Street. C’est l’adresse de cette maison de briques australienne dans laquelle elle habitera et travaillera dans le bazar de son oncle. Son paysage ? « Des moutons, à perte de vue ». Coleraine, c’est l’enfer sur terre. 

« A bientôt 27 ans, elle a tout raté se dit-elle, parfois quand le désespoir la submerge. Elle n’a pas suivi d’études, elle ne s’est pas mariée, elle travaille comme une brute pour gagner le moindre shilling. Son existence est vouée à l’échec. Voilà. Pour autant, pas question de retourner en arrière. Être taxée de lebish, de perdante. Jamais ». 

Echouer n’est pas une option.  Alors, Helena décide de se battre, jusqu’au bout. Vous voyez, elle aussi doutait. D’elle-même, de son destin, de tout. Souvent lorsque l’on manque de confiance en soi, on pense être né avec. On pense qu’il y a ceux remplis de confiance en eux, et les autres. Mais la confiance se cultive. C’est un combat de tous les jours. Se rappeler qu’on vaut quelque chose, se rappeler que la vie ne nous décevra pas, c’est la moitié du chemin, la moitié de la bataille. 

Un soir, Helena a une idée. Sa peau diaphane et laiteuse, toutes les femmes de Coleraine l’apprécient et l’envient. Cette peau, elle la tient de sa famille, bien sûr, mais surtout, elle l’entretient tous les jours avec les pots de crème que sa mère lui a donné avant son départ. Et si ? Et si elle fabriquait elle-même cette crème magique ? Elle décide de quitter le bazar de son oncle pour travailler pour le pharmacien de l’autre bout de la ville, à Sandford. Le jour, elle vend des produits pharmaceutiques, le soir, elle lit les traités scientifiques que lui conseille le pharmacien et prépare des mélanges de crème afin de reproduire celle de sa mère.  

Ah ! Exceptionnelle vous disiez ? Oui, c’est vrai.  Exceptionnelle parce qu’elle ne s’est pas laissé le choix d’être moins que ça. Alors elle travaille. Sans relâche. Et chaque fois qu’elle baisse les bras, qu’elle pense avoir tout raté, elle se rappelle que se battre, c’est le début de la victoire. Alors elle recommence, jour après jour. 

Je sens que vous misez davantage sur l’exception d’Helena que sur sa persévérance. Si je vous disais que ma maman, à 23 ans s’est mise à rêver de devenir notaire ? Et qu’elle n’avait pas le bac? Et qu’elle vivait au Cameroun? Et qu’elle était mannequin? Et qu’on lui riait au nez lorsqu’elle esquissait ses ambitions? Si je terminais cette histoire en vous expliquant qu’à 28 ans elle est arrivée en France, avec les économies que son grand frère lui avait données, et qu’elle a repris ses études? Le bac. Puis la Licence. Puis elle m’a eue. Alors elle a arrêté. Puis à 40 ans, ses trois enfants dans les pattes. Elle a recommencé. Master 1. Puis 2. Et à 45 ans, elle est enfin devenue celle qu’elle s’était rêvée d’être. 

Ah, je vous sens plus attentifs ☺️. Maintenant, Bookiners, je vous demande de miser sur vous, non plus sur cette fatalité qui n’existe que dans votre tête. Et quand parfois vous perdez le sens du pourquoi, l’espoir et l’envie, relisez la biographie d’Helena, elle vous dira à nouveau que rien n’est jamais perdu tant qu’on est encore vivant. 

Bookiners qui voyagez peu, Bookiners qui désirez comprendre ce monde qui vous échappe, je sens que vous vous sentez laissés de côté ! Mais non pas du tout ! Je suis là. Avec cette biographie, vous voyagerez au cœur de la vie fascinante, palpitante et fastueuse de « Madame », de ses 24 ans jusqu’à sa mort, à 93 ans. Ce n’est pas tout, vous partirez de la Pologne jusqu’aux contrées australiennes sauvages et rustiques, en passant par l’éclatante Brisbane, la cosmopolite Sydney dans les années de la libération des femmes dès 1902, lorsqu’elles obtiennent le droit de vote. Ensuite, vous traverserez Londres, l’euphorique, émancipée de ses années d’austérité Victorienne où « le maquillage, les talons hauts, les hanches rembourrées et toutes sortes d’artifices étaient punis par la loi pour sorcellerie ». Ah, et Paris. Le Paris des années folles, les années graves, les années de guerre, entre Coco Chanel, Cocteau, Balmain, Poiret et Schiaparelli. Et enfin, New York, New York ! Le début du 20ème siècle est un siècle bouillonnant dans lequel s’édifient les fondements de notre siècle à nous : la mode devient un pied de nez à l’adversité, la consommation s’envole, la publicité explose, les femmes commencent à s’imposer, en 1909 le pantalon n’est plus illicite en France pour les femmes, Judith Gauthier devient la première femme à l’Académie Goncourt, 35 ans plus tard Hélène Lazaroff lance le magazine ELLE. Bref, avec ce livre vous traverserez les époques et les modes, vous comprendrez davantage sur quoi repose notre culture du beau, notre industrie du luxe, et notre féminisme. 

Je me tais pour de bon. La biographie orchestrée par Michèle Fitoussi est millimétrée, documentée, riche et magistrale. On voit tout, on apprend de tout, on comprend beaucoup de choses. Même les destins extraordinaires ont leur part de tragédie, leur cortège de malheurs et rien ne vous sera épargné, là n’est pas la question. Car si on ne peut pas tout contrôler, tout orchestrer de son destin, il y a bien une chose qui ne tient qu’à nous : se battre jusqu’au bout. 

En avant, marche ! 

Doux baisers doux Bookiners,