Mardi 21 novembre 2017, 17h09

 émoticône dialogue texto sms– Bébé, tu as regardé l’émission On n’est pas couché de cette semaine ? 

– Ouiii, avec Carla Bruni et Camélia Jordana ! Tu sais que maman est fascinée par Carla Bruni ? Elle est obsédée par cette femme !

– Ça ne m’étonne pas pour Carla,  cette femme est hypnotisante. Moi j’aime sa sagesse, ses phrases. Elle réfléchit tous ses mots avant de les prononcer, c’est apaisant. Elle est sereine et ça fait du bien, on ne voit presque que des interviewés névrosés d’habitude…

– Oui enfin Carla a du être bien névrosée dans sa vie, elle le dit d’ailleurs, elle a fait une psychothérapie pour se débarrasser de ses névroses. Je pense qu’on en a tous des névroses, c’est juste que certains en ont plus que d’autres 😂

– Oui genre Yann Moix il faudrait peut-être qu’il foute un peu la paix à son cerveau et aux cerveaux des autres 😂 ! Il y a trop de mots dans ses phrases alors qu’il dit des choses simples, ça me fatigue cette masturbation intellectuelle.

– Exactement ! Pour moi c’est un frustré cultivé Yann, il s’imagine avoir toujours raison car il cite ce qui arrange son raisonnement or parfois ça n’a pas de sens. Ça me donne envie de m’évanouir. 

– Bon je suppose que tu as donc vu le débat de Yann Moix et Aymeric Caron sur son bouquin ?

– Oui oui, je me suis d’ailleurs évanouie 😂

– Moi je ne défends ni l’un ni l’autre mais je reproche à Yann Moix de chercher des détails absurdes pour, par principe, être en contradiction avec l’invité. Parfois ça donne des conversations lunaires et c’était le cas là avec Caron, quand il joue avec des virgules pour expliquer qu’il n’a rien compris à la création d’Israël et que, par conséquent, il prend tout ça à la légère. Et c’est grave parce qu’il fait dire à Caron ce qu’il n’a pas dit, et c’est peut-être le discours de Moix que vont retenir les téléspectateurs. 

– Oui en vrai c’est grave de faire passer quelqu’un pour ce qu’il n’est pas au nom de ton interprétation forcée et alambiquée. Ça me rend hystérique quand les gens essaient de s’approprier ce que je suis. 

– Je sais bien. Et sur ce genre de sujet ultra épineux (Palestine-Israël), t’imagines les conséquences pour Caron ? Bref, j’y pense parce que je viens justement de lire un roman très puissant sur le conflit Israëlo-palestinien, et je trouve que la fiction est un sacré bon médium pour comprendre, de manière neutre et dénuée de toute passion politique, ce qui se passe là-bas. 

– Ah ouais ? C’est quoi ce livre, c’est récent ? 

– Oui c’est un bouquin de la rentrée littéraire, il s’appelle Imago, c’est Cyril Dion qui l’a écrit, tu sais il a réalisé et écrit le documentaire    « Demain » avec Mélanie Laurent qui avait eu un César. 

– Ah ouii je vois! Tu penses que ça pourrait plaire à nos Bookiners ? 

– Non seulement ça va leur plaire, mais je crois surtout que ce livre va leur être utile. 

– Okay attend attend, je vais chercher mes pop corn et je t’écoute. Vous êtes prêts Bookiners ? Go babe ! 

Black piano – Arnaud Rollat 

Je vous propose de lire ce roman, Bookiners qui cherchez à mieux comprendre le monde qui vous entoure, car Cyril Dion nous offre quelques clés de compréhension des colères qui transforment notre terre en un vaste terrain de guerre. Oui, rien que ça. Mais ne vous faites pas d’illusion, les livres les plus beaux sont souvent les plus tristes, parce qu’il dépeignent la réalité dans toute sa violence nue, crue, écorchée. A la lecture d’Imago, vous serez traversés par des émotions puissantes, bouleversantes. Brutal et poétique, tragique et utile, le livre interroge les identités plurielles, la recherche de soi, l’acceptation de l’autre. De Rafah, dans la bande de Gaza, jusqu’à Paris, les récits de vies s’entrecroisent, les destins se brisent, et nos yeux s’écarquillent. 

Je ne vous cache pas ma difficulté à vous raconter l’histoire du roman, car c’est au fil des pages que l’on comprend les liens entre les personnages que je ne saurais vous dévoiler en amont (je vous connais Bookiners, vous détestez être spoilés). Voilà donc ce que je peux vous dire en marchant sur des oeufs (et en ne vous parlant seulement que de quelques personnages):

Ce roman raconte déjà une immense colère : celle de Khalil, un jeune palestinien habité par une violence qui dépasse tout: son amour pour sa famille, son instinct de survie, sa jeunesse. Khalil est prêt à donner sa vie pour venger son peuple opprimé: 

« Pour toujours il les haïssait. Les israéliens. Les Français. Les Occidentaux en général. Tous ceux qui finançaient, entretenaient la guerre contre son peuple. Il aurait voulu les broyer, les dévorer sur place. La haine pourrissait ses pensées, ses entrailles, elle dévalait le long de ses muscles, de ses doigts. Sans pouvoir s’arrêter, il tournait en rond dans le camp dévasté, ne sachant comment se débarrasser de toute cette violence qui l’agitait. » 

C’est en se lançant à sa poursuite en France pour tenter de l’empêcher de commettre l’irréparable que son frère Nadr va apprendre à se connaître lui-même. Mais d’abord, les galères de famille. Que peut-on pour son frère lorsqu’il vous aime moins que son propre peuple? Nadr est le personnage de la résilience et de la sagesse, c’est lui qui vous fera grandir, mûrir, souffler. Parce que Khalil est son frère, parce que la paix ne s’établit pas dans la violence et parce qu’il doit donner du sens à son existence, Nadr n’hésite pas à tout tenter pour ramener son frère à la raison, quitte à traverser le monde et prendre d’immenses risques pour le retrouver. Sa détermination nous offre une grande leçon d’humanité, elle vous fera relativiser vos propres problèmes familiaux, je vous le garantis. Car laisser un membre de la famille prendre une mauvaise route, c’est perdre une part d’humanité, c’est aussi oublier le sens de notre vie. Nadr n’abandonne jamais, malgré les doutes, malgré la tentation de tout lâcher: 

« Pour la première fois, il ressentait la Palestine comme un fardeau. Dieu comme il aimait sa terre, ses tantes et ses oncles, ses amis, son peuple, comme il aimait Khalil, mais comme il aurait soudain souhaité qu’ils fussent tous morts, anéantis par un cataclysme qui le laisserait libre de tout désir de vengeance. Comme il aurait voulu que le monde d’hier disparaisse et qu’on le livre nu au monde de demain. »

Bookiners déracinés, vous êtes là ? La suite est pour vous. Lorsque Nadr recherche son frère, il tente en même temps d’accéder à lui-même. Malgré l’injustice subie par son peuple (les palestiniens), malgré le désamour de son frère, malgré son sentiment d’impuissance, Nadr n’abandonne pas. Il creuse, observe, essaye de trouver sa place, son rôle à jouer dans ce monde. Nadr, pacifiste, a appris le monde dans les livres (tiens tiens…) et en observant les mots et les choses de son pays. Mais en France, on impose à Nadr une identité qu’il ignorait : 

« C’était un sentiment étrange. Chez lui, on ne le remarquait pas. Ici, sous prétexte qu’il avait changé de continent, il était isolé, séparé des autres humains par une démarcation invisible, à la limite de la brutalité. » 

Nadr est donc confronté à une nouvelle part de lui-même. Mais comment comprendre son présent quand on ne connaît pas son passé ? Nadr n’a jamais connu sa vraie mère. Ce qu’il sait seulement, c’est qu’elle est française. Alors en France, Nadr avance, se perd, ne sait plus ce qu’il cherche, ressent le manque, comme un trou dans son coeur qui l’empêcherait de devenir quelqu’un. 

« Parmi les visages roses, la foule molle, je te cherche. Sans le secours des mots, Sans la moindre indication de là où tu vis. De ton apparence. Dans ce monde vulgaire, opulent, dont je ne fais pas partie. Pourtant une part de moi le voudrait. Pour comprendre qui tu es. Qui je suis. Comprendre pourquoi d’autres rêves me traversent, des rêves que ni Khalil ni aucun de mes frères palestiniens ne caresse. (…) Je n’ai pas d’espoir de te trouver et pourtant, sur chaque visage de femme, je t’espère. Mère. » 

Je pense à vous, Bookiners en quête de vos racines, remplis de pourquoi, de qui suis-je. Ce livre vous aidera à accepter d’être déboussolé, vide. Et l’accepter, c’est déjà avancer. C’est en marchant sur le territoire de sa mère que Nadr est confronté à son identité bancale et à ses peines d’adulte. Les doutes et la sagesse de Nadr vous berceront. Votre coeur se reconnaîtra et il pansera, à votre insu, vos blessures du passé et vos souffrances du présent. Car ce livre est aussi (et peut-être surtout) l’histoire d’un déchirement. Un déchirement à l’origine des destins brisés des personnages. Un déchirement à l’origine de leur quête sans fin. Bon, je m’arrête, sous peine de vous dévoiler l’élixir du roman. Ce que je peux vous dire si vous hésitez encore à lire ce livre, c’est que sa puissance vous laissera bouche bée. Je ne vous ai pas parlé de tout le monde, mais je peux vous dire que les chapitres alternent entre quatre personnages désespérés par un destin qu’ils subissent et leur passé qui les alourdissent. Tous sont prisonniers d’eux-mêmes, de leurs certitudes. C’est eux qui vous apprendront à penser plus fort votre vie. 

Un dernier petit teaser pour la route ? Okay, cliquez sur play juste en-dessous ! 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

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