Jeudi 26 octobre 2017, 15h34 

émoticône dialogue texto sms– Bébé je viens de réécouter ta chanson Nicolas. Je me pose une question : tu penses que ton ami s’est battu avant d’être emporté par le cancer ? 

– Mmmh… Je crois qu’il n’en a même pas eu le temps en fait. C’est arrivé tellement rapidement, ça a été foudroyant tu sais, il n’a même eu les semaines nécessaires pour digérer l’information et préparer son plan d’attaque. 

– Et tu crois pas que c’est mieux comme ça ? I mean, tu crois pas que c’est monstrueux de devoir te battre pour une maladie qui risque de t’emporter et qui te transforme en esclave de ses humeurs pendant des mois voire des années ? 

– Tout dépend du rapport que tu as à la mort je pense. A notre âge, je crois que c’est préférable d’avoir au moins le chance de pouvoir se battre pour vivre la vie que tu dois vivre. En vrai on n’a pas le droit de mourir à 24 ans, c’est odieux. Par contre, pour les vieux, je pense qu’il est horrible de devoir se battre contre une maladie, de se battre contre la mort qui de toute façon n’est plus très loin. 

– Oui c’est ça, tout dépend surtout du rapport que tu as à la vie, à tes attaches, à tes fiertés, à tes regrets. Je pense aussi que quand tu as des enfants tu es obligé de te battre. Tu vois maman ne m’a pas montré une seule fraction de seconde qu’elle comptait rendre les armes devant le cancer qui grossissait dans son sein. Je lui en suis infiniment reconnaissante mais en même temps je trouve que c’est presque une responsabilité à avoir vis à vis des gens qui s’éteindraient sans toi. Je pense d’ailleurs que ses enfants et son mari ont été sa plus grande source d’énergie pour se battre.

– Oui mais en même temps bébé, tu ne peux pas demander à quelqu’un de souffrir pour ton bien-être, c’est assez égoïste comme raisonnement. Même si je comprends ce que tu veux dire, quand tu fais des enfants, tu ne demandes pas à avoir un cancer à 45 ans, et si ça t’arrive, tu as aussi le droit de baisser les bras si tu préfères la mort à la souffrance que tu vis et à laquelle tu assistes à travers le regard de tes proches. Moi je pense qu’on devrait tous avoir le droit de mourir comme on le souhaite, ça doit faire partie des grandes libertés de l’homme.

– Nan mais oui je comprends ce que tu dis mais quand tu le vis, ta propre souffrance et tes inquiétudes cassent vite la gueule aux belles idées. Mais effectivement, la motivation du combat contre la mort est une affaire entre soi et soi-même. Je pense à ça en ce moment car je viens de finir un joli livre qui raconte ce combat. Ah et en plus ça va t’intéresser car c’est un chanteur qui raconte sa lutte contre la maladie !

– Ah génial ? Qui est-ce? Il est encore vivant j’espère ? 

– Oui heureusement, sinon le livre serait difficile à conseiller aux Bookiners (quoi que). Il s’agit de Mathias Malzieu, tu sais le chanteur du groupe Dyonisos !

– Ah oui oui je vois très bien ! Je ne savais pas qu’il avait été malade, raconte! Bien installés les Bookiners ? On t’écoute !

 

Jack et la mécanique du coeur – Dionysos 

 

Avant de commencer, sachez que j’ai choisi de vous faire écouter cette musique pour deux raisons: déjà, la joie enfantine est à l’image du texte dont je m’apprête à vous parler. Ensuite, le clip de cette musique a été tourné alors que Mathias Malzieu était déjà malade. Il ne le savait pas encore. Cliquez sur play, c’est bon ? Parfait, on peut y aller. 

Comme l’indique son titre, Journal d’un vampire en pyjama est un journal intime. En fait je dirais même plus, un journal de survie. Je ne sais pas si ce sont ses mots qui l’ont sauvé, mais je crois qu’écrire a immensément renforcé Mathias Malzieu dans sa lutte contre la maladie. Je pense que les mots d’espoir matérialisés sur du papier l’ont aidé à mieux y croire, parce que le sens des mots a plus de poids une fois sortis de la tête. 

Bookiners, j’avais envie de vous parler de ce livre et de m’adresser à beaucoup d’entre vous, que vous ayez déjà été confrontés à la maladie ou non. Je crois que ce livre est utile. Je crois que Mathias Malzieu pourra devenir votre mentor de courage, vous puiserez dans ses mots l’humilité et la joie nécessaires à toute vie heureuse. Parce que celui qui a frôlé la mort a une sacrée longueur d’avance sur nous tous. Celui qui s’est battu pendant des mois contre une leucémie foudroyante sait mieux que nous pourquoi la vie mérite d’être vécue. En lisant le livre d’un survivant, j’ai eu envie de mieux vivre, j’ai eu envie de faire un peu de ménage dans mon égo râleur. Dehors les ruminations permanentes sur ce que les gens pensent de moi, Oust les réflexions d’enfant gâtée sur ce que la vie pourrait m’offrir de mieux ! Ne m’en voulez pas Bookiners, mais je pense ne pas me tromper en disant qu’en lisant ce livre, vous vous rendrez également compte que vous êtes, souvent, des enfants gâtés qui ne pensent pas assez aux chances que leur offre l’existence. Tant mieux, il est bon de remettre nos pendules à l’heure de temps en temps. Mathias Malzieu sera donc votre régulateur, votre mentor de joie, votre horloger de motivation, votre distributeur de bonheur. Le chanteur n’est pas qu’un survivant, il est le soldat le plus joyeux et le plus poétique que je n’ai jamais lu. 

« Je viens de traverser l’enfer en stop. Le véritable enfer. Pas celui avec du feu et des types à cornes qui écoutent du heavy metal, non, celui où tu ne sais plus si ta vie va continuer. » 

La poésie de ses mots vous berceront, vous feront souvent sourire voire rire et surtout, ils vous impressionneront : l’auteur-chanteur-poète a écrit ce journal presque au jour le jour, ses inquiétudes teintées de joie loufoque sont donc écrites au moment où il ignore si la vie veut encore bien de lui. Il faut dire que Mathias Malzieu était déjà un soldat de la vie avant même de savoir qu’elle risquait de lui échapper plus tôt que prévu : 

« J’ai beau vouloir être inventeur, crooneur, semi-poète, illusionniste, skateur en plastique, mangeur de femme en peau de crêpe et imitateur d’animaux sauvages, je suis insomniaque, angoissé et épuisé d’avoir trop cru. (…) Le problème est que je donne plus que ce que j’ai. Je suis le plus con des dragons. Celui qui crache des étincelles et se crame les ailes avec. « 

D’un jour à l’autre, son corps lui déclare la guerre : après avoir consulté pour une immense fatigue, les médecins lui diagnostiquent une aplasie médullaire, c’est-à-dire un arrêt du fonctionnement de la moelle osseuse. Ses propres anticorps se retournent contre lui et attaquent ses cellules. Le combat entre son corps et son esprit est déclaré, sans aucun casus belli. Mathias Malzieu devient inopinément son pire ennemi. La blancheur de sa peau causée par cette nouvelle guerre et les transfusions de sang dont il ne peut se passer pour survivre le transforment en vampire. Le vampire le plus attachant que vous lirez. 

Champion du sens de la formule et des jeux de mots (mon préféré étant cette femme séduisante et diabolique, Dame Oclès, qui le suit partout), notre vampire parle comme un conteur pour enfant. Sa légèreté le sauve, elle nous enveloppe d’un baume réconfortant. Il joue avec les mots pendant que ses propres cellules s’amusent avec sa vie. Sacré pied de nez au destin ! Bookiners fatalistes, je vous prie de venir par ici. Si si, c’est une convocation officielle, présentez votre carte d’identité, venez par ici. Ce livre est sans doute celui qui vous fera le plus positiver de Peanut Booker. Toutes les pages nous rappellent que rien n’est perdu d’avance. Même pas la vie. La vôtre ou celle de votre proche malade. Mathias Malzieu nous mâche même le travail pour vous qui vivez sans trop penser, pour vous qui souffrez, pour vous qui hésitez à rendre les armes. Il nous offre une joie qu’il s’applique à entretenir quotidiennement pour tenir. Parce que malgré cette joie, le chanteur ne nous raconte pas de bobard.

« L’espoir s’est foutu de ma gueule, alors la colère le remplace. J’ai fait le prisonnier médical sérieux, j’ai bu du potage dégueulasse et je n’ai mordu personne. J’ai purgé ma peine de trois semaines et pourtant je suis toujours là. » 

Bien sûr que les onze semaines en chambre stérilisées mettent son moral à rude épreuve, bien sûr que l’immense inquiétude dans les yeux de ses proches est presque insurmontable, bien sûr que les doutes s’invitent souvent dans ses nuits : 

« Dans ce flou opaque et glacé, je suis en train de me briser le coeur. Chaque coup de fil à mon père et à ma soeur change mon crâne en bocal à larmes qui explose dès qu’on raccroche. J’aime trop la vie pour accepter l’idée de mort. » 

Ses doutes rendent illuminent encore plus la joie qu’il transmet dans ses pages. Vous les traumatisés et les autres, vous gagnerez en sérénité en le lisant, je vous le garantis. Le handicap s’est invité à votre table ? Qu’à cela ne tienne, Mathias Malzieu vous donne le mode d’emploi pour rire, écrire, composer et faire du skateboard dans une chambre stérilisée et avec la force d’un moineau agonisant. Si votre corps vous fait défaut, vous apprendrez avec ce vampire à vous échapper par l’esprit : 

« Je suis un exilé poétique échappé de mon propre rêve. » 

Notre vampire poète s’en est sorti et a depuis, comme il se l’était promis, réalisé le tour de l’Islande en skate board. Croyez-moi Bookiners, ses mots vous rendront la vie plus forte. 

Une dernière petite lecture pour définitivement vous convaincre ?

 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse

Psssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !