Vendredi 19 mai 2017, 23h12

 – Tatoo, tu as déjà été infidèle ?

– Tu veux dire, dans la vie ou avec les mecs ?

– Les deux.

– Mmmmh, attends, je réfléchis. Je pense que certaines de mes amies te diront que oui, j’ai été infidèle. Parce que je suis partie, je les ai sorties de ma vie. Je ne me suis pas battue pour un « nous » qui n’existait plus. En fait voilà, en amitié, je deviens infidèle quand on me trahit – pour me protéger des trop pleins de souffrance.

– Et avec les mecs?

– Oui oui, dans ma tête! Mais ça ne compte pas d’aimer Roland Barthes et Beyoncé plus que son mec, si?

😂

– Autrement, « dans les actes », je n’ai jamais été infidèle, car l’amour pour moi c’est une rafale de sentiments. Une effusion. J’aime avec mon corps et mon âme, tu le sais. Alors imagine que je devais aimer deux mecs, à la fois, je n’aurais plus de place pour respirer! Je crois que c’est trop important « aimer » pour se diversifier. Enfin je ne sais pas, peut-être que je n’ai pas la même énergie que mon padre (thank God!). En revanche, on m’a déjà trompée une fois.

– Ah oui celui de Londres ! Pourquoi il t’a trompée tu crois?

– Il a toujours trompé ses nanas. C’était un infidèle né. Il me l’a avoué après. Je crois même que j’aurais pu l’accepter pendant longtemps. C’est fou quand même, l’humain s’habitue à tout. Mais il avait un rapport étrange à la tromperie, tu sais. Je crois qu’il aimait s’assurer qu’il plaisait. Aussi, il avait peur de mourir. De mourir sans avoir vécu, alors il baisait. Et pour lui, vivre, c’était collectionner les nanas comme on collectionne les expériences.  

– Et toi comment tu as réagi quand tu l’as appris ?

– Au début, j’avais un peu envie de vomir, un peu envie de pleurer. Et puis j’ai essayé de comprendre ce que ça voulait dire tromper. Et à qui ça s’adressait – à mon égo ou à moi? A lui? ou à la société monogame? Et puis, aussi, je voulais savoir si ça condamnait ma relation avec lui ou bien si j’acceptais qu’il couche avec d’autres personnes indépendamment de l’affection qu’il avait pour moi. Le truc, c’est que je savais qu’il m’aimait beaucoup. Il avait simplement un « mode » d’aimer différent. Un soir, en voiture, en rentrant du restau, le mec, m’avoue, tranquillement que la veille, une femme l’avait dragué et qu’il l’avait ramenée chez lui. Littéralement, il me dit: « elle était jolie. Fine comme Kate Moss (merci pour moi!). Alors, j’ai voulu la tenter, je l’ai amenée chez moi, et quand elle a voulu m’embrasser je lui ai précisé que j’avais des sentiments pour toi et que du coup ça ne serait jamais sérieux entre elle et moi. Ceci dit, je voulais bien coucher avec elle, pour voir, mais je lui ai laissé le choix de partir ou de rester, je n’avais déjà plus autant envie d’elle. » 😐

– Oh mon dieu. 

– NO JOKES. J’ai du dire « what the fuck » à peu près 45 fois en 1 minute, dans ma tête. Et après, je me suis dit qu’il fallait que j’accepte sa confidence, que j’accepte qu’on en parle pour comprendre. J’ai dit à mon égo de fermer sa grande gueule, tout doux, et de me laisser gérer cette affaire 😂  La seule précaution que je voulais prendre: protéger mon intégrité, ma façon de m’appréhender, de me juger. Alors je l’ai prise dans les mains l’infidélité, je l’ai regardée en face. J’ai essayé d’en rire avec lui, de le déstabiliser en ayant une réaction complètement contraire aux réactions qu’il aurait pu attendre de moi, ou d’autres nanas. J’ai essayé de le comprendre, d’aller sur son terrain. Et j’ai fini par gagner. Ca fait déjà 6 mois qu’on n’est plus ensemble, mais il continue à m’envoyer des messages où il me dit qu’il n’est plus infidèle, que je suis sûrement la femme de sa vie, et qu’il est prêt à apprendre à aimer. Je lui réponds « Brace up and Champagne Shower baby! » 😂 #latestostéronerendmaboule.

– C’est fou que tu en sois ressortie indemne. C’est rare je crois. L’infidélité doit détruire beaucoup de personnes.

–  Oui, je crois que tu as raison. Mais j’ai compris que tout dépend du rapport que tu as à toi-même, et du lien que tu tisses entre l’infidélité et ta propre personne. Si tu les distingues, que tu ne les amalgames pas, alors tu peux en ressortir « presque » indemne. Autrement, ça te foudroie.

– Ca t’intéresserait de lire un livre sur l’infidélité?

– Of course! Ca pourrait même me faire du bien… si c’est en accord avec mes principes 😂

– En fait, j’aimerais te faire lire un roman qui parle de la fidélité d’un chien à son maître.

– 😂😂 Je viens de m’étouffer. Merci pour la comparaison!

– J’étais sûre que tu allais dire ça. Mais en vrai c’est très beau. Déjà, c’est un bouquin qui te redonne foi en l’humanité et en l’amour inconditionnel parce qu’il nous prouve qu’il existe. Il montre aussi que la fidélité peut faire des merveilles, mais aussi que l’infidélité se gère avec les mots.

– Ah! Nos Bookiners se réveillent, je les entends se dandiner! Go ahead! Nous sommes tout ouïe! 

Now we are free – Hans Zimmer & Lisa Gerrard

    Ce livre s’appelle Le Collier Rouge. Bon, j’entends Tatiana qui marmonne dans la sa barbe, en me disant obsédée par les textes historiques car ce roman nous renvoie au lendemain de la guerre 14-18, et les souvenirs de cette guerre sont au coeur de l’histoire. Mais ce cadre contextuel donne toute sa force au récit, parce qu’il nous permet de comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure, le monde d’hier et d’aujourd’hui.    On commence par visiter une prison déserte. Seul Jacques Morlac, un héros de guerre décoré de la Légion d’Honneur, y est détenu prisonnier. Même si le juge Lantier lui rend visite tous les jours pour tenter de le disculper, difficile de savoir avant les dernières pages pourquoi cet homme est emprisonné. Ce que l’on sait, c’est que Morlac n’aime pas la guerre et qu’il ne regrette en rien l’acte qui l’a mené en prison.

« Je ne lui ai que trop sacrifié, à la Nation. ça me donne le droit de lui dire certaines vérités. »

Ce que l’on sait aussi, c’est que pendant toute la guerre, dans toutes les batailles, Morlac a été suivi par son chien Guillaume. Depuis la fin des combats, ce chien tout cabossé campe en bas de la prison où réside son maître. Cette gueule cassée aboie jour et nuit, sans relâche jusqu’à s’en rendre malade. Bookiners en manque de tendresse, ouvrez grand vos yeux, préparez vos sourires, vous allez être servis. Car la tendresse et l’attachement de ce chien pour son maître dépassent tout l’amour du monde.

« Il a toujours compris qu’il était mon chien. Il se couchait à mes pieds, dormait à côté de moi, et si quelqu’un m’approchait avec un air mauvais, il grognait. »

C’est ce chien qui détient la clé du drame. C’est en fait lui, pour défendre son maître, qui a un rôle héroïque lors d’une bataille. Ce qui est intéressant, c’est que le héros de guerre tel qu’aime le fabriquer la société pose le problème de la part animal. Le combattant est un animal. C’est d’ailleurs ce qu’on lui demande, d’être une bête, de faire preuve d’une cruauté terrible à l’égard de ses ennemis. Or ce qui va différencier l’animal de l’être humain, c’est la fidélité. Amis bookiners infidèles, ouvrez grands les oreilles, prenez-en de la graine. Nous y sommes. Le chien défend ses amis jusqu’à la mort. Là, je vous parle de la fidélité inconditionnelle qui existe bel et bien dans ce monde.

« Guillaume lui a sauté à la gorge. Il l’avait déjà fait au moment de l’escarmouche à la baïonnette et on l’avait félicité, n’est-ce pas? Pour lui, un ennemi c’est un ennemi. C’est un bon chien fidèle. »

Mais le fait d’être humain, c’est aller au-delà de cette fidélité. Etre humain, c’est ne pas seulement défendre ses amis, mais être aussi capable de voir l’être humain dans l’ennemi. C’est pour ça que Morlac, pendant la guerre, cherche à fraterniser avec ceux qu’on lui demande de combattre, les russes et les bulgares. Il a dépassé sa part animale. Si ça, ça ne te redonne pas foi en l’humanité, je m’appelle Monique.

« Le signal, c’était l’Internationale. On devait chanter côté bulgare et nous, les français, on reprendrait en coeur. A quatre heures, on a entendu l’hymne qui montait d’en face. Vous ne pouvez pas imaginer l’effet que ça nous a fait. »

Parallèlement, le roman nous raconte l’histoire d’amour et d’infidélité qui lie, ou plutôt délie, Morlac à Valentine. Amis bookiners infidèles, revenez-voir par ici ! Avant la guerre, Morlac et Valentine sont amoureux. Pendant la guerre, Valentine se retrouve seule dans sa ferme. Pourtant, en rentrant du front, Morlac ne cherche pas à retrouver son amour et son fils, Jules, conçu lors d’une de ses permissions. Il préfère encore se faire envoyer en prison, seul, que d’être un homme trompé. En voyant sa femme avec un autre, Morlac n’a pas cherché d’explication. Il n’a rien dit, il est parti. Et pourtant, quand Valentine s’adresse au juge pour faire passer un message à Morlac, on apprend que le silence est parfois pire que la trahison. Morlac s’est tu. Il est parti. Il a baissé les armes, sans croire que Valentine avait pu lui être fidèle. C’est dans son silence qu’il l’a trahie. C’est dans son silence qu’il a brisé le lien qui les unissait: l’amour. 

« Dites-lui que quand il est revenu, il s’est trompé. C’était un camarade. »

Valentine est elle aussi restée fidèle jusqu’au bout. Je répète, Valentine est elle aussi restée fidèle jusqu’au bout. Cela veut dire que la fidélité est possible, et ce, même si Morlac ne croyait qu’en celle de son chien. Pour se protéger, peut-être, pour rester lui-même, sûrement. Alors bookiners, par pitié, parlez, parlez, pour ne pas rompre ce lien sacré de la confiance avec les gens qui comptent. Rien n’est irrémédiable, surtout dans les relations humaines. Des erreurs d’interprétation, des silences trop longs peuvent briser des relations voire parfois des vies. Pourquoi ne pas s’empêcher de souffrir quand des mots peuvent agir d’un coup de baguette magique?    Nourrissez-vous de mots, lisez, lisez mes bookiners.

Une petite lecture pour la route ? Voilà pour vous !

 

Doux baisers,