Mercredi 17 janvier 2018, 17h29

émoticône dialogue texto sms– Bébé !! On se voit toujours demain ? 

– Hi my love, au moment même où je te parle, je suis en train de me sculpter un corps de rêve, les anges de Victoria Secret pourront aller se rhabiller. J’ai commencé le meilleur programme sportif ever. 

– Tout doux bijou, tu sais que je fais du yoga et du renforcement musculaire tous les jours depuis six mois, et mes cuisses ne ressemblent toujours pas à celles d’Adriana Lima. 

– D’accord d’accord mais… que manges-tu à côté ? 

– …

– Hahahahahah je meurs !!! Ton silence m’inquiète et m’exalte !! Tu sais qu’en vrai je t’aimerais peut-être un peu moins si tu étais aussi sculpturale qu’ Heidi Klum !  D’ailleurs, je suis sûre que tu ne serais pas la même nana. Déjà si tu n’aimais pas le fromage tu ne serais pas aussi drôle !

– Je te rappelle que ce n’est pas moi qui aime le fromage mais le fromage qui est amoureux de moi et qui se retrouve toujours pas mégarde dans mon assiette en quantité industrielle. 

– Aahahahahahah, oui oui bien sûr, sorry honey (Bookiners, acquiescez sagement et tout se passera bien). By the way I’m so excited je viens de voir que mon amoureux Olivier Bourdeaut venait de sortir un nouveau bouquin !!!!!!

– Hahaha incroyable que tu me dises ça, je l’ai justement acheté pour te l’offrir mais… entre temps on m’a demandé d’en faire un papier donc je dois le lire avant. Promis je te le file dès que j’ai fini !!

– …

– Non mais attends tu vas être trop trop heureuse. 

– Je vois pas comment je pourrais être heureuse sans Olivier dans ma vie, là, maintenant. Mais parle, je t’écoute.

– Figure-toi que j’ai découvert la version féminine d’Olivier Bourdeaut !! Même poésie, même teinte de folie furieusement joyeuse, même air de Boris Vian et son Écume des jours, même histoire délirante et bouleversante.

– Whaaat ?? Qui est cette escroc ? Qui ose pomper le génie d’Olivier ? Comment s’appelle-t-elle ? Olivia Bourde ? Attends je vais voir sur Google.

– Hahahaha calm down honey. De un, ce n’est pas une escroc mais, comme Olivier Bourdeaut, une amoureuse de la langue française qui fait parler son génie créatif. Si tu me lisais mieux, tu verrais que ce n’est en rien une copie de Bojangles (mais alors vraiment en rien), mais qu’elle et lui partagent simplement le même talent de faire rêver, sourire et pleurer ses lecteurs. De deux, elle ne s’appelle pas Olivia Bourde mais … Odile d’Oultremont. Ne rie pas, petit démon. J’ai aussi cru qu’elle sortait tout droit du début du XXème siècle, qu’elle était la grand-mère de ma grand-mère, avec un pull over à la couleur douteuse en laine qui pique. Sauf qu’en lisant ses lignes, j’ai vite compris que l’auteur de ces mots ne pouvait pas dépasser l’âge de ma mère. J’ai donc naturellement googlé son nom pour voir le visage de cet être diabolique qui me privait de toute vie sociale et qui méprisait l’équilibre de mon couple et là… Choc sensationnel. Odile d’Oultremont est tout simplement la plus belle femme que cette terre n’ait jamais porté. Tu ries encore ? Tu ne me crois pas ? Alors tape « Odile d’Oultremont » dans ton Google Image et reviens vers moi. Vas-y, je t’attends. 

– Holly fuckin shit !!!!!! You’re right !! Le délire de la beauté !! Mieux que les anges de Victoria Secret !! 

– I knooooow c’est crazy !! Bon ben tu vois, cet avion de chasse, c’est un peu la nana que tout le monde rêverait d’être, tu sais le même délire qu’Alicia Keys : la meuf est sublime et bourrée de talents presque divins. 

– Arrête. 

– Je te jure !! J’ai lu plus d’une vingtaine de bouquins de la rentrée littéraire de janvier pour le boulot là,  et personne (je répète personne) ne lui arrive à la cheville. Énorme coup de coeur. Je crois que ce bouquin est le signe que 2018 va être une année formidable. 

– En même temps ça ne pourra pas être pire que ton année 2017 hahahaha #sorrynotsorry. Non en vrai raconte ? J’ai déjà envie de le lire, je le commande ? So excited !! Bookiners vous êtes prêts ? Vous sautillez d’impatience comme lorsque vous avez envie de faire pipi ? Okay lets go !

Bon déjà, pour les impatients comme Tat, pour ceux qui me font déjà confiance sur le caractère pépitiesque de ce livre, vous pouvez déjà commander Les déraisons en cliquant sur ce lien: 

Les Déraisons

Pour les autres, cliquez sur cette musique de Debussy et lisez tranquillement l’article pour vous convaincre que vous avez besoin de ce livre dans votre vie. 

Petit nègre – Debussy 

Il est de ces livres qui vous rendent baba. Vous savez, ce livre que vous auriez pu écrire, mais en fait non parce que le talent de l’écrivain vous dépasse d’à peu près 35 000 km. Vous voyez, ce livre qui raisonne tellement en vous que vous avez presque l’impression de l’avoir déjà lu, comme si le roman s’adressait au petit enfant qui sommeille en vous. Bon, eh ben ce livre pour moi (il résonnera de la même manière chez vous j’en suis sûre), c’est le premier roman d’Odile d’Oultremont, Les Déraisons. Déraisonnablement joyeux, déraisonnablement inventif, déraisonnablement bouleversant aussi. 

J’appelle les Bookiners qui ne croient plus en amour et en la tendresse. Préparez-vous à être éblouis. Vous allez découvrir ou renouer avec l’amour fou, littéral, sans limite et extraordinaire, d’Adrien, employé d’une grosse entreprise, pour sa femme Louise, étourdissante de gaieté. Un exemple ? 

« Tant qu’elle se trouvait aux commandes de son bateau ivre, il pouvait s’abreuver à sa folie, se l’injecter par shoot quotidien : Adrien Bergen était le junkie de sa femme. » 

Ah oui car il faut que vous sachiez que Louise est délicieusement folle. 

« Ouvrière qualifiée de l’imaginaire, elle avait des mains dans son cerveau, de l’esprit dans ses mains, elle travaillait à plusieurs, on aurait dit un orchestre-labeur, quelque chose comme un quatuor artistique. » 

Ne vous méprenez pas Bookiners, je crois que la folie n’est désignée que par ceux qui s’ennuient dans ce bas monde. Autrement dit, je préfère être folle comme Louise et m’inventer des histoires pour chaque molécule de ma vie plutôt que de donner des leçons de vie à ceux qui n’ont rien demandé. Vous savez ce que disait Simone de Beauvoir? (Je le sais car c’est l’épigraphe du livre):

« J’accepte la grande aventure d’être moi. »

Voilà. C’est le sublime pari de Louise que vous aurez envie de relever à la lecture de ce livre. Pourquoi ? Parce que vous allez adorer Louise qui : 

«  désaxe la réalité pour illuminer l’ordinaire ». 

Vous avez bien lu Bookiners ? Désaxer la réalité. Whaou. Rien que ça. Ce livre est la promesse d’un ailleurs, d’un autrement. Pourquoi est-ce magistral ? Parce que le temps d’un peu plus de 200 pages, vous laisserez vous-mêmes échapper le monde qui vous échappe. Et rien n’a égal à mes yeux que la littérature qui vous défie de vous extraire puissamment de votre quotidien. Avec ses mots en dentelle, Odile réussit le pari haut la main. 

L’amour fou d’Adrien et Louise se décuple encore lorsqu’on découvre une tumeur dans le poumon de la jeune femme. Adrien, placardisé au bureau par sa hiérarchie, décide de tout plaquer pour s’occuper de celle qui donne du sens à sa vie. Comme des enfants heureux, main dans la main dans leur univers fou de joie, un sourire indélébile collés aux lèvres, ils en sont sûrs : la mort ne passera pas par eux. 

« Adrien était le mécène de la planète Louise, grasse et vitale, il la polissait, la coiffait, lui injectait des vitamines, la labourait et la désinfectait, et, pour la protéger, il avait constitué une armée robuste, dont il était le seul soldat. » 

Alors même quand Louise doit subir des traitements lourds, même quand elle perd ses cheveux, Louise sourit à la vie. Parce que la seule raison de vivre est d’être heureux. Parce que ça ne sert à rien d’être triste. Parce qu’il vaut mieux être amoureux, même si on est parfois incompris. 

« C’est pour Adrien que je peins. Parfois, il ne comprend rien mais c’est normal, vous me direz, l’amour est la langue secrète d’une minuscule communauté où l’on réside seul la plupart du temps. » 

Je vous laisse apprécier la poésie de la prose d’Odile d’Oultremont, et je continue à vous raconter le livre. Bookiners qui ne croyez plus en l’amour et en la tendresse, vous êtes toujours là ? Parfait. J’appelle en plus les Bookiners qui ne rient plus mais qui aimeraient se tordre à avoir mal au ventre. Ne faites pas la tronche, souriez d’avance, faites-moi confiance. Tout le monde est là ? Ah non ! Vous au fond, Bookiners qui avez perdu un être cher, venez ici aussi, ne vous inquiétez pas ça va aller. Voilà, tout doux. Let’s go ! 

Il faut que je vous dise que plusieurs chapitres (y compris le premier donc je ne vous prive d’aucune surprise) concernent un Adrien seul qui assiste à son propre procès. Souvent, il regarde sa Louise montée au ciel et rit en imaginant ses réactions. Adrien est accusé de ne pas s’être présenté au travail pendant… un an (oui rappelez-vous, il a déserté pour s’occuper de son amour). Le problème, c’est que personne ne s’est aperçu de son absence pendant tout ce temps. Avec un juge bien frappé et un Adrien plein de celle qui l’a quitté, les scènes du procès vous emmènent dans un délicieux voyage en absurdie. Non, ne sortez pas vos mouchoirs, souriez et réjouissez-vous de voir un couple si lié même après le grand voyage :

« – Qu’avez-vous fait pendant un an si vous n’alliez plus au bureau, monsieur Bergen? 

– Oh.

Cette question met Adrien en joie.

– Nous dansions, ma femme et moi, monsieur le juge.

– Vous dansiez? Vous avez dansé pendant un an?!

– Quand elle en avait la force physique, acquiesce Adrien.

– Et c’est pour cette raison que vous avez renoncé à aller travailler? 

– Vous en connaissez une meilleure? » 

Eh oui, ne me dites pas que je ne vous avais pas prévenu ! Dans ce couple où le chat s’appelle… Le Chat, dans leur monde joyeusement renversé, chamboulé, inversé, la joie et le rire s’infiltrent partout, méfiez-vous ils vous infiltreront aussi : même dans les drames, même dans les souffrances, même dans la maladie, vous apprendrez grâce à Louise que la flamme, l’âme qui vous a quitté et qui sourit au fond de vous ne s’éteint jamais vraiment, il suffit de la regarder de plus près, de la titiller, de jouer un peu avec elle, regardez, elle est là : 

« Adrien se prit à croire aux miracles et à tous ses synonymes. Mais, en reprenant contact avec la lumière, lui vient en conscience la plus véhémente des réalités. Elle était là, répandue, sous ses yeux : Louise, profusément inanimée, qui lui hurlait l’éternité.

– Tu dors ? 

– Non, c’est la mort.

– Ah, d’accord. »  

Oui Bookiners, ce roman est bouleversant de poésie, de justesse, et d’infini. Il vous transcendera car il vous autorisera à faire la nique à la réalité d’un monde qui vous ennuie. Odile d’Oultremont aborde la maladie et la mort avec des kilos de tendresse, une pincée d’humour, et des poignées de joie. Elle saupoudre le tragique de fantaisie, et le résultat est magistral. Ce livre vous enverra dire bonjour aux étoiles, aux vôtres ou aux autres. Vous passerez aussi saluer votre coeur qui n’ose pas, qui n’ose plus mais qui voudrait. Vous embrasserez le petit enfant qui sommeille en vous et qui vous prie de l’écouter un peu plus. Ce livre vous fera vivre mieux, plus grand, plus vous. 

Je vous laisse sur ces mots, et vous envoie des baisers cosmiques. 

« Il observa sa Louise, rassérénée par l’air pur de la bonbonne. Il avait le vertige. Il se vit perché, avec elle, au sommet d’un sommet, au bord de la première vue du monde qui n’est rien d’autre que la dernière et, alors, en une preuve d’amour absolu, lui offrit de la laisser s’en aller, seule face à l’immensité, de la rendre à son état premier, la solitude. Et de lui signifier ainsi sa confiance infinie. » 

 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'HéloïsePsssst ! Vous avez envie de goûter cette pépite et de la placer sur votre table de chevet ? Cliquez sur la photo du livre juste en-dessous, commandez-le, et zou ! Bonne lecture !