Ce que le jour doit à la nuit est un livre qui m’est tombé entre les mains par hasard. Pourtant, il est arrivé au moment de ma vie où j’en avais le plus besoin. Mon papa adoré consacrait les derniers moments de sa vie à lutter contre une leucémie et je me demandais réellement comment je réussirais à traverser ce passage,  ô combien douloureux.

Ce livre, comme un signe, m’a encore plus rapprochée de celui qui m’avait donné la vie. Au travers de la vie de Younes le héros du livre, il m’a permis de mieux comprendre la jeunesse de mon père en Algérie, l’Algérie coloniale, torrentielle, passionnée et douloureuse. J’ai perçu grâce à Yasmina Khadra les fractures, les silences mais aussi les inspirations, les passions et la force de l’amour de mon père, médecin, pour l’être humain, pour les femmes, ses femmes, sa mère, son épouse, ses deux filles.

« L’homme n’est que maladresse et méprise, erreur de calcul et fausse manœuvre, témérité inconsidérée et objet d’échec quand il croit avancer vers son destin en disqualifiant la femme… Certes, la femme n’est pas tout, mais tout repose sur elle. Regarde autour de toi, consulte l’Histoire, attarde-toi sur la terre entière et dis-moi ce que sont les hommes sans les femmes, ce que sont leurs vœux et leurs prières quand ce ne sont pas elles qu’ils louent…. Que l’on soit riche comme Crésus ou aussi pauvre que Job, opprimé ou tyran, aucun horizon ne suffirait à notre visibilité si la femme nous tournait le dos »

Au travers de ces pages, j’ai vécu de nouveau nos heures de discussions sur la vie, l’humanité, la liberté, l’Amour…

« Si tu veux faire de ta vie un maillon d’éternité et rester lucide jusque dans le cœur du délire, aime…. Aime de toutes tes forces, aime comme si tu ne savais rien faire d’autre, aime à rendre jaloux les princes et les dieux…car c’est en l’amour que toute laideur se retrouve une beauté. Celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n’aura que l’âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme»

« S’il n’y avait qu’un seul instant de notre vie à emporter pour le grand voyage, lequel choisir ? Au détriment de quoi, de qui ? Et surtout comment se reconnaître au milieu de tant d’ombres …/… nous sommes plusieurs personnages en un, si convaincants dans les différents rôles que nous avons assumés qu’il nous est impossible de savoir lequel nous avons été vraiment, lequel nous sommes devenus, lequel nous survivra»

Et puis il y a eu ce passage qui m’a fait lever la tête, me tenir debout au moment du grand départ de celui qui chaque jour me donne l’énergie d’y croire et de faire de ma vie quelque chose de plus grand, de finalisé et dont il serait fier.

« Il est une vérité qui nous venge de toutes les autres : il y a une fin en toute chose, et aucun malheur n’est éternel …/… C’est comme si d’un coup, toutes les étoiles du ciel n’en faisaient qu’une, comme si la nuit, toute la nuit, venait d’entrer dans ma chambre pour veiller sur moi. Je sais que, désormais, là où j’irai, je dormirai en paix. »

Sandrine