La nuit est encore jeune, par le collectif Catastrophe (Pauvert)

Jour après jour, les pluies de cendres continuent de tomber sur nos têtes. Ce sont les deuils, les séparations, les cataclysmes qui guettent, les explosions du monde, les scléroses du langage, les nécessités qui ont force de loi, les fadeurs convenues auxquelles on se résigne en guise de contact humain… Si bien que la vie finit parfois par ressembler à une gigantesque Pompéi en attente de pétrification dernière. On n’y échappera pas, le temps passe. C’est que, nous l’a-t-on assez répété, la partie est jouée d’avance, il faut bien grandir, mûrir, en terminer avec les élans de nos enfances, prendre enfin sa place dans l’ordre des choses et devenir l’adulte, statue de chiffres qui s’ignore. 

Mais sous cette averse ininterrompue de cendres où s’éteignent nos volcans, les livres s’ouvrent parfois comme des parapluies. La nuit est encore jeune : qui nous parlera à nouveau de tout ce qui bruissait en elle lorsque nous courions dans les forêts, ou nous jetions pour rire à pieds joints dans les flaques ?

La catastrophe : non pas celle où l’on s’abîme définitivement, mais au contraire, ce « bouleversement » étymologique qui retourne les tragédies quotidiennes jusqu’à y ouvrir un nouvel appel d’air. En soixante-six chapitres, qui sont autant de respirations salutaires avec le monde comme il ne va pas, l’essai du collectif Catastrophe (Blandine Rinkel, Pierre Jouan, Hadrien Bouvier, Arthur Navellou…) renoue avec l’inaccaparé, cette palpitation qui s’obstine à l’intérieur des cailloux. 

Essai du rebond, de la résilience même, essai qui inverse le regard pour abolir les murs qu’on croyait infranchissables, voilà un de ces livres qui font du bien, un de ces livres trop rares qui nous replacent

« au seuil de l’extraordinaire, dans l’attente des signes. »

Parce que tout n’est pas perdu, tout est éperdu…

Frédéric Aribit