Mercredi 9 août, 15h00

émoticône dialogue texto sms– Hélooo ! Tu ne devineras jamais ce qui vient de m’arriver !

– Je te parie que je n’aurai pas le temps de deviner car tu m’auras déjà tout révélé dans trois… deux… un ….  (Bookiners, venez, je sens que ça va être Juicy !)  

– Depuis que j’ai commencé le best-seller d’Aurélie Valogne Mémé dans les orties, je me fais klaxonner par tous les pépés de Fontainebleau et de Paris, ce n’est pas une blague ! 

– 😂😂

– Dieu se fout de ma gueule, j’en peux plus. Entre les chacals de Tinder et les pépés en Twingo rouge, je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter ça. Je les adore hein les octogénaires, mais enfin, un peu de tenue ! Tu ne devineras pas comment Pépé Carlos m’a abordée quand je me dirigeais vers la gare de Fontainebleau. 

– Raconte !

– Je marche, tranquille, sereine, et là, le mec ouvre sa fenêtre pour me faire un clin d’œil. Il perdait ses cheveux blancs en roulant. Je lui fais un sourire poli, sans les dents, pensant qu’il comprendrait que ça voudrait dire, « merci, mais non merci, bonne journée, bye ». Penses-tu. Pépé s’arrête. Sur le coin du trottoir, pour m’attendre. La main dans les cheveux qui lui restaient, et la vitre ouverte. 

– Oh, l’angoisse. 

– Je passe sans rien dire, des pépitos à la bouche, et là il m’apostrophe en criant «Hé ma mignoonne ! je voulé té dire qué tou é bwelle»

– Mais attend il venait d’où ton pépé ? Personne ne parle comme ça dans la vraie vie ! 

– C’était un portugais, mais je ne suis pas très douée pour les accents à l’écrit 😬

– Tu n’as jamais su imiter les accents, même à l’oral Tat 😌

– Passons. Je lui réponds, « merci, monsieur, bonne journée, au revoir. » Prenant mon « merci » pour une invitation à en dire davantage, pépé se fait moulin à parole, il ne s’arrête plus : « depouis qué jté vu, j’été ébloui com un souleil. Jé com rajouni de dix ans. Je cherche oune femme de couleur pourrr mé dibertir, et pour rajouni. ».

– Je ne te crois pas. 

– Du coup je lui ai gentiment raconté que j’étais lesbienne et bientôt mariée. Enfin bon. Si je n’écris pas un roman sur mes aventures avant la morgue, c’est que j’ai attrapé Parki à 25 ans, c’est moi qui te le dis. 

– Ahahahah #mameilleureamieestfolleàlier

– #tameilleureamieasurtouttouslesmalheursdumonde surtout que bon, en plus de ce portugais de Carlos, l’octogénaire aux prétentions Don Juanesques, Mémé dans les orties c’est plutôt à s’étouffer dans de la semoule. Interminable le truc. J’en suis à la page 25, je ne vois plus la lumière du jour. 

– Ahahahah ! Moi j’avais déjà essayé Aurélie Valogne, je ne suis pas fan, je trouve ça un peu ras les pâquerettes, mais bon, si ça plait, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison, essaye de lire jusqu’au bout pour voir.

– Ras les orties, oui ! Bah, écoute, soit la France me fait une blague, soit je m’appelle Josiane. En même temps, nous sommes le 9. Les anglais débarquent, comme tous les mois. J’imagine que mon désarroi et mon humeur révoltée n’aide pas Mémé dans les orties à trouver une critique favorable. 

– Mais alors, que que tu vas faire, tu vas le commenter ?

– Je ne sais pas chaton, pour l’instant, je ne pense pas car je lui mettrai la note de 4/10 et on a dit qu’on commentait les romans à partir de 6/10 non? 

– Yes, donc, si tu n’y trouves aucun intérêt pour nos Bookiners, ouste ! 

– Ok ! Deal ! 

6h plus tard 

– Alors ? t’en es où ? fini ? 

– Page 170, encore il me reste 80 pages environ.  

– Note ? 

– 6/10

– Ah bon ?! Bookiners vous êtes là ? C’est bon ? Bon vas-y raconte !

 

Ok, je vais être assez franche Bookiners. J’ai tout le respect du monde pour Aurélie Valognes, pour tous ceux qui écrivent, ceux qui vont jusqu’au bout, car pour avoir déjà essayé d’écrire 45 fois sans terminer, c’est un travail de longue haleine éreintant, enivrant aussi. On se demande tout le temps si on file le bon coton, si les lecteurs vont se retrouver, rire, aimer, apprécier, comprendre… Ce livre, je ne vous le recommande pas parce que c’est une pépite, ou parce que je l’ai adoré. J’ai commencé à apprécier le roman à la 80ème page, j’ai écarquillé mes yeux de joie à la page 177 et j’ai réellement été éprise de la plus grande tendresse à la page 222. Je vous le commente et vous le recommande, comme une sorte de plaisir coupable, vous savez, celui qu’on éprouve sur fond de culpabilité lorsqu’on regarde des épisodes de Plus belle la vie, Les Marseillais, ou Les Feux de l’Amour. Ah, je le sens, vous me comprenez. Aussi, je pense qu’il ouvrira les yeux à certains d’entre vous, avec soupçon de tendresse, une goutte d’espoir et quelques graines d’amour.  J’appelle, les Bookiners esseulés, en manque de compagnie et en mal de divertissement. Vous allez être servis !

Sidney Bechet – Si tu vois ma mère

Mémé dans les orties vous catapulte dans une résidence des années 50, au 8 rue Bonaparte, chapeautée par Mme Suarez, la concierge, une maniaque à lhygiène buccodentaire irréprochable. Dans cette résidence, donc, vous serez accueillis par les lèvres pincées et les sourcils froncés de cette petite dame d’une cinquantaine d’années. Elle vous précisera dès qu’elle le pourra et en caressant Rocco son chihuahua d’amour, qu’elle n’est PAS portugaise pour un sou, malgré son nom de famille matrimoniale. Puis vous croiserez mesdames Joly, Berger, et Jean-Jean, des septuagénaires serviles qui obéissent au doigt et à l’œil à Mme Suarez. Vous côtoierez ensuite, pour votre plus grand plaisir, la So Chic Madame Claudel, bavarde, subtile et aimante ; l’attachante et déroutante petite Juliette, drôle, vive, intelligente, prévoyante et sacrément décapante ! Elle déboulera chez vous comme si c’était chez elle, avec quelques gourmandises en échange d’un plat de coquillettes et de cornichons ! Et enfin, le personnage principal, Monsieur Ferdinand le fâché, qu’un rien agace : le bruit, le téléphone, la vie, l’amour, les autres, sauf Daisy son dogue allemand qu’il semble aimer plus que sa propre fille. N’ayez crainte, Mr Ferdinand a le cœur doux et fondant comme une guimauve, il suffit de l’apprivoiser, je vous assure! Ces personnages attachants, leurs lubies, leurs manies, leurs mimiques vous feront sourire, comme on sourit des défauts farfelus des gens qu’on aime. Lorsqu’ils déambuleront sous vos yeux, vous ne vous sentirez plus seuls. Mieux, vous vous sentirez aimés.  Vous vous en doutez, j’appelle maintenant les Bookiners en quête de tendresse ! Même s’ils ont tous l’air un peu brutes de décoffrage, un peu maladroits et un chouia hostiles, les personnages de Mémé dans les orties ont de la tendresse à revendre et de la tendresse à recevoir. Eux aussi, attendaient avec impatience votre visite ! Je crois qu’être en manque de tendresse c’est être en manque d’humanité, en mal d’échanges et de partage. Dans la résidence, tous les personnages cherchent un compagnon de route, même si elle ne semble plus si longue: un compagnon de déjeuner, de discussions, de bridge ou de sourires. Une main chaude, chaleureuse et des attentions qui donnent du baume au cœur. Tous cherchent cette douceur à partager, mais comment la dire, l’exprimer? Il faudra tendre l’oreille, Bookiners, et faire preuve de bienveillance, afin de comprendre que tous ceux qui s’agitent, qui rouspètent n’ont besoin que d’une main tendue, la votre, afin de partager la tendresse qui dort en eux : 

« Si au début Ferdinand n’avait pas fait exprès de contrarier ses voisines, désormais, il prépare ses coups et se fait un malin plaisir à leur mener une vie impossible. Il fait tout pour se rendre désagréable (…) Il grogne ou répond sèchement les phrases les plus désobligeantes et impolies qui soient. Ou pire, il fait le sourd, ignorant de toute sa hauteur la vile petite chose qui ose s’adresser à lui. »

Jusqu’au jour où ? Madame Claudel prend le contrepied de l’antipathie feinte de Ferdinand et l’invite à prendre le thé, tandis que la petite Juliette s’invite chez lui et le force à lui préparer des coquillettes. Les deux ont su entrevoir la brèche d’amour qui se cachait en Ferdinand, et alors, vous qui lirez les aventures de ce joli trio, vous serez imbibé de tendresse, de sympathie pour vos nouveaux amis, si bien que vous vous imaginerez leur faire de longs câlins amicaux ! Vous savez Bookiners, la rubrique « L’amour j’ai donné » renvoie à une sorte de sentence fatale. De destin inexorable qui vous condamnerait à écouler les dernières années de votre vie sous l’arbre de la solitude et les nuages de malheur. Ferdinand, il est un peu comme vous Bookiners fatalistes et Bookiners qui ne croient plus en l’amour. Non seulement il pense qu’il ne sera jamais une personne aimable, gentil et bienveillant, mais en plus, il pense qu’à son âge, il est impossible d’aimer à nouveau, impossible d’être heureux. Si vous lui demandez la raison, il vous répondra : 

« On ne change pas à mon âge. Et encore moins en bien ». 

Ferdinand a 80 ans. Et la force du roman d’Aurélie Valogne, c’est nous montrer qu’il n’est jamais trop tard pour changer, jamais trop tard pour aimer, et encore moins pour être heureux. Tant qu’on est vivant.  Avec Ferdinand, Bookiners désabusés par l’amour, et Bookiners fatalistes, vous en ferez l’expérience. Vous verrez que changer, qu’être aimable avec les autres et heureux dans sa vie n’est pas une question d’âge mais de choix. Même devenir un bon père est possible si on se décide enfin à prendre les bonnes décisions, non plus avec son ego mais avec son cœur.  Je ne peux pas tout vous dire, ce serait dommage. Je vous dirai simplement que toute sa vie, Ferdinand s’est senti condamné, maudit. Il a en fait créé sa propre malédiction. Il s’est pensé odieux, parce qu’il avait peur d’aimer et d’être aimable, il a donc joué à celui qui pense à l’envers, à celui aux mots de travers, au cynique, au blasé, et il est devenu cet homme odieux qu’il n’était pas. Il pensait que l’amour n’était pas pour lui, il l’a donc fait fuir, l’amour, et elle est partie avec le postier italien, l’amour.  Allez, je vous laisse. Ce roman est plein de rebondissements assez jouissifs qu’il me tarde de voir vos yeux écarquillés de surprise et de joie.  Parfois, il suffit de laisser une nouvelle chance à la vie pour qu’elle nous sourie. Allez, souriez, changez, aimez, puisque vous êtes vivants. 

Doux baisers,