Mercredi 13 janvier 2017, 12h37

– Honeymoon?

– Yes my love

– Il faut que je te parle.

– Attends je pars courir deux heures avec Sweig aux oreilles, tu me textes après. Oui, j’ai mangé deux pots de Haagen Dazs. Un cookie. Un macadamisa nut brittle. Oui, c’est pour ça que je vais courir. N’en parlons plus. C’était Noël il n’y a pas si longtemps.

– Bébé, Noël c’était il y a trois semaines…

– Mon anniversaire c’était il y a moins longtemps.

– Attends avant d’aller courir s’il te plaît.

– T’as pas compris je crois mon ange. L’heure est grave. Je n’arrive plus à rentrer dans les pantalons de femme enceinte de ma mère, Hélo 😐

– Please honeymoon, c’est important. L’heure est tragique. 

– Oh merde. Ok. Bon. Respire: 1,2,3. J’ai le droit d’aller chercher un brownie, car l’heure est tragique. C’est bon. Je t’écoute. 

– Je ne vais pas bien. Je ne vais vraiment pas bien. Je n’en ai encore parlé à personne. Mais je crois que je suis en train de m’embourber dans une dépression. Une chute lente, sinistre, implacable.

– Qu’est-ce qui te fait dire ça?

– Depuis un mois, je fais d’impressionnantes crises d’angoisse et de larmes. Ca a commencé un soir, sans prévenir. Je regardais un nuage se gonfler de colère et j’ai fondu en larmes. Impossible de m’arrêter. Ca duré 3 jours. J’ai crû être en enfer. Ma tête brûlait, je n’étais plus moi. Après les larmes, c’était l’angoisse, après l’angoisse,la panique. Je me sens hors de moi, comme si mon esprit s’était échappé, qu’il m’avait abandonnée, et qu’il me regardait mourir, en suffoquant. 

– Ok, ok, breathe mon ange, ça va aller, je suis là. Concentre ton esprit auprès de ton coeur. Rassure-le, dis-lui que tu vas te battre pour lui. Ensuite, écris. Rappelle-toi une belle chose qui t’est arrivée cette semaine, le mois dernier. Oui, je sais. Le concert de Nekfeu. Rappelle-toi ton ivresse. Tu vois, la vie en vaut la peine. Respire encore. Ne t’arrête pas de respirer. Mets tes mains près de ton coeur, apaise-le et continue de me parler. Ca va aller. Nous sommes ensemble.

– J’ai très envie de mourir. C’est plus fort que moi. 

– Ta vie va bien mon ange. Tu vas choisir de vivre. Vivre. Vivre. Pour tous ces bonheurs pas encore savourés, pour tous ceux qui t’aiment, pour tous ceux qui meurent sans l’avoir voulu. Vivre, survivre, vivre. 

– C’est peut-être ça le pire, vouloir mourir quand tout va bien. Je suis folle amoureuse, j’ai un job d’enfer, des amis extraordinaires et la famille la plus aimante au monde.

– Pourquoi es-tu sûre que c’est une dépression, as-tu vu un psychiatre?

– Oui, le mot a été lâché. Et puis je suis tombée sur ce livre… Et j’ai compris. Il décrit au détail près tous mes symptômes mentaux et physiques. J’ai compris que je n’étais pas la seule à vivre cet enfer les yeux ouverts. C’est déjà un poids en moins. Je ne suis pas folle, je suis malade.  Depuis que j’ai lu ce livre, je le transporte partout avec moi. Je l’ai déjà lu trois fois d’ailleurs. Certains passages sont mes pansements. Il me rappelle toutes les raisons qui me raccrochent à la vie.

– Il faut que je comprenne précisément ce qu’il se passe dans ta tête, right now. Et nos Bookiners aussi. Quelque chose me dit qu’il y en a parmi eux qui souffrent aussi. De Dépression, ou de Grand Vague à l’âme. Raconte-nous ce livre. Ecris-nous ta douleur. Epanche ton mal et tes symptômes. Surtout, explique-moi, explique-nous comment ce livre t’a aidée, et t’aide encore. 

– Va courir babe, je t’écris ça. J’ai besoin de temps pour être précise dans mes mots. Je ne sais pas encore comment décrire tout ça avec justesse. Je vais essayer.

– Prends ton temps. Je garde mon portable au cas où. Je suis là pour toi. Toujours. Toute la vie. Pour le meilleur et pour le pire. 

– Toute la vie mon honeymoon.

Fly – Ludovico Einaudi 

Vous savez, je n’ai jamais été très douée pour parler de moi-même, j’ai du mal à voir mon coeur s’ouvrir devant mes yeux, alors souvent, je le fais taire. Un peu trop visiblement. Car le jour où mon coeur a voulu s’exprimer, il n’y est pas allé de main morte. C’est pour ça qu’aujourd’hui je viens vers vous pour vous tendre la main, car je crois pouvoir dire que j’ai une petite longueur d’avance sur ceux qui n’ont jamais connu de craquage existentiel. 

Mes bookiners qui lisez ces lignes. Peut-être avez-vous eu la chance de ne jamais sombrer dans les méandres vertigineux de votre âme écorchée. Peut-être aussi avez-vous déjà eu, comme moi l’impression que votre esprit déraille, qu’il part en free peanut, et que rien ni personne ne semble capable de l’apaiser.  Si vous faites partie de cette dernière catégorie, croyez-moi mes bookiners. Je vous prie. Je vous en supplie, faites-moi confiance: la littérature peut vous sauver, les mots peuvent vous sortir la tête de l’eau, j’en suis la preuve vivante. Depuis un mois, je pleure une heure sur deux, j’ai peur de sortir de chez moi, je n’aime plus manger, je ne dors plus. Mais. Je viens de lire Rester en vie de Matt Heig. Et je ne suis plus seule.  

Comme vous, peut-être, je n’ai jamais eu le goût du malheur. J’étais l’ouragan et la rage de vivre. Aujourd’hui, j’en suis là. Seule. Nue. Devant la limite de mon être. Décalée, effrayée par ce grand huit qui s’invite dans ma vie. Ma tête est en feu. Le diagnostic tombe : je suis malade. Je n’ai mal nul part, j’ai mal à tout mon être. Alors maman me trouve un livre. Comprendre, vite. Je l’ouvre, fébrile. Au début, j’ai a du mal à lire les lignes tant mon cerveau ne m’obéit plus. Les lettres sont comme des tâches déniées de sens. Tout se mélange dans ma tête. Matt Haig n’a pas l’air de savoir. Il me propose de rester en vie. S’il savait, il ne me demanderait pas l’impossible. On achève bien les animaux qui souffrent. Une petite voix me demande de m’accrocher. Alors j’émerge doucement, tout doucement de ma torpeur. Stop. Il sait. Il a su. Matt Haig est-il dans ma tête?

Bonheur pour vous, Bookiners qui avez perdu le soleil de vue, vous qui sombrez jour après jour dans le marécage sombre du trou noir qui vous aspirece livre existe et prouve par a+b que la dépression ment. Que notre vie est loin, très loin d’être finie. Que nous n’avons pas le droit de baisser les bras. 

« Quand vous êtes dépressif, vous vous sentez seul et vous avez l’impression que personne ne subit ce que vous subissez. » Vrai. Archi vrai.

« Ce livre tente de convaincre les gens que le fond de la vallée n’offre jamais la vue la plus dégagée. » 

Bon. De toute façon, si vous êtes dans cet état, tendres Bookiners, vous n’avez rien d’autre que du temps devant vous. Essayez. Déjà, l’auteur décrit précisément les symptômes physiques qui accompagnent votre chute. Vous n’êtes pas fous. 

« Il y a eu une drôle de sensation dans ma tête. Une activité biologique à l’arrière de mon crâne, un peu au-dessus de mon cou. Le cervelet. Une pulsation, un battement intense, comme si un papillon était piégé à l’intérieur, combiné à un picotement. »

Ce n’est pas tout.

« Une sorte de fourmillement presque douloureux dans les bras, les mains, la poitrine, la gorge et la nuque. Angoisse de séparation. Sensation de terreur continue. Impossibilité temporaire de parler. Une impression d’être déconnecté, de provenir d’une autre réalité. Perte d’appétit. L’impression d’être au bord d’une crise de panique. »

Vous, nous, ne sommes pas seuls. Comme moi, Matt Heig avait vingt-quatre ans. Comme moi, comme vous peut-être, tout allait bien dans ma vie avant la chute. Comme moi, il était fou amoureux. Comme moi, il avait tout pour être heureux.

Vingt ans plus tard, Matt Haig entreprend un dialogue entre son ancien lui (mon actuel moi) et son lui actuel. Un écrivain heureux de 41 ans. Une lumineuse bouffée d’espoir :

« –Moi avant: Cette douleur. Tu dois avoir oublié comment c’était. Aujourd’hui, je suis monté sur un Escalator, dans un magasin, et j’ai eu l’impression de me désintégrer. C’était comme si l’univers entier me déchirait.

-Moi aujourd’hui: J’ai probablement oublié, un peu. Mais regarde, je suis là. J’y suis arrivé. On a réussi. Il faut juste que tu tiennes le coup.

-Moi avant: pourquoi devrais-je rester en vie? Ne vaudrait-il pas mieux ne rien ressentir que cette douleur? Zéro ne vaut-il pas plus que moins mille?

-Moi aujourd’hui: Ecoute-moi, rentre-toi bien dans le crâne, d’accord – tu y arrives, et de l’autre côté, il y a la vie. Il y aura des trucs que tu apprécieras. Et arrête de t’inquiéter parce que tu t’inquiètes. Contente-toi de t’inquiéter – ça tu n’y peux rien – mais pas de méta-inquiétude. »

Matt Haig a connu le pire. Pourtant aujourd’hui, il est vivant et ne recule devant rien. Désormais, il se moque de la dépression, même s’il ne l’oublie pas. Il la personnalise, lui donne la voix qu’elle a perdue. La justesse de cette voix me bouleverse. Comme vous peut-être, chaque seconde de ma vie est dictée par ce monstre invisible. Alors à la lecture de ses lignes, je pleure (comme d’hab me direz-vous!) et je ris aussi. Car oui, vous allez rire mes bookiners. Le petit recul que m’apporte ce livre sur l’incongruité de mon quotidien est déjà très drôle. Mes larmes ne sont plus seules, il y a le rire aussi, qui m’accompagne. 

« Hé, grosse bouse! Pourquoi tu pleures? Parce que tu dois mettre la machine à laver en route? Hé, tu te souviens de ton chien? Il est mort. Comme tes grands-parents. Tous les gens que tu as rencontrés seront morts le siècle prochain. Ouaip. Tous ceux que tu connais ne sont qu’un amas de cellules en lente détérioration. » 

Vous qui pensiez avoir tout perdu, vous qui pensiez ne plus avoir assez d’énergie pour vivre, pour rire, pour lire; vous ne parviendrez plus à décrocher les yeux de ces pages. Quand vous lirez les mots de Matt Haig, vous écarterez, pour quelques secondes, quelques minutes, le poids immense des malheurs du monde qui pèse sur vos épaules. Matt Haig porte ce poids avec vous. Il vous allège. 

En plus des multiples informations, chiffres et théories sur la dépression (par exemple, une personne sur cinq dans le monde connaîtra au moins un épisode dépressif dans sa vie), l’auteur vous offre à vous, bookiners anxieux ou dépressifs, des mini guides de survie. En crise, vous trouverez peut-être encore la force d’ouvrir ce livre aux pages écornées. Souvent, lorsque le xanax, le lexomil, le valium, les bras de maman ou les baisers de mon amoureux ne sèchent pas mes larmes, ne desserrent pas ma gorge; les mots de Matt Haig me dénouent. Doucement, tout doucement je lis ces mots. Ils se poseront sur vos esprits meurtris comme des papillons doux et réconfortants. Matt Haig énumère ses raisons de rester en vie. Parce que Matt Haig connaît les démons de l’esprit, il vous sera crédible. Séchez vos larmes et écoutez-le: 

 » 1) Les choses ne vont pas empirer. Vous avez envie de vous tuer. On ne peut pas tomber plus bas. A partir de là, vous ne pouvez que remonter.

2) L’esprit a son propre système météorologique. Vous êtes dans un ouragan. Les ouragans finissent toujours par être à court d’énergie. Tenez bon.

3) Personne ne comprend ce que vous traversez. Mais en fait, si. Vous ne le croyez pas car votre seul point de référence c’est vous-même. Vous ne vous êtes jamais senti comme ça, le choc de la chute vous traumatise, mais d’autres sont passés par là.

4) Un jour, vous éprouverez une joue à la hauteur de cette douleur. Vous verserez des larmes d’euphorie sur les Beach Boys, vous fixerez le visage d’un bébé endormi sur vos genoux, vous vous ferez de merveilleux amis, vous parviendrez à admirer une vie depuis un point élevé sans estimer les probabilités de mourir dans la chute. La vie vous attend. Vous êtes peut-être coincé ici un moment, mais le monde ne va nulle part. Tenez bon. La vie en vaut toujours la peine. »

Matt Haig me propose de rester en vie. Pari gagné pour moi, j’accepte d’essayer. C’est une immense victoire que je veux partager avec vous. Ce livre est une des raisons pour laquelle ce blog a été créé. Prenez ma main, respirez, ouvrez les yeux, et lisez.

Attendez, un petit extrait sur fond sonore pour vous rappeler à la vie : 

Courage mes bookiners, vous n’êtes plus seul(e)s, je pense à vous, et je vous embrasse avec tout mon amour.