Mercredi 4 octobre, 6h30

émoticône dialogue texto sms– Tat, t’es là ? 

– Maintenant oui, tu me sors d’un sommeil profond. C’est pas comme si j’en avais besoin en ce moment avec mes 120h de cours par semaine et l’enregistrement studio de mes chansons.  

– Je suis vraiment désolée mais je me sens trop trop mal. J’ai rêvé que notre blog devait fermer pour des raisons légales, j’en devenais folle. 

– Hahaha ton cerveau est vraiment détraqué

– Je pleurais toutes les larmes de mon cœur, je hurlais, comme une hystérique en répétant sans cesse : « l’histoire de ce blog est l’objectif de notre vie, on ne peut pas nous en priver, les gens ont besoin de nous, ils ont besoin de nous !! » 

– Hahahahaha ce cauchemar, mais quel calvaire mon chat. Ne t’inquiète pas, tout va bien, notre bébé est en pleine forme, et nos Bookiners nous resteront fidèles tant que nous leur feront du bien. Nous sommes en train de tisser une communauté d’amour et d’entraide littéraire, c’est si beau! 

– Oui, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ça fout le vertige. Je me sens totalement déprimée depuis que je suis réveillée, j’ai l’impression que le monde et la société ne nous laisseront pas aller là où on doit aller. Ça me mine. Je ne sais pas comment me dépêtrer de tous ces carcans, de toute cette violence. 

– Déprime du jour, bonjour ! Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans notre monde ?

– J’ai l’impression que les gens ne se comprennent pas entre eux. Et c’est très grave. C’est l’origine des guerres, et du malheur. Notre impossibilité à nous accepter. J’y pense tout le temps et ce qui me rend dingue, c’est que le monde a toujours tourné comme ça et ça ne changera jamais:  je crois que les humains et les cultures, par nature, ne sont pas faits pour s’entendre parce qu’il y aura toujours un homme plus jaloux qu’un autre.

– #ilfallaitqueçatombesurmoienpleinenuit

– C’est ça qui m’empêche d’avancer. Tout ça, cette terreur. La terreur générée par terroristes et la terreur de ces gamins radicalisés sans comprendre. C’est juste que personne ne leur a indiqué le chemin à part les gourous de la violence. Il y a une raison à tout ça Tat. Il y a une grosse couille dans le potage. Si ces gamins avaient eu des livres entre les mains dès leur plus jeune âge, il n’y aurait pas eu le Bataclan, il n’y aurait pas eu la promenade des Anglais, il n’y aurait pas eu les remblas de Barcelone, il n’y aurait pas eu tout ça. Mais le monde et la société manquent de recul pour éviter le pire. Le problème d’aujourd’hui est insolvable et ça m’empêche de dormir.

– Et du coup tu m’empêches de dormir aussi ! Ahahaha. En vrai je sais ce que tu ressens j’y pense souvent aussi, mais j’essaye de me concentrer sur ma vie que je peux changer et celle de mon entourage, que je peux influencer positivement aussi, car autrement je ne peux plus respirer. 

– Je viens de lire un bouquin d’une nana de notre âge qui expose tout ça assez brillamment.  Elle ne propose pas de solution (puisqu’il n’y en a pas), mais explique avec une plume divine comment des jeunes de notre âge essayent de s’en sortir dans cette société absurde. Enorme coup de coeur. 

– Ce livre est nécessaire ? 

– I swear. 

– Alors maintenant qu’on est tous réveillés, on t’écoute mon chat. 

Pâques – Rachmaninov 

Bookiners. Je ne sais pas quel âge vous avez, mais je suis certaine que vous êtes parfois, comme moi, sujets à des pensées obsédantes. Notamment sur notre monde qui part (et qui d’ailleurs est toujours parti) en peanut. Inégalités, violences, attentats, extrémismes : au secours. Une fois ce constat établi, que faire de ces pensées ? Le livre dont je vais vous parler m’a appris à les structurer. Et vous savez quoi ? C’est déjà énorme de faire le ménage dans sa tête. Ce bouquin m’a fait un bien fou, je vous le jure. J’appelle ici tous les Bookiners qui se sentent seuls avec leurs pensées, les Bookiners qui se retournent dans leur lit toute la nuit, à ruminer, ainsi que les Bookiners qui cherchent simplement à y voir un peu plus clair. Oui, rien que ça. Go ? 

Je ne suis pas particulièrement réac, pas particulièrement pessimiste, mais il y a un bon nombre de choses qui ne tournent pas rond dans notre monde tout de même. Pas besoin de vous faire un dessin, je suis sûre que vous serez d’accord avec moi. Certains supportent le monde plus que d’autres. Moi, je ne sais pas profiter de sa légèreté quand j’en connais ses méandres. Non, je ne suis pas une gothique sataniste pour autant – si tant est que le stéréotype est pertinent, rien n’est moins sûr. C’est juste que je ne suis jamais tranquille. Dans le métro j’ai peur des terroristes, devant le JT j’ai peur des mauvaises nouvelles, dans la rue j’ai peur des gens odieux, dans mon lit j’ai peur de ne pas dormir à force de penser à tout ça. Je ne sais pas si j’aurais eu moins de doutes et d’angoisses si j’étais née à une autre époque. Je ne sais plus ce qui dépend de moi ou de ce que le monde m’envoie. Mais voyez-vous, ce roman de Frederika Amalia m’aide (et vous aidera) à mieux penser. Il m’accompagne dans mes réflexions touffues, envahissantes, nécessaires et parasites. Par la construction de son récit, sa plume, son pessimisme, ses doutes, ses souffrances et ses zones d’ombres non expliquées, je crois que ce roman s’adressera à tous ceux qui interrogent leur monde et, encore mieux, à ceux qui trouvent refuge dans les livres

« Je peux dire, à ma façon, que je me suis radicalisée. Sans les livres, j’aurais peut-être succombé: je me serais laissée ravager par la peur de l’échec, par les supermarchés, leur odeur de plastique et leurs légumes sans goûts, par les mannequins sans forme et sans humanité, vendues aux jeunes filles comme modèles d’érotisme, par les jeux vidéo, par la télévision, et puis j’aurais succombé à la vengeance: sur moi-même ou sur les autres, qui sait, peut-être suffit-il d’une seule rencontre pour que tout change. Je crois que, si j’étais tombée à seize ans sur un discours de haine au lieu de tomber sur un recueil de poésie, ç’aurait été possible: j’aurais pu basculer»

Comme l’auteure, comme vous peut-être, je me « radicalise » avec les livres. Je suis une lectrice boulimique, compulsive, j’en dévore un à deux par jour. Sans eux, je crois que ma vie n’aurait aucun sens. Le sien redonne des mots à des vertiges infinis. C’est rare, si précieux. Je crois qu’il vous sera difficile de ne pas vous retrouver dans ce roman qui brasse tous les travers de notre société occidentale, toutes ces choses qui nous empêchent de penser par nous-mêmes, celles qui nous empêchent d’aimer, de respirer, de vivre sereinement. Ce qui est particulièrement intéressant dans cet essai, c’est que l’auteur s’efforce d’interroger la démarche de ceux qui ont renoncé à ce monde.

« Ce n’est pas le courage qui nous donne le culot de nous suicider au milieu d’une foule ou dans sa propre chambre, au milieu de vieux jouets. Ce n’est pas le courage. C’est la peur. La peur de la mort. La peur de l’amour. La peur de la joie. C’est cela même qui nous menace: la peur d’être vivant. » 

Cette jeune écrivaine analyse les pouvoirs de la littérature avec une justesse à couper le souffle. Je crois que ses mots sont ceux que Tatiana et moi aurions pu écrire pour vous expliquer le pourquoi de ce blog, la nécessité de Peanut Booker. Transmettre cette vision et cette nécessité de lire. Car non les livres ne sont pas, ils ne doivent pas être de simplement des passe-temps. Pourquoi, dès lors, prendre le risque de ne pas lire ? 

« Les livres sont des trous noirs capables d’annuler votre présence ici-bas, et ils sont autant de vies qui attendent de s’immiscer en vous et de vous modifier, de vous foudroyer, dirais-je, car qu’est-ce qu’un livre sans lumière et sans fureur, je n’en connais pas: un livre a le devoir de vous foudroyer, je dirais même que c’est tout ce que je lui demande, ouvre-moi, emmène-moi – réveille-moi – , qu’il fasse la guerre au monde, qu’il étreigne et détruise les douleurs et qu’il transfigure ma pensée est, je crois, toujours ce que j’exige. » 

Pardonnez-moi Bookiners, je vais encore parler de moi, mais j’aimerais que vous compreniez la rare puissance d’identification que vous offrira ce livre. Et puis quand je vous parle de moi, je compte bien parler de vous, et notamment des Bookiners qui cherchent à comprendre le monde qui les entoure. Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis journaliste. Plus j’avance dans ce métier, plus je suis mal à l’aise avec ce qu’il représente pour moi. Je me dis de plus en plus que je ne peux plus être la simple spectatrice d’un monde que je ne comprends pas, d’un monde qui ne se réfléchit pas assez. Je ne veux plus être le médium qui plongera d’autres gens comme nous dans des trous noirs. Je ne veux plus avoir autant le nez dans la merde car je ne respire plus. Dans ce livre, lorsqu’elle évoque les victimes d’attentats, les choses sont dites, ressenties telles que je les ressens, telles que, je crois, notre société devrait les ressentir pour mieux penser, pour mieux avancer : 

« Ma conduite a quelque chose d’inadmissible. Je me dis qu’il se peut que je profite d’eux pour donner un sens à ma vie; qu’il se peut que je profite de l’horreur qu’ils ont traversée pour échapper au vide de mon existence. Pouvoir me dire enfin : j’ai une cause à défendre.» 

Nous avons tous des causes à défendre parce que nous cherchons des réponses pour voiler nos vertiges. Les livres m’aident, il m’accompagnent. Ce livre a été pour moi une rencontre en tant que telle. Il m’a éclairé. Il vous éclairera, y compris la nuit. J’appelle donc les Bookiners insomniaques et les bookiners esseulés pour deux raisons: 1) une fois commencé, ce bouquin ne se lâche plus 2) si vos insomnies se nourrissent de vos ruminations, vous découvrirez à quel point vous n’êtes pas seuls avec vos pensées, c’est promis. C’est pour cela que nous avons créé Peanut Booker avec Tatiana, pour vous expliquer que la littérature existe pour vous aider à voir plus clair. Ce livre mettra des mots sur ce que vous ne parvenez pas toujours à expliquer. Pourquoi c’est important ? Parce que : 

« Le doute a failli me perdre: j’ai failli m’ensevelir dans la spirale de sa folie. Faites attention avec ça : le doute est un cancer, il se répand invisiblement dans votre corps jusqu’à exterminer vos rêves les plus modestes. »

Si la société actuelle, avec ses violences, ses inégalités, ses attentats est difficile à supporter, n’oubliez jamais que les livres seront toujours là. 

« Garder un lieu dans ma tête, si infime soit-il, un lieu dénué de bruit, d’agitation, un lieu dépourvu de haine. Pour l’instant, les livres me protègent. J’y ai placé ma foi. Mais cette tentation journalière de la haine, cette tentation de succomber à l’amertume et à la vengeance, elle existe, je le sens. Les livres, la pensée, la beauté stupide d’un ciel, le réconfort d’une famille sont tout ce que j’ai trouvé. » 

Autant d’éléments que les terroristes n’avaient pas, eux. Voilà pourquoi ce livre est essentiel. Voilà pourquoi l’Homme ne peut pas se passer de la littérature. C’est de la violence et des guerres qu’elle peut nous protéger, rien de moins. L’épitaphe de ce livre (vous savez, la citation en première page) est une phrase d’Arthur Rimbaud : 

« Je ne sais pas comment en sortir: j’en sortirai pourtant ». 

Je vous laisse méditer sur le sens que vous accorderez à ces mots. Soyez-en sûrs Bookiners, les livres feront de nous, de vous, un monde meilleur. 

Un autre extrait pour la route ? 

 

dessin de cacahuète qui signe les articles d'Héloïse