Dimanche 27 août, 10h00

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– Je crois que je vais me marier avec Olivier Bourdeaut bébé, c’est décidé ! 

– Ahahaha mais qu’est ce qu’on fait de Biolay et Bedos ? Et puis ce pauvre Bourdeaut, je suis sûre qu’il est déjà amoureux.

– Biolay et Bedos, terminé ! En Attendant Bojangles m’a complètement retournée, ça fait 3h25 que je pleure, – je me suis chronométrée – c’est l’un des plus beaux livres que j’ai lu cette année. Extravagant, grave, pétillant, valsant, burlesque, chantant : EN-I-VRANT ! Je n’ai jamais ressenti une telle effusion de sentiments pêle-mêle ! 

– Je t’avais dit, ce livre est une pépite, je suis trop heureuse que tu l’aies aimé !

– Je l’ai adoré mon ange ! Top 5 ! No jokes. Ah d’ailleurs, en parlant de livre, shotgun La Tresse !

– Mais non ! Tu ne l’as même pas lu ! Alors que moi, si, donc c’est moi qui fais la revue. 

– Je ne l’ai pas lu, certes, mais je l’ai acheté et je me fais des tresses dans les cheveux depuis que je suis née. Je suis sûre que c’est le destin ! 

– Ahahah ! Bon, d’accord, si tu y tiens honeymoon. C’est vraiment parce que t’as pas de mec que je te fais cette fleur.

– #tepu.fr 😂 Alors je m’y mets. A ce soir mon ange. 

 

Dimanche 27 août, 14h00

– Mais pourquoi tu ne m’as pas dit que ce n’était pas la littérature ? 

– Pardon, j’ai oublié honeymoon. 

– « Giulia ne dit pas la vérité, si le deux roues est intact : son cœur vient de chavirer. » Nan mais PLEASE.  Ahahahah. On dirait un extrait de scénario des Feux de l’amour. En plus, Leila Colombiani a le même usage –très douteux- des oxymores que Macron : « Smita s’éveille avec une urgence douce…dans le ventre ». #HELP.

– 😂 Nan mais je sais… Attends, y a mieux: « le sol alors, se déroba sous ses pieds ». 

– 😂😂 Mais sauvez-moi ! Mais tu penses que c’est fait exprès ? En mode « tension dramatique » palpable? C’est tellement dommage. Les histoires sont poignantes, le travail de recherche vraiment conséquent. Je ne voudrais pas minimiser l’impact et la force de ce roman, tout ça parce qu’il est écrit comme un scénario, ou comme un premier jet. Il y a autre chose aussi. Je ne sais pas, je ne me sens pas vibrer pour de vrai, je ne me sens pas bouleversée dans toute l’intensité que ce mot comporte, et ce malgré la puissance et l’espoir que libèrent ces trois vies enchâssées.                                                                                                                                                                                                                                                                                                        

– C’est drôle, j’ai eu exactement le même problème. 

– Bon, tu le commentes alors ! Car je crois réellement qu’il est très important à commenter malgré tout.  

– Non, non tu m’as dit « shotgun », tu assumes ! 

– Bon, j’ai encore eu les yeux plus gros que le ventre, alright ! Bookiners, je suis à la moitié du roman, je reviens dans 3 heures et je vous raconte tout ! A tutti ! 

– A tutti honey ! 

When you believe – Mariah Carey & Whitney Houston 

J’ai désiré lire ce roman, Bookiners, parce qu’il suit le combat de trois femmes à genou, avec l’audace en héritage, le désir de défier la fatalité, et la rage de vaincre. La rage de vaincre, c’est déjà une victoire, je crois. Et je voulais goûter à cette victoire. Je voulais goûter au répit après l’épreuve, tout en haut de la montagne, parce que je m’en sentais tout en bas. Ça donne du courage de lire des femmes qui ont réussi l’impossible quand tout prédisait que les dés étaient joués d’avance et leur destin condamné. 

J’ai commencé une école de commerce. J’en ai pour deux ans, et rien que de vous le dire, je m’évanouis dans l’éternité. Angoisse. Deux ans de compta saupoudré de bullshit présomptueux, c’est long quand on veut être chanteuse. Alors, du courage, il m’en faut et m’en faudra. Du courage pour arrêter ou du courage pour continuer, mais du courage quand même. Dans la vie, il faut du courage de toutes façons, parce qu’il faut du cœur. Alors lire ce roman sonnait comme une évidence. Pour moi, pour nous, qui manquons de mentors et d’espoir, trop crédules et croyants face à cette fatalité qui nous dirait tout et son contraire. 

C’est un joli roman que nous, vous, offre Laeticia Colombani, de ceux qu’il est toujours bon de lire, parce qu’il insuffle le courage qu’on croyait perdu, parce qu’il nous prête des mentors bienveillants. Même s’il y manque un peu cette force qui bouleverse et ces sentiments qui étreignent, sans prévenir, Bookiners en mal de soleil et d’espoir, trop fatalistes, trop peu guidés, trop dépensiers pour voyager et un peu déboussolés par le monde qui nous, vous entoure, La tresse, vous dira que rien n’est jamais perdu tant que notre cœur tambourine encore, même s’il tangue un peu trop, parfois. 

La Tresse est tout d’abord un voyage. Nous sommes à Badlapur, en Inde. Nous marchons dans la merde des autres, et ramassons leurs excréments à main nue, un panier de jonc tressé dans l’autre. Nous sommes Smita. Nous sommes maudits. Nous sommes Intouchables. Nous vidons les latrines des 20 maisons qui nous méprisent d’être nées qui nous sommes. Nous courbons l’échine d’être nées qui nous sommes. La liberté nous a été arrachée à la naissance, et vivre, procréer, c’est tresser sa propre malédiction à celle de nos enfants. Et c’est injuste, et c’est comme ça, et c’est tant pis. 

« A Badlapur, comme ailleurs, on défèque à ciel ouvert. Partout le sol est souillé, les rivières, les fleuves, les champs, pollués par des tonnes de déjections. » 

Ces déjections sont notre pain quotidien. On porte cette odeur, comme d’autres portent la liberté. Cette odeur, l’odeur de la merde des autres. 

« Alors, tous les soirs, avant de passer le seuil de la maison, Smita frotte de toutes ses forces, ses mains, ses pieds, son corps, son visage, elle frotte à s’en arracher la peau. »

Frotter, pour conserver notre reste de dignité. 

Nous, Smita, avons une fille, Lalita. Elle n’ira pas à l’école puisqu’elle est née Dalit. Elle ne saura pas lire, elle ne sera pas libre. Elle ne pourra pas vivre, collée à la merde des autres. Sauf. Si on défie le destin et déjoue ses ornières. C’est l’épopée que dessine Smita. Pour sa fille. L’épopée contre les « c’est comme ça », les « à quoi à bon, c’est ton héritage ». Une promesse : 

« Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. »

C’est une prophétie qui se dessine, un combat. C’est ce combat que nous menons dans ce livre, le combat pour la liberté, le combat pour la dignité, dans cette Inde violente et violentée qui méprise les femmes et surtout les Dalits. Bookiners qui cherchez un mentor, une figure de proue qui vous aidera à vous battre pour vous mêmes, Smita est l’héroïne qu’il vous faut. Je ne peux pas tout vous dire, mais son chemin, même tortueux et jalonné d’obstacles, est peuplé de petites victoires qui vous rappelleront que tout est possible, et que votre situation, sûrement meilleure que la sienne, est loin d’être sans issue si vous gardez en vous la rage de vaincre. Il faut garder cette rage, la préserver comme une relique primordiale. Elle vous relèvera quand vous serez à terre.

Aussi, et maintenant je m’adresse aux Bookiners qui cherchent à appréhender la complexité de notre joli monde parfois très laid, en voyageant en Inde, j’ai appris des choses. J’ai appris la condition des femmes, révoltante et statique, j’ai appréhendé la religion hindoue et sa trinité déïque entre Vishnou – que Smita glorifie envers et contre tout – Brahma et Shiva, qui m’était totalement inconnue. Bref, j’ai ouvert mes yeux fermés et j’ai observé un autre coin du monde. Un nouvel horizon culturel. Et ça fout le vertige aux lèvres. Je ne peux pas tout vous dire, alors je passe à autre chose.

Après Smita et après l’Inde, nous devenons Giulia, la belle sicilienne romantique, atypique et sauvage. Son histoire est jolie, mais ça ne changera pas votre vie si je passe la sienne sous silence. Vous la découvrirez plus tard. Maintenant, nous devenons Sarah. J’espère que vous êtes prêts. Direction le Canada. Cette histoire m’a fait vaciller peut-être même un peu plus que celle de Smita, parce que Sarah, ça aurait pu être ma mère, ou moi, bientôt, la votre de mère ou la mère d’un des nôtres. Cette histoire m’a fait vaciller de la même façon que lorsque j’ai appris le cancer de Catherine, la maman d’Héloïse. Je ne vais pas faire dans l’intime, car cette intimité dont je vous parle, n’est pas la mienne, alors parfois, le silence est d’or. Revenons à Sarah. 

Nous sommes Sarah. Grande, belle, brune, griffée de la tête aux pieds dans des tailleurs couture. Tout nous réussit. Mais nous vivons en apnée, à notre insu, chronométrée par l’ambition et la soif de succès factice. Nous sommes associés en equity dans l’un des plus prestigieux cabinets d’avocats d’affaire de Montréal. Etre associée, c’est notre curseur de réussite, notre prénom social, l’étalonnage de notre bonheur, un voile sur notre solitude et notre malheur invisible. Il y a les 3 enfants qu’on élève seule, sans un jour de pause ou de répit, et puis au centre, le boulot, les nuits blanches et la possibilité de devenir Managing Partner à tout prix. Le graal. La consécration de toute une vie qui n’en est pas une, à courir les rendez-vous, à dormir debout, à vivre dans la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être la meilleure, de ne plus être aussi jeune. La peur d’être. Pourtant, on se croirait heureuse. C’est fou comme on peut être à ce point aveugle de notre propre malheur. 

« Sarah ne dit pas que depuis un mois, elle se lève épuisée. Sarah ne dit pas cette douleur dans la poitrine, du côté gauche»

Nous sommes Sarah et nous venons d’apprendre que cette douleur, notre douleur du côté gauche s’appelle tumeur. Elle ressemble à une mandarine. Elle suinte le malheur, elle sent déjà la mort et sonne le glas, cette mandarine. 

Lorsque le cabinet apprend notre maladie, nous devenons la victime, l’ennemie, la tumeur et l’estropiée tout à la fois. Nous devenons invisible. 

« Ça commence d’une manière insidieuse. C’est d’abord une réunion à laquelle on oublie de la convier. C’est ensuite un dossier dont on évite de lui parler. C’est l’exclusion qui va de pair avec la maladie. » 

Nous sommes un stigmate. Nous sommes le cancer. 

Et nous comprenons avec Sarah, la réalité de la maladie, celle qui ronge tout à l’intérieur et sépare et catégorise socialement, les gens sains des gens malades, celle qui s’insinue dans le regard des autres, les compassions feintes, les tons de voix mielleux et orchestrés. Les anecdotes qui fatiguent et qui commencent par « je connais quelqu‘un qui a eu un cancer et qui est toujours vivant. »

« Et toutes ces guérisons qu’on nous jette au visage comme des os à ronger.» 

«Mais il ne sait pas ce que c’est d’avoir des aphtes dans la bouche au point de ne pouvoir manger… Derrière ses faux airs de pitié, il se moque de savoir que dans quelques semaines vous n’aurez plus de cheveux, que votre corps est tellement maigre que dans la glace il vous effraie, que vous avez peur de tout, peur de souffrir, peur de mourir, que la nuit vous ne dormez plus, que vous vomissez trois fois par jour, et que certains matins, vous doutez de pouvoir seulement tenir debout ».

Le cancer, c’est la double peine : l’ostracisme et la maladie. Et c’est important d’aborder le cancer dans un roman, car cette maladie est le fléau de notre humanité, elle touche tout notre entourage, tout le temps, partout, comme une ritournelle de la modernité qui atteste que nous sommes rongés de l’intérieur. 

Ce cancer, je crois, vous remettra les pendules à l’heure, vous Bookiners surmenés qui passez peut-être votre vie à courir après les profits d’une entreprise qui ne vous attendra certainement pas pour fleurir, sans plus jamais vous écouter. Parce qu’il est là le drame. Sarah s’est tuée pour cette société, et pour des rêves qui n’étaient que des miroirs à vanités, que des murmures de l’égo. Elle s’est oubliée jusqu’au jour où son corps a décidé de lui punir son entêtement. Feins d’être aveugle et je te ferai borgne, lui a dit son corps, et il n’avait pas tort. Je crois que d’un mentor, on apprend les réussites, mais aussi, et surtout les erreurs. Sarah est un mentor de choc, et je l’entends me conjurer de vous dire « ne vous négligez pas Bookiners, car s’écouter est le début du bonheur. » 

Ça commence en Inde, ça s’envole en Sicile en passant par Montréal avant d’atterrir dans les sillons de vos petits cœurs Bookiners, afin de tisser avec vous, avec nous la tresse du courage. La tresse de la victoire. 

Je vous laisse avec un cœur tout neuf. 

Doux baisers,